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3 déc. 2008

AGATHE CLÉRY

Pour Étienne Chatiliez, il y a définitivement un avant et un après Bonheur est dans le pré. Avant : deux comédies, un peu grossières mais gentiment populaires, épinglant notamment la médiocrité française. Puis vint donc son meilleur film, aussi truculent qu'acide. Et l'après : exit Florence Quentin, bonjour Laurent Chouchan... et adieu la qualité. Rappelez-vous le consternant Tanguy et le platissime La confiance règne. Agathe Cléry est le parfait successeur de ces deux-là, partant d'une idée plutôt originale et la traitant avec une criante absence de savoir-faire.
Une fois n'est pas coutume, parlons d'abord du meilleur, ou plutôt de la meilleure : il n'y a pour ainsi dire rien à reprocher à Valérie Lemercier, qui paie de sa personne pour faire croire à ce personnage de femme blanche devenant noire. Elle s'agite, elle danse, elle est à peu près crédible, et nul doute que s'il y avait un peu de matière comique à défendre, elle aurait été formidablement drôle. Mais il n'y a malheureusement rien, rien de rien, derrière ce postulat. Juste un scénario poussif et schématique qui verra la vilaine raciste considérer sa nouvelle couleur avec effroi, puis l'accepter, puis devenir tolérante, et ainsi de suite, au gré d'une succession de chapitres aussi attendus qu'insipides. Les gags ? Ils sont totalement absents. Pour tout humour, Chatiliez et Chouchan se contentent d'exploiter maladroitement quelques clichés qui finissent par se retourner contre eux, ou de broder quelques situations péniblement boulevardières.
Et que fait-on, en France comme ailleurs, pour combler le manque de trouvailles scénaristiques ? De la comédie musicale, pardi. Car Agathe Cléry, c'est aussi un enchaînement de numéros chantés et dansés, souvent courts (il y a un Dieu) mais tout aussi affligeants. Les comédiens sont nuls, les textes affligeants, et le pire, c'est que Chatiliez filme tout ça comme une pub Eram ou Dunlopillo, lui qui fut longtemps le grand roi du spot télé. Même quand Lemercier se lâche et nous la joue Michael Jackson, c'est foiré, l'image étant d'une pauvreté folle. À croire que la crise financière a vraiment touché tous les milieux : visiblement, le chef opérateur n'a pas eu droit à autre chose que des ampoules 20 watts. Mais relativisons : Agathe Cléry, ce n'est qu'une bonne idée gâchée parmi tant d'autres, le cinéma français prenant un plaisir toujours renouvelé à saccager consciencieusement les quelques bonnes idées qu'il parvient à expulser.
2/10

18 sept. 2007

L'INVITÉ

Réalisateur austère et roi des projets avortés, Laurent Bouhnik n'avait plus donné de nouvelles depuis 24 heures de la vie d'une femme en 2002. On le retrouve avec étonnement aux commandes de cet Invité, comédie de boulevard moins déshonorante que prévu. Comme un double bienveillant de son personnage du Dîner de cons, Thierry Lhermitte a fort à faire avec un couple pour le moins balourd auquel il offre un coaching express en vue d'un dîner crucial et imminent. L'acteur est la première bonne surprise du film, livrant une prestation solide, aux antipodes de ses récents (et multiples) errements.
Par plus d'une facette, L'invité fait penser aux derniers films de Francis Veber, une tendresse palpable remplaçant avantageusement la beauferie populiste d'un film comme La doublure. Les dialogues de David Pharao (qui adapte ici sa propre pièce) font mouche plus souvent qu'à leur tour, notamment dans la bouche d'une Valérie Lemercier égale à elle-même, c'est-à-dire totalement à l'aise dans un rôle de cruchasse carrément à l'ouest. On sera plus policé quant à la prestation de Daniel Auteuil, qui montre une nouvelle fois ses limites dans le registre comique (sa prestation du Placard n'avait déjà rien de mémorable).
Il faut bien sûr passer outre l'absence totale de mise en scène (étonnant de la part de Bouhnik) et un manque de souffle dès que l'intrigue sort de l'appartement conjugal ; il n'empêche que le rire est souvent présent, au détour d'une mimique ou d'une réplique bien sentie. La morale du film vaut ce qu'elle vaut, mais apporte un message plutôt positif sans pour autant tomber dans la niaiserie d'un happy end. L'invité vaut en tout cas bien mieux que ce que sa sortie maintes fois repoussée et le refus des distributeurs de le montrer à la presse : il y avait là de quoi faire un joli succès populaire.
6/10
(également publié sur Écran Large)

27 déc. 2006

LE HÉROS DE LA FAMILLE

Un travesti, un pédé, une stérile (ou pas), des cocus, des has-beens, quatorze mille secrets au mètre carré... Bienvenue au Perroquet bleu, cabaret tout pourri légué à une famille suite au décès de leur papy spirituel. Oui, ils vont s'entredéchirer. Oui, ils vont faire ressurgir des secrets. Oui, il y aura de la coucherie, de l'émotion, des paillettes, du mot d'auteur. Et après? Pas grand chose.
Thierry Klifa se pose en admirateur béat du cinéma français (Sautet, Anne Fontaine) et livre pour son deuxième film un hommage propre sur lui à ses modèles. Tout est bien à sa place dans ce Héros de la famille : dans leurs costumes bien repassés, les acteurs déclament avec soin leurs beaux dialogues taillés sur mesure. Un beau devoir bien scolaire qui aurait sans doute obtenu une bonne note si le but était de mesurer un savoir-faire. Manquent juste deux ou trois choses : un peu d'âme, du rythme, et de vraies surprises. Le héros de la famille est le genre de film choral qui ne laisse aucun espace à ses personnages, tant et si bien qu'on se fiche un peu de comment ils vont finir. Certains finissent exactement comme on l'avait imaginé, les autres se mettent à la colle deux par deux de manière un peu improbable, une bonne chanson sirupeuse par dessus le tout, et vous obtenez un bon film français comme on en fait malheureusement encore trop.
On pouvait s'attendre à un résultat de cette facture, et c'est d'autant plus dommage que Thierry Klifa avait réuni un beau casting. Mais de par un scénario pas très bien construit, chacun joue un peu de son côté, et les rencontres attendues n'ont pas lieu. Bizarrement, Klifa semble préférer ses acteurs mais ce sont les femmes qui emportent l'adhésion : Géraldine Pailhas, Miou-Miou et Catherine Deneuve sont à l'origine des plus beaux moments de ce Héros de la famille tout fade et tout raté. Ce n'est pas bien grave : on verra sans doute bien pire en 2007.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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