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7 juil. 2009

BANCS PUBLICS (VERSAILLES RIVE DROITE)

On reconnaîtrait entre mille le style Podalydès, situé quelque part entre Sempé, Tati et Desproges. Bancs publics n'échappe pas à la règle, affichant sa singularité et son originalité à la face d'un cinéma français souvent monolithique. Poda réécrit la comédie humaine sous forme d'un film à sketches, à moins que ce ne soit une pièce en trois actes : la construction mêle habilement les genres, se jouant des conventions avec une candeur rigolarde. Et c'est parti pour un défilé de gueules connues - une trentaine -, ce qui ne manquera pas de faire penser au triste Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes. Le schéma est d'ailleurs un peu le même, puisque le film papillonne d'un groupe de personnages à un autre, insistant sur quelques unes de leurs obsessions.
La comparaison s'arrête là : Podalydès possède un talent inné pour faire vivre les situations et écrire des dialogues brillamment à côté de la plaque. Très foisonnant, le film peine cependant à trouver une vraie cohérence et à imposer son rythme, entrant de temps à autre dans une léthargie heureusement éphémère car rapidement interrompue par l'irruption d'une scène hilarante ou d'un trait de génie visuel. Problème : dans tout film "choral" qui se respecte, certains segments sont plus convaincants que d'autres. C'est vrai ici comme ailleurs, et le monologue plein de lapsus tendancieux de Pierre Arditi ou l'intervention courte mais affligeante de Thierry Lhermitte font partie de ces moments absolument indignes de leur auteur.
Le premier tiers de Bancs publics se déroule dans un bureau, le deuxième dans un jardin public à l'heure du déjeuner. Mais c'est véritablement le troisième qui donne au film toute sa saveur : situé dans un magasin de bricolage, il confirme la filiation Poda/Tati, orchestrant une chorégraphie burlesque et parfois inquiétante autour du ballet des clients et des vendeurs. Cette dernière partie offre au film ses moments les plus drôles et surréalistes, et prouve une fois encore que Bruno Podalydès n'est pas qu'un cinéaste attirant : c'est aussi un acteur renversant, avec une gouaille teintée de douceur. Son frère Denis n'est pas mal non plus. Et l'on quitte avec regrets cette longue déclaration d'amour à l'humain. Regrets que le film n'ait pas su éviter les coups de mou. Regrets de quitter certains personnages. Une impression contrastée pour un film cependant bien difficile à oublier.




Bancs publics (Versailles rive droite) de Bruno Podalydès. 1h50. Sortie : 08/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Laterna Magica.

29 janv. 2009

ESPION(S)

Cinq ans qu'on attendait le premier long de Nicolas Saada, excellent critique et auteur en 2003 du court-métrage Les parallèles, petit chef d'oeuvre avec déjà Géraldine Pailhas. Cela valait la peine de patienter tant la réussite de cet Espion(s) est grande, à peine entachée par un certain manque de moyens (les quelques effets visuels font grincer des dents). Finalement, le plus gros défaut du film, c'est son titre, aussi grossier et incongru puisqu'il semble annoncer une intrigue à base d'agents doubles, d'identités multiples et de traîtrises tordues. Or il n'en est rien : s'il est bien un film d'espionnage, Espion(s) ne pratique pas ce genre de suspense, et propose une intrigue relativement épurée mais pas simpliste.
Si le film dégage une telle impression de simplicité, c'est sans doute parce que Saada n'a pas son pareil pour raconter une histoire et la mettre en place de façon efficace et attrayante. Il ne faut pas plus de cinq minutes pour que le héros passe de son statut de monsieur tout-le-monde à celui d'espion (ou plutôt de source, comme le précise son employeur). Et si le film dure à peine une heure et demie, c'est parce qu'il manie l'ellipse avec une finesse assez époustouflante. Ce sens aigu du rythme et de la narration rend l'ensemble excitant et original alors que le postulat est somme toute assez courant.
Saada filme comme il raconte, c'est-à-dire de façon légère, aérienne, sans jamais avoir l'air de donner une quelconque leçon de cinéma. C'est à la fois beau et fluide, minimaliste mais plein de matière. La direction et le choix des acteurs est à l'unisson : Guillaume Canet trouve là son meilleur rôle, Géraldine Pailhas est parfaite comme toujours, et on est ravi de retrouver un type comme Stephen Rea, habitué de chez Neil Jordan, et qu'on avait un peu perdu de vue. Bien que ne reniant pas son identité française, Espion(s) est tout de même un film so british, qui pratique un humour si flegmatique qu'il est parfois difficile à percevoir. Les dialogues respirent l'amour de la langue, française comme britannique, et sont un ravissement pour l'oreille comme pour l'esprit.
Si les dix dernières minutes sont un poil moins parfaites que ce qui précède, c'est presque uniquement grâce au manque de moyen cité plus haut, qui nuit légèrement à la crédibilité de certaines scènes. Saada n'abusant pas de ce genre d'effets, il parvient néanmoins à captiver jusqu'au bout, et clôt avec brio ce film pas si mineur. On avait aimé le Nicolas Saada critique ; on adore le Nicolas Saada cinéaste. Qu'il nous revienne vite avec la même envie et le même brio.
8/10

