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25 juin 2009

SHERRYBABY

Difficile de savoir pourquoi Sherrybaby sort en ce mois de juin alors qu'il avait été présenté... à Deauville 2006. Cette sortie s'apparente à un vidage de fond de tiroir de la part du distributeur, mais ce n'est pas une si mauvaise nouvelle que ça. Car le film de Laurie Collyer se révèle relativement intéressant, en particulier pour la prestation de son actrice principale. Comme tout film indépendant qui se respecte, celui-ci raconte la tentative de rédemption d'une (ex-) junkie souhaitant notamment reconquérir sa fille et pouvoir mener une vie tranquille avec elle. Le sujet n'est donc pas foncièrement original, mais bénéficie du traitement plutôt délicat de sa réalisatrice. Même quand Sherry, suite à bien des perturbations, sera tentée de reprendre l'héroïne, Laurie Collyer la filme à distance, sans complaisance, comme un ami qui suivrait cette femme en faisant tout pour qu'elle décroche définitivement.
Sherrybaby est donc un portrait de femme saisissant et souvent émouvant, notamment grâce à l'abattage d'une Maggie Gyllenhaal extrêmement impliquée, jouant sans doute trop sur la corde sensible mais compensant cela par une prestation très physique. Sherry joue de son corps, parce que la prison a créé un manque, mais aussi parce qu'elle est prête à tout pour s'insérer dans la société et convaincre les employeurs de lui trouver un job décent. Se désaper devant son futur patron n'a rien de bien reluisant, mais Sherry s'y prête avec fatalisme. Une fois encore, la réalisatrice évite la putasserie, filmant le corps de l'héroïne sans pudeur mais n'en rajoutant pas gratuitement.
Si son rôle le plus marquant reste celui de la Secrétaire sous l'oeil lubrique et amusé de Steven Shainberg, Maggie Gyllenhaal prouve qu'elle a dispose de tous les atouts pour devenir une reine du drame. Lui reste cependant à affiner son jeu, notamment en évitant d'abuser de ses grands yeux de chien battu. Elle y parvient assez souvent, en particulier lorsque son personnage se met à hauteur de sa fille et tente de retisser un lien maternel bien précaire. Là, s'armant de courage et de patience, Sherry revêt l'apparence d'une femme forte, et c'est assez beau. Lorsqu'elle s'écroule ensuite, le film est un peu moins convaincant, chassant sur les terres du mélo alors que c'était dispensable. Pas tout à fait abouti, Sherrybaby reste cependant un joli petit film indé que les admirateurs de l'actrice ne pourront qu'apprécier.




Sherrybaby de Laurie Collyer. 1h45. Sortie : 24/06/2009.

