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8 août 2009

PARTIR

Après des siècles de littérature, de théâtre et de cinéma, qui peut prétendre donner un nouveau jour à une histoire d'adultère ? C'est pourtant ce que réussit brillamment Catherine Corsini, qui part d'une situation dont on croyait avoir fait le tour et la transforme peu à peu par son réalisme cru et la conviction de ses interprètes. La preuve du succès de cette entreprise risquée, c'est que malgré un titre très directif et une mise en place moyennement originale, quelque chose se produit dès le début. Le film fonctionne comme s'il était le premier à traiter un tel sujet, et bientôt s'emballe pour ne plus jamais s'arrêter.
Décevants à plus d'une reprise, les films de Corsini finissent généralement par gâcher leur belle idée de départ à force d'approximations de mise en scène ou d'écriture. Ici, on a beau guetter le faux pas, il ne survient jamais, même lorsque les excès sont de sortie. La clé de ce triangle amoureux biaisé dès le départ est sans doute le mari trompé, incarné par Yvan Attal : pourtant moins présent à l'écran, il électrise rapidement le film par ses interventions pleines de rage, de rancoeur, de regrets trop longtemps contenus. Sans adopter son point de vue, le film nous le rend humain, touchant malgré son inquiétante impulsivité, rendant la situation plus complexe qu'il n'y paraît. Il n'y a pas d'un côté les gentils amants et de l'autre le vilain mari, ni le contraire ; il n'y a que trois êtres humains complètement paumés parce qu'une rencontre inopinée a changé leur vie pour toujours.
La grande force de Partir, c'est que le départ annoncé de l'épouse n'est pas une fin en soi, mais le début d'une nouvelle aventure pleine d'obstacles. Là où tant d'autres films finissaient en queue de poisson et laissaient leurs amants pathétiques vivre d'amour et d'eau fraîche, Corsini place ses personnages dans l'embarras et traite un sujet tabou dans le drame sentimental, car manquant sans doute de romantisme : l'argent. Car quitter un médecin pour un petit ouvrier se paye à plus d'un titre, et cette fois le mot FIN ne viendra pas immortaliser à jamais une passion naïve. Quand la bataille des sentiments se mêle à une guerre d'influence et de pognon, la médiocrité de l'âme humaine est alors mise à nu. Et c'est bouleversant. Le regard perdu de Kristin Scott-Thomas, l'oeil tombant d'Yvan Attal, le corps rassurant de Sergi Lopez : autant d'images difficiles à laisser derrière soi après avoir assisté à cet affrontement qui laisse des traces. Partir est, de très loin, le meilleur film de Catherine Corsini.




Partir de Catherine Corsini. 1h25. Sortie : 12/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

