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23 juin 2009

JEUX DE POUVOIR

Datant de 2003, la mini-série State of play (6 épisodes d'une cinquantaine de minutes) avait fait le bonheur de la BBC et s'était extrêmement bien exportée de par le monde. Pas étonnant qu'Hollywood s'en soit emparé pour en faire un film : il y a tout dans cet univers pour bâtir un thriller politique solide et convaincant. Le problème est toujours le même : comment passer de 5 heures d'une densité absolue à un long-métrage qui n'en fait que 2 ? Là était toute la difficulté, et les scénaristes s'en sont relativement bien sortis. En supprimant quelques rebondissements et révélations, ils parviennent cependant à livrer une adaptation fort respectueuse du matériau d'origine. Quelques ressorts semblent plus schématiques, la tension sexuelle a totalement disparu, mais l'essentiel est là. Sans être particulièrement brillant ou original, Jeux de pouvoir est un divertissement plutôt réussi, qui n'apportera absolument rien aux connaisseurs de la série mais qui séduira sans mal tous les autres.
Qui dit intrigue resserrée dit aussi rythme haletant, le principal atout du film : il y a très peu de temps morts, et de moins en moins, les évènements s'enchaînant à vitesse grand V. Pour sa première expérience dans le genre, Kevin Macdonald se montre plutôt à l'aise, sa mise en scène fluide et agréable à l'oeil étant parfaitement adaptée à ce type de sujet. Cette plongée dans les arcanes du pouvoir peut sembler un rien prévisible, voire déjà vue, mais elle est absolument sans faille et il est très facile de se prendre au jeu. D'autant que les quelques scènes d'action sont d'une indéniable efficacité, avec notamment une fusillade dans un parking montrant que le réalisateur n'a pas deux mains gauches. Paradoxalement, c'est justement ce genre de séquence qui pousse à comparer le film à des modèles du genre comme les fameux Hommes du président, enquête politico-journalistique si passionnante qu'elle n'avait nul besoin de coups de feu pour être haletante. Jeux de pouvoir, lui, peut dire merci à ses morceaux de bravoure, qui semblent casser la légère monotonie qui pourrait rapidement s'y installer.
Le plus ronflant, en fait, c'est le casting. Qu'on fonctionne ou non par comparaison avec la série réalisée par David Yates, la distribution a de quoi laisser dubitatif. Et notamment le choix très discutable de Ben Affleck, bien trop jeune pour ce rôle de vieux briscard de la politique, et dont le manque total d'aisance a quelque chose de prodigieusement agaçant. Russell Crowe en fait des caisses, multipliant les oeillades et les tics pour donner du corps à son personnage (du Russell Crowe, en somme). Pas sûr que le duo Brad Pitt - Edward Norton, prévu au départ, aurait fait beaucoup mieux. Même Jason Bateman en fait trop dans le rôle-clé de l'indic un peu grande folle. Quant aux personnages féminins (notamment Robin Wright Penn et Helen Mirren, qui reprend le rôle de Bill Nighy), ils semblent avoir été sacrifiés sur l'autel du montage. Finalement, seule Rachel McAdams semble avoir trouvé sa place, confirmant que la bad girl de Lolita malgré moi a plus que bien grandi. On l'attend plus qu'impatiemment dans The time traveler's wife, qui devrait sortir cet été.




Jeux de pouvoir (State of play) de Kevin Macdonald. 2h07. Sortie : 24/06/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

