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23 févr. 2008

REDACTED

Une fois n'est pas coutume, voici pour commencer la présentation qui est faite de Redacted dans le dossier de presse du film :
Redacted raconte une histoire fictive inspirée de faits réels. C'est une expérience unique qui nous obligera à réexaminer de manière radicale les filtres à travers lesquels nous voyons et acceptons les événements mondiaux, le pouvoir de l'image médiatisée et l'influence exercée par la présentation des images sur ce que nous pensons et ce que nous croyons.
Le film se concentre sur un petit groupe de soldats américains en garnison à un poste de contrôle en Irak. La succession de points de vue différents permet de confronter l'expérience de ces jeunes hommes sous pression, de journalistes et collaborateurs des médias avec celle de la communauté irakienne locale afin de faire la lumière sur les conséquences désastreuses que le conflit actuel et leur rencontre fortuite ont eues sur chacun d'eux.
Pourquoi cette mise en exergue? Parce qu'il n'y a rien de tout cela dans le dernier film de Brian DePalma. Dans Outrages, l'un de ses meilleurs films, le réalisateur racontait déjà l'implosion d'un petit groupe de soldats après les exactions commises par certains d'entre eux. Faisant curieusement office de doublon, Redacted entend ajouter à ces thèmes déjà traités une critique acerbe des dérives et des manipulations médiatiques. Or, à l'écran, que voit-on? Rien. Une juxtaposition de scènes mêlant esprit de caserne (magazines de cul et racisme ambiant) et voyeurisme avec une absence total de propos ou de point de vue. On en apprend beaucoup moins que dans le récent Battle for Haditha, un autre faux doc sur les ravages de la guerre et leur traitement dans les médias, pas franchement éblouissant mais en tout cas plus percutant.
Pire que sa vacuité totale, c'est la terrible complaisance d'un réalisateur plus frimeur que futé qui dérange. Filmant frontalement la fameuse scène dans laquelle les troufions tuent une famille d'irakiens avant de violer leur fille, DePalma semble prendre un véritable plaisir à reconstituer cet épisode sordide. Seul un snuff-movie pourrait être plus racoleur et nauséabond. Redacted confirme une nouvelle fois deux caractéristiques de son réalisateur : 1) depuis toujours, il est incroyablement surcoté (en comptant Mission : impossible, il a dû réaliser cinq films supportables au maximum) ; 2) il est également très borderline (dans le mauvais sens du terme), tant sur le plan de l'idéologie politique que dans sa vision de la sexualité et de la place de la femme. Fuyez à grandes enjambées et évitez la dernière catastrophe du Michel Sardou du cinéma.
1/10

9 nov. 2006

LE DAHLIA NOIR

Roman mythique mêlant à une intrigue policière complexe une atmosphère de drame embrumé et torturé, le Dahlia noir de James Ellroy a enfin droit à sa version cinématographique. Est-ce une bonne nouvelle? C'est à voir. Car s'il n'est pas aussi mauvais que le dit la rumeur, le film de Brian DePalma risque de décevoir la majorité des spectateurs, qu'ils aient lu le roman d'Ellroy ou non.
Première option : vous avez lu Le dahlia noir et vous vous êtes passionné pour ce pavé sanglant et perturbant. Alors la déception viendra du fait que le scénario de Josh Friedman mise à peu près tout sur le côté polar du livre. Si les grandes étapes de l'enquête sur le meurtre d'Elisabeth Short sont bien présentes, le scénario laisse de côté le cauchemar éveillé de Dwight "Bucky" Bleichert, jeune flic tellement pris par cette affaire affreuse qu'il ne vit plus que pour elle et par elle. Une grosse frustration qui fait du Dahlia noir une reconstitution correcte des évènements du roman, pas davantage.
Seconde option : le livre d'Ellroy vous est inconnu, et le film est pour vous l'occasion de découvrir l'univers de l'écrivain américain. Merci de prévoir quelques cachets contre la migraine, puisqu'il est alors impossible de comprendre en profondeur les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Construction trop calquée sur le livre, personnages sacrifiés sur l'autel de la durée, scènes explicatives trop confuses... Il y a de quoi provoquer un rejet total (ou peut-être donner envie de s'atatquer au roman pour mieux comprendre de quoi il retourne).
Quoi qu'il en soit, Le dahlia noir est un film qui ne satisfera personne à force de vouloir contenter tout le monde. Il y a de quoi nourrir des regrets. Comme dans un film sur cinq, DePalma a retrouvé le goût de la mise en scène et nous dispense de ses habituels plans séquences inutiles et autres effusions de mauvais goût. La direction artistique est admirable, même si on peut lui préférer celle de L.A. Confidential, autre adaptation d'un bijou d'Ellroy. Quant au casting, il est à peu près parfait : même Josh Hartnett, qui semblait trop frêle pour le rôle principal, s'est acheté une crédibilité. Eckhart, Johansson, Swank : tous ses partenaires sont parfaits, mais s'il ne fallait retenir qu'une personne, ce serait Mia Kirshner, hypnotique et emballante dans le rôle de celle qu'on a appelée le Dahlia noir. Il y a peu de critiques à formuler envers l'une ou l'autre des scènes du film, pourvues qu'elles soient considérées indépendamment ; le gros problème est définitivement le scénario. Dommage pour DePalma, qui n'a pas grand chose à se reprocher (et c'est rare) : c'est pourtant son nom qui restera associé à ce semi-ratage.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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