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3 janv. 2009

THE SPIRIT

Même en étant un béotien complet vis-à-vis de l'univers de Will Eisner, on comprend aisément la consternation qui fut celle des fans de l'auteur à la vue de The spirit : l'impression de voir leur oeuvre chérie saccagée sans vergogne par un homme pourtant estimable. Pour son premier film en solo (il a coréalisé Sin city avec Robert Rodriguez), Frank Miller livre en effet une sorte de n'importe quoi généralisé, un film noir cartoonesque qui passe en une seconde du délire total au drame poisseux. C'est la grande tendance de l'hiver 2008 : mêler les genres et les tonalités, sans répit ni discernement, jusqu'à égarer le spectateur. Spectateur qui, d'ailleurs, le rend bien aux réalisateurs concernés (Miller ou encore Baz Luhrmann) en évitant consciencieusement d'aller voir les films en question.
Mieux vaut donc ne rien attendre de The spirit, ou tout au moins être prévenu, sous peine de passer un moment ô combien éprouvant. À cette (énorme) condition, il est également permis de trouver ce spectacle intéressant car allant totalement à rebours des canons du genre. Comme la ville qui lui sert de décor, le film de Frank Miller est une terre de contrastes. Le noir et le rouge prédominent, certes ; mais les personnages, eux, se battent à coups de toilettes (si si) ou photocopient leurs popotins. C'est donc effectivement du grand n'importe quoi, aussi imprévisible qu'hétérogène. C'est parfois très drôle, parfois non. La violence, elle, n'imprime guère la rétine, traitée avec une telle légèreté qu'il est impossible qu'elle impressionne quiconque. Les acteurs les plus convaincants sont ceux qui cabotinent avec le plus d'application : ainsi, le duo Sam Jackson / Scarlett Johansson est celui qui fonctionne le mieux, rendant absolument délirantes toutes les scènes dans lesquelle ils apparaissent.
À l'opposé, Gabriel Macht et Sarah Paulson, pourtant censés constituer le noyau romantico-tragique du film, sont d'une fadeur totale. Mais on peut difficilement les en accuser, Miller ayant visiblement voulu faire de ces deux personnages des modèles de premier degré, favorisant une fois encore le contraste avec des personnages secondaires moins bridés. D'une façon générale, tout ce qui se veut sérieux est raté, et en particulier le lien quasi charnel qui unit le Spirit à la ville. On sent que celle-ci est croquée comme un personnage à part entière, avec ses sentiments et ses réactions aux évènements. Las : s'il développe des techniques intéressantes, Miller n'arrive pas à la cheville d'artistes comme Alex Proyas, dont la ville de Dark city prenait vraiment corps. La conclusion est simple : s'il est un exemplaire auteur de comics, s'il a un énorme potentiel en tant que directeur artistique, Frank Miller n'a sans doute pas toutes les capacités nécessaires pour prendre à lui seul la direction d'un long-métrage. En revanche, cette expérience pourrait être très profitable en vue d'un Sin city 2 qui devrait se tourner à partir de cet été, avec Miller et Rodriguez derrière la caméra.
5/10

24 juil. 2006

TWO FOR THE MONEY

Retraite prématurée pour cause de genou en miettes, et Brandon Lang ne voit qu'une solution pour ne pas se détacher totalement du football américain. Il intègre une agence de conseil pour parieurs et, choyé par le big boss, devient vite la coqueluche du monde du pari. Argent, pouvoir, orgueil : combien de temps peut-on rester le meilleur?
Trois longs métrages, trois univers totalement différents pour DJ Caruso, réalisateur qu'on pourrait penser atypique. Mais si Two for the money ne ressemble pas à ses précédents films, c'est qu'il fait surtout penser à ceux de quelqu'un d'autre. Two for the money ressemble à s'y méprendre à un film d'Oliver Stone, le mix parfait entre Wall street et L'enfer du dimanche.
Caruso met en scène le face-à-face de deux individus arrogants et assoiffés de pouvoir plus encore que de pognon, et parle de football sans en montrer (sauf par l'intermédiaire de la télévision, égratignant au passage la toute-puissance des médias). La film pointe du doigt plus d'une hypocrisie, dont celle-ci : aux USA, le pari sportif n'est autorisé que dans quatre États alors que le conseil aux parieurs est un marché lucratif et légal dans tout le pays...
Un monde cruel et pervers donc, comme les aime Oliver Stone. Sauf que Caruso n'a ni son acidité ni sa délicieuse paranoia. Et Two for the money de n'être qu'un divertissement gentillet qui voudrait bien donner des leçons mais se prend salement les pieds dans le tapis. Et ce n'est ni Matthew McConaughey, oeil terne et cheveu fatigué, ni Al Pacino, plus cabot que jamais (ses scènes d'attaque cardiaque sont risibles), qui changeront la donne de ce Jerry Maguire de pacotille.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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