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29 janv. 2009

ESPION(S)

Cinq ans qu'on attendait le premier long de Nicolas Saada, excellent critique et auteur en 2003 du court-métrage Les parallèles, petit chef d'oeuvre avec déjà Géraldine Pailhas. Cela valait la peine de patienter tant la réussite de cet Espion(s) est grande, à peine entachée par un certain manque de moyens (les quelques effets visuels font grincer des dents). Finalement, le plus gros défaut du film, c'est son titre, aussi grossier et incongru puisqu'il semble annoncer une intrigue à base d'agents doubles, d'identités multiples et de traîtrises tordues. Or il n'en est rien : s'il est bien un film d'espionnage, Espion(s) ne pratique pas ce genre de suspense, et propose une intrigue relativement épurée mais pas simpliste.
Si le film dégage une telle impression de simplicité, c'est sans doute parce que Saada n'a pas son pareil pour raconter une histoire et la mettre en place de façon efficace et attrayante. Il ne faut pas plus de cinq minutes pour que le héros passe de son statut de monsieur tout-le-monde à celui d'espion (ou plutôt de source, comme le précise son employeur). Et si le film dure à peine une heure et demie, c'est parce qu'il manie l'ellipse avec une finesse assez époustouflante. Ce sens aigu du rythme et de la narration rend l'ensemble excitant et original alors que le postulat est somme toute assez courant.
Saada filme comme il raconte, c'est-à-dire de façon légère, aérienne, sans jamais avoir l'air de donner une quelconque leçon de cinéma. C'est à la fois beau et fluide, minimaliste mais plein de matière. La direction et le choix des acteurs est à l'unisson : Guillaume Canet trouve là son meilleur rôle, Géraldine Pailhas est parfaite comme toujours, et on est ravi de retrouver un type comme Stephen Rea, habitué de chez Neil Jordan, et qu'on avait un peu perdu de vue. Bien que ne reniant pas son identité française, Espion(s) est tout de même un film so british, qui pratique un humour si flegmatique qu'il est parfois difficile à percevoir. Les dialogues respirent l'amour de la langue, française comme britannique, et sont un ravissement pour l'oreille comme pour l'esprit.
Si les dix dernières minutes sont un poil moins parfaites que ce qui précède, c'est presque uniquement grâce au manque de moyen cité plus haut, qui nuit légèrement à la crédibilité de certaines scènes. Saada n'abusant pas de ce genre d'effets, il parvient néanmoins à captiver jusqu'au bout, et clôt avec brio ce film pas si mineur. On avait aimé le Nicolas Saada critique ; on adore le Nicolas Saada cinéaste. Qu'il nous revienne vite avec la même envie et le même brio.
8/10

20 avr. 2008

DOOMSDAY

Après l'étouffant The descent, Neil Marshall décrit un autre type de claustrophobie : celle qui nous atteindra tous un jour ou l'autre si le monde continue à faire n'importe quoi. Cette fois, c'est l'idée même d'être enfermé dans cet univers trop petit qui devient la plus grande angoisse qui soit. Par le biais d'un style un peu bis et très référencé (Mad Max, Carpenter, tous ces trucs qui font rêver les quadras nostalgiques), Marshall décrit une apocalypse de proximité, aussi délirante que crédible. Le point de départ (l'Écosse est mise en quarantaine pour enrayer la progression d'un virus imbattable) n'est qu'un prétexte pour partir en voyage dans ce monde où la normalité et la marge ne font plus qu'une.
Doomsday, c'est donc un gros plaisir coupable qui assume pleinement son côté bourrin et ses nombreuses influences, part dans tous les sens sans jamais se retourner, et revendique haut et fort son statut de fourre-tout débile et inquiétant. À la tête du film, Rhona Mitra est juste parfaite, jouant idéalement sur l'ambivalence de son personnage, à la fois ultra sexy, ultra masculine, et finalement assez émotive. Dans le royaume underground des punks comme dans les douves de pseudo-chevaliers, cette Eden Sinclair est pleinement à son aise, distribuant les pains comme d'autres la bonne parole, tranchant des têtes comme si c'était la routine. Mais sans ce côté ennuyeusement cool qui fit un temps le succès de personnages surécrits à la John McClane. Doomsday est un film absolument pas recommandable, puisqu'il risque surtout de provoquer le rejet chez une majorité de spectateurs, fans ou pas du genre (mais quel genre ?). On souhaite que Neil Marshall continue à faire ce qui lui passe par la tête : il y a visiblement du très bon sous ce crâne-là.
8/10

