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18 oct. 2009

THE BARBER : L'HOMME QUI N'ÉTAIT PAS LÀ

The barber (titre idiot, L'homme qui n'était pas là ayant bien plus de sens) est injustement considéré comme une oeuvre mineure dans la filmographie des frères Coen. C'est pourtant un film intense et pénétrant, aux nombreux degrés de lecture et aux partis pris nombreux et passionnants. Pour leur premier film en noir et blanc, les Coen rendent un hommage appuyé aux polars des années 40-50, et notamment à des références absolues comme l'Assurance sur la mort de Billy Wilder. L'une des idées majeures du film est de renverser le thème traditionnel du faux coupable : ici, le héros commet un meurtre - certes non prémédité -, et c'est quelqu'un d'autre qu'on accuse. Ce ne serait pas aussi gênant si l'homme en question n'avait aucun scrupule et si la personne accusée par erreur n'était pas sa femme. D'autres rebondissements étonnants viendront modifier à nouveau l'ordre établi, au gré d'un scénario ciselé et inventif, inscrit dans le passé mais tout à fait moderne, et que sa complexité n'empêche pas d'être lisible.
Au coeur du film, il y a Ed Crane, incarné par Billy Bob Thornton. L'acteur, qui trouve ici le rôle de sa vie, fait des ravages dans la peau de ce man who wasn't there, un type un peu transparent, sans charisme et sans avis, qui aimerait parfois exister davantage mais se satisfait au fond de son statut de fantôme. Si la prestation de Thornton est si géniale, c'est parce qu'il ne se contente pas de ne pas jouer et d'attendre que ça se passe ; au contraire, il a même tendance à en rajouter en accentuant les haussements de sourcils et airs consternés parfaitement représentatifs de ces gens qui n'ont rien à dire et comptent sur leur visage pour exprimer quelque chose de temps à autres. Le noir et blanc a pour effet de renforcer son état permanent de semi-présence, et l'idée que l'encéphalogramme de ce type d'apparence très terne est loin d'être plat.
Ce noir et blanc, justement, est d'une beauté sans nom. Il fait sens dès la première image, et ce jusqu'à l'inoubliable dernière scène, qui boucle savamment la boucle. Il rend la reconstitution des l'époque moins contestable que jamais, pose une ambiance par quelques simples jeux d'éclairage, et rend possible l'irruption de quelques délires coeniens dans un film aux allures relativement austères. Il n'y a que ces frangins-là pour parvenir à insérer des allusions à Roswell ou un hommage à Nabokov dans une intrigue aussi resserrée. Il n'y a qu'eux pour donner un jour nouveau à des scènes de plaidoiries ou de prison. S'il leur arrive parfois d'avoir un coup de moins bien - ce fut notamment le cas juste après avec Intolérable cruauté et Ladykillers -, les Coen n'en sont pas moins de grands artistes, capables d'explorer tous les registres et de trouver à chaque fois le style idéal, atteignant une rare cohérence esthétique et scénaristique.





The barber : l'homme qui n'était pas là (The man who wasn't there) de Joel Coen. 1h56. Sortie : 07/11/2001.
Film projeté le jeudi 15 octobre au Studio des Ursulines (Paris 5ème) dans le cadre du ciné-club "Le noir et blanc et l'image de cinéma", suivi d'un débat animé par Yann François (Radio Campus Paris) et Benjamin Rufi (jeune chef opérateur). Quelques photos du débat en cliquant ci-dessous :

(© Lucas Taillefer 2009)

