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6 mai 2009

JE L'AIMAIS

Après un premier film raté et un deuxième calamiteux, Zabou Breitman ne pouvait que surprendre agréablement avec Je l'aimais, adaptation de la désormais inévitable Anna Gavalda. Beaux sentiments et style ordinaire mais attachant sont les caractéristiques de l'oeuvre de l'écrivaine, qui avant de se lancer dans le pavé (Ensemble c'est tout et La consolante) s'était fait les dents sur des histoires courtes. Bien que s'étalant sur une vingtaine d'années, Je l'aimais faisait 150 pages environ, racontant sans détour l'histoire d'amour de cet homme qui aurait pu quitter sa femme mais n'a pas pu (ou pas voulu le faire). Pour tout dire, le film ne commence pas très bien, Zabou semblant s'apesantir sur la situation de départ (l'homme, sa belle-fille fraîchement larguée, et les deux enfants) sans autre raison que de faire durer le suspense avant de se lancer enfin dans le vif du sujet avec ce retour en arrière sur cette passion, ses circonstances et sa fin. Florence Loiret-Caille a beau être une comédienne gigantesque (il serait temps que l'univers l'apprenne), on baille.
On baille mais on continue à y croire. Car dès son entrée en matière, Je l'aimais semble faire preuve d'une jolie pudeur, d'une délicatesse qu'on ne soupçonnait pas chez une réalisatrice pas très finaude dans ses choix passés. Et lorsqu'est enfin introduit le personnage de Mathilde, le film trouve son rythme de croisière. Les balbutiements de Daniel Auteuil sont les nôtres, le charme fragile de Marie-Josée Croze fait le reste. S'il n'atteindra jamais une vraie dimension tragique, Je l'aimais fait son travail, c'est-à-dire dépeindre une relation si belle et pathétique qu'elle n'existe que dans les livres. C'est d'ailleurs là son énorme limite : malgré tous les efforts d'une réalisatrice qu'on sent touchée par son sujet, l'intrigue peine à dépasser le stade du roman-photo, bourré de rebondissements et de jolies choses, mais tout de même pas très nourrissant. La virée asiatique du couple d'amoureux est en cela révélatrice de la qualité générale du film, exhalant un exotisme de pacotille si suranné qu'il en devient touchant.
Mais l'interprétation compense généreusement les défauts de l'ensemble : l'improbable couple-vedette est juste magnifique, Florence Loiret-Caille joue les malheureuses comme personne (ça mérite bien d'être répété), et Christiane Millet se sort prodigieusement du rôle le plus casse-gueule de l'ensemble, celui de la femme trompée mais digne. Ceci n'a apparemment rien d'un miracle : Zabou Breitman révèle ici un vrai potentiel de directrice d'acteurs et fait renaître l'espoir quant à sa carrière de réalisatrice. Je l'aimais est le premier de ses films à ne pas se réfugier derrière un quelconque procédé, à filmer les sentiments comme des sentiments et pas comme des oeuvres d'art moderne. Le soin apporté aux détails (faire évoluer des personnages sur 20 ans sans maquillage, c'est fort) et la sincérité générale du projet montrent que sa cause est loin d'être désespérée.




Je l'aimais de Zabou Breitman. 1h52. Sortie : 06/05/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