21 janv. 2009

PLUS TARD TU COMPRENDRAS

Sorti en salles ce mercredi, Plus tard tu comprendras a fait l'objet d'une diffusion télévisée la veille au soir sur France 2. Cette double exposition est à l'origine du premier des nombreux problèmes du film, l'un des moins réussis de son auteur. Gitai est en effet pris entre deux feux : on le sent à la fois désireux de réaliser le film dans son style habituel (longs plans-séquences, silences, etc.) et respectueux des contraintes imposées par une diffusion à 20h35 sur le service public. Ça donne un film à la mise en scène on ne peut plus bâtarde, qui tente plein de choses mais ne va jamais au bout, et qui à force d'hésitations ne provoque qu'un seul sentiment : l'ennui. Car si le livre de Jérôme Clément est paraît-il passionnant et émouvant, Gitaï n'a vraisemblablement pas su retranscrire les bouleversements qui naissent dans la tête du personnage principal. Audacieux, il refuse la facilité d'une voix-off pour l'expliciter ; à la place, on doit subir de longs blancs n'exprimant à peu près rien.
Plus tard tu comprendras est un film qui parle peu, mais dont les prises de parole sont en plus assez maladroites. La scène au cours de laquelle le héros tente de cuisiner sa mère sur son passé témoigne de l'épaisseur du trait, la vieille dame ne cessant d'esquiver le sujet avec des répliques aussi inspirées que « ça manque de sel » ou « j'ai fait brûler les haricots ». Pire : les consternantes prestations de certains acteurs secondaires parviennent même à désamorcer ce qui aurait pu être de beaux morceaux d'émotion (voir la scène où Hippolyte Girardot retrouve le lieu-clé de l'histoire de ses grands-parents, instant plombé par le jeu plus faux tu meurs de l'acteur qui "joue" son guide). Dommage pour la belle histoire de Clément ; dommage aussi pour Jeanne Moreau, dans son meilleur rôle depuis des lustres, et pour un Hippolyte Girardot pas tout à fait à l'aise, mais que l'on sent terriblement ému par le récit de ces destins tragiques. Une émotion qui ne traversera malheureusement pas l'écran.
3/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

18 oct. 2008

LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE

Attention, lieu commun, digne d'une des meilleures critiques de Télé poche : Le crime est notre affaire, on aime ou on n'aime pas. Comme dans Mon petit doigt m'a dit, Pascal Thomas installe une atmosphère pittoresque, vieillotte et décalée, mêlant humour british et boulevard à la française. Il y a là-dedans des gags de toutes sortes, des hommages en veux-tu en voilà, des répliques primesautières, des numéros d'acteurs... À voir la réaction de la salle, ça fonctionne sur une bonne partie du public. Tant mieux pour eux.
Et on les comprend presque, ces gens, qui se gaussent d'une chute de Catherine Frot ou d'une vanne d'André Dussollier. En revanche, on ne les envie pas une seconde. C'est que toutes ces envies de décalage et de singularité sont tuées dans l'oeuf par l'inénarrable lourdeur du style Thomas. Incroyablement inesthétique (on parle bien de la mise en scène, pas des décors servant au film), Le crime est notre affaire est également le machin le plus téléphoné qui soit. On voit arriver les bons mots une demi-heure avant (l'exemple le plus parfait étant la consternante scène qui clôt le film), on est consterné par la fadeur des personnages et de leurs interprètes, on a envie d'étriper Frot et Dussollier, au-delà de la caricature... Seules les apparitions de Claude Rich en vieux grigou ont quelque chose de réjouissant. Mais c'est peu. Alors évidemment, on entendra dire çà et là que ce côté un peu foireux est totalement voulu, que Thomas sait exactement ce qu'il veut et qu'il n'a pas son pareil pour livrer des films rustiques et attachants. On peut également affirmer que Le crime est notre affaire est juste un film de vieux, pour vieux, sentant le renfermé et la naphtaline. En tout cas, ça n'est pas du cinéma.
3/10