20 mai 2009

CONFESSIONS D'UNE ACCRO DU SHOPPING

Pendant qu'à Cannes une poignée de chanceux voit des films jusqu'à plus soif, d'autres se contentent de ce qu'on leur propose et en sont réduits à se poser de passionnantes question grammaticales. Accro du shopping ? Ne devrait-on pas dire accro au shopping ? Interrogation fascinante s'il en est, mais qui ne mènera pas loin puisqu'un spécialiste tel que Jacques Capelovici ou Alain Rey ne manquera pas de rétorquer que d'abord, accro, c'est moyennement français, et que shopping est un affreux anglicisme que les québécois ont remplacé par magasinage.
La question reste ouverte. En revanche, concernant la qualité du dernier P.J. Hogan, il n'y a guère de doute : le réalisateur du Mariage de mon meilleur ami et surtout de Muriel est loin, bien loin de ses savoureux débuts, et livre désormais du divertissement sucré comme un boucher débiterait des kilos de barbaque : avec une certaine connaissance du métier mais surtout avec assez peu de finesse. On a déjà vu un milliard de fois cette histoire d'une gentille pouf rencontrant un gentil yuppie mais ne parvenant à le pécho pour la vie qu'au bout d'une heure et demie ; aussi, un peu d'originalité (dans le ton, les rebondissements, l'utilisation des personnages secondaires) n'aurait pas été de trop. Que le film soit adapté d'une série de romans de plage (du genre qui nécessite autant de neurones qu'un Guillaume Musso) n'excuse pas la totale platitude de son adaptation, ni le choix assez discutable d'Isla Fisher dans le rôle titre (celle de l'accro du shopping). Bien brave, l'actrice ne tient pas une seconde la comparaison avec Renée Zellweger (alias la rougeaude, idéale en Bridget Jones) ou même Anne Hathaway (Le diable s'habille en Prada), mais n'a pour sa défense à peu près rien d'autre à faire que hurler lorsqu'elle aperçoit une paire de Louboutin.
Oui car, au cas où le spectateur l'oublierait, Confessions... est censé de démarquer de par son thème, la shoppingomanie, et montrer comment quelqu'un d'à peu près normal peut devenir une pure furie en découvrant le monde magique de la mode. Ce qui aurait pu être intéressant et assez drôle sur le papier est (mal) expédié en quelques scènes, la majeure partie du film étant consacrée à cette ennuyeuse histoire d'amour où le seul choix cornélien est pour le spectateur, à savoir déterminer lequel des deux tourtereaux est le plus fadasse. La seule qui s'en sorte avec un peu de classe, c'est l'inévitable Kristin Scott Thomas en Anna Winthour bis (ou ter). Une phrase qui revient malheureusement un peu trop régulièrement concernant une actrice assez irréprochable dans ses prestations mais dont les choix de carrière sont de plus en plus discutables...




Confessions d'une accro du shopping (Confessions of a shopaholic) de P.J. Hogan. 1h46. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur Tadah ! Blog.

15 mai 2009

UN MARIAGE DE RÊVE

Depuis Priscilla, folle du désert (putain, 15 ans), on a bien compris que Stephan Elliott n'était pas un réalisateur comme les autres, possédant ce don de voir dans des thèmes classiques autre chose que ce qu'ils sont. Problème : si cette singularité ne fait que se confirmer de film en film, chacune de ses oeuvres semble aussi inaboutie que la précédente, manquant d'un petit quelque chose qui fait les très bons films, et faisant de l'australien un éternel espoir qui tarde à confirmer les croyances placées en lui. Un mariage de rêve n'échappe pas à la règle, ayant tout pour être une éclatante réussite mais péchant finalement par manque d'énergie.
Il y avait pourtant de quoi se pourlécher les babines. Sur la papier, Un mariage de rêve ressemble à un cocktail explosif mêlant Ivory, Labiche et quelques tablettes de Temesta. Et son étonnant casting mêlant monstres sacrés (Kristin Scott-Thomaset Colin Firth) et vraies surprises (Jessica Biel en icône des années 30 !) est, il est vrai, totalement réjouissant. Seulement voilà : la mayonnaise ne prend réellement qu'à de trop rares occasions, le reste du film étant bien trop propret en regard du marivaudage cynique qui nous était promis. Quelques scènes d'exposition drolatiques et quelques mésaventures cocasses (ah, le french cancan sans sous-vêtements) ne suffisent pas à rehausser le rythme plutôt ronflant d'un scénario flegmatique dans le mauvais sens du terme - c'est-à-dire souvent très chiant. Pire : l'intéressant personnage de Jessica Biel finit par être sacrifié sur l'autel d'un comique convenu et étrangement pas dans le ton (la mort du chien, le chasse à courre en moto).
Mais voilà : Un mariage de rêve est également un film très classe, fourmillant de personnages attrayants et ponctué de dialogues savoureux à la limite de la joute verbale. La mise en scène d'Elliott est assez inventive, même si son obsession pour les reflets en tous genres finit par tourner au systématisme. Quand au scénario, il fait preuve d'une amoralité revigorante, et même si elle est finalement assez attendue, la conclusion est sacrément savoureuse. Là, on sent Elliott prêt à aller au bout de ses idées, même les moins convenables, ce qui fait regretter que ce vent de subversion n'ait pas soufflé plus fort et plus régulièrement sur ce qui n'est finalement rien de plus qu'un joli petit divertissement consciencieux.