10 févr. 2009

CE QUE PENSENT LES HOMMES

Si Lelouch n'était pas passé par là, Ce que pensent les hommes aurait pu s'appeler Hommes femmes : mode d'emploi, puisque il ne s'agit pas uniquement d'explorer la cervelle des mecs. Ce guide de survie en milieu hostile est en fait adressé aux deux sexes, montrant d'une part que garçons et filles sont aussi tordus les uns que les autres, et d'autre part qu'il n'y a finalement aucune règle 100% fiable permettant de décrypter le comportement de la personne que l'on convoite.
Le film de Ken Kwapis met plus de deux heures pour arriver à cette conclusion pas franchement révolutionnaire. Mais peu importe, puisque la démonstration est drôle, fraîche et riche en exemples de toutes sortes. Voilà enfin un sujet qui méritait qu'on en fasse un film choral : c'est par la diversité des relations étudiées que Ce que pensent les hommes atteint une sorte d'universalité. Don Juan ou sainte nitouche, tout le monde s'y retrouvera.
Il faut évidemment accepter le caractère hollywoodien d'un film méga glamour, dans lequel tous les personnages sont beaux, bien habillés et propriétaires d'appartements décorés avec soin ; ceci fait, Ce que pensent les hommes est un divertissement assez délectable qui énonce plus d'une vérité sur le couple, notamment à travers le très mimi duo Ginnifer Goodwin - Justin Long, qui effectuent une jouissive approche comportementaliste du "il va me rappeler / il va pas me rappeler". Si toutes les histoires ne sont pas à la hauteur, si le film s'étend un peu trop sur certains faits (il y a un petit quart d'heure en trop), le ton est juste et les acteurs tous bons (oui, absolument tous).
Et puis, il faut bien l'avouer, le film déclenche un processus d'identification pour le moins grisant et permet d'assouvir quelques fantasmes par procuration. Comme celui de tromper Jennifer Connelly avec Scarlett Johansson, ou même de folâtrer avec l'une sous les yeux de l'autre... Assez soft côté sexe, Ce que pensent les hommes a pourtant ce petit côté aphrodisiaque qui en fait la comédie idéale à aller voir en charmante compagnie.
7/10
(également publié sur Écran Large)

3 janv. 2009

THE SPIRIT

Même en étant un béotien complet vis-à-vis de l'univers de Will Eisner, on comprend aisément la consternation qui fut celle des fans de l'auteur à la vue de The spirit : l'impression de voir leur oeuvre chérie saccagée sans vergogne par un homme pourtant estimable. Pour son premier film en solo (il a coréalisé Sin city avec Robert Rodriguez), Frank Miller livre en effet une sorte de n'importe quoi généralisé, un film noir cartoonesque qui passe en une seconde du délire total au drame poisseux. C'est la grande tendance de l'hiver 2008 : mêler les genres et les tonalités, sans répit ni discernement, jusqu'à égarer le spectateur. Spectateur qui, d'ailleurs, le rend bien aux réalisateurs concernés (Miller ou encore Baz Luhrmann) en évitant consciencieusement d'aller voir les films en question.
Mieux vaut donc ne rien attendre de The spirit, ou tout au moins être prévenu, sous peine de passer un moment ô combien éprouvant. À cette (énorme) condition, il est également permis de trouver ce spectacle intéressant car allant totalement à rebours des canons du genre. Comme la ville qui lui sert de décor, le film de Frank Miller est une terre de contrastes. Le noir et le rouge prédominent, certes ; mais les personnages, eux, se battent à coups de toilettes (si si) ou photocopient leurs popotins. C'est donc effectivement du grand n'importe quoi, aussi imprévisible qu'hétérogène. C'est parfois très drôle, parfois non. La violence, elle, n'imprime guère la rétine, traitée avec une telle légèreté qu'il est impossible qu'elle impressionne quiconque. Les acteurs les plus convaincants sont ceux qui cabotinent avec le plus d'application : ainsi, le duo Sam Jackson / Scarlett Johansson est celui qui fonctionne le mieux, rendant absolument délirantes toutes les scènes dans lesquelle ils apparaissent.
À l'opposé, Gabriel Macht et Sarah Paulson, pourtant censés constituer le noyau romantico-tragique du film, sont d'une fadeur totale. Mais on peut difficilement les en accuser, Miller ayant visiblement voulu faire de ces deux personnages des modèles de premier degré, favorisant une fois encore le contraste avec des personnages secondaires moins bridés. D'une façon générale, tout ce qui se veut sérieux est raté, et en particulier le lien quasi charnel qui unit le Spirit à la ville. On sent que celle-ci est croquée comme un personnage à part entière, avec ses sentiments et ses réactions aux évènements. Las : s'il développe des techniques intéressantes, Miller n'arrive pas à la cheville d'artistes comme Alex Proyas, dont la ville de Dark city prenait vraiment corps. La conclusion est simple : s'il est un exemplaire auteur de comics, s'il a un énorme potentiel en tant que directeur artistique, Frank Miller n'a sans doute pas toutes les capacités nécessaires pour prendre à lui seul la direction d'un long-métrage. En revanche, cette expérience pourrait être très profitable en vue d'un Sin city 2 qui devrait se tourner à partir de cet été, avec Miller et Rodriguez derrière la caméra.
5/10

