Affichage des articles dont le libellé est Bernard Verley. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bernard Verley. Afficher tous les articles

29 mars 2008

SANS ÉTAT D'ÂME

Premier indice indiquant le degré de finesse de Sans état d'âme. Le film va parler des requins que sont les juges, les journalistes, les flics ? Banco : quelques images de requins. Très grande classe. Ce n'est évidemment rien par rapport à la nullité absolue de ce qui suit : on est captivé environ 90 secondes par une intrigue sans doute prévue pour un épisode des Cordier juge et flic mais refusée par TF1 car risquant de faire baisser le niveau de la série. Ensuite, on peut s'amuser à pratiquer ce bon vieux jeu de "devine quelle sera la prochaine scène". Et ne gagner qu'une fois sur deux : à de nombreuses reprises, le scénario Sans état d'âme plonge si abruptement dans la bêtise qu'il devient difficile de le suivre.
Le premier film de Vincenzo Marano va toujours plus loin dans le cliché, le vulgaire, le pathétique, avec un jusqu'auboutisme franchement énervant. Le pire, c'est que les trois (!) scénaristes semblent être persuadés de bout en bout de la finesse totale de leur œuvre. Difficile de choisir la scène la plus explicitement indigente : ce dîner chez les grands bourgeois pour montrer que l'argent ne fait pas le bonheur ? le face-à-face Frémont-Lucas dans un vestiaire de salle de sport pour augmenter le taux de testostérone du film et faire dans la révélation tonitruante ? ou Hélène de Fougerolles observant sa nouvelle amie pute se taper un étalon italien avant de lui confesser son excitation ? Le choix est délicat.
Non, le grand gagnant, c'est décidément l'intégralité de ce Sans état d'âme qui voudrait tant mêler Lumet et Verhoeven mais échoue pitoyablement sans tous les registres. Même le triangle amoureux (la pute aime le juge qui se ferait bien la journaliste qui elle-même vibre pour la pute) est complètement foireux, la plastique de Candice Hugo ne parvenant même plus à rallumer la flamme d'un spectateur qui s'est tailladé les veines depuis longtemps. Directeur de la photo de formation, Marano ferait mieux de retourner à ses premières amours plutôt que de persévérer dans un métier clairement pas fait pour lui.
0/10
(également publié sur Écran Large)

6 nov. 2006

LADY CHATTERLEY

Un tel projet pourrait faire peur : filmer l'une des trois versions de L'amant de Lady Chatterley, célèbre roman de D.H. Lawrence que personne n'a lu mais dont tout le monde connaît le titre, sans doute grâce à l'adaptation porno-soft par le Just Jaeckin d'Emmanuelle il y a une vingtaine d'années. Ce serait mal connaître Pascale Ferran, cinéaste rare, femme de lettres posée et ultra-réfléchie. Son Lady Chatterley célébre à sa juste valeur le roman de Lawrence (à propos duquel les rares lecteurs ne tarissent pas d'éloges). Tout en longueur et en rondeur, le film prend son temps (près de 2h40) pour raconter l'éveil tardif à l'amour physique-mais-pas-que d'une femme du monde au contact de son garde-chasse.
Il faut quasiment une heure pour qu'enfin Lady Chatterley atteigne le coeur de son sujet : auparavant, Ferran aura brillamment tourné autour de son héroïne, jeune femme engoncée et corsetée, trop vite prise au piège d'une ennuyeuse vie bourgeoise aux côtés d'un mari paralysé des pattes arrières (bassin compris, si vous voyez ce que je veux dire). C'est cette vision de l'ennui qui constitue le plus beau du film. Ensuite, lorsque la jolie et frêle Constance Chatterley cède au désir de Parkin, grand bourru au physique ingrat, ce qui aurait dû être le plus saisissant est finalement le plus attendu. Au fil de scènes de sexe à la fois crues et très pudiques, Pascale Ferran montre la métamorphose progressive d'une histoire de chair en véritable histoire d'amour. C'est malheureusement trop schématique et systématique : lors du premier contact, le garde-chasse trombine la lady avec autant de grâce qu'un lapin en rut ; la deuxième fois, on sent poindre un peu plus de respect et d'écoute ; et ainsi de suite jusqu'à la sixième et dernière scène d'amour, où le désir et les sentiments se mêlent à parts égales.
C'est lorsque les amants commencent à se livrer et quand le film se fait plus bavard que l'on réalise quelle était la force de la première partie de Lady Chatterley : son côté mutique, austère, triste et glaçant. Quand les mots se mettent à affluer, on trépigne, d'autant que bien des dialogues sonnent plutôt faux. Si le mystère et l'empoignade physique vont plutôt bien au drôle de couple formé par le brave Jean-Louis Coulloc'h et la délicate Marina Hands, les voir pleurnicher dans les bras l'un de l'autre en causant grands sentiments et philosophie nuit à la crédibilité de l'ensemble. À cet égard, la scène finale est un massacre, un pataquès sirupeux même pas digne de Jane Austen, qui ruine une partie des beaux efforts de Pascale Ferran. Il n'empêche, Lady Chatterley est souvent un film beau et fort, dont la longueur est un atout, mais qui aurait gagné à poursuivre jusqu'au bout son admirable économie de mots.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz