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25 mars 2008

3H10 POUR YUMA

Préparez-vous à lapider l'auteur de ces lignes, qui s'apprête à faire son coming-out : il n'aime pas les westerns. Parce que 1) ça l'ennuie, 2) il a l'impression de voir encore et toujours le même film, 3) souvent il trouve ça complètement stupide. Oh, il y a bien quelques exceptions, puisque les meilleurs Sergio Leone trouvent grâce à ses yeux. Car jouissifs, ludiques, excitants. Mais même des monuments inattaquables comme Rio Bravo le font mourir d'ennui. Après de telles révélations, l'auteur de ces lignes comprendra aisément si vous ne remettez jamais plus les pieds ici.
Et 3h10 pour Yuma, dans tout ça ? Objectivement, il s'agit d'un western très planplan qui ne renouvelle évidemment pas le genre mais dont le rythme est assez trépidant (sur une échelle westernienne en tout cas). Le face-à-face entre un modeste fermier et un bandit de grand chemin donne lieu à quelques scènes criantes de vérité sur les différentes façons d'appréhender la vie (et donc la mort). En comparaison avec l'Open range de Kevin Costner, 3h10 pour Yuma ne tient cependant pas la route : si Open range était extrêmement long, comme un Danse avec les loups façon western, il déployait au moins une fusillade finale épique et stratégique comme une partie d'échecs. Le film de Mangold est plus primaire, avec des types qui n'arrêtent pas de se tirer dessus sans vraiment réfléchir à la façon dont ils vont échapper au bain de sang.
Et puis 3h10 pour Yuma souffre d'un terrible choix de casting : l'épouvantable Russell Crowe a encore frappé (rappelons que sa dernière prestation de qualité remonte au Révélations de Michael Mann). Ses oeillades insupportables (pour faire comprendre aux plus distraits que le méchant, c'est lui) rendent le film plus agaçant qu'il aurait dû l'être. heureusement qu'en face il y a Christian Bale, l'un des meilleurs acteurs de ce début de siècle, fin, nerveux, empreint d'une angoisse communicative. Il donne au film de Mangold ses instants les plus nobles ; mais pour voir à quoi devraient ressembler tous les westerns du monde, mieux vaut revoir encore et encore l'inépuisable Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.
6/10

2 mars 2007

LE NOMBRE 23

Walter Sparrow est un peu embêté : vlà t'y pas que le livre offert par sa femme, qui raconte une malédiction autour du nombre 23, semble directement inspiré de sa propre vie. D'où un film en forme de quête d'identité, celle du héros comme celle de l'auteur du roman, le whodunit de mouvant en who wrote it. Quant à Joel Schumacher, sa quête à lui (trouver le chemin du bon cinéma) semble loin d'être accomplie.
Dans le marasme de la filmographie schumacherienne, Le nombre 23 s'impose pourtant comme l'un des films les plus intéressants. Aussi décevante que soit la résolution de l'intrigue, une certaine forme de mystère demeure jusqu'à la dernière bobine. Longtemps, le nombre 23 garde son côté intrigant. Rendez-vous compte : William Shakespeare est né un 23, George W. Bush a été baptisé un 23, et le prénom du héros, Walter, commence par un "W", vingt-troisième lettre de l'alphabet... waow!!!
Schumacher dépasse à peine le cap de son pitch, et malgré une construction (inutilement) alambiquée, Le nombre 23 finit par être aussi surprenant que la page numérologie de votre supplément du week-end. Laissant trop souvent place au hasard, le scénariste fait peu à peu perdre à son histoire le sel qu'elle avait au départ. Les ficelles sont trop voyantes : par exemple, le livre qui obsède Sparrow est l'oeuvre d'un certain Topsy Kretts. Après avoir cherché pendant une heure ce type introuvable, le héros finit enfin par piger qu'il s'agit d'un pseudo en forme de jeu de mots plus pourri que les miens. Voilà qui ferait passer les énigmes de Dan Brown pour des chefs d'oeuvre.
Reste éventuellement la photographie de Matthew Libatique, chef op d'Aronofsky, qui ne filme rien comme tout le monde. Mais bizarrement, la qualité de la photo oscille entre magnifique et platissime (sur la fin, on se croirait dans Saw). Même inconstance pour Jim Carrey : parfois inquiétant (comme dans The Truman show, il fait un parano idéal), le comédien pèche souvent par excès, grimaçant et sautillant comme un wallaby.
Tout cela ne fait que confirmer que Schumacher n'est pas un foudre de guerre ; tirant les gens vers le bas, il serait plutôt une sorte de locomotive à la puissance (en watts) insuffisante pour emmener avec elle tous ses wagons.
Dans le genre "flippons avec les nombres", mieux vaut (re)voir un certain 23 de Hans-Christian Schmid, western informatique aux doux relents d'apocalypse, où les cow-boys se battent avec des chiffres plutôt qu'à coups de Winchester.
4/10
(écrite le 2/3, cette critique comporte 23 fois la 23ème lettre de l'alphabet... tremblez)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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