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24 juil. 2008

L'INCROYABLE HULK

Il est à peu près aussi vain de comparer le Hulk d'Ang Lee et celui de Louis Leterrier que les Batman de Tim Burton et Christopher Nolan. Mais ne mélangeons pas les torchons et les serviettes, un peu de tenue, puisque le géant vert n'arrive pas à l'orteil de l'homme chauve-souris. Bref, on pourrait relever les plus et les moins de celui-là par rapport à celui d'avant (mieux : vive Ed Norton / les effets spéciaux / le rythme ; moins bien : rendez-nous Jennifer Connelly / le scénar / l'atmosphère), mais ça ne suffirait pas à établir si ce Hulk est aussi incroyable que le dit le titre. Pour faire court, disons que ce super-héros qui n'en est pas vraiment un (bah oui, il a même pas de collant moule-burnes ou de masque en kevlar micro-renforcé) est sans doute le moins intéressant du marché. C'est juste un mec qui devient balèze et incontrôlable quand il se fâche, point à la ligne. Qui dit psychologie limitée (ce qu'Ang Lee avait essayé de modifier, un peu maladroitement) dit film assez primaire, blockbuster estival et bourrin qui ne cherche absolument pas à concurrencer les très grands films inspirés de comics (dont un petit chef d'oeuvre qui sort le 13 août mais qui n'a guère besoin de publicité).
Car Louis Leterrier est un type assez modeste, amoureux du divertissement pur et dur, qui souhaite simplement que le spectateur en ait pour son argent. La bonne surprise, c'est que cette obsession de l'efficacité et du meilleur rendement ne rend pas le film trop stupide ni antipathique. Le magnétisme d'Edward Norton y est pour quelque chose : la première partie, au cours de laquelle Bruce Banner cherche à maîtriser le monstre qui est en lui tout en échappant aux vilains militaires qui veulent sa peau, est assez prenante. Merci au scénariste d'avoir réduit une exposition qui prend habituellement une demi-heure (comment le gentil docteur devient un mutant, comment il découvre sa nouvelle condition, comment il pleurniche ou exulte) en condensant tout cela dans le générique. Merci à Leterrier d'avoir su éviter de tomber dans un surdécoupage épileptique inhérent à ce genre de film, et dont Michael Bay est le fer de lance depuis bientôt quinze ans (putain, le coup de vieux). Sans être suprêmement malin ou original, L'incroyable Hulk est un spectacle qui tient la route, parle aux jeunes et aux (un peu) plus grands, et assure l'essentiel.
Évidemment, le cahier des charges d'un tel film impose un certain nombre de scènes d'action, d'où une dernière demi-heure assez bourrine et pas franchement passionnante, même si techniquement bien exécutée. Le duel entre les deux grosses bébêtes est très longuet, et comme il est dépourvu d'enjeux "humains", il n'est pas plus passionnant qu'une bagarre dans un bar (on est content parce que ça fait du dégât, mais on préfèrerait quand même être ailleurs). Et comme on ne croit pas trop à l'histoire d'amour (la faute à Liv Tyler, qui a vendu son petit talent d'antan pour faire regonfler sa lèvre supérieure), c'est quand même emmerdant. Mais les gamins y trouveront ce qu'ils étaient venus chercher, et les autres patienteront tranquillement jusqu'à la fin, d'autant que la lisiblité des scènes d'action leur permet de rester supportables. Débarrassé des influences de tonton Besson (avec qui il est, à ce qu'on dit, un peu fâché), Loulou peu désormais voler de ses propres ailes, et poursuivre son chemin en se forgeant film après film une filmo d'entertainer solide et pas prise de tête.
6/10

19 mars 2008

ANGLES D'ATTAQUE

Un réalisateur irlandais à la réputation discrète mais élogieuse. Un casting foisonnant sans être tape-à-l'oeil. Une histoire mêlant JFK et Rashomon. Angles d'attaque sentait bon le thriller retors et captivant, le genre de film à grand spectacle capable d'attirer également les spectateurs en quête de sens. Malheureusement, le film de Pete Travis ne fait illusion que l'espace de dix minutes, ce qui laisse à peine le temps d'être alléché par le récit des évènements sous le point de vue d'une réalisatrice d'émission TV (Sigourney Weaver), qui ne comprend rien malgré la multitude des images qui s'offrent à elle.
Dès le passage au point de vue suivant, il devient extrêmement clair que le scénario d'Angles d'attaque n'a rien de bien malin. Pendant une bonne heure, Travis ne fera que répéter encore et encore les mêmes scènes, sans offrir de carotte aux ânes que nous sommes. Pour que la multiplication des regards présente un minimum d'intérêt, l'intrigue se doit de comporter un minimum de tiroirs ou de perversité. Là, pas grand chose, voire même rien du tout, si bien qu'aucune révélation ni piment supplémentaire ne vient transcender cette mécanique bien vide.
Pourtant, on s'accroche, espérant longtemps être cueilli par une fin surprenante ou comprendre le pourquoi d'un tel traitement. Résultat : une conclusion assez gênante (morale, clichés en pagaille et une pointe de racisme bien rance), et le sentiment qu'un traitement "normal" d'une telle histoire n'aurait absolument pas permis d'en tirer un film d'une heure et demie. De plus, Travis triche avec le principe de son film, intercalant régulièrement dans les narrations subjectives et successives des bribes d'autres points de vues inutiles et hors de propos. On sort d'Angles d'attaque cruellement déçu par ce spectacle assez pauvre, qui se contente d'exploiter encore et encore la même explosion. Cela rappelle curieusement Omagh, le précédent film de Travis, qui se focalisait sur un attentat commis par l'IRA avec un incontestable brio technique avant d'aller s'enfoncer dans les ornières un peu ennuyeuses du film à tendance judiciaire. La prochaine fois, qu'il évite de se cacher derrière un nouveau rideau de fumée : ça nous permettra peut-être de voir vraiment de quel bois il est fait.
3/10

