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26 sept. 2009

HÔTEL WOODSTOCK

De la part d'Ang Lee, on n'attendait sans doute pas un film aussi léger que cet Hôtel Wodostock. Même si le taïwanais s'est fait connaître avec des comédies sentimentales (Salé sucré et Garçon d'honneur), celles-ci savaient se faire graves quand le sujet l'imposait. Ce n'est pas vraiment le cas du onzième film de Lee, promenade en périphérie du fameux festival de Woodstock. En périphérie seulement, car le film n'entre jamais au coeur du festival, n'évoquant ni les artistes présents ni leur musique. C'est d'ailleurs ce qui perturbe dans la première heure de Hôtel Woodstock : pourquoi diable convoquer un tel mythe si c'est pour ne s'en servir qu'à moitié et raconter comment un motel a pu sortir de la misère grâce à la soudaine affluence ?
Vaporeux, filmé plus que simplement avec juste quelques split-screens pour faire joli, le film semble ne faire que dans l'anecdote, alignant les petites histoires et les personnages sympathiques mais semblant ne rien raconter d'important. Inhabituel de la part d'un Ang Lee qui a toujours su, par le biais de son scénariste James Schamus, donner du corps à ses sujets, en accroître l'intérêt en transcendant le fond. C'est la désorientation qui prime, d'autant que le film n'est visiblement pas assez drôle pour se contenter de n'être qu'une comédie. Ce n'est qu'au fil des scènes, à mesure que l'on s'installe dans ce petit univers champêtre et détendu, que l'ensemble commence enfin à prendre forme et à se trouver une justification : le film décolle enfin lorsque le héros cesse de regarde ses chaussures et décide de profiter de la fête, de s'affirmer un peu, et de profiter du contexte pour passer enfin à l'âge adulte. Non seulement les débuts flottants prennent une autre signification, mais tout ce qui suit devient réellement délectable.
C'est par quelques passages obligés évoquant la drogue, la libération sexuelle et tout ce qui fait l'esprit Woodstock que le personnage principal prend enfin confiance. La prestation de Demetri Martin est si parfaite que se crée alors une proximité sentimentale avec ce petit mec qui a besoin de dire merde à ses parents, de crier haut et fort son homosexualité, et de se lâcher un peu au lieu de vivre comme un vieux. Hôtel Woodstock s'achève très joliment par cette description d'une libération individuelle s'inscrivant au coeur d'une révélation collective. En intégrant la petite histoire dans la grande, Lee et Schamus ont trouvé, certes un peu tard, l'identité de leur film, qui manque un peu de corps mais gagnera à être revu, rien que pour apprécier encore une fois la qualité supérieure de l'interprétation.




Hôtel Woodstock (Taking Woodstock) d'Ang Lee. 2h. Sortie : 23/09/2009.
Autre critique sur Tadah ! Blog.

8 mars 2009

HARVEY MILK

Si c'est demandé gentiment, est-il possible d'annuler les résultats des Oscars et d'attribuer toutes les statuettes à Milk ? Non ? Tant pis. C'est pourtant tout ce que mérite le dernier chef d'oeuvre d'un Gus van Sant qu'on attendait de pied ferme après la fin (provisoire ?) de sa phase cotonneuse et contemplative, à savoir Gerry - Elephant - Last days - Paranoid Park. Plus classique en apparence, Harvey Milk est un grand film humaniste sur la force des convictions, le prix de la persévérance, l'éducation à l'ouverture. Autant biopic que film politique, il déroule une huitaine d'années de l'existence de cet ancien assureur qui passe un jour à l'action pour défendre la cause homosexuelle. Partant de l'idée que faire évoluer les mentalités dans un quartier de San Francisco permettra de changer les choses à plus grande échelle, il est d'abord militant, avant de briguer des mandats politiques qui pourraient lui permettre de faire réellement avancer le pays. La beauté de ce parcours réside dans le fait que la quête de Milk est tout à fait sincère et naturelle, dénuée de tout calcul et de toute ambition personnelle. S'il lui faudra pratiquer çà et là un peu de politique politicarde, c'est toujours au service d'une et une seule cause.
Admirable en tous points (mais pas sanctifié pour autant), Harvey Milk est un personnage ô combien charismatique, que seul pouvait incarner un acteur de la trempe de Sean Penn. On sait combien ce formidable artiste peine parfois à sa maîtriser, quitte à en faire trop ; dirigé par un Gus van Sant que l'on sent toujours à l'écoute, il est juste parfait. Son Milk respire l'intelligence, la sensibilité, ainsi qu'un bonheur permanent à défendre ce à quoi il croit. C'est d'ailleurs le cas de la plupart de ceux qui l'entourent, tel le jeune activiste Cleve Jones, incarné par un Emile Hirsch plus renversant que jamais. Le reste du casting est uniformément bon, masculin à 99%, le scénario ne manquant pas d'épingler le léger mépris de beaucoup de ces militants gays à l'encontre de lesbiennes longtemps tenues à distance.
Si Milk est à placer un cran au-dessus de toutes les biographies politiques, c'est sans doute car, au-delà de la force de l'interprétation et du script, il tire sa force de la mise en scène éblouissante de Gus van Sant. Son style n'est pas immédiatement reconnaissable, mais se distingue par sa façon de tenir le classicisme à distance. Au premier abord, la forme du film n'a rien de vraiment singulier. Et c'est la force de cette mise en scène : montrer autrement, mais discrètement. Livrer une reconstitution très précise, mais sans le dire (seul l'épilogue, en quelques photographies, montrera à quel point les visages, costumes et décors ont été respectés). Rendre les discours intenses, mais sans les transformer en joutes verbales. Filmer la colère et la tristesse des manifestants, évoquer la probabilité d'émeutes imminentes, mais ne pas faire du Spike Lee. Évoquer à demi-mots l'homosexualité refoulée du superviseur (et futur assassin) Dan White (épatant Josh Brolin). Et défendre les homos sans verser dans le film à thèse. C'est non seulement par ce qu'il est, mais aussi et surtout par ce qu'il ne fait pas que Harvey Milk s'impose comme un chef d'oeuvre, scotchant de la première à la dernière image, émouvant jusqu'au bout, de ceux qui vous accompagneront longtemps, indépendamment de votre orientation sexuelle.
10/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