11 oct. 2008

VICKY CRISTINA BARCELONA

Du sexy, de l'exotisme et du tourisme. C'est, en gros, ce que propose Vicky Cristina Barcelona, grosso modo le quarante-deuxième film de Woody Allen, et sans doute le plus sexuellement débridé de sa longue filmographie. Une longue promenade dans un Barcelone interlope et nyctalope en compagnie de trois sacrées pépées et d'un bel (?) ibérique. Un film un poil triste mais évidemment plein d'humour, qui fait de la légèreté un art de vivre et un sacerdoce. Caliente caliente, l'atmosphère est à la moiteur, en partie grâce à des interprètes qui donnent libre cours à leur côté torride. Difficile de dire qui des quatre est le plus impliqué dans son rôle ; en tout cas, le plaisir des yeux et celui de l'esprit se rejoignent. Mesdemoiselles Johansson, Cruz et Hall (quelle révélation !) sont d'une beauté fatale. Monsieur Bardem n'est sans doute pas mal non plus.
La ville catalane est donc le terrain idéal pour ces jeux de l'amour et du hasard, comme Woody sait en pondre chaque année ou presque. Il y aura des coucheries, des accès de rage aux fort accents ibériques, et quelques trahisons. Empreint d'un vrai charme, comme deux bons mois de tourisme sans contrainte budgétaire, le film n'est cependant pas beaucoup plus que cela. La tension érotique n'est pas si poussée, les jeux de massacre restent bien timorés, et on ne retrouve pas la morale perverse que sut installer Allen dans quelques-uns de ses films les plus marquants (Match point et Crimes et délits, par exemple). La mise en scène a beau avoir pris un coup de jeune, cela n'empêche pas une certaine léthargie d'envelopper un film qui ronronne sacrément alors qu'il aurait dû sentir le soufre, l'alcool et la semence. À ce trip pas désagréable, on pourra préférer les classiques alleniens des années 80-90, qui faisaient de la relation amoureuse quelque chose d'aussi délicieux qu'addictif, mais aussi de diaboliquement pervers.
6/10

13 mai 2008

LE JOURNAL D'UNE BABY-SITTER

Du tandem Shari Springer Berman - Robert Pulcini (auteurs du bédéisé American splendor), on attendait un film singulier et décalé, d'autant que les deux auteurs nous avaient laissés sans nouvelles depuis 5 ans. Passé un premier quart d'heure amusant, qui nous montre notamment les différentes catégories de populations new-yorkaises comme des vitrines de musées, il faut bien se rendre à l'évidence : bien que fort sympathique, ce Journal d'une baby-sitter n'a absolument rien d'innovant. Il s'agit d'une bête petite comédie vaguement dramatique sur les affres d'une jeune femme qui se retrouve nounou (ou "nanny") le temps de faire le point sur ce qu'elle souhaite réellement faire de sa vie. Partant de ce point de départ, Berman et Pulcini vont exactement là où on les attend : il faudra apprivoiser un petit gamin méfiant, puis lutter avec des parents trop pressés pour aimer leur fils, avant de faire triompher la bonne vieille morale selon laquelle il n'y a rien de tel que l'amour d'une mère.
Cousu de fil blanc, donc ; pourtant, ce journal reste plutôt charmant et divertissant, même si sa dernière demi-heure se traîne sacrément. Principale responsable de ce non-naufrage : une certaine Scarlett Johansson, qui nous épatera toujours de par sa facilité à faire disparaître comme elle veut son costume de bombasse pour entrer dans la peau de jeunes femmes plus simples, toujours mimi mais quasiment passe-partout. C'est la différence entre elle et une cinquantaine d'autres actrices ou prétendues actrices qui trustent chaque année les classement FHM - Beauf magazine des plus belles femmes du monde. Face à elle, Laura Linney est extrêmement convaincante en mère débordée, d'autant qu'elle n'a finalement pas grand chose à défendre (et dieu sait qu'elle peut être mauvaise lorsqu'il s'agit pour elle de foncer dans le mélo). Quant à Paul Giamatti, dans le rôle du père absent, il est réduit par définition à une série de petites apparitions assez lugubres, voire inutiles.
Un certain Indiana Jones s'apprêtant dans une semaine à prendre possession du box-office, cette semaine de sorties est l'une des moins fournies qui soient (il faut dire que l'ouverture du festival de Cannes est souvent synonyme de vaches maigres, pauvres de nous). Alors, parmi les trois "grosses" sorties de ce mercredi, Le journal d'une baby-sitter a de quoi attirer quelques spectateurs en manque de pellicule. Il y a tout de même pire comme produit de substitution.
5/10