13 janv. 2008

INTO THE WILD

L'année passée, dans Old joy, Kelly Reichardt proposait une envolée légère dans un univers de plus en plus méconnu, celui du dépouillement et de la communion avec la nature. Un bol d'air frais de soixante-dix-huit minutes s'opposant à toute forme de matérialisme et de conventions. Aujourd'hui, Sean Penn propose à peu de choses près la même réflexion, nous offrant un film deux fois plus long, lente immersion dans des contrées isolées et désertiques où l'homme peut enfin se retrouver avec lui-même. Into the wild est une formidable ode à la nature et aux voyages, qu'ils soient intérieurs ou plus concrets. S'il est difficile de critiquer les intentions de Sean Penn, on peut toutefois rester sur sa faim devant un film qui n'est qu'une jolie pierre de plus à ajouter à un édifice écolo-philosophico-social déjà bien rempli. Malick et tant d'autres sont déjà passés par là...
Into the wild n'est donc pas le chef d'oeuvre promis, l'angélisme du propos pouvant même donner des boutons à ceux qui préfèrent le doux fumet des gaz d'échappement au parfum des fleurs. Il faut cependant aller au-delà de cette légère déception et applaudir tout de même un film libre comme l'air, qui ne s'encombre (presque) jamais de morales préfabriquées et comble à merveille nos envies de cinéma. Penn filme comme il respire, changeant de rythme au gré de ses fulgurantes inspirations, et confirme sa formidable aptitude à diriger des acteurs. Souvent seul en scène, Emile Hirsch est prodigieux de naturel et de profondeur, captant la belle lumière du film comme peu d'autres auraient su le faire.
Bien qu'un tout petit peu trop long, Into the wild est une quête souvent saisissante qui ne lâche jamais prise, une ode au déracinement (racines qui font renaître le héros avant de causer sa perte) et au travail sur soi. On aurait évidemment espéré encore plus de la part du réalisateur de The pledge, faux polar qui nous en apprenait davantage sur nous-mêmes. D'autant que la morale finale ("la vie ne vaut que si elle est partagée", snif) est un peu trop dégoulinante pour attendrir les plus cyniques.
7/10

28 août 2007

MR. BROOKS

L'affiche française de Mr. Brooks donne l'impression qu'il s'agit d'une bête série B crasseuse et bâclée avec un vilain tueur en série et une gentille flic sexy qui le colle aux basques. Il n'en est rien : Mr. Brooks est un thriller très psychologique, où conscience et inconscient sont des éléments moteurs (ce que montre déjà mieux la jolie affiche américaine). Trois personnages, qui, comme les mousquetaires, sont quatre : un homme d'affaires qui ne peut résister à ses pulsions meurtrières, une flic partagée entre ses problèmes personnels et la traque de ce mystérieux tueur, un témoin-clé qui meurt d'envie de prendre une leçon d'assassinat ; la quatrième roue du carosse se nommant Marshall, la conscience de Brooks, physiquement présent à ses yeux (et aux nôtres). Ça donne un chassé-croisé souvent intéressant, plus complexe qu'une banale histoire de double personnalité, qui exploite parfaitement chaque facette de son personnage principal.
Pour autant, Mr. Brooks est loin d'être pleinement satisfaisant : le personnage de Demi Moore est mal taillé et sujet à des intrigues parallèles plus encombrantes qu'autre chose, et les dernières vingt minutes du film sont noyées dans une sorte de brouillard étrange, le réalisateur Bruce A. Evans ne sachant plus s'il doit favoriser le suspense ou la psychologie. Il n'empêche : Kevin Costner trouve là un rôle original et à la mesure d'un talent trop souvent gâché, et William Hurt est un Jimini Cricket délicieusement salaud, poursuivant ses efforts à laisser sur le bas-côté sa tiédeur passée. Et le script est suffisamment malin et original pour donner envie de voir ce qu'Evans a dans le crâne (lui qui n'avait pas réalisé depuis quinze ans).
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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