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11 juil. 2009

PUBLIC ENEMIES

Il paraît que certaines personnes connaissent par coeur le film High fidelity, de Stephen Frears, à force d'en avoir usé la VHS puis le DVD. Ceux-là, plus encore que les autres, connaissent à l'avance le dénouement de Public enemies, puisque comme le dit John Cusack lors d'une promenade nocturne à Chicago : « John Dillinger was killed behind that theater in a hale of FBI gunfire. And do you know who tipped them off? His fucking girlfriend. All he wanted to do was go to the movies. ». Le film de Michael Mann vient d'ailleurs corriger le caractère un rien approximatif de cette remarque, n'émanant après tout que d'un petit vendeur de disques. Mais bref, avant de mourir à la sortie du cinéma où il vit L'ennemi public numéro 1 (Manhattan melodrama en VO, donc aucun lien avec le titre choisi par Michael Mann), John Dillinger donna du fil à retordre à la police. C'est son parcours chaotique et médiatisé que le brillant metteur en scène de Révélations met en images dans le film, ainsi que les états d'âme du grand flic dont la seule et unique fonction est de le débusquer.
Si Heat, sorti en 1996, n'était que le remake même pas déguisé du L.A. takedown de Mann, Public enemies ressemble au remake officieux de Heat, mais dans une version annéees 30. Même traitement en parallèle du gendarme et du voleur. Mêmes rencontres épisodiques et chargées de sens. La différence, c'est que Heat bénéficiait d'une mise en scène absolument brillante, faisant du film un curieux mélange entre jeu d'échecs et partie de ball-trap. En comparaison, Public enemies semble bien fade, et ce pour deux raisons principales. La première, c'est qu'en lieu et place des acteurs excessifs mais impressionnants que sont Al et Bob, Mann a choisi Johnny Depp et Christian Bale, des types très pros mais presque trop, qui serrent impeccablement la mâchoire mais intériorisent absolument tout, rendant le face-à-face hermétique et parfois ennuyeux. Les grands gangsters sont tous des cabotins ; les grands flics aussi, pour la plupart ; l'immense sobriété des deux interprètes fait largement regretter le côté théâtre de Guignol de l'affrontement Pacino - de Niro.
Le second gros défaut de Public enemies, déjà évoqué à l'époque de Miami vice, concerne la mise en scène. Difficile de contester l'absolue virtuosité d'un Michael Mann habitué à penser et repenser chacun de ses plans sans pourtant donner l'impression de calculer. Seulement voilà : comme d'autres cinéastes entre deux âges, sa rencontre avec la DV lui a fait beaucoup de mal - même si le cas David Lynch est bien plus inquiétant. En pensant gagner en possibilités ce qu'il perdait en contraintes, Mann a beaucoup expérimenté avec son nouveau joujou, a découvert les fabuleux atouts de cette nouvelle technologie, et ne cesse depuis de s'y complaire. Si Collateral utilisait à merveille le format pour créer une impression d'urgence voulue par le script, c'était déjà bien plus discutable dans Miami vice. Et ça l'est tout autant dans ce Public enemies qui, s'il est constellé de morceaux de bravoure qui cassent effectivement la routine du genre, devient extrêmement ennuyeux dès qu'il décrit les moments de répit des deux héros. La faute à une technique qui obnubile tellement son metteur en scène qu'elle l'empêche d'approfondir la psychologie de ses personnages - réduits à une opposition basique gentil contre méchant - et de mettre en valeur le romantisme et le lyrisme de certaines situations. Résultat : Marion Cotillard a beau faire bonne figure, son personnage semble au final bien plat, tout comme pas mal d'autres. La peur de mal vieillir a entraîné chez Mann un aveugle désir de modernité qui a finalement eu l'excès inverse : il semble ici un peu dépassé par l'intrigue et l'ampleur du projet. Qu'il pose un peu sa caméra numérique et réfléchisse vraiment à ses apports et à ses risques : le brillant Michael Mann d'antan commence à nous manquer.