9 août 2008

THE DARK KNIGHT - LE CHEVALIER NOIR

Les films de super-héros… leurs costumes en kevlar, leurs métaphores enfantines, leur noirceur temporaire. Tim Burton. Sam Raimi. Les autres. Une complète bande de ringards. Après un très honorable échauffement nommé Batman begins, Christopher Nolan met le feu à Gotham, à la pellicule et à notre système nerveux. The dark knight est un film intense, plein, acide et rond en bouche, une œuvre belle à pleurer, ambitieuse mais pas poseuse. Premier exploit de ce touche-à-tout de brio (que quelqu’un ose dire du mal de Memento ou du Prestige) : ne pas céder à l’obsession habituelle (routinière) des metteurs en scène pour des univers surstylisés, avec décors noir charbon et cadres froids et implacables. Dès son ouverture (un hold-up, intérieur jour, filmé comme un polar, longue séquence ne payant pourtant pas de mine), il annonce la couleur : The dark knight sera un film noir, mais dans le sens le plus noble du terme, celui qu’affectionnent des auteurs comme James Ellroy.
Ainsi, la première heure fait quasiment de Batman et Bruce Wayne des personnages secondaires, des justiciers un peu niais mais dont l’autorité ne suffit pas (ou n’a jamais suffi). Au centre du film, deux êtres-clés. D’abord Harvey Dent, premier moteur du film, procureur borné et redoutable qui ne craint ni la politique-spectacle, ni les corps à corps. Ceux à qui l’univers batmanien n’est pas tout à fait étranger savent parfaitement de quoi est fait le destin de Dent. Ils n’ont pas idée de la puissance de son développement. Ensuite, le Joker, bête de somme et monstre de foire, se définissant lui-même comme un agent du chaos. Idée géniale, et pas des moindres : faire de ce bad guy un peu guignol une sorte d’empereur de l’anarchie, uniquement obsédé par la destruction et l’implosion du monde. Son jusqu’auboutisme a de quoi soulever les cœurs, révolter, donner la nausée. Nolan réinvente un personnage dont on croyait avoir fait le tour chez Burton ; avec tout le respect qui est dû au grand Jack Nicholson, Heath Ledger s’impose comme le seul et unique Joker, moins dans le grand-guignol que dans le malaise permanent. Il faut se rendre à l’évidence : ce type était déjà mort au moment de jouer dans The dark knight. Aucun vivant ne pouvait s’acquitter d’une telle prestation.
Dans ce film fleuve très touffu (trop, diront certains), Nolan orchestre avec sérénité une montée en puissance vers l’apocalypse, décrivant le duel Joker / Batman d’une façon stupéfiante. La plupart du temps, cet affrontement s’effectue à distance, avec très peu de scènes d’action ou de face à face véritable. Ce n’était pas utile : en une séquence d’interrogatoire, tout est dit. Et le ciel nous tombe sur la tête : Wayne a peur du Joker. Remballez vos illusions, vos rêves d’enfant, votre foi en l’existence d’un sauveur unique et invincible, capable de tous nous guider vers un monde moins pourri. Le côté obscur l’emportera, tôt ou tard. Et ça fait froid dans le dos. En attendant, on assiste, impuissant, à une spirale d’évènements tragiques, où sont également impliqués Rachel Dawes, au centre d’un triangle amoureux possiblement fatal (Maggie Gyllenhaal, qui remplace plus qu’avantageusement Katie Holmes), et le commissaire Gordon (stupéfiant Gary Oldman, plus important qu’il n’en a l’air). The dark knight, c’est du Ellroy, mais c’est également du Corneille, du Racine, du Rostand version hardcore. L’enchaînement dramatique du film montre que Nolan ne s’interdit rien, sauf de sombrer dans le tout-commerce et dans le sensationnel gratuit. La stratégie marketing n’a pas sa place ici : un troisième volet est toujours envisageable, et même souhaitable, mais le réalisateur et son frère et coscénariste se sont compliqué la tâche et ont fermé toutes les portes menant à une suite facile et prévisible. Leur culot est sans limite, mais n’éclipse jamais la beauté primale du film.
Car The dark knight est d’abord un film de toute beauté. Aux scènes d’action, Nolan préfère les explosions, ce qui esthétiquement parlant est un pur régal. Cela ne l’empêche pas de nous offrir quelques morceaux de bravoure assez tonitruants, dans lesquels il fait preuve d’une aisance qui tranche avec la pesanteur des numéros d’action qui ponctuaient Batman begins. C’est aussi un film sur la beauté de l’acte politique, qu’il soit démocratique et noble, ou anarchique et dégueulasse. L’action du Joker est haïssable mais magnifique ; on est loin du nihilisme de bas-étage des super vilains habituels, dont on s’est souvent fait une montagne un peu précipitamment. Indirectement, le Joker est à l’origine d’une réflexion en plusieurs actes sur l’amour, sa concrétisation et son évaporation. Stupéfiant. On est rarement sorti d’un film aussi envoûté, déchiré, dégoûté mais avide d’en reprendre plein la face pendant encore cent quarante-sept minutes.
Il serait bien trop simple de résumer The dark knight en affirmant sommairement que, comme dans la plupart des grandes sagas, le numéro 2 est toujours le meilleur. Ce serait oublier que ce film-là n’a guère besoin du précédent pour exister, qu’il s’agit d’abord une œuvre extraordinaire en tant que telle, et qu’il est permis de croire à un incroyable miracle voulant que le suivant soit encore mille fois meilleur. Au vu de la ténébreuse conclusion de celui-ci, si Chris Nolan a un peu de suite dans les idées (et il en a), ce troisième film a de quoi dynamiter le septième art et nos rétines. À une réserve près : ce sera un film sans Heath Ledger. Ce challenge est donc irréalisable. Et donc trop tentant. Les années à venir vont être diablement longues.
9/10