21 mai 2008

UN CONTE DE NOËL

Roubaix!, c'est le drôle de sous-titre du dernier Desplechin, et c'est à la fois fort compréhensible (puisque tout le film s'y déroule) et parfaitement dans le ton (un point d'exclamation placé au bout d'une ville grise, ça sent la comédie bergmanienne ou le drame zavattesque). Ce petit signe de ponctuation, c'est la cerise sur une filmographie-gâteau qui n'en finit plus d'étendre son emprise sur le cinéma français. Et plus si affinités ? Pas sûr. Car bien que traitant de sentiments et de situations tout à fait universels, Un conte de Noël s'inscrit dans une culture, un mode de vie, une façon de penser tout à fait frenchie. Oeuvre la plus accessible de Desplechin, elle est pourtant aussi foisonnante, intelligente et profonde que ses précédents films. C'est fou comme les grands cinéastes parviennent à refaire encore et encore le même film et à construire des films à partir des précédents, comme un gros tas de briques - mais en plus intéressant. Un conte de Noël signe à la fois la synthèse de la filmo de Desplechin et une nouvelles voie explorable pour les années à venir. Accessoirement, c'est un film magnifique.
Comme souvent chez l'auteur, il faut un tout petit peu de volonté pour entrer dans ce tourbillon fait film. Une bonne demi-heure de présentation, de tâtonnements, d'hésitations. Sentiment comparable à celui qu'on éprouve lorsqu'on entre dans une famille qui n'est pas la sienne : impossible de connaître immédiatement et en détail tous les membres de la smala, leur histoire personnelle, leurs petites coupures. Eux-mêmes vivent ensemble depuis toujours mais n'y sont toujours pas parvenus. De cette acclimatation forcée mais nécessaire naît ensuite le plus gigantesque des plaisirs. Avec une fluidité plus évidente que dans ses films précédents (à la mise en scène parfois plus brillante mais sans doute moins touchante), Desplechin détruit avec bonheur l'univers du film familial, du film de Noël, sans pour autant jouer la carte du contre-emploi et du règlement de comptes destroy. La façon d'approcher des thèmes mille fois vus pour en tirer quelque chose d'"autre" ne rappelle personne (sauf peut-être Wes Anderson, dont La famille Tenenbaum, bien qu'à mille lieues de ce film-ci, possède plus d'un point commun avec lui). Le ton employé n'a pas d'égal. Les situations potentiellement convenues ne nous mènent jamais vraiment où on le croyait. Les trajectoires des personnages se confondent, se séparent, comme dans un monde mathématique où rien ne serait ni vrai ni faux. Les mathématiques, d'ailleurs, occupent un temps l'arrière-plan du film : scène poignante et cruelle de calcul de l'espérance de vie de Junon (Catherine Deneuve, actrice qui vieillit bien). Car c'est aussi cela, Desplechin : un type ultra-cultivé, aussi littéraire que scientifique, un pur philosophe qui sait se faire modeste pour aller piocher dans le mélo ou le drame familial. Cent ans après l'invention du cinéma et quelques milliers après celle de l'amour, il parvient encore à nous apprendre des choses sur ces deux thèmes. Comment fait-il ? On n'en sait rien, et c'est de là que vient le plaisir.
Chez Desplechin, une mère n'est pas obligée d'aimer son fils (et réciproquement), on peut renoncer à celle qu'on aime pour qu'elle soit mieux aimée, on peut dire les choses en face comme jamais dans la vraie vie. C'est juste beau à chialer, notamment dans ces quelques scènes entre Chiara Mastroianni (sans doute la meilleure de tous ces acteurs si prodigieux) et Laurent Capelluto (Simon, le cousin, qui boit pour oublier qu'il n'est qu'une tapisserie). Un conte de Noël se construit par bribes, qui se font et se défont. C'est un festival de petites confidences contenues, de hurlements d'enthousiasme, de gueules de bois plus ou moins joyeuses... C'est aussi un film grave et léger à la fois, qui peut parler de don de moelle osseuse et de maladie sans jamais tomber dans le pathos. C'est un film qui bénéficie de l'amour de son metteur en scène : lui qui n'a jamais su finir ses films boucle en boucle enfin un à la perfection. Il rend même Anne Consigny supportable voire émouvante, lui laissant le soin d'apporter la conclusion de ce Conte de Noël galvanisant et thérapeutique qui vaut à coup sûr tous les Indiana Jones du monde.
9/10