19 juin 2008

SPEED RACER

Après un Bound assez hot et déconseillé aux moins de 16 ans, puis une trilogie Matrix pas vraiment faite pour les mioches, Larry/Laura et Andy Wachowski nous reviennent avec un Speed racer tous publics, aussi coloré que Matrix était noir, aussi asexué que Bound était lesbien. Tout pour faire le bonheur des moins de douze ans, que cet âge soit inscrit sur leurs papiers d'identité ou qu'il soit simplement révélateur de leur capacité à retomber en enfance. Speed racer, c'est de la régression à l'état pur, celle qui pourra conduire des adultes apparemment fréquentables à ricaner bêtement devant un singe qui fait des grimaces, ou à taper du pied pour encourager leur champion favori.
Malheureusement, la régression vue par les Wacho est synonyme d'abêtissement. Difficile de retrouver ses sensations de gosse devant ce spectacle complètement bâtard, qui nage en plein paradoxe. Offrir une esthétique cartoon à base de couleurs criardes, de mouvements de caméra hautement improbables et de gags bien stupides (chutes et contorsions en tous genres) ou proposer un film bavard doté d'une intrigue un poil compliquée, il fallait choisir. Car Speed racer ressemble à une longue série de promesses, plus de deux heures de blabla qui ne sont réellement entrecoupées que de trois vraies séquences de course. Celles-ci sont des plus décoiffantes et permettent d'éprouver un vrai plaisir, même si ce n'est rien du tout par rapport à un bon vieil épisode des Fous du volant (Satanas & Diabolo forever). Dans ces moments-là, on en prend plein les mirettes, on jubile sur son siège et on essaie de garder les yeux ouverts, régulièrement décontenancé par une mise en scène un peu trop excitée. Malheureusement, le calme plat est bien vite de retour, le temps pour le héros de se débattre dans une sombre histoire de trahison, de deuil et de gros sous dont on se serait bien passé. Là, la kitscherie assumée de l'ensemble devient juste insupportable. Personne n'est entré dans la salle pour voir Susan Sarandon préparer des pancakes ou John Gooman serrer son fifils chéri dans ses bras pour lui dire combien il l'aime ! Du coup, ces deux heures quinze ne constituent qu'un divertissement sympathique mais bien trop long, qui enchaîne les temps morts plus que les morceaux de bravoure.
Visiblement, les Wachowski s'amusent, ce qui ne semblait plus vraiment être le cas sur les deux derniers Matrix. Ils font joujou avec toute cette jolie technologie, nous servent un ballet de couleurs à faire passer les chemises de Carlos pour des fringues de croque-mort, filment et refilment ce singe qui n'a rien à faire là mais qui permet de ne pas trop avoir à se creuser la tête côté gags. Ils ont conçu leur Speed racer comme un dessin animé live, avec ce qu'il faut de folie, de dynamisme et de bons sentiments. Et avec un tic salement exaspérant : celui de ne pas monter cut, mais d'enchaîner les plans à l'aide de transitions certes du meilleur effet (le passage d'un personnage devant la "caméra" efface l'image précédente et fait apparaître la suivante), mais insupportables lorsqu'elles sont répétées 200 ou 300 fois dans le même film. Il y a dix ans, Matrix avait révolutionné un genre désormais gangrené par un paquet de pâles copies ; Speed racer tente visiblement de répéter cet exploit mais oublie trop souvent de choisir entre la maturité et son contraire. À trop vouloir toucher tout le monde, les Wacho finissent par ennuyer toute la salle. L'échec du film au box-office américain et son mauvais démarrage européen confirment cette fâcheuse tendance.
5/10