10 janv. 2007

L'INCROYABLE DESTIN DE HAROLD CRICK

Voilà un pitch digne de Charlie Kaufman : un matin, un type ordinaire se réveille et découvre que sa vie est désormais commentée par une narratrice au fur et à mesure qu'il la vit. D'abord déboussolé, il finit par accepter cette idée ; jusqu'à ce que la voix annonce sa mort prochaine...
Un concept original et potentiellement ravageur. D'autant qu'au lieu d'étirer son concept à loisir (à la manière de Kaufman dans l'excellent mais torturé Adaptation.), le jeune scénariste Zach Helm préfère dessiner un portrait tendre au burlesque teinté de spleen. Si Harold Crick est victime d'une telle mésaventure, c'est sans doute parce que sa vie est trop banale, rythmée par des préceptes débiles (compter le nombre de mouvements de sa brosse à dents) mais surtout pleine de vide.
Autour du génial Will Ferrell (aussi bon en clown triste que dans son habituel rôle de gros débile), Marc Forster a réuni un casting hétéroclite et vraiment convaincant, de Maggie Gyllenhaal à Dustin Hoffman. Mais si la direction d'acteurs est sans faille, la réalisation relève de l'abomination : l'image est laide, presque sale, et le cadre franchement négligé. Dommage que Forster ne se soit pas appliqué à rendre hommage à l'originalité du propos en mettant un peu de vie et de surprises dans son univers visuel.
Au final, L'incroyable destin de Harold Crick sonne comme un film ludique et touchant. Pas plus. Sans doute parce qu'une fois encore, le concept a tué l'âme même du film. Les bons moments sont légion, mais on attend toujours plus d'un sujet pareil. Le film signe en tout cas la naissance d'un acteur crédible (Ferrell) et celle d'un scénariste singulier (Helm, dont le premier film en tant que réalisateur a l'air bien barré). C'est déjà énorme.
6/10

21 sept. 2006

WORLD TRADE CENTER

Le saviez-vous? Le 11 septembre 2001, deux avions ont percuté les tours du World Trade Center. Cinq ans plus tard, les films sur ce drame commencent à fleurir. Après le mémorable Vol 93 de Paul Greengrass, c'est au tour d'Oliver Stone de donner sa vision du jour maudit. Film catastrophe, World trade center est surtout une catastrophe tout court, un film dispensable et détestable qui confond tout et ne dit rien d'intéressant.
La première demi-heure laisse le bénéfice du doute : on y voit une équipe de policiers new-yorkais prendre leur service et découvrir quelle apocalypse est en train de s'abattre sur leur ville. Sobre, sans chichis, mais dépourvu d'âme : dès le début, on a bien du mal à reconnaître la patte d'Oliver Stone.
Arrive alors l'évènement majeur du film : nos deux flics de héros se retrouvent ensevelis sous les décombres de la tour. Pendant les quatre-vingt-dix minutes qui vont suivre, on va les regarder pleurnicher, souffrir, et se raconter leur vie. Ce que Stone entrecroise avec le désespoir de leurs familles respectives, persuadées que leurs fifils chéris sont morts depuis belle lurette. Et là, rien. Un vide béant. Visiblement, Oliver Stone n'a pas plus à dire qu'il n'a à raconter. On attend patiemment une lueur d'esprit, un début de réflexion, quelque chose à quoi se raccrocher. Mais non : World trade center n'est que bons sentiments, guimauve, larmes de crocodile. Et, bien pire, patriotisme et bondieuseries. Par le biais de la télévision, Stone semble se ranger du côté de George W. Bush et de sa sainte parole. Avant de nous infliger, comble du comble, les visions christiques des deux héros (oui oui, Jésus Christ en personne leur apparaît, sous une forme on ne peut plus triviale). Ça ressemble à tout sauf à du cinéma. Une seule explication : le gâtisme total d'Oliver Stone, qui livre un film-propagande aussi insipide que repoussant, une publicité immonde en faveur de la fameuse "guerre du Bien contre le Mal" orchestrée par Bush et ses pairs. Comme si le réalisateur de Platoon et JFK était mort enseveli sous les deux tours.
Quelques plans pris au détour des dernières minutes font regretter ce qu'aurait pu être World trade center (titre mensonger tant le sujet évoqué n'est pas traité) : un film douloureux mais nécessaire sur une ville meurtrie physiquement et moralement. Il suffit d'un grand tableau de petites annonces pour retrouver des proches disparus, ou de plans sans commentaire sur les ruines de la ville, pour créer l'émotion et faire naître la révolte. Mais non : le film d'Oliver Stone est juste un patchouli dégueulasse et soporifique, bien loin de ses promesses de film phare.
Dernière critique : dans le film, Maria Bello porte des lentilles bleu clair. Maria Bello porte des lentilles bleu clair? Oui oui. Un concentré de mauvais goût, je vous dis.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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