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29 avr. 2008

THE DEAD GIRL

Qui dit film indépendant et casting foisonnant dit grosse curiosité, puisque autant de bons acteurs dans un si "petit" film ne peut qu'être une bonne nouvelle. D'où une certaine déception devant The dead girl, drame en cinq actes indépendants qui commence plutôt bien avant de s'effondrer en cours de route.
Le principe est simple : raconter l'histoire de cinq femmes liées de près ou de loin à la découverte du cadavre d'une jeune femme dans un champ. Cela commence par l'étrangère qui découvre le corps, et se terminera par la description des dernières heures de la victime. Cinq histoires liées à un même fait divers, mais racontées séparément, comme cinq courts-métrages juxtaposés. Une idée qui a déjà fait ses preuves par le passé, à condition de disposer d'un solide canevas polardeux ou d'histoires vraiment passionnantes. Le problème de Karen Moncrieff, c'est qu'on la sent très nettement perdre son inspiration à mesure que les scènes s'enchaînent. Ainsi, le premier segment (avec Toni Collete et Giovanni Ribisi) est le meilleur, et la qualité décroît ensuite de façon régulière. À tel point que les deux dernières parties tombent dans le sentimentalisme et le schématisme.
Dommage : la mise en scène efficace et une direction d'acteurs irréprochable aurait pu permettre au film d'atteindre des sommets. Ça aurait sans doute été le cas si The dead girl avait été à l'unisson de son premier segment, histoire sordide et glaçante mais traitée avec une grande justesse par une artiste dont on devine sans peine qu'elle possède un grand talent de portraitiste. Lui reste désormais à consolider son sens de l'intrigue et à ne pas se laisser emporter par ses travers larmoyants. On peut y croire.
5/10

27 mars 2008

THE MIST

Quatrième long pour Frank Darabont, et troisième adaptation d'un texte de Stephen King. Si Les évadés a acquis avec une rapidité stupéfiante ses galons de grand classique (figurant notamment en haut de la liste des films préférés des américains), la suite fut moins brillante, avec notamment une Ligne verte franchement niaiseuse, comme disent nos amis du Québec (j'ai pas d'amis au Québec, mais c'est une façon comme une autre d'être cordial). On n'attendait pas grand chose de bon de The mist, qui avait tout pour ressembler au catastrophique Dreamcatcher de Lawrence Kasdan. D'où la merveilleuse surprise que constitue la vision de ce film racé, rythmé, fin et flippant.
The mist a tout pour faire verdir M. Night Shyamalan de jalousie : le propos est souvent le même, sauf que Darabont propose une réflexion frontale et couillue, loin des errements faussement futés du réalisateur de La jeune fille de l'eau. L'action et le suspense sont présents dans chaque scène, contrairement à des films comme Signes, où l'introduction traine en longueur sous couvert de mystère et où les moments de bravoure sont rares et courts. résultat : on flippe très régulièrement, le souffle court face à cette brume malfaisante et porteuse d'un paquet de bestioles en tous genres, dont le seul point commun est leur caractère nuisible. Là où la réussite de The mist devient frappante, c'est lorsque l'on réalise que certains effets spéciaux sont ratés, mais qu'on s'en moque prodigieusement. Signe qu'on n'est pas simplement en présence d'un bête film de monstres.
Car c'est finalement dans son aspect le plus terriblement humain que The mist séduit et effraie. Réduits à se planquer dans un supermarché pour tenter d'échapper (provisoirement ?) à la catastrophe qui s'abat sur eux, les quelques habitants de ce bled du Maine vont finir par se livrer une bataille proprement absurde, où l'intégrisme religieux, mêlé à la bêtise et à la peur, risque à chaque instant de les mener à leur perte. C'est également en cela que Darabont se distingue de Shyamalan, qui utilise souvent la religion comme un hobbie mystique et rassurant, pouvant nous protéger de n'importe quel envahisseur. Ici, pas de tissu de foutaises, mais un anti-prosélytisme des plus rassurants, qui donne une nouvelle dimension à la fameuse rengaine "l'homme est un loup pour l'homme".
On ne reconnaît décidément pas Darabont, qui a laissé les bons sentiments au vestiaire. est-ce le simple fait d'avoir réalisé un épisode de The shield ? Il n'a en tout cas jamais filmé de façon aussi efficace, multipliant les angles, les points de vue, les effets discrets mais palpables... En plus d'être un film de genre et une réflexion sur la nature la plus profonde de l'homme, The mist est également un film à l'esthétique assez passionnante. On attend maintenant de voir la version voulue par Darabont, un noir et blanc qu'on devine magnifique. En attendant, on peut se contenter de savourer ces deux heures de régal en couleur, et se remémorrer sans cesse cette fin culottée, déchirante et inattendue pour un film prétendument hollywoodien. La classe.
8/10