Un mariage de rêve (Easy virtue) de Stephan Elliott. 1h36. Sortie : 06/05/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

23 déc. 2008

LARGO WINCH

Pour tourner Largo Winch, Jérôme Salle avait mis toutes les chances de son côté : un budget confortable (pour une production française, en tout cas), une préparation rigoureuse... À l'écran, il faut bien le dire, ça se voit : Largo Winch sent l'extrême professionnalisme, prouvant que Salle et ses collaborateurs ont bien retranscrit les leçons apprises ailleurs. Plus que jamais, le film semble tout droit sorti des States. Le cadre est beau, les scènes d'action efficaces, les vues aériennes assez impressionnantes. Du beau travail.
Mais tout n'est pas à l'unisson : l'immense défaut du film, c'est son scénario, qui n'a rien de catastrophique mais rend l'ensemble sacrément ennuyeux. On entre rapidement dans un faux rythme un peu léthargique, noyé sous les flashbacks plus ou moins utiles. Pire, le film d'action semble souvent disparaître au profit d'un thriller financier pour le moins gonflant, où l'on s'affronte à coups d'OPA hostiles au lieu de se savater la tronche. D'où un profond désintérêt pour l'intrigue, vaste succession de trahisons et de révélations pas trop mal amenées.
Reste donc la relative beauté plastique de l'ensemble, et le charme d'un Tomer Sisley plutôt à l'aise alors que ce n'était pas gagné. Il a la chance d'échapper à l'un des maux frappant le film : le budget perruques. Miki Manojlovic, Kristin Scott-Thomas ont droit, l'un après l'autre, à des compléments capillaires censés refléter leur personnalité (le PDG vieillissant, la financière aux dents longues, la mercenaire aux identités multiples), mais qui ont surtout tendance à les ridiculiser et à leur ôter toute crédibilité. La belle Scott-Thomas ressemble à Cruella !
Salle et ses coscénaristes savent en tout cas ce qu'il leur reste à faire s'ils parviennent à monter Largo Winch 2 : muscler leur script, le rendre moins austère, et virer le (ou la) responsable cheveux. C'est tout ce qui manque à Largo Winch pour parvenir à rivaliser avec certains de ses homologues américains, aussi intelligents qu'haletants. Un tout petit fossé qui semble bien difficile à franchir pour les cinéaste sfrançais, aussi ambitieux soient-ils...
4/10

29 juin 2008

SEULS TWO

Eric et Ramzy ont grandi. À la fois film de la maturité et film de l’immaturité, Seuls two est leur bébé à eux, le premier qu’ils portent de bout en bout et dont ils assument pleinement la paternité (mais pas leur premier bon film : rappelons-nous de Steak). Voilà un film placé sous le signe du fantasme : réaliser un film à soi ou kiffer la vibe dans un Paris désert sont deux rêves relativement universels mais probabilistiquement (vive les adverbes inventés) peu réalisables, surtout le deuxième. Messieurs Judor et Bedia ont foncé la tête la première pour exaucer simultanément ces deux souhaits, et en tirent une comédie fort fréquentable, régressive mais pas abêtissante, qu’ils ont eu la bonne idée de ne pas confier à un Gérard Pirès ou à un Philippe Haïm particulièrement peu à l’écoute et incompétents.
La première moitié du film est la meilleure. Parfaitement construite, elle introduit idéalement les deux personnages et leur opposition digne de l’éternel duel entre Guignol et le gendarme. Les vannes fusent, et puis pof !, voilà Blaise et Curtis absolument seuls dans la capitale. Imaginez le pied : pas de zombies comme dans 28 semaines plus tard, pas de menace mystérieuse (pour ceux qui n’ont pas vu le film, en tout cas) dans Je suis une légende. Juste un gigantesque parc d’attractions, en tout cas du point de vue du "méchant" Curtis, qui en exploite pas mal de possibilités, tandis que le trop gentil Blaise reste un peu trop prisonnier de sa condition de représentant de la loi, rechignant à profiter un peu de la situation. Le parallèle entre les conceptions bien différentes des deux hommes est bien mené et permet de constater que même sans l’autre, chacun des deux acteurs est capable d’exister à l’écran et de faire rire.
Il aurait sans doute été lassant d’assister à une heure trente de pures gamineries en roue très libre (quoique). D’où un scénario qui rebondit légèrement en cours de route, donnant un peu de sens à cette histoire de ville désertée et permettant de faire réapparaître d’autres visages que ceux d’Eric & Ramzy. Là, on s’amuse tout de même moins, les situations devenant un peu répétitives et pas toujours bien amenées. Une constatation qui permet de réaliser que si les deux hommes sont de formidables dialoguistes, ils ont encore bien du progrès à faire dans la construction globale et dans l’exploitation comique des situations choisies. Au final, le rire est régulier grâce à de nombreuses répliques hilarantes (dont un paquet de plaisanteries bien racistes qui n’épargnent pas grand monde), mais visuellement il y a encore beaucoup de progrès à faire. Malgré une mise en scène assez chouette (en dépit de contraintes gigantesques pour réussir à vider Paris sans effets numériques), Eric & Ramzy ne sont pas encore de grands auteurs-réalisateurs comiques, mais ne sont pour l’instant "que" des humoristes capables de faire des films rigolos. C’est tout de même extrêmement encourageant.
7/10