18 juin 2008

LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES

Ouais alors bon d'accord, c'est bien joli cette idée de mettre un chanteur ringard dans la peau d'un comptable ringard, mais est-ce que ça fait pour autant assez de substance pour en tirer un long-métrage ? Absolument pas. Sauf quand on s'appelle Nicolas & Bruno, zozos de première, spécialistes des orgues Bontempi™, des agrafeuses et des Minitel™, accessoirement auteurs des fameux messages à caractère informatif et de l'adaptation française de The office. Il fallait être complètement génial ou totalement inconscient pour penser bâtir un bon film sur une idée gentille mais déjà un peu exploitée ailleurs (rappelez-vous par exemple L'aventure intérieure, de Joe Dante, avec Dennis Quaid dans Martin Short). Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (autant donner leurs noms de famille, ils méritent d'être mondialement connus) sont les deux à la fois. La personne aux deux personnes est une franche réussite, une rigolade d'une heure et demie qui parvient à partir d'un postulat fantaisiste mais casse-gueule et à aller crescendo pendant toute la durée du film, pour aboutir à un épilogue complètement génial. Ce n'est pas un mince exploit.
Le plus incroyable, c'est que l'idée de départ n'est absolument pas délayée dans des sous-intrigues avec moultes personnages secondaires et digressions. À vrai dire, ils ne sont que trois, dont un qu'on ne voit que très épisodiquement. Dans la peau du cultissime Jean-Christian Ranu, Daniel Auteuil contredit tout le mal qu'on pensait de lui niveau comédie. Très souvent seul à l'écran, il donne à son personnage une dégaine absolument inénarrable, montrant à monsieur Franck Dubosc qu'on peut jouer un ringard fini sans patauger dans le mépris et la facilité. Face à (ou plutôt à l'intérieur de) lui, Alain Chabat campe un Gilles Gabriel mort mais pas trop, star des années 80 persuadée qu'elle peut être le leader du fameux revival des eighties. Sa voix est l'un des moteurs du film, et il prouve une fois encore qu'il est l'un de nos tous meilleurs acteurs, capable de jouer absolument n'importe qui et n'importe quoi en visant toujours droit dans le mille. Quant à Marina Foïs, dans un rôle secondaire mais fondamental, elle est extrêmement bien dirigée, dont très bien (c'est-à-dire qu'elle ne fonce pas tête la première dans ses quelques tics robindesboisesques parfois gênants).
Montée en puissance permanente, La personne aux deux personnes ménage de grands moments d'hilarité, ceux-ci se faisant de plus en plus nombreux à mesure qu'avance un film ne se perdant jamais en route. Impossible d'en dire plus, mais il faudra attendre la scène de la grande réunion de la Cogip au Palais des Congrès, puis ce fameux épilogue intervenant pendant le générique de fin, pour être totalement happé par l'immense puissance comique de ce grand spectacle, drôle et intelligent, qui confirme que Nicolas & Bruno sont des touche-à-tout de génie, capables de dynamiser et dynamiter une comédie à la française qui en a sacrément besoin. Imparable.
8/10


30 avr. 2008

15 ANS ET DEMI

Pour leur premier film sans Michaël Youn, Thomas Sorriaux et François Desagnat se sont lancés dans un pari pas trop compliqué : la comédie père-fille, dont un ancêtre pourrait être La boum et un petit frère le récent Tel père, telle fille. 15 ans et demi trouve parfaitement sa place entre les deux, même si ce n'est pas l'originalité qui l'étouffe.
Desagnat et Sorriaux mettent en scène les retrouvailles d'un célèbres biochimiste, provisoirement revenu de Boston où il a fait sa vie, et de sa fille de quinze ans (le "et demi" sert surtout à faire sonner un peu le titre, qui remplace le Ma fille a quinze ans d'origine). On connaît la suite : les habitudes de l'ado sont perturbées par l'irruption de ce père trop souvent absent, les clashs se multiplient jusqu'à la rupture, avant qu'enfin l'harmonie se fasse et que tout le monde rattrape le temps perdu. L'intérêt d'un tel film ne réside évidemment pas dans les rebonds prévisibles de son scénario, mais davantage dans le traitement et l'interprétation. Et si le résultat est à moitié convaincant, c'est justement parce que ces deux points sont loin d'être parfaits. Certaines idées, comme la matérialisation d'Albert Einstein en ami imaginaire du personnage d'Auteuil, sont assez vaseuses : cela se traduit à l'image par un paquet de scènes complètement nazes, rendues encore plus désastreuses par la prestation pathétiquissime de François Berléand. Et bien qu'un peu plus agréables, les vignettes dans lesquelles le papa dépassé s'imagine en héros de cinéma (de Barry Lyndon à James Stewart) manquent souvent leur cible.
Heureusement, il y a Auteuil, qui avait rarement été aussi juste dans la comédie (seules quelques scènes, comme celles de l'électrocution, ne peuvent même pas être sauvées par sa prestation). Et cette charmante Juliette Lamboley, très mimi et assez convaincante, même si trop lisse pour arriver à la cheville d'une certaine Juno. Et un François Damiens assez savoureux, même si moins belge (et donc moins drôle) que d'habitude. En revanche, comme Berléand, Julie Ferrier et Alain Chabat passent totalement à côté de leurs personnages et donnent l'impression de vivre un grand moment de solitude. Forcément, pour un film dont la sympathie doit être le principal atout, c'est un peu moche. Heureusement, le film a tendance à se bonifier au fur et à mesure, à tel point que l'on finit par se prendre gentiment au jeu et par oublier cette mise en scène d'une laideur sans nom. Cela survenant un peu trop tard, 15 ans et demi restera comme l'un de ces films qui se terminent là où on aurait adoré qu'ils commencent.
5/10