13 janv. 2008

INTO THE WILD

L'année passée, dans Old joy, Kelly Reichardt proposait une envolée légère dans un univers de plus en plus méconnu, celui du dépouillement et de la communion avec la nature. Un bol d'air frais de soixante-dix-huit minutes s'opposant à toute forme de matérialisme et de conventions. Aujourd'hui, Sean Penn propose à peu de choses près la même réflexion, nous offrant un film deux fois plus long, lente immersion dans des contrées isolées et désertiques où l'homme peut enfin se retrouver avec lui-même. Into the wild est une formidable ode à la nature et aux voyages, qu'ils soient intérieurs ou plus concrets. S'il est difficile de critiquer les intentions de Sean Penn, on peut toutefois rester sur sa faim devant un film qui n'est qu'une jolie pierre de plus à ajouter à un édifice écolo-philosophico-social déjà bien rempli. Malick et tant d'autres sont déjà passés par là...
Into the wild n'est donc pas le chef d'oeuvre promis, l'angélisme du propos pouvant même donner des boutons à ceux qui préfèrent le doux fumet des gaz d'échappement au parfum des fleurs. Il faut cependant aller au-delà de cette légère déception et applaudir tout de même un film libre comme l'air, qui ne s'encombre (presque) jamais de morales préfabriquées et comble à merveille nos envies de cinéma. Penn filme comme il respire, changeant de rythme au gré de ses fulgurantes inspirations, et confirme sa formidable aptitude à diriger des acteurs. Souvent seul en scène, Emile Hirsch est prodigieux de naturel et de profondeur, captant la belle lumière du film comme peu d'autres auraient su le faire.
Bien qu'un tout petit peu trop long, Into the wild est une quête souvent saisissante qui ne lâche jamais prise, une ode au déracinement (racines qui font renaître le héros avant de causer sa perte) et au travail sur soi. On aurait évidemment espéré encore plus de la part du réalisateur de The pledge, faux polar qui nous en apprenait davantage sur nous-mêmes. D'autant que la morale finale ("la vie ne vaut que si elle est partagée", snif) est un peu trop dégoulinante pour attendrir les plus cyniques.
7/10

29 juil. 2007

INVISIBLE

À force de se prendre au sérieux et de se vendre comme le spécialiste du comic et du fantastique en tous genres, David S. Goyer a fini par devenir la risée d'Hollywood. D'abord à cause de son Blade trinity, conclusion affreuse d'une trilogie déjà dispensable ; et maintenant avec Invisible, teen movie vaguement fantastique aussi excitant qu'un verre d'Efferalgan. Avec un principe vu mille fois : le mort qui rôde pour aider à capturer son vilain meurtrier. Les fans de Patrick Swayze s'arracheront les cheveux et courront voir Ghost pour la millième fois, les autres revoir quelques séries Z de papa. À la sauce ado, l'intrigue d'Invisible ne prend décidément pas : le héros est un djeunz mal dans sa peau qui doit sans doute écouter Kyo lorsqu'il a envie de s'amuser. Pas très futé, il met des plombes avant de comprendre qu'il est un fantôme et que personne (ou presque) (notez le "ou presque") ne peut le voir ni l'entendre.
La seule bonne idée du film n'est même pas bien exploitée : celle d'utiliser le fameux sixième sens des animaux pour aiguiller les enquêteurs et faire avancer les choses. Un chien, un nuage de pigeons, et l'idée s'envole. Le reste d'Invisible ne sera que rock'n'teen pour suicidaires en baggy et rebondissements nullos qui auraient parfaitement trouvé leur place dans une série M6 (avec David Boreanaz dans le rôle-titre, par exemple). Scénariste souvent correct, David S. Goyer n'est décidément pas fait pour la mise en scène. Il ne semble malheureusement pas vouloir en rester là.
4/10

