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25 févr. 2008

COUPABLE

Ça commence comme un mauvais film d'auteur. L'introduction de Coupable alterne témoignages d'un couple au bord du divorce, face caméra, et images d'une mer calme illustrant (?) des propos énoncés par Michel Onfray, qui ondule de Platon à Lacan. Pour un peu, le film de Laetitia Masson ne s'en remettrait pas. Il aurait pourtant été dommage de passer à côté de ce faux polar absolument bizarroïde, qui désarçonne autant qu'il séduit. Coupable est une expérience rare, qui sera certainement rejetée en bloc par une grande partie de ceux qui s'y seront risqués. Regretteront-ils pour autant de s'être abandonnés pendant une centaine de minutes à cette ritournelle polymorphe ?
Après un Pourquoi (pas) le Brésil ? un peu en marge du reste de sa filmographie, Masson renoue avec deux types de personnages qu'elle affectionne particulièrement : la femme énigmatique, tellement en demande d'amour qu'elle finirait presque par s'offrir au premier venu, et l'enquêteur mâle et solitaire, épris de sa proie au point de perdre pied dans sa vraie vie, happé par celle qu'il poursuit. La nouveauté, c'est que chacun de ces deux archétypes est incarné par deux personnages, et donc par deux interprètes : Anne Consigny et Hélène Fillières d'une part, Jérémie Rénier et Denis Podalydès de l'autre. Mis à part pour ce dernier, impérial, il est difficile d'établir clairement la qualité de leur prestation, tant le ton de Coupable est incomparable, comme volontairement à côté de la plaque.
Masson filme en DV une réflexion sur le désir, le besoin de l'assouvir, le besoin de s'en créer. Par moments, le propos et la mise en scène s'embrouillent et nous emmènent sur des pistes un peu vides de sens. Mais cette folie palpable est également l'essence d'un film qui passe sans rougir de scènes de vaudeville très réussies mais parfois hors de propos à des séquences plus dramatiques et torturées. Le titre peut être trompeur (mais colle finalement très bien au film) : Coupable n'a rien d'un film policier, le meurtre qui accapare les personnages n'agissant que comme un révélateur de leurs désirs. S'il n'a donc rien pour plaire aux fans de Mary Higgins Clark, le film de Laetitia Masson est en revanche à conseiller aux amoureux de la marginalité.
6/10
(également publié sur Écran Large)

6 nov. 2006

LADY CHATTERLEY

Un tel projet pourrait faire peur : filmer l'une des trois versions de L'amant de Lady Chatterley, célèbre roman de D.H. Lawrence que personne n'a lu mais dont tout le monde connaît le titre, sans doute grâce à l'adaptation porno-soft par le Just Jaeckin d'Emmanuelle il y a une vingtaine d'années. Ce serait mal connaître Pascale Ferran, cinéaste rare, femme de lettres posée et ultra-réfléchie. Son Lady Chatterley célébre à sa juste valeur le roman de Lawrence (à propos duquel les rares lecteurs ne tarissent pas d'éloges). Tout en longueur et en rondeur, le film prend son temps (près de 2h40) pour raconter l'éveil tardif à l'amour physique-mais-pas-que d'une femme du monde au contact de son garde-chasse.
Il faut quasiment une heure pour qu'enfin Lady Chatterley atteigne le coeur de son sujet : auparavant, Ferran aura brillamment tourné autour de son héroïne, jeune femme engoncée et corsetée, trop vite prise au piège d'une ennuyeuse vie bourgeoise aux côtés d'un mari paralysé des pattes arrières (bassin compris, si vous voyez ce que je veux dire). C'est cette vision de l'ennui qui constitue le plus beau du film. Ensuite, lorsque la jolie et frêle Constance Chatterley cède au désir de Parkin, grand bourru au physique ingrat, ce qui aurait dû être le plus saisissant est finalement le plus attendu. Au fil de scènes de sexe à la fois crues et très pudiques, Pascale Ferran montre la métamorphose progressive d'une histoire de chair en véritable histoire d'amour. C'est malheureusement trop schématique et systématique : lors du premier contact, le garde-chasse trombine la lady avec autant de grâce qu'un lapin en rut ; la deuxième fois, on sent poindre un peu plus de respect et d'écoute ; et ainsi de suite jusqu'à la sixième et dernière scène d'amour, où le désir et les sentiments se mêlent à parts égales.
C'est lorsque les amants commencent à se livrer et quand le film se fait plus bavard que l'on réalise quelle était la force de la première partie de Lady Chatterley : son côté mutique, austère, triste et glaçant. Quand les mots se mettent à affluer, on trépigne, d'autant que bien des dialogues sonnent plutôt faux. Si le mystère et l'empoignade physique vont plutôt bien au drôle de couple formé par le brave Jean-Louis Coulloc'h et la délicate Marina Hands, les voir pleurnicher dans les bras l'un de l'autre en causant grands sentiments et philosophie nuit à la crédibilité de l'ensemble. À cet égard, la scène finale est un massacre, un pataquès sirupeux même pas digne de Jane Austen, qui ruine une partie des beaux efforts de Pascale Ferran. Il n'empêche, Lady Chatterley est souvent un film beau et fort, dont la longueur est un atout, mais qui aurait gagné à poursuivre jusqu'au bout son admirable économie de mots.
7/10

30 mai 2006

DE PARTICULIER À PARTICULIER

Au cinéma, il n'y a rien de meilleur que le mystère et l'invisible. Rien de plus délicieux que le hors-champ, l'ellipse, ce qui se passe pendant que personne ne filme. Ceux que ça fait rire n'ont rien compris.
Partant de ce principe, Brice Cauvin à réalisé De particulier à particulier, un film vraiment mystérieux et complètement inclassable. L'histoire? Boarf : au dernier moment, un couple décide de ne pas partir à Venise, mais les photos qu'ils font développer peu après montrent ce qu'il faut de gondoles et de pontons, comme s'ils y étaient vraiment allés... A partir de là, De particulier à particulier pouvait basculer dans le drame intimiste, le thriller psychologique, la dérive lynchéenne, ou que sais-je encore. Mais non : souhaitant à tout prix conserver sur son film un voile opaque fait de mystère et d'incompréhension, Cauvin enchaine les scènes sans logique apparente. Modèle visible : susciter l'inquiétude et le malaise comme dans un bon Polanski. Sauf qu'à vouloir tout suggérer, le réalisateur oublie de faire son film. Et rien ne se passe, ni à l'écran, ni dans nos crânes. Qu'il nous emmène en Syrie ou nous parle de grossesse nerveuse, le film ne parvient pas à surprendre, tant on s'est préparés à voir n'importe quoi. Et du n'importe quoi pas très bien filmé, qui plus est : des gros plans fixes à la torpeur assez ennuyeuse.
Heureusement, comme d'habitude, Laurent Lucas et Hélène Fillières sont fantastiques, et nous distraient suffisamment pour qu'on oublie le côté totalement vain d'un film qui aurait voulu être particulier mais qui finit par n'être que banal.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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