Public enemies de Michael Mann. 08/07/2009. 2h13. Sortie : 08/07/2009. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

19 févr. 2007

LA MÔME

Bienvenue au musée Grévin. Vous y trouverez les statues de cire de personalités telles que Marcel Cerdan, Marlène Dietrich ou encore Edith Piaf. Pas d'âme (pas d'âme, pas d'âme), rien que de la matière inerte et jaunâtre, rongée par l'usure du temps et recouverte d'une bonne couche de poussière.
Voir La môme revient à visiter ce musée : si on ne peut nier qu'un certain savoir-faire a été mis en oeuvre, difficile d'éprouver autre chose qu'un ennui poli. Au cas où quelqu'un l'ignorerait encore (quel matraquage), Edith Piaf, c'est Marion Cotillard : grâce à une transformation physique poussée et à une préparation Actor's Studio pour pousser le mimétisme jusqu'à son paroxysme, elle parvient par moments à ne faire qu'une avec la chanteuse. Le reste du temps, elle n'est qu'un morceau de cire bien taillé, une imitatrice de talent, comme à l'époque où les émissions de Patrick Sébastien nous offraient de découvrir qui se cache sous telle ou telle star morte.
La môme est une accumulation misérabiliste de vignettes lourdement édifiantes, assemblées dans un ordre plus ou moins chronologique pour faire artiste. En vérité, cette déconstruction temporelle n'a aucun intérêt, si ce n'est de nuire à la lisibilité du film et de le rendre un peu plus racoleur. Au gré de flash-forwards insistants, Olivier Dahan entend montrer que si Piaf est morte, c'est parce qu'elle a vécu. Tiens donc? Alors, en juxtaposant des scènes excessivement noires, le réalisateur des Rivières pourpres 2 (ça calme) fait de Piaf une rock-star avec un caractère de cochon, un foie de poivrot et un penchant certain pour les seringues. Véridique? Sans doute. Problème : Dahan s'évertue à faire de cette mégère à la voix d'or une espèce de sainte. A la fin, multipliant les plans sur une Piaf démolie et agonisante, il la sanctifie comme la mère Teresa qu'elle n'est pas. Puis conclut son misérable récital par un "Je ne regrette rien" tellement beau qu'il devrait se suffire à lui-même ; mais, dans un ultime élan de démagogie, il en remet une couche sur l'extinction douloureuse de la vieille môme. Quand les lumières se rallument, le public applaudit, visiblement pas conscient qu'il vient d'être victime d'une opération de manipulation sentimentale savamment orchestrée.
Il reste de bonnes choses dans cette diabolique machine à faire chialer la ménagère : quelques seconds rôles de poids (impeccables Marc Barbé et Jean-Pierre Martins) et la beauté des chansons de Piaf. Trop peu face à la lourdeur d'un film-somme convenant mal à un réalisateur trop torturé pour être honnête.
3/10

10 janv. 2007

UNE GRANDE ANNÉE

Passée la surprise de voir Ridley Scott s'attaquer à un sujet aussi classique et superficiel, il est encore possible de trouver un semblant d'intérêt à Une grande année. Cousue de fil blanc, l'histoire de ce trader au coeur sec qui va finir par fondre pour la Provence, ses vignobles et la fille qui va avec? Totalement, oui ; pourtant, on marcherait presque.
Il faut dire que la maladresse de Scott à faire de la comédie donnerait presque du charme au film. Montage souvent saccadé, filmage à la sauce vidéoclip, effets visuels inappropriés pour mettre en valeur des gags un peu faibles... Par moments, on jurerait que Ridley a passé la caméra à son frère Tony-le-surexcité (ou qu'il s'est enfilé deux bouteilles avant de tourner). Et puis Russell Crowe joue très bien les sales cons (rôle de composition? pas sûr du tout), face à uen Marion Cotillard très en forme(s).
On pouvait craindre une vision ultra stéréotypée de la France profonde, et pourtant il n'en est (presque) rien. Les Français et les Anglais sont traités à valeur égale : chaque camp en prend gentiment pour son grade, sans verser dans les clichés "bérêt-baguette contre parapluie dans le cul". Et si la petite ville provençale où se situe le film a des airs de carte postale pour touristes, c'est parce que c'est également le cas dans la vraie vie.
Il suffit alors de se boucher les oreilles pour oublier que la chanson "Lolita" d'Alizée n'a rien à faire là, et de se faire rapidement à la présence de Didier Bourdon dans un Ridley Scott. Alors Une grande année s'impose comme un divertissement sans aucune prétention, ni celle de nous surprendre, ni celle de nous faire pisser de rire. Au pays des grands crus, le film ressemble en fait à un tout petit rosé servi très frais : idéal pour étancher la soif, possiblement grisant en fin de soirée, mais aussitôt bu aussitôt oublié.
5/10