14 avr. 2008

DEUX SOEURS POUR UN ROI

A priori, il faut à la fois être nul en histoire (mais avoir envie de progresser, forcément) et ne jamais avoir vu la série The Tudors pour apprécier ce Deux soeurs pour un roi instructif et classique en diable. Ça tombe bien, j'appartiens aux deux catégories susdites. Dès lors, le film de Justin Chadwick apparaît comme un condensé d'histoire assez salutaire, qu'il conviendra de revoir en DVD avant de s'enfiler le diptyque Elizabeth de Shekhar Kapur. Chronologie oblige.
Si Deux soeurs pour un roi a moins de charme que les deux films de Kapur, c'est en partie à cause d'un certain manque d'audace. Elizabeth, c'était une Cate Blanchett parfois un peu fade, mais des excès assumés tant dans la grandiloquence du style que le faste des costumes. Ici, Chadwick se contente, efficacement mais sans vraie étincelle, de reproduire les faits et de créer un peu d'émotion. Ce dont on pourra se contenter selon son degré de culture historique et l'importance de sa part de midinette. Mais l'intérêt principal du film, outre la violence morale des évènements qu'il décrit, c'est ce duel entre soeurs, et donc ce duo d'actrices : éclipsant totalement un roi pourtant convaincant (pauvre Eric Bana), Scarlett J. et Natalie P. s'opposent dans un affrontement à double tranchant, avec ses moments de répit et ses rebondissements frénétiques.
La jolie chose là-dedans, c'est l'inversion des rôles, Johansson endossant le costume de la soeur la plus faible tandis que Portman incarne la plus manipulatrice des deux soeurs Boleyn. Un renversement absolument parfait, qui montre le talent des deux actrices et donne au film tout son sel. Dommage que tous les seconds rôles ne soient pas à la hauteur, et notamment un David Morrissey qui n'en finit plus de se couvrir de ridicule, lui qu'on avait déjà remarqué pour les mauvaises raisons dans le merveilleux Basic instinct 2. Ce type-là est une endive mais n'a heureusement pas contaminé un film bien tenu à défaut d'être flamboyant.
7/10

16 nov. 2006

LE PRESTIGE

Tout bon numéro de magie est constitué de trois phases : la promesse, le tour, et le prestige. Et justement, le fameux Prestige de Christopher Nolan est exactement construit de cette manière : un grand numéro de magicien qui donne souvent l'impression de laisser place au hasard alors que tout y est savamment calculé pour mieux berner le spectateur.
Sur un scénario puissamment tordu, Christopher Nolan livre un drame à suspense d'une complexité insoupçonnée. Le prestige raconte l'affrontement entre deux magiciens réputés dont la rivalité sans bornes va détruire les vies. Au départ, les coups bas et les attaques qu'ils se livrent tour à tour passent pour de la simple surenchère. Puis l'affaire se complexifie, et l'on plonge dans un torrent de noirceur s'inscrivant dans une logique implacable. Et justement, comme dans tout bon tour de magie, le spectateur ne voit que ce qu'il veut voir, poussé dans cette voie par la mise en scène discrète mais maligne d'un Nolan inspiré. Plus le film avance, plus les rebondissements sont extravagants, mais les situations et les personnages ont été mis en place avec tellement de soin que l'ensemble parvient à rester crédible. C'est toute la force du film : ne jamais perdre le contrôle des opérations tout en évitant de s'inscrire dans une narration mécanique et sans âme, à la manière d'un numéro de Sylvain Mirouf. Formidablement équilibré, le duel Christian Bale - Hugh Jackman fonctionne à merveille et délivre une tension palpable. Entre eux deux, une femme fatale d'à peine vingt-deux ans, Scarlett Johansson, sème le trouble en papillonnant de l'un à l'autre. Forcément parfaite. Michael Caine et David Bowie complètent parfaitement un casting ultra-maîtrisé.
Il demeure néanmoins une légère faille dans cette si belle muraille. Un tour de magie réussi est normalement une illusion parfaite qui prend le spectateur à la gorge et aux tripes en l'ayant empêché par tous les moyens d'en deviner les ficelles. Ici, le vieux renard des salles de cinéma et/ou l'oeil-de-lynx pourra trouver le truc une demi-heure au moins avant qu'il ne soit révélé. Cela gâche-t-il une seule seconde ce séduisant Prestige? Pas du tout. Parce que Nolan a plus d'un tour dans sa musette, qu'il sait comment dévoiler les choses sans tomber dans le blabla explicatif, et que l'atmosphère générale vaut à elle seule tous les plus grands cabarets du monde.
9/10