10 mars 2008

MR 73

Avec MR 73, Olivier Marchal s'adresse ostensiblement à ceux qui considéraient que 36 quai des orfèvres n'était qu'une version vaguement cinématographique d'un épisode du commissaire Moulin. Vous voulez du cinéma? Marchal va vous en donner. Du sordide, du torturé, du filmé avec les tripes, de l'hémoglobiné. Mais il ne suffit pas de se prendre pour Sidney Lumet ; encore faut-il avoir un minimum de talent.
MR 73 commence par le traditionnel carton "inspiré d'une histoire vraie", celui qui semble autoriser les auteurs à raconter n'importe quoi n'importe comment sous prétexte de retranscription de la réalité. Et c'est donc parti pour ce portrait d'un flic au bout du rouleau, qui traîne sa carcasse alcoolisée entre quelques bureaux sordides (y a pas de budget peinture, au ministère de l'intérieur ?) et des scènes de crime composées comme des tableaux de maître. Olivier Marchal fut lui-même policier, et sait donc a priori de quoi il parle ; mais il en rajoute tellement dans chaque détail de chaque description que son film en devient rapidement ridicule. Un peu comme quand Rambo raconte le Vietnam en pleurnichant et en ajoutant à la fin de chaque phrase "je sais ce que je dis, je l'ai vécu".
Et donc, parce que monsieur Marchal s'est pris pour un auteur, il a choisi de livrer non pas un simple polar à clé, mais un véritable drame d'une noirceur sans nom, où les êtres ne sont que des machines à malheur souhaitant simplement une dernière valse avant d'aller mourir. La trame de MR 73 est à mourir de rire, mélangeant rédemption, vengeance et dénonciation des magouilles policières. Un peu de finesse aurait été le bienvenu, mais c'était sans doute trop demander ; les personnages sont écrits à la truelle et l'enchaînement des situations pue le cliché. Par exemple, en fin de film, Marchal met en parallèle l'arrivée d'un nouveau-né et la mort d'un personnage-clé. Un être s'éteint, un autre s'éveille. C'est beau comme une pub pour de l'eau minérale.
MR 73 pue l'orgueil et la frime, tué dans l'oeuf par un désir artificiel de choquer son public. La violence froide et gratuite et les situations sordides choqueront sans doute le troisième âge ; certains détourneront peut-être les yeux de temps à autres ; mais qui peut être réellement impressionné par ça? Heureusement, Daniel Auteuil conserve une certaine crédibilité de bout en bout (il fait bien l'alcoolique), et donne à MR 73 ses moins mauvais moments. On n'en dira pas autant de Catherine Marchal et Olivia Bonamy, aussi mauvaises que leurs personnages sont mal taillés. Il faut dire que la pauvreté des dialogues (une grossièreté façon Bigard toutes les deux lignes) et l'incroyable fascination de Marchal pour les stéréotypes ne pouvait pas permettre à grand monde de sortir grandi de ce marasme pas recommandable du tout.
2/10

18 sept. 2007

L'INVITÉ

Réalisateur austère et roi des projets avortés, Laurent Bouhnik n'avait plus donné de nouvelles depuis 24 heures de la vie d'une femme en 2002. On le retrouve avec étonnement aux commandes de cet Invité, comédie de boulevard moins déshonorante que prévu. Comme un double bienveillant de son personnage du Dîner de cons, Thierry Lhermitte a fort à faire avec un couple pour le moins balourd auquel il offre un coaching express en vue d'un dîner crucial et imminent. L'acteur est la première bonne surprise du film, livrant une prestation solide, aux antipodes de ses récents (et multiples) errements.
Par plus d'une facette, L'invité fait penser aux derniers films de Francis Veber, une tendresse palpable remplaçant avantageusement la beauferie populiste d'un film comme La doublure. Les dialogues de David Pharao (qui adapte ici sa propre pièce) font mouche plus souvent qu'à leur tour, notamment dans la bouche d'une Valérie Lemercier égale à elle-même, c'est-à-dire totalement à l'aise dans un rôle de cruchasse carrément à l'ouest. On sera plus policé quant à la prestation de Daniel Auteuil, qui montre une nouvelle fois ses limites dans le registre comique (sa prestation du Placard n'avait déjà rien de mémorable).
Il faut bien sûr passer outre l'absence totale de mise en scène (étonnant de la part de Bouhnik) et un manque de souffle dès que l'intrigue sort de l'appartement conjugal ; il n'empêche que le rire est souvent présent, au détour d'une mimique ou d'une réplique bien sentie. La morale du film vaut ce qu'elle vaut, mais apporte un message plutôt positif sans pour autant tomber dans la niaiserie d'un happy end. L'invité vaut en tout cas bien mieux que ce que sa sortie maintes fois repoussée et le refus des distributeurs de le montrer à la presse : il y avait là de quoi faire un joli succès populaire.
6/10
(également publié sur Écran Large)