12 sept. 2006

FAIR PLAY

C'est fou comme les réalisateurs français sont doués pour foutre en l'air de brillantes idées de films. Bienvenue à Lionel Bailliu dans ce club pas très fermé : Fair play est un ratage à la hauteur de son formidable potentiel de départ. Sur la base de son court-métrage Squash, l'objectif de Bailliu était de pointer du doigt les rapports pervers entre les membres d'une même entreprise à travers leurs rencontres successives dans le domaine sportif.
Le film de Bailliu est en fait une succession de cinq courts métrages de durées diverses : une course improvisée en aviron, une partie de squash ultra-tendue, un parcours santé qui vire au chantage, une partie de golf menaçante et un rafting sauvage possiblement fatal. Si les intentions sont à chaque fois excellentes, la mécanique perverse de chacun des segments tourne très rapidement à vide, plombée par un côte brouillon franchement agaçant.
Rien n'est satisfaisant dans cet ersatz de film. La réalisation sale et souvent mal fichue, le montage visiblement exécuté par des novices. Pire, si chaque acteur semble être arrivé sur le tournage avec une mine d'idées pour s'approprier son personnage, c'est au choix excessif ou raté. L'exemple le plus criant est celui de Benoît Magimel, qui semble se régaler dans le rôle du beauf arriviste bedonnant et habillé n'importe comment, mais dont la prestation n'est jamais crédible. En fait, seul Éric Savin se sort d'affaire dans le rôle du boss intraitable. Des dialogues mal dégrossis (on flirte parfois avec la trivialité la plus totale) et des situations prévisibles et systématiques achèvent de faire de Fair play un jeu de massacre bien médiocre.
Pour finir de se convaincre de la vacuité de l'entreprise, il n'y a qu'à réfléchir au message délivré par le film, et en particulier par la partie rafting. Lorsque celle-ci tourne mal suite aux intempéries (entre autres), la morale délivrée par Bailliu est la suivante : dans ce genre de situation, le pire ennemi de l'homme n'est autre que lui-même. On aurait vu ça en mille millairds de fois mieux dans The descent que ça ne m'étonnerait pas.
2/10

22 juin 2006

DIKKENEK

Dikkenek, c'est extrêmement n'importe quoi, comme dirait JC, l'un des branquignols qui servent de héros au film. Un moment, on craint de se trouver devant une simple juxtaposition de saynettes dont l'unique credo est la belgitude. En fait, ces short cuts sont savamment reliées entre elles, et si l'argument tient sur un timbre-poste, il y a suffisamment de bouffées délirantes pour emporter l'adhésion.
Dikkenek commence sur les chapeaux de roues, avec notamment la visite d'une classe de primaire au désormais célèbre Musée des Accidentés de la Route, savant mélange d'épaves et de mauvais goût. Hilarante et franchement dégueulasse, cette séquence donne le ton d'un film qui ne recule devant rien pour faire rire.
Alors évidemment, qui dit "intrigue" éclatée dit film hétérogène. Entre les morceaux de choix se dressent quelques grands moments de solitude, qui semblent être provoqués par quelques comédiens pas à leur place (notamment Jérémie rénier et Florence Foresti). Alors on attend quelques minutes, impatient à l'idée de retrouver JC et Claudy (Jean-Luc Couchard et François Damiens), les deux belges de service dont l'accent à couper au couteau et les expressions foireuses font le sel du film. Dikkenek prouve à tout le monde que la Belgique, ce n'est pas seulement Benoît Poelvoorde. Cheveux sales, front gras, perversions en tous genres : ces deux anti-héros là ont de l'avenir. On rempilerait volontiers pour un deuxième volet. D'autant que côté charme, Dikkenek contient une pépite nommée Mélanie Laurent, petite bombe prête à tout pour s'amuser. Même à faire des photos de charme avec un poney. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus. Dikkenek défrise sévère. Et donne gravement la frite (humour).
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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