13 janv. 2008

INTO THE WILD

L'année passée, dans Old joy, Kelly Reichardt proposait une envolée légère dans un univers de plus en plus méconnu, celui du dépouillement et de la communion avec la nature. Un bol d'air frais de soixante-dix-huit minutes s'opposant à toute forme de matérialisme et de conventions. Aujourd'hui, Sean Penn propose à peu de choses près la même réflexion, nous offrant un film deux fois plus long, lente immersion dans des contrées isolées et désertiques où l'homme peut enfin se retrouver avec lui-même. Into the wild est une formidable ode à la nature et aux voyages, qu'ils soient intérieurs ou plus concrets. S'il est difficile de critiquer les intentions de Sean Penn, on peut toutefois rester sur sa faim devant un film qui n'est qu'une jolie pierre de plus à ajouter à un édifice écolo-philosophico-social déjà bien rempli. Malick et tant d'autres sont déjà passés par là...
Into the wild n'est donc pas le chef d'oeuvre promis, l'angélisme du propos pouvant même donner des boutons à ceux qui préfèrent le doux fumet des gaz d'échappement au parfum des fleurs. Il faut cependant aller au-delà de cette légère déception et applaudir tout de même un film libre comme l'air, qui ne s'encombre (presque) jamais de morales préfabriquées et comble à merveille nos envies de cinéma. Penn filme comme il respire, changeant de rythme au gré de ses fulgurantes inspirations, et confirme sa formidable aptitude à diriger des acteurs. Souvent seul en scène, Emile Hirsch est prodigieux de naturel et de profondeur, captant la belle lumière du film comme peu d'autres auraient su le faire.
Bien qu'un tout petit peu trop long, Into the wild est une quête souvent saisissante qui ne lâche jamais prise, une ode au déracinement (racines qui font renaître le héros avant de causer sa perte) et au travail sur soi. On aurait évidemment espéré encore plus de la part du réalisateur de The pledge, faux polar qui nous en apprenait davantage sur nous-mêmes. D'autant que la morale finale ("la vie ne vaut que si elle est partagée", snif) est un peu trop dégoulinante pour attendrir les plus cyniques.
7/10

26 mars 2007

ALPHA DOG

Parce qu'un type tarde à leur rembourser l'argent qu'il leur doit, une bande de petits dealers kidnappe son frère pour quelques jours. Forcément, les choses vont mal tourner. Attention les yeux? Même pas. En perpétuelle recherche de lui-même, Nick Cassavetes a bien du mal à marcher sur les traces de son cher papa. Après avoir donné dans le mélo pour le meilleur (She's so lovely) et pour le pire (John Q), le voici qui s'essaie à un autre genre : la chronique d'une adolescence en chute libre.
Alpha dog serait presque honorable s'il n'avait pas dix ans de retard : en une demi-douzaine de films, un vieux grigou nommé Larry Clark a brillamment disséqué les états d'âme et les errances de groupes de jeunes livrés à eux-mêmes. Le côté voyeur de son cinéma se justifiait par le fait que le sexe et la flambe sont les seuls moyens d'expression de ses héros. C'est également le cas des personnages d'Alpha dog, ados ayant grandi trop vite, prenant Scarface pour un modèle et pensant qu'une belle voiture est le prolongement idéal d'un pénis peu satisfaisant.
Quelles différences y a-t-il entre Alpha dog et les films de Larry Clark (y compris le moins bon, Bully, proche de celui-ci sur le plan de l'intrigue mais nettement plus audacieux sur la forme)? La réponse arrive tout net : un vrai point de vue, et du talent. Dès le début, on comprend que Casavetes va rester empêtré dans des filets trop hollywoodiens pour être honnêtes : à la façon d'un mauvais polar, son film débute par l'interrogatoire du père du responsable du drame annoncé. Cela indique illico que l'important pour le metteur en scène n'est pas la montée en puissance que représente son film, mais simplement sa conclusion tragique. Un parti pris pas franchement judicieux, puisque ce qui va se produire est évidemment regrettable mais en aucun cas original. Jamais Larry Clark n'aurait commis ce genre d'erreur, lui qui préfère ne pas terminer ses films plutôt que d'y apporter une conclusion grossière. Et devant des scènes de sexe ausi aspetisées que mal filmées (on se croirait dans un clip de hip-hop pour teenagers), on regrette le léger voyeurisme clarkien.
Il y a néanmoins de jolies choses dans Alpha dog, des scènes bien réglées où éclate le mal-être d'une jeunesse sans repères. A coups de fêtes orgiaques et d'opérations armées, ils tentent de prouver qu'ils existent. Aux autres et à eux-mêmes. Les interprètes rendent justice à ces scènes bien senties, à commencer par Emile Hirsch, futur grand, qui valide son excellente prestation des Seigneurs de Dogtown. Quant à Justin Timberlake, l'attraction du film, il est plutôt convaincant dans un rôle assez secondaire. Des talents malheureusement gachés par un réalisateur trop propret pour faire quelque chose de bien. Ce n'est pas demain que le petit Nick va faire de l'ombre à son papounet.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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