22 oct. 2007

UN HOMME PERDU

Avant de défendre un film comme Un homme perdu, il convient de prévenir le spectateur-aventurier qu'il s'apprête à embarquer pour une heure et demie d'austérité pure, à peine réhaussée par d'alléchantes envolées sexuelles. Le film de Danielle Arbid est un mur de pierre qu'il faut escalader à mains nues pour obtenir sa récompense. Une fois cet effort consenti, Un homme perdu s'impose comme une jolie surprise dans un cinéma français trop souvent enfermé géographiquement. Arbid suit un photographe (Melvil Poupaud, saisissant) dans sa quête d'images et d'aventures charnelles, épaulé en cela par un homme mystérieux qui réapparaît après avoir disparu dix-huit ans plus tôt. L'homme perdu du titre est en fait composé de ces deux types-là, dont la relation ambiguë constitue finalement le noeud du film.
Nouvelle preuve que les femmes en ont plus que les hommes quand il s'agit de filmer la chose : Arbid met en images la violence des relations sexuelles du photographe, esquissant par petites touches la noyade de cet homme dans des sentiments qu'il ne connaît pas. Ce sexe-là est beau, âpre, et magnifiquement filmé. Et l'occasion pour Yasmine, l'une des dernières égéries Dorcel, de prêter sa plastique irréprochable et sa voix de velours à un film plus traditionnel. Paysages dévastés et hommes pas mieux, images déchirantes et errances nocturnes : pas facile mais franchement beau, le cinéma de Danielle Arbid vaut certainement qu'on s'y attarde.
7/10
(également publié sur Écran Large)

16 sept. 2007

LA DERNIÈRE LÉGION

Il ne faut pas prendre les enfants à la légère. C'est à la fois le message de La Dernière légion et le leitmotiv de ses producteurs. Assumant pleinement son statut de film pour moins de douze ans, le film de Doug Lefler concilie parfaitement son aspect éducatif fort louable (façon Le Roi Arthur pour les nuls) et son envie de divertir. Objectif : que du haut de leurs sièges surélevés, les mioches en prennent plein les mirettes et sortent avec l'envie d'en savoir plus. Et tant pis si les adultes font la fine bouche devant cette version simplifiée (mais pas trop simpliste) et édulcorée (le sang coule très peu) des contes de la Table Ronde.
Exécuté avec un grand sérieux, dans le respect du jeune spectateur, La Dernière légion est cependant un spectacle très frais, mignon comme tout, laissant transparaître à chaque plan le vrai plaisir pris par chacun de ses protagonistes. Colin Firth a définitivement la classe ; Ben Kingsley s'amuse à imiter David Carradine dans Kung-fu ; quant à Aishwarya Rai, aux antipodes de ses sempiternelles œillades bollywoodiennes, elle livre une prestation séduisante en garçonne casse-cou. L'occasion pour les jeunes garçons de connaître leurs premiers émois – soft bien sûr : leurs pupilles devraient se dilater pendant la scène où la belle sort de l'eau, tunique humide collée au postérieur.
Alors qu'importe la pirouette finale un peu inutile ou les quelques raccourcis scénaristiques : La Dernière légion constitue un joli éveil à l'Histoire et au cinéma, et devrait convaincre sans peine les petits curieux qui voudront bien se jeter dans l'aventure. Pour une fois qu'ils ne sont pas pris pour des imbéciles…
6/10
(également publié sur Écran Large)

12 déc. 2006

LA NATIVITÉ

C'est la légende urbaine la plus vieille du monde : depuis deux mille ans, on nous raconte qu'à Bethléem est né un petit garçon venu apporter la bonne parole, né d'une mère vierge par l'opération du Saint-Esprit. La nativité raconte la genèse de cette naissance hors du commun. Comme une sorte de prequel à La passion du christ et à La dernière tentation du Christ, qui se déroulent trente-trois ans plus tard. Pour la comparaison, on s'arrêtera là : on peut penser ce que l'on veut des films de Gibson, Scorsese et consorts, mais ils présentaient au moins un minimum d'intérêt. Partis pris esthétiques ou moraux, choix d'un point de vue assez précis. Si La nativité est quasiment le premier film sur ce sujet à n'avoir sucité aucune polémique, la raison est bien simple : il s'agit d'un inoffensif livre d'images qui trouverait très bien sa place dans les cours de catéchisme ou en feuilleton à suivre dans "Le jour du seigneur". Chaque chose est bien à sa place, la réalisation ne rate rien des évènements-clé, mais pas la moindre trace de cinéma là-dedans.
Les fervents croyants risquent fort de s'ennuyer car ils connaissent la chanson ; les autres, qui se moquent un peu d'une histoire de ce genre (après tout, des gens comme Tolkien ont créé des mythologies bien plus renversantes), chercheront comment passer le temps. On peut par exemple s'amuser à chercher quelques acteurs un peu connus au milieu de la foule : voir Zinedine Soualem donner la réplique à Tomer Sisley le centurion, c'est tout de même quelque chose, surtout qu'on ne les attendait pas dans un film américain. On peut aussi chercher désespérément une trace quelconque du style de Catherine Hardwicke, réalisatrice assez douée du gentiment trashy Thirteen (sniffage de colle et scarifications) et du fun Les seigneurs de Dogtown (skate, pantalons larges et petites pépées). Mais même en cherchant bien, pas une miette. La nativité sonne comme la rédemption d'une cinéaste qui a trop souvent montré la part de ténèbres de l'être humain et qui demande le pardon de l'Être Suprême. Souhaitons qu'après quelques prières et autres auto-flagellations pour expier ses fautes, Mrs. Hardwicke se remette très vite à faire du vrai cinéma plutôt que de la propagande molle et même pas engagée.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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