14 avr. 2008

DEUX SOEURS POUR UN ROI

A priori, il faut à la fois être nul en histoire (mais avoir envie de progresser, forcément) et ne jamais avoir vu la série The Tudors pour apprécier ce Deux soeurs pour un roi instructif et classique en diable. Ça tombe bien, j'appartiens aux deux catégories susdites. Dès lors, le film de Justin Chadwick apparaît comme un condensé d'histoire assez salutaire, qu'il conviendra de revoir en DVD avant de s'enfiler le diptyque Elizabeth de Shekhar Kapur. Chronologie oblige.
Si Deux soeurs pour un roi a moins de charme que les deux films de Kapur, c'est en partie à cause d'un certain manque d'audace. Elizabeth, c'était une Cate Blanchett parfois un peu fade, mais des excès assumés tant dans la grandiloquence du style que le faste des costumes. Ici, Chadwick se contente, efficacement mais sans vraie étincelle, de reproduire les faits et de créer un peu d'émotion. Ce dont on pourra se contenter selon son degré de culture historique et l'importance de sa part de midinette. Mais l'intérêt principal du film, outre la violence morale des évènements qu'il décrit, c'est ce duel entre soeurs, et donc ce duo d'actrices : éclipsant totalement un roi pourtant convaincant (pauvre Eric Bana), Scarlett J. et Natalie P. s'opposent dans un affrontement à double tranchant, avec ses moments de répit et ses rebondissements frénétiques.
La jolie chose là-dedans, c'est l'inversion des rôles, Johansson endossant le costume de la soeur la plus faible tandis que Portman incarne la plus manipulatrice des deux soeurs Boleyn. Un renversement absolument parfait, qui montre le talent des deux actrices et donne au film tout son sel. Dommage que tous les seconds rôles ne soient pas à la hauteur, et notamment un David Morrissey qui n'en finit plus de se couvrir de ridicule, lui qu'on avait déjà remarqué pour les mauvaises raisons dans le merveilleux Basic instinct 2. Ce type-là est une endive mais n'a heureusement pas contaminé un film bien tenu à défaut d'être flamboyant.
7/10

