Si Heat, sorti en 1996, n'était que le remake même pas déguisé du L.A. takedown de Mann, Public enemies ressemble au remake officieux de Heat, mais dans une version annéees 30. Même traitement en parallèle du gendarme et du voleur. Mêmes rencontres épisodiques et chargées de sens. La différence, c'est que Heat bénéficiait d'une mise en scène absolument brillante, faisant du film un curieux mélange entre jeu d'échecs et partie de ball-trap. En comparaison, Public enemies semble bien fade, et ce pour deux raisons principales. La première, c'est qu'en lieu et place des acteurs excessifs mais impressionnants que sont Al et Bob, Mann a choisi Johnny Depp et Christian Bale, des types très pros mais presque trop, qui serrent impeccablement la mâchoire mais intériorisent absolument tout, rendant le face-à-face hermétique et parfois ennuyeux. Les grands gangsters sont tous des cabotins ; les grands flics aussi, pour la plupart ; l'immense sobriété des deux interprètes fait largement regretter le côté théâtre de Guignol de l'affrontement Pacino - de Niro.
Le second gros défaut de Public enemies, déjà évoqué à l'époque de Miami vice, concerne la mise en scène. Difficile de contester l'absolue virtuosité d'un Michael Mann habitué à penser et repenser chacun de ses plans sans pourtant donner l'impression de calculer. Seulement voilà : comme d'autres cinéastes entre deux âges, sa rencontre avec la DV lui a fait beaucoup de mal - même si le cas David Lynch est bien plus inquiétant. En pensant gagner en possibilités ce qu'il perdait en contraintes, Mann a beaucoup expérimenté avec son nouveau joujou, a découvert les fabuleux atouts de cette nouvelle technologie, et ne cesse depuis de s'y complaire. Si Collateral utilisait à merveille le format pour créer une impression d'urgence voulue par le script, c'était déjà bien plus discutable dans Miami vice. Et ça l'est tout autant dans ce Public enemies qui, s'il est constellé de morceaux de bravoure qui cassent effectivement la routine du genre, devient extrêmement ennuyeux dès qu'il décrit les moments de répit des deux héros. La faute à une technique qui obnubile tellement son metteur en scène qu'elle l'empêche d'approfondir la psychologie de ses personnages - réduits à une opposition basique gentil contre méchant - et de mettre en valeur le romantisme et le lyrisme de certaines situations. Résultat : Marion Cotillard a beau faire bonne figure, son personnage semble au final bien plat, tout comme pas mal d'autres. La peur de mal vieillir a entraîné chez Mann un aveugle désir de modernité qui a finalement eu l'excès inverse : il semble ici un peu dépassé par l'intrigue et l'ampleur du projet. Qu'il pose un peu sa caméra numérique et réfléchisse vraiment à ses apports et à ses risques : le brillant Michael Mann d'antan commence à nous manquer.
Public enemies de Michael Mann. 08/07/2009. 2h13. Sortie : 08/07/2009. Autre critique sur Sur la route du cinéma.