18 févr. 2008

LE VOYAGE DU BALLON ROUGE

Que les fans à barbe du Ballon rouge ne s'insurgent pas : Hou-hsiao Hsien n'entend pas réaliser un remake du film d'Albert Lamorisse. Simplement de glisser sur l'aspect merveilleux et mystérieux d'un film qui marqua plus d'un jeune spectateur. Pour le reste, HHH signe un film assez étrange, aussi parisianiste que les précédents étaient sinophiles, typiquement le genre d'oeuvre d'auteur qui fait fuir, mais avec un charme gros comme ça.
C'est l'histoire... d'une jolie femme un peu trop blondasse qui prépare un spectacle de marionnettes, de son fils un peu ailleurs, d'une baby-sitter venue de Chine et projetant, elle, de réaliser un nouveau film sur le thème du ballon rouge. Trois personnages qui vivent leur vie et déambulent à leur rythme dans un Paris débarrassé de ses clichés, comme une réponse moins exhaustive mais plus sincère au catalogue de Cédric Klapisch. Juliette Binoche s'amuse comme une folle dans le rôle de cette femme un peu enfant, vivant au jour le jour jusqu'à ne plus en être capable. Elle est l'essence même d'un film simple, beau et parfois un peu chiant, certes. Deux heures d'un non-spectacle charmant et sans but, parenthèse idéale entre deux films plus graves pour un Hou Hsiao-hsien qu'on espère revoir bientôt en France.
7/10

18 sept. 2007

L'INVITÉ

Réalisateur austère et roi des projets avortés, Laurent Bouhnik n'avait plus donné de nouvelles depuis 24 heures de la vie d'une femme en 2002. On le retrouve avec étonnement aux commandes de cet Invité, comédie de boulevard moins déshonorante que prévu. Comme un double bienveillant de son personnage du Dîner de cons, Thierry Lhermitte a fort à faire avec un couple pour le moins balourd auquel il offre un coaching express en vue d'un dîner crucial et imminent. L'acteur est la première bonne surprise du film, livrant une prestation solide, aux antipodes de ses récents (et multiples) errements.
Par plus d'une facette, L'invité fait penser aux derniers films de Francis Veber, une tendresse palpable remplaçant avantageusement la beauferie populiste d'un film comme La doublure. Les dialogues de David Pharao (qui adapte ici sa propre pièce) font mouche plus souvent qu'à leur tour, notamment dans la bouche d'une Valérie Lemercier égale à elle-même, c'est-à-dire totalement à l'aise dans un rôle de cruchasse carrément à l'ouest. On sera plus policé quant à la prestation de Daniel Auteuil, qui montre une nouvelle fois ses limites dans le registre comique (sa prestation du Placard n'avait déjà rien de mémorable).
Il faut bien sûr passer outre l'absence totale de mise en scène (étonnant de la part de Bouhnik) et un manque de souffle dès que l'intrigue sort de l'appartement conjugal ; il n'empêche que le rire est souvent présent, au détour d'une mimique ou d'une réplique bien sentie. La morale du film vaut ce qu'elle vaut, mais apporte un message plutôt positif sans pour autant tomber dans la niaiserie d'un happy end. L'invité vaut en tout cas bien mieux que ce que sa sortie maintes fois repoussée et le refus des distributeurs de le montrer à la presse : il y avait là de quoi faire un joli succès populaire.
6/10
(également publié sur Écran Large)