2 nov. 2008

MENSONGES D'ÉTAT

On a parfois du mal à comprendre comment une équipe d'artistes chevronnés peut manquer à ce point d'exigence et de discernement. Sans être totalement scandaleux, Mensonges d'état fera tout de même office d'incident de parcours dans les filmographies de messieurs Scott, Di Caprio et Crowe. Le genre de film que personne ne pensera à citer quand, dans dix ans, il jouera à "donne-moi le plus grand nombre de films de ou avec machin" - un jeu très amusant pour s'occuper dans le métro, par exemple. Scénarisé par William Monahan, le type derrière Kingdom of heaven et Les infiltrés, Mensonges d'état multipie les tares puisqu'il est à la fois platissime et bourré d'invraisemblances. Deux défauts insurmontables mais dont la simultanéité n'est pas forcément désagréable, puisqu'on peut facilement tuer l'ennui en comptabilisant les aberrations scénaristiques.
On ne peut blâmer Ridley Scott d'avoir voulu faire un film sur le terrorisme qui ne ressemble pas à du Paul Greengrass. Problème : en prenant le contrepied total, il livre une oeuvre grabataire dans laquelle les personnages sont les seuls à voyager. Ils filent de pays en pays, slaloment entre le Proche-Orient et les USA, mais font finalement du surplace. C'est qu'il ne se passe pas grand chose pendant ces 2h08 : quelques explosions filmées de façon très ordinaires, beaucoup de dialogues un peu creux sur la manipulation et la condition des terroristes, et c'est à peu près tout. Il faut dire qu'on n'a guère envie de suivre les personnages dans leur quête, puisque leur manque de crédibilité est total. Dans un film dit réaliste, on ne peut faire gober au spectateur le fait que deux types dont un jeunot soient capables de réguler à eux seuls l'ordre mondial. C'est pourtant ce qu'essaie de montrer Ridley Scott, qui montre un agent de la CIA (Di Caprio, moyen) tellement fortiche qu'il prend toutes les décisions importantes sans demander l'avis d'un quelconque supérieur, et monter de grandes opérations anti-terroristes avec pour tout partenaire un semi-nerd planqué derrière son écran. Dans un James Bond, pourquoi pas ; ici, c'est totalement improbable. Surtout quand le surhomme en question se montre soudain assez stupide pour fricoter avec une infirmière locale sans se méfier ou se jeter naïvement dans les griffes des pires salauds du coin.
Le personnage de Russell Crowe est moins calamiteux mais pas beaucoup mieux ficelé, et c'est certainement pour cette raison que Monahan en a fait un pince sans rire absolu, débitant deux vannes à la minute sans avoir l'air d'y toucher. Quelques-unes de ses répliques touchent juste. Mais est-ce bien là l'ambition d'un tel film ? Sans doute pas. Au final, il est bien difficile de saisir les motivations de ce Mensonges d'état sans doute conçu comme un grand film politique avec du spectacle et une vraie thèse. Si thèse il y a, elle est d'un simplisme assez atroce (en gros, la loi du talion a toujours existé et existera toujours, c'est la vie), et c'est peut-être même pire que ça. On préfère faire semblant de ne pas comprendre quand, en toute fin de film, Di Caprio balance l'air de rien une réplique faisant du Proche Orient un gigantesque capharnaüm impossible à nettoyer. Quoi qu'il en soit, Mensonges d'état est un film à oublier bien vite, qui mérite son semi-four au box-office américain.
3/10

25 mars 2008

3H10 POUR YUMA

Préparez-vous à lapider l'auteur de ces lignes, qui s'apprête à faire son coming-out : il n'aime pas les westerns. Parce que 1) ça l'ennuie, 2) il a l'impression de voir encore et toujours le même film, 3) souvent il trouve ça complètement stupide. Oh, il y a bien quelques exceptions, puisque les meilleurs Sergio Leone trouvent grâce à ses yeux. Car jouissifs, ludiques, excitants. Mais même des monuments inattaquables comme Rio Bravo le font mourir d'ennui. Après de telles révélations, l'auteur de ces lignes comprendra aisément si vous ne remettez jamais plus les pieds ici.
Et 3h10 pour Yuma, dans tout ça ? Objectivement, il s'agit d'un western très planplan qui ne renouvelle évidemment pas le genre mais dont le rythme est assez trépidant (sur une échelle westernienne en tout cas). Le face-à-face entre un modeste fermier et un bandit de grand chemin donne lieu à quelques scènes criantes de vérité sur les différentes façons d'appréhender la vie (et donc la mort). En comparaison avec l'Open range de Kevin Costner, 3h10 pour Yuma ne tient cependant pas la route : si Open range était extrêmement long, comme un Danse avec les loups façon western, il déployait au moins une fusillade finale épique et stratégique comme une partie d'échecs. Le film de Mangold est plus primaire, avec des types qui n'arrêtent pas de se tirer dessus sans vraiment réfléchir à la façon dont ils vont échapper au bain de sang.
Et puis 3h10 pour Yuma souffre d'un terrible choix de casting : l'épouvantable Russell Crowe a encore frappé (rappelons que sa dernière prestation de qualité remonte au Révélations de Michael Mann). Ses oeillades insupportables (pour faire comprendre aux plus distraits que le méchant, c'est lui) rendent le film plus agaçant qu'il aurait dû l'être. heureusement qu'en face il y a Christian Bale, l'un des meilleurs acteurs de ce début de siècle, fin, nerveux, empreint d'une angoisse communicative. Il donne au film de Mangold ses instants les plus nobles ; mais pour voir à quoi devraient ressembler tous les westerns du monde, mieux vaut revoir encore et encore l'inépuisable Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.
6/10