13 juin 2007

FAUSSAIRE

Ce qu'il y a d'agréable avec les cinéastes médiocres, c'est quand ils débarquent sans prévenir, avec un bon film sous le bras. Réalisateur peu renversant, Lasse Hallström livre avec Faussaire une œuvre assez séduisante sur la manipulation et ses conséquences. Avec un rien de mauvais esprit, on pourrait affirmer qu'il n'est en rien responsable de la réussite du film : la mise en scène, purement illustrative, manque cruellement de personnalité. Mais, plutôt que d'aligner les mauvaises idées, mieux vaut ne pas en avoir du tout. Disparaissant totalement derrière son sujet, Hallström laisse le spectateur se concentrer sur l'essentiel, l'histoire passionnante d'un canular à la portée plus importante qu'il n'y paraît.
Outre les nombreux rebondissements, improbables mais avérés, qui ont jalonné l'écriture par Clifford Irving de cette fausse autobiographie de Howard Hughes, c'est par ses incessants jeux de miroir que Faussaire séduit. De façon assez élégante, le scénario dresse les portraits parallèles de deux hommes foncièrement différents, qui ne se rencontreront jamais mais finiront par ne faire plus qu'un. Mêmes obsessions, mêmes hallucinations. Sauf que là même où l'écrivain-faussaire finit par découvrir que l'imagination a ses limites, le milliardaire-victime démontre que la réalité l'emporte toujours.
Omniprésent d'un bout à l'autre du film (il est Irving, tandis que Hughes n'est jamais représenté que par des images d'archives), Richard Gere fait preuve d'une maturité inespérée. Reconnaissance éternelle à Lasse Hallström de l'avoir sorti de ses innombrables tics de comédie (yeux plissés pour le mystère, tête penchée vers le ciel pour la réflexion…) : seuls Coppola et Altman y étaient parvenus avant lui. Et même s'il manque d'un vrai point de vue de cinéaste, Faussaire est un divertissement très futé, complément idéal de la (vraie) bio de François Forestier et de l'Aviator de Scorsese pour une vue d'ensemble de l'insaisissable monsieur Hughes.
7/10
(également publié sur Écran Large)

8 juin 2006

AMERICAN DREAMZ

Après quatre films, American Pie apparaît désormais comme un intrus dans la filmographie des frères Weitz (qui, comme les Coen, ont d'abord réalisé en duo avant que Chris ne se contente de produire pour laisser Paul à la caméra). Pensez donc : une pantalonnade ado-sexuelle au milieu de trois formidables comédies douces-amères (Pour un garçon, En bonne compagnie, et cet American Dreamz). Et le fait qu'ils continuent dans cette dernière voie est une excellente nouvelle.
Comme les deux films précédents, American dreamz parvient à mêler tendresse et cynisme, avec une pointe de cruauté, pour arriver à son but ultime, faire rire. Certains ont accusé le film de ne pas être aussi subversif qu'ils l'auraient souhaité. C'est sûr qu'avec un tel sujet, on aurait pu livrer un brulôt ultra-acide : pour soigner sa déprime et relancer sa popularité, le président des Etats-Unis accepte de faire partie du jury de la "Nouvelle Star" US. Seulement, les mauvaises langues oublient que Paul Weitz n'est pas un cinéaste politique, mais un entertainer de première qualité, dont le but est de faire rire et pas de faire du Michael Moore.
Et en effet, on rit. En plus de suivre le président (Dennis Quaid) et son conseiller (Willem Dafoe), le film conte les destins croisés du présentateur désabusé (Hugh Grant) de l'émission et de deux candidats hauts en couleur (Mandy Moore et Sam Golzari). Cinq personnages, et autant d'acteurs tellement géniaux qu'il serait scandaleux de citer l'un plutôt que l'autre. C'est gentiment caricatural (mais ça semble volontaire), c'est extrêmement caustique, c'est souvent surprenant (lorsque la pouf blonde se révèle être un adorable monument de cynisme)... Au final, pas sûr qu'American dreamz délivre un message d'une profondeur extrême. En revanche, c'est un divertissement haut de gamme comme il n'en tombe pas du ciel toutes les semaines.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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