15 mars 2007

MA PLACE AU SOLEIL

Très à la mode, le film choral est un genre à prendre avec des pincettes, qui nécessite de la maîtrise, de la finesse, et une certaine unité. Visiblement, Éric de Montalier ne possède rien de tout ça : non content d'être le moins bon de tous les acteurs du film (et il y en a des mauvais), il livre avec Ma place au soleil ce qui se fait de pire dans le genre.
Pas grand chose à dire, rien à raconter : avec sa caméra faussement aérienne, Éric de Montalier entend sans doute montrer que les salauds sont toujours pourris et que chacun a droit à sa place au soleil (d'où le titre, forcément). On a rarement fait démonstration plus schématique : tous les hommes sont des porcs sans cervelle, toutes les femmes des victimes. Ce n'est flatteur ni pour les uns ni pour les autres. Vaguement reliés entre eux, les différents segments du film n'ont aucune personnalité : Montalier part d'un fond de réalisme téléfilmique à la petite semaine et y incorpore au petit bonheur des bribes d'onirisme, de burlesque et de tragique (avec même un type qui joue la Mort) sans aucun souci de cohérence. On tient là le nouveau Claude Lelouch, cinéaste particulièrement doué dans l'art de redécouvrir à chaque seconde que la vie est belle, surprenante, bourrée de hasards, et qu'elle "ne vaut d'être vécue sans amour" (c'est l'affiche qui le dit). Il s'émerveille de la naissance contrariée d'un amour, des bienfaits du tango et du squash, puis se fâche contre les connards (il préfère les losers sans saveur), les méchants et les profiteurs. Le genre de leçon de vie mille fois vue et revue, traitée sans un pouce d'originalité.
On se demande bien comment le réalisateur novice et pas doué a pu réussir à réunir un casting aussi foisonnant. Mais côté direction d'acteurs, c'est là aussi la débandade : à vrai dire, seuls trois d'entre eux sont bons (et même très bons), j'ai nommé Gilles Lellouche, François Cluzet et Élodie Bouchez. Les autres sont d'une platitude absolue. Et c'est toujours triste de voir des acteurs aussi rares que Nicole Garcia ou Jacques Dutronc gâcher leur talent dans des productions aussi ineptes que celle-ci.
2/10

1 déc. 2006

JE PENSE À VOUS

Encore. Rien sur Robert. Petites coupures. Je pense à vous. Les films de Pascal Bonitzer se suivent et se ressemblent. Par le contenu en tout cas : auto-fictions centrées sur un homme un peu seul, un peu intello et un peu amoureux de plusieurs femmes. En revanche, côté qualité, on est sur une pente gravement descendante. Est-ce parce que Bonitzer se répète? Ou tout simplement parce qu'il n'a rien à dire? Toujours est-il que ce sinistre Je pense à vous ressemble à un roman de Christine Angot (ou sur Christine Angot, un temps à la colle avec le réalisateur), avec son lot de dialogues empesés et sursignificatifs, ses personnages qui souffrent parce que ça fait vendre, et son sexe pataud et pâteux. On baille.
Pourtant, comme d'habitude chez Bonitzer, le casting parvient à sauver quelques meubles. Même s'il n'a pas son habituel grain de folie, Edouard Baer est une nouvelle fois très bon. Face à lui, Géraldine Pailhas et Marina de Van incarnent le feu et la glace. cette dernière est d'ailleurs coscénariste, et on retrouve dans Je pense à vous les obsessions morbides et suicidaires qu'elle avait déjà développées avec François Ozon (Sous le sable) ou dans son propre film (Dans ma peau). Mais ici, tout a l'air un peu trop fabriqué pour réellement convaincre ou impressionner.
3/10