26 nov. 2007

AMERICAN GANGSTER

Tout est dans le titre : American gangster est l'histoire d'un gangster américain, ni plus ni moins. Ce n'est pas l'originalité du sujet qui étouffera le spectateur, tant le film de Ridley Scott ressemble à ce qu'ont pu faire précédemment Hawks, Scorsese ou Mann (pour ne citer qu'eux). Comme dans Les affranchis, le héros "a toujours rêvé d'être un gangster". Grandeur, décadence, tout ça. American gangster est un film de bonne facture mais qui ne peut dissimuler un côté profondément ordinaire. Scott filme correctement (il était quand même plus inspiré il y a un quart de siècle). Washington et Crowe font leur job sans sortir une seconde du registre auquel ils ont toujours été cantonnés. Il faudrait d'aileurs que les réalisateurs américains se creusent davantage la tête pour attribuer les rôles d'hommes noirs : on croirait qu'il n'y a que trois acteurs blacks sur Terre.
Le talon d'Achille, c'est en fait le scénario du toujours ennuyeux Steven Zaillian, qui se contente d'accumuler les passages obligés et les scènes déjà vues. Washington n'étant pas DeNiro, il perd à tous les coups au jeu des comparaisons, et c'est bien ennuyeux. L'ennui, c'est qu'il y avait dans cette histoire trop classique matière à un film bien plus singulier : à la fin d'American gangster, on nous apprend que le flic interprété par Crowe, devenu avocat, s'est chargé de défendre le vilain mafieux alors qu'il l'avait lui-même traqué et arrêté. Cette relation ambiguë et à double tranchant possédait un vrai intérêt mais n'est malheureusement traitée que comme un point de détail. Il y a de toute façon bien longtemps que les frères Scott (rien à voir avec la série) ont arrêté de prendre des risques, se contentant d'enchaîner les films sans passion, juste pour le plaisir de voir leur filmographie s'allonger et de tourner sans cesse avec les mêmes acteurs. En tout cas, une chose est certaine : n'est pas Scorsese qui veut.
5/10

10 janv. 2007

UNE GRANDE ANNÉE

Passée la surprise de voir Ridley Scott s'attaquer à un sujet aussi classique et superficiel, il est encore possible de trouver un semblant d'intérêt à Une grande année. Cousue de fil blanc, l'histoire de ce trader au coeur sec qui va finir par fondre pour la Provence, ses vignobles et la fille qui va avec? Totalement, oui ; pourtant, on marcherait presque.
Il faut dire que la maladresse de Scott à faire de la comédie donnerait presque du charme au film. Montage souvent saccadé, filmage à la sauce vidéoclip, effets visuels inappropriés pour mettre en valeur des gags un peu faibles... Par moments, on jurerait que Ridley a passé la caméra à son frère Tony-le-surexcité (ou qu'il s'est enfilé deux bouteilles avant de tourner). Et puis Russell Crowe joue très bien les sales cons (rôle de composition? pas sûr du tout), face à uen Marion Cotillard très en forme(s).
On pouvait craindre une vision ultra stéréotypée de la France profonde, et pourtant il n'en est (presque) rien. Les Français et les Anglais sont traités à valeur égale : chaque camp en prend gentiment pour son grade, sans verser dans les clichés "bérêt-baguette contre parapluie dans le cul". Et si la petite ville provençale où se situe le film a des airs de carte postale pour touristes, c'est parce que c'est également le cas dans la vraie vie.
Il suffit alors de se boucher les oreilles pour oublier que la chanson "Lolita" d'Alizée n'a rien à faire là, et de se faire rapidement à la présence de Didier Bourdon dans un Ridley Scott. Alors Une grande année s'impose comme un divertissement sans aucune prétention, ni celle de nous surprendre, ni celle de nous faire pisser de rire. Au pays des grands crus, le film ressemble en fait à un tout petit rosé servi très frais : idéal pour étancher la soif, possiblement grisant en fin de soirée, mais aussitôt bu aussitôt oublié.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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