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2 avr. 2009

FROST / NIXON, L'HEURE DE VÉRITÉ

Ce n'est pas tous les jours que Ron Howard nous offre un film regardable. Sans atteindre les sommets vers lesquels d'autres cinéastes l'auraient sans doute mené, Frost / Nixon est un document extrêmement solide, un film assez passionnant pour qui s'intéresse de près ou de loin à l'histoire américaine et à ses heures les plus sombres. Écrit par Peter Morgan (The queen) d'après sa propre pièce, le film retrace la préparation et le déroulement de l'interview marathon menée par le présentateur vedette de l'époque face à un Richard Nixon démissionnaire mais pas repenti. Il sera évidemment question du Watergate, mais aussi du Viêtnam, et des États-Unis en particulier.
Enregistrée sur quatre soirées, cette interview qui battit des records d'audience est l'occasion pour Howard de livrer un portrait saisissant du président le plus détesté de l'histoire et d'exhumer les fantômes du passé. Trente ans après, et même si d'autres drames et scandales sont venus l'éclabousser, l'Amérique n'a pas oublié cette période sombre et honteuse. Le scénario n'entend pas réhabiliter Nixon, mais au contraire l'enfoncer un peu plus, n'hésitant pas à forcer le trait sur sa lâcheté, son refus de reconnaître ses torts, et même son incroyable avarice. Ce qui a fait jubiler les téléspectateurs de l'époque fonctionne aujourd'hui encore sur les spectateurs du film : l'impression d'avoir enfin percé à jour une icône déchue, la sensation d'une vengeance collective qui ne résoud rien mais fait sacrément du bien.
Dans la peau de Richard Nixon, Frank Langella est bien plus convaincant que ne l'était Anthony Hopkins dans le (trop) long film d'Oliver Stone. Il est le fer de lance de ce film édifiant à défaut d'être brillant, mais qui montre que Ron Howard est capable de s'effacer derrière un sujet pour peu que celui-ci soit suffisamment fort. Sans être transcendante, sa mise en scène est sobre, neutre, mais énergique. Là où d'autre tacherons que lui auraient insisté sur les mouvements de caméra (le huis clos fait peur au tacheron) ou forcé sur les filtres, il reste droit dans ses bottes et à peu près objectif, masquant de façon plutôt convaincante son admiration sans bornes pour le présentateur Martin Frost, lui aussi excellemment interprété par un Michael Sheen devenu spécialiste des grands rôles politiques.
7/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

11 oct. 2008

VICKY CRISTINA BARCELONA

Du sexy, de l'exotisme et du tourisme. C'est, en gros, ce que propose Vicky Cristina Barcelona, grosso modo le quarante-deuxième film de Woody Allen, et sans doute le plus sexuellement débridé de sa longue filmographie. Une longue promenade dans un Barcelone interlope et nyctalope en compagnie de trois sacrées pépées et d'un bel (?) ibérique. Un film un poil triste mais évidemment plein d'humour, qui fait de la légèreté un art de vivre et un sacerdoce. Caliente caliente, l'atmosphère est à la moiteur, en partie grâce à des interprètes qui donnent libre cours à leur côté torride. Difficile de dire qui des quatre est le plus impliqué dans son rôle ; en tout cas, le plaisir des yeux et celui de l'esprit se rejoignent. Mesdemoiselles Johansson, Cruz et Hall (quelle révélation !) sont d'une beauté fatale. Monsieur Bardem n'est sans doute pas mal non plus.
La ville catalane est donc le terrain idéal pour ces jeux de l'amour et du hasard, comme Woody sait en pondre chaque année ou presque. Il y aura des coucheries, des accès de rage aux fort accents ibériques, et quelques trahisons. Empreint d'un vrai charme, comme deux bons mois de tourisme sans contrainte budgétaire, le film n'est cependant pas beaucoup plus que cela. La tension érotique n'est pas si poussée, les jeux de massacre restent bien timorés, et on ne retrouve pas la morale perverse que sut installer Allen dans quelques-uns de ses films les plus marquants (Match point et Crimes et délits, par exemple). La mise en scène a beau avoir pris un coup de jeune, cela n'empêche pas une certaine léthargie d'envelopper un film qui ronronne sacrément alors qu'il aurait dû sentir le soufre, l'alcool et la semence. À ce trip pas désagréable, on pourra préférer les classiques alleniens des années 80-90, qui faisaient de la relation amoureuse quelque chose d'aussi délicieux qu'addictif, mais aussi de diaboliquement pervers.
6/10

16 nov. 2006

LE PRESTIGE

Tout bon numéro de magie est constitué de trois phases : la promesse, le tour, et le prestige. Et justement, le fameux Prestige de Christopher Nolan est exactement construit de cette manière : un grand numéro de magicien qui donne souvent l'impression de laisser place au hasard alors que tout y est savamment calculé pour mieux berner le spectateur.
Sur un scénario puissamment tordu, Christopher Nolan livre un drame à suspense d'une complexité insoupçonnée. Le prestige raconte l'affrontement entre deux magiciens réputés dont la rivalité sans bornes va détruire les vies. Au départ, les coups bas et les attaques qu'ils se livrent tour à tour passent pour de la simple surenchère. Puis l'affaire se complexifie, et l'on plonge dans un torrent de noirceur s'inscrivant dans une logique implacable. Et justement, comme dans tout bon tour de magie, le spectateur ne voit que ce qu'il veut voir, poussé dans cette voie par la mise en scène discrète mais maligne d'un Nolan inspiré. Plus le film avance, plus les rebondissements sont extravagants, mais les situations et les personnages ont été mis en place avec tellement de soin que l'ensemble parvient à rester crédible. C'est toute la force du film : ne jamais perdre le contrôle des opérations tout en évitant de s'inscrire dans une narration mécanique et sans âme, à la manière d'un numéro de Sylvain Mirouf. Formidablement équilibré, le duel Christian Bale - Hugh Jackman fonctionne à merveille et délivre une tension palpable. Entre eux deux, une femme fatale d'à peine vingt-deux ans, Scarlett Johansson, sème le trouble en papillonnant de l'un à l'autre. Forcément parfaite. Michael Caine et David Bowie complètent parfaitement un casting ultra-maîtrisé.
Il demeure néanmoins une légère faille dans cette si belle muraille. Un tour de magie réussi est normalement une illusion parfaite qui prend le spectateur à la gorge et aux tripes en l'ayant empêché par tous les moyens d'en deviner les ficelles. Ici, le vieux renard des salles de cinéma et/ou l'oeil-de-lynx pourra trouver le truc une demi-heure au moins avant qu'il ne soit révélé. Cela gâche-t-il une seule seconde ce séduisant Prestige? Pas du tout. Parce que Nolan a plus d'un tour dans sa musette, qu'il sait comment dévoiler les choses sans tomber dans le blabla explicatif, et que l'atmosphère générale vaut à elle seule tous les plus grands cabarets du monde.
9/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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