6 nov. 2006

LADY CHATTERLEY

Un tel projet pourrait faire peur : filmer l'une des trois versions de L'amant de Lady Chatterley, célèbre roman de D.H. Lawrence que personne n'a lu mais dont tout le monde connaît le titre, sans doute grâce à l'adaptation porno-soft par le Just Jaeckin d'Emmanuelle il y a une vingtaine d'années. Ce serait mal connaître Pascale Ferran, cinéaste rare, femme de lettres posée et ultra-réfléchie. Son Lady Chatterley célébre à sa juste valeur le roman de Lawrence (à propos duquel les rares lecteurs ne tarissent pas d'éloges). Tout en longueur et en rondeur, le film prend son temps (près de 2h40) pour raconter l'éveil tardif à l'amour physique-mais-pas-que d'une femme du monde au contact de son garde-chasse.
Il faut quasiment une heure pour qu'enfin Lady Chatterley atteigne le coeur de son sujet : auparavant, Ferran aura brillamment tourné autour de son héroïne, jeune femme engoncée et corsetée, trop vite prise au piège d'une ennuyeuse vie bourgeoise aux côtés d'un mari paralysé des pattes arrières (bassin compris, si vous voyez ce que je veux dire). C'est cette vision de l'ennui qui constitue le plus beau du film. Ensuite, lorsque la jolie et frêle Constance Chatterley cède au désir de Parkin, grand bourru au physique ingrat, ce qui aurait dû être le plus saisissant est finalement le plus attendu. Au fil de scènes de sexe à la fois crues et très pudiques, Pascale Ferran montre la métamorphose progressive d'une histoire de chair en véritable histoire d'amour. C'est malheureusement trop schématique et systématique : lors du premier contact, le garde-chasse trombine la lady avec autant de grâce qu'un lapin en rut ; la deuxième fois, on sent poindre un peu plus de respect et d'écoute ; et ainsi de suite jusqu'à la sixième et dernière scène d'amour, où le désir et les sentiments se mêlent à parts égales.
C'est lorsque les amants commencent à se livrer et quand le film se fait plus bavard que l'on réalise quelle était la force de la première partie de Lady Chatterley : son côté mutique, austère, triste et glaçant. Quand les mots se mettent à affluer, on trépigne, d'autant que bien des dialogues sonnent plutôt faux. Si le mystère et l'empoignade physique vont plutôt bien au drôle de couple formé par le brave Jean-Louis Coulloc'h et la délicate Marina Hands, les voir pleurnicher dans les bras l'un de l'autre en causant grands sentiments et philosophie nuit à la crédibilité de l'ensemble. À cet égard, la scène finale est un massacre, un pataquès sirupeux même pas digne de Jane Austen, qui ruine une partie des beaux efforts de Pascale Ferran. Il n'empêche, Lady Chatterley est souvent un film beau et fort, dont la longueur est un atout, mais qui aurait gagné à poursuivre jusqu'au bout son admirable économie de mots.
7/10

4 oct. 2006

LE PRESSENTIMENT

Un grand bourgeois quitte famille et confort baroque pour aller vivre seul, en paix avec lui-même, dans un modeste appartement parisien. Histoire de se faire oublier et de faire son petit bonhomme de chemin personnel. Une idée de film séduisante pour un premier film, surtout quand c'est monsieur Darroussin qui se plante à la fois devant et derrière la caméra. Sauf qu'on a beau patienter poliment devant ce Pressentiment, rien ne se passe, comme si l'essence même du sujet s'était évaporée.
À vrai dire, on ne comprend pas bien le pourquoi du Pressentiment. Parce que passée l'idée de départ, le film tourne rapidement à vide, comme si l'idée de voir évoluer un personnage coupé du monde avait fait peur au cinéaste en herbe. Du coup, le scénario nous offre des rencontres anecdotiques et sans but avec des voisins bagarreurs, curieux ou persifleurs. Et le sujet dans tout ça? Il fait pschitt. On se tape des querelles de voisinage, des ragots entre concierges, une histoire de gamine abandonnée par ses parents, des pertes de connaissance, éléments jetés çà et là sur la pellicule sans réelle raison d'être. Même pas une petite morale en fin de film pour nous dire que la vie en communauté vaut miaux que la solitude, ni le contraire, juste du vide, rien qui ne justifie l'existence d'un tel film. C'est dommage : on sent Darroussin fasciné par ce qu'il raconte (il est le seul, mais c'est déjà ça), et le voir avec des cheveux témoigne d'une vraie ambition d'auteur (rires). Pour délivrer un avis définitif sur Darroussin metteur en scène on attendra tout de même le deuxième film ; on est cependant en droit d'avoir un très mauvais pressentiment (humour).
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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