20 mars 2008

IL Y A LONGTEMPS QUE JE T'AIME

Dramatique. C'est l'adjectif parfait pour décrire Il y a longtemps que je t'aime, première réalisation de Philippe Claudel, écrivain paraît-il fréquentable. Évitons toute incompréhension : le drame, c'est le film lui-même, condensé de ce que le cinéma français peut faire de pire. Un mélodrame pachydermique et faussement digne, qui tente de dissimuler sous des dessous auteuristes ses envies de terrorisme émotionnel. Il y a longtemps que je t'aime raconte les retrouvailles de deux soeurs, dont l'une vient de passer quinze ans en prison suite à un drame un peu mystérieux et forcément sordide. On n'en parlera clairement qu'en toute fin de film, Claudel ayant auparavant déroulé un suspense putassier et un flot ininterrompu de stéréotypes.
Quand un auteur souhaite jouer avec les non-dits, et les silences qui en disent long, il a intérêt à savoir s'y prendre. Ici, même l'implicite nous est asséné avec un manque de finesse qu'on croyait réservé aux téléfilms de nos pires chaînes hertziennes. Chaque phrase, chaque virgule est surlignée dix fois au fluo, et si les personnages ne disent rien, ils le disent avec un constant air de chien battu. Le moindre sous-entendu est répété dix fois pour être bien sûr que la ménagère de plus ou moins cinquante ans comprenne de quoi il retourne, et l'on a l'impression à chaque fin de scène d'entendre Claudel murmurer "vous voyez ce que je veux dire" pour bien insister sur l'aspect sursignifiant de ses dialogues.
Voilà un film qui, non content d'être terriblement ennuyeux (putain, deux heures), ne recule devant rien pour appâter le chaland. Il y a là-dedans un côté café du commerce qui met un peu plus en valeur la démagogie et le populisme de l'ensemble. La télévision, le foot, l'Irak, tous les thèmes un peu à la mode y passeront à un moment ou à un autre, et l'on s'étonne de ne rien entendre concernant la tektonik ou le mariage de l'omniprésident. Mais les thèmes majeurs du film sont plutôt à chercher du côté de la culpabilité, de la perte, de l'enfermement. Avec cette phrase qui résume tout, façon Hélène Segara : "la pire des prisons, c'est la mort d'un enfant". On en rirait presque si ce n'était asséné par une Kristin Scott-Thomas aussi épouvantable qu'elle a pu être brillante ailleurs, et plus mal filmée que jamais. Claudel multiplie les angles inutiles et les gros plans bien appuyés pour faire apparaître les comédons des personnages, et les révéler ainsi sous leur jour le plus cruellement humain. La connerie de ce film n'a pas de limites, ne cessant de croître de scène en scène, pour aller culminer lors de cette ultime scène de confession, où il s'avère évidemment que tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil. Finesse, courage, matière, style : autant de mots qui flottent à mille lieues d'un film qui rappelle l'infâme Voleur de vie d'Yves Angelo. Dramatique.
1/10

2 nov. 2006

NE LE DIS À PERSONNE

En s'attaquant à ce qui aurait normalement dû être un film américain, le petit Guillaume Canet a confirmé sa volonté annoncée de faire du beau et grand cinéma en France. Projet : adapter Ne le dis à personne, gentil petit polar bien tordu et premier d'une longue liste de best-sellers d'Harlan Coben. Pourquoi choisir celui-là plutôt qu'un autre? Car Coben, à défaut d'être le plus grand écrivain du monde, possède un vrai sens de l'intrigue et de la dramaturgie, et sait insérer autre chose que des scènes d'action dans ses romans. Son Ne le dis à personne, outre une histoire à suspense, raconte un amour fort et incessible entre un homme et la femme qu'il a perdue.
Canet souhaitant visiblement concurrencer les USA en livrant un polar aussi efficace que ceux d'Oncle Sam, on pouvait craindre que cette volonté d'être compétitif ne nuise gravement au film. Il n'en est rien : si la réalisation de Canet rime avec ambition, elle n'est jamais là que pour mettre en valeur chaque scène après l'autre. Mieux, jamais le jeune loup ne confond vitesse et précipitation, n'oubliant pas que dans ce genre d'affaire, les moments de répit sont souvent plus nombreux que ceux où l'adrénaline monte. D'où un policier nerveux quand il faut, mais qui sait également se poser et éviter l'hystérie entre deux moments forts. Il faut dire qu'avec un casting pareil, il est assez simple de se reposer sur ses comédiens. Un tel tas de célébrités aurait pu paniquer Canet en lui donnant trop envie de faire plaisir à tout le monde. Mais non : chacun est à sa place et défend âprement la parcelle, si maigre soit-elle, qu'on lui a attribuée. À ce petit jeu, les grands gagnants sont François Cluzet, l'oeil hagard puis perçant, déchiré par le drame qui se joue autour de lui ; et Gilles Lellouche, le grand acteur qui monte qui monte, excellent en petite frappe au grand coeur.
Évidemment, Ne le dis à personne peut passer pour un film relativement lisse, puisque passée son intrigue bien enrobée, pas grand chose ne dépasse. Il n'empêche : un tel cocktail d'efficacité et de complexité accessible devrait ravir les amateurs du genre. Et quand ce mélange est français, c'est tellement rare qu'il y a de quoi applaudir un peu plus fort.
8/10