9 nov. 2006

LE DAHLIA NOIR

Roman mythique mêlant à une intrigue policière complexe une atmosphère de drame embrumé et torturé, le Dahlia noir de James Ellroy a enfin droit à sa version cinématographique. Est-ce une bonne nouvelle? C'est à voir. Car s'il n'est pas aussi mauvais que le dit la rumeur, le film de Brian DePalma risque de décevoir la majorité des spectateurs, qu'ils aient lu le roman d'Ellroy ou non.
Première option : vous avez lu Le dahlia noir et vous vous êtes passionné pour ce pavé sanglant et perturbant. Alors la déception viendra du fait que le scénario de Josh Friedman mise à peu près tout sur le côté polar du livre. Si les grandes étapes de l'enquête sur le meurtre d'Elisabeth Short sont bien présentes, le scénario laisse de côté le cauchemar éveillé de Dwight "Bucky" Bleichert, jeune flic tellement pris par cette affaire affreuse qu'il ne vit plus que pour elle et par elle. Une grosse frustration qui fait du Dahlia noir une reconstitution correcte des évènements du roman, pas davantage.
Seconde option : le livre d'Ellroy vous est inconnu, et le film est pour vous l'occasion de découvrir l'univers de l'écrivain américain. Merci de prévoir quelques cachets contre la migraine, puisqu'il est alors impossible de comprendre en profondeur les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Construction trop calquée sur le livre, personnages sacrifiés sur l'autel de la durée, scènes explicatives trop confuses... Il y a de quoi provoquer un rejet total (ou peut-être donner envie de s'atatquer au roman pour mieux comprendre de quoi il retourne).
Quoi qu'il en soit, Le dahlia noir est un film qui ne satisfera personne à force de vouloir contenter tout le monde. Il y a de quoi nourrir des regrets. Comme dans un film sur cinq, DePalma a retrouvé le goût de la mise en scène et nous dispense de ses habituels plans séquences inutiles et autres effusions de mauvais goût. La direction artistique est admirable, même si on peut lui préférer celle de L.A. Confidential, autre adaptation d'un bijou d'Ellroy. Quant au casting, il est à peu près parfait : même Josh Hartnett, qui semblait trop frêle pour le rôle principal, s'est acheté une crédibilité. Eckhart, Johansson, Swank : tous ses partenaires sont parfaits, mais s'il ne fallait retenir qu'une personne, ce serait Mia Kirshner, hypnotique et emballante dans le rôle de celle qu'on a appelée le Dahlia noir. Il y a peu de critiques à formuler envers l'une ou l'autre des scènes du film, pourvues qu'elles soient considérées indépendamment ; le gros problème est définitivement le scénario. Dommage pour DePalma, qui n'a pas grand chose à se reprocher (et c'est rare) : c'est pourtant son nom qui restera associé à ce semi-ratage.
5/10

8 nov. 2006

SCOOP

L'an dernier, Match point avait semblé signer un nouveau départ pour Woody Allen. Poursuivant allègrement sur son rythme effréné d'un film par an, Woody semblait enfin retrouver des couleurs après une série de films pâlichons indignes de son talent d'antan. Qu'on ne se réjouisse pas trop vite : avec Scoop, le vieux new-yorkais retombe dans les travers qu'il venait de quitter.
C'est loin d'être un compliment : Scoop ressemble au Sortilège du scorpion de jade, l'un des moins bons films de son réalisateur. On nage dans la même eau croupie : une comédie policière surannée avec deux doigts de magie pour tenter de lui donner du goût. C'est assez raté. S'il faut bien reconnaître qu'Allen a toujours un don incomparable pour sortir de sa poche des répliques hilarantes, le reste sent la redite à plein nez. L'intrigue policière a du plomb dans les rouages, et si elle importe plus que d'habitude, c'est que l'univers qui l'entoure n'est pas assez drôle pour convaincre. Résultat : un film sans grande saveur, qui enchaîne les péripéties avec une confondante absence de rythme.
Heureusement, il y a Scarlett. Aux antipodes de son rôle de Match point, la belle joue les apprenties journalistes avec une décontraction et un ton qui n'appartiennent qu'à elle. Parfaitement à l'aise, elle montre à qui l'ignorerait encore qu'elle n'est pas qu'un ravissant corps. Elle est sans nul doute l'actrice qui colle le mieux à l'univers allenien depuis une certaine Mia Farrow, à laquelle elle semble rendre hommage tant son jeu et son apparence sont calquées sur son illustre aînée. Face à un Woody hystérique et à un Hugh Jackman désespérément coincé, elle offre au film sa seule vraie bouffée de fantaisie. Merci Scarlett.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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