22 déc. 2006

MON MEILLEUR AMI

À l'occasion de ses retrouvailles avec la bande du Splendid pour réaliser Les bronzés 3 - amis pour la vie (le chef d'oeuvre incontestable de l'année), Patrice Leconte a dû se poser plus d'une question sur l'amitié, la vraie, la plus pure qui soit, lui qui était alors entouré d'une majorité de cabots prêts à simuler une amitié profonde pour palper un maximum de pognon. Voilà qui a dû influer sur son envie de faire Mon meilleur ami, comédie sans aucune (mais alors aucune) prétention.
À la base du film de Leconte, un nouveau duo masculin constitué d'un petit nouveau (Dany Boon, plutôt convaincant) et d'un habitué (Daniel Auteuil, trois films avec Patrice en sept ans). Les deux hommes évoluent avec aisance au gré d'une intrigue pas transcendante, dont les rebondissements sont à la fois prévisibles ET invraisemblables. Le pitch en lui même est improbable (un type a dix jours pour se trouver un meilleur ami, ce qui ne veut rien dire), mais la sympathie dégagée par le casting ainsi qu'une réflexion pas idiote sur la définition de l'amitié provoquent l'indulgence du spectateur, comme lorsqu'il se trouve face à un ami ni vraiment drôle ni très intéressant mais qu'il sourit quand même pour lui faire plaisir. Mais qu'on se rassure : nivau comédie, Leconte est bien plus proche d'un Pierre Salvadori que du Veber de La doublure.
Patrice Leconte a annoncé il y a peu qu'il arrêterait le cinéma dans trois films. S'il est impossible de s'en réjouir (le bougre a signé quelques bijoux malheureusement moins connus que son récent gros navet), on est tout à fait en droit de penser que c'est une sage décision. De films mineurs en films mineurs, Leconte est tranquillement en train de s'embourber dans un cinéma qualité France auquel manque la singularité de ses meilleurs films (Le mari de la coiffeuse et La fille sur le pont). Souhaitons que dans ses prochains (et ultimes) longs métrages, il renoue avec un cinéma plus consistant et émouvant, celui qu'il manie avec le plus de brio.
5/10

23 juin 2006

L'ENTENTE CORDIALE

On dit souvent que voir des mauvais films permet de mieux apprécier les bons. Si c'est vrai, alors L'entente cordiale devrait permettre de trouver géniale 99% de la prduction filmique mondiale. Après un Antidote dont la médiocrité inspirait davantage d'indifférence que de mépris, Vincent de Brus semble s'être surpassé. Objectif apparent : faire encore et toujours plus sinistre. À ce titre, c'est extrêmement réussi. Si Luc Besson avait voulu produire une comédie d'action réalisée par Jean-Marie Poiré, ça n'aurait sans doute pas été aussi désespérant que cette Entente cordiale.
Niveau acteurs, c'est le drame. Christian Clavier fait du Christian Clavier, et ce n'est évidemment pas un compliment. Mais ce qui fait mal au coeur, c'est de voir Daniel Auteuil, naguère brillantissime acteur, se fourvoyer une nouvelle fois dans ce genre de machin, et ne même pas relever le niveau général. Il y a aussi Jennifer Saunders (oui, celle d'Ab Fab) et même, ô, sacrilège, John Cleese, qui avait sans doute des impôts à payer. On a poussé l'insulte jusqu'à les doubler en français. Tant pis pour eux.
Côté "mise en scène", de Brus se prend pour John Woo et balance sa caméra dans tous les sens, avant de hacher menu les minuscules dés d'image qui ont survécu. Parkinsionien, apocalyptique, le montage est sans nul doute le plus mauvais de l'année.
Tout ceci ne serait que broutille s'il y avait dans L'entente cordiale un peu de scénario, avec un semblant de suspense et quelques envolées humoristiques. Mais non. Vincent de Brus préfère filmer des agents secrets qui pratiquent le kung-fu aussi bien que ma grand-mère. On ne peut même pas parler du duo Auteuil/Clavier tant chacun semble faire cavalier seul, comme pour justifier un cachet exhorbitant et immérité. L'entente cordiale semble destiné à faire un gros bide, et pour une fois, c'est vraiment une excellente nouvelle.
0/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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