16 mai 2006

SECRETS DE FAMILLE

À l'instar de Saving Grace ou Waking Ned, Secrets de famille est une comédie très british dont l'humour flegmatique est tellement discret qu'il passerait presque inaperçu hors des terres britanniques.
Annoncé comme un jeu de massacre, le film conte en effet l'arrivée dans une famille appremment irréprochable d'une vieille gouvernante qui a la sale habitude de tuer quiconque s'oppose au bonheur des siens. En fait, pour arriver au jeu de massacre vendu dans la bande-annonce, il faut quasiment attendre une heure, le temps de faire connaissance en profondeur avec une galerie de personnages certes sympathiques mais vraiment pas originaux, à peine mis en valeur par leurs interprètes. À ce petit jeu, c'est Rowan Atkinson qui s'en sort le mieux dans un amusant rôle de pasteur qui tente de se décoincer.
Niall Johnson, auteur il y a huit ans d'une drolatique comédie sur l'échangisme (The big swap), livre une comédie pas si grinçante et dont les aspirations anticonformistes sentent la naphtaline plutôt que la poudre. Résultat : un film pas trop ennuyeux, mais où on attend sans cesse l'étincelle. Une étincelle qui n'arrivera jamais, tant le film se termine en eau de boudin, avec fins multiples et sans intérêt. L'humour anglais a décidément bien du mal à retrouver son souffle.
3/10

11 mai 2006

CHROMOPHOBIA

Présenté en clôture du festival de Cannes 2005, Chromophobia a mis presque un an à arriver sur toutes les toiles de France. Le film entremêle des short cuts plus ou moins indépendants qui traitent tous de l'angoisse et du manque de communication.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Chromophobia est un film bizarre et hétérogène. D'abord au niveau réalisation : le film de Martha Fiennes oscille toujours entre splendeur esthétique et laideur formelle. Et cela semble peu lié à ce qu'elle raconte, d'où une sensation étrange. Ensuite scénaristiquement : comme souvent avec les tranches de vie qui se chevauchent, certaines sont plus réussies que d'autres. Et si la partie Kristin Scott-Thomas/Damian Lewis/Ben Chaplin tient en haleine tout le long du film, le segment Rhys Ifans/Penélope Cruz vient tout plomber, naviguant toujours entre banalité, mélodrame et ridicule.
Néanmoins, Chromophobia bénéficie d'une atmosphère vraiment oppressante et de personnages mal dans leur peau, telle cette bourgeoise prise de fièvre acheteuse (Scott-Thomas, meilleure que jamais). Si le film ne coule pas, c'est en grande partie grâce à ses interprètes, et surtout le formidable Damian Lewis, déjà éblouissant dans le récent Keane, et qui livre à nouveau une prestation saisissante.
Un enchainement de fausses fins d'une mollesse extrême fait que Chromophobia ne laisse pas vraiment une impression positive en sortant de la salle. Pourtant, loin d'être exempt de qualités, le film mérite d'être vu, notamment pour imaginer ce qu'il aurait pu être si son écriture et sa mise en scène avaient été plus pointues.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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