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19 sept. 2009

RIEN DE PERSONNEL

Trois ans après le très raté Fair play, Rien de personnel débarque avec cette même envie de démonter les rouages du coaching d'entreprise, des malversations des grands patrons et de la promotion des lèches-bottes. Sélectionné en grande pompe à la dernière Semaine de la Critique, le premier film de Mathias Gokalp apparaît pourtant très vite comme une grosse baudruche même pas bien gonflée, un écran de fumée dissimulant mal le néant situé derrière.
La faute à une construction extrêmement alambiquée, destinée à faire tomber les masques de façon progressive, mais tellement mal fichue qu'elle provoque à la fois l'incompréhension et l'ennui. En multipliant les points de vue, les retrous en arrière et les réinterprétations, Gokalp nous présente parfois la même scène trois ou quatre fois, sans que l'intérêt d'un tel procédé se fasse réellement sentir. Pire : sa façon de faire a tout d'un tour de passe-passe un peu malhonnête. Comment se repérer dans un film où certaines séquences ne sont pas simplement reproduites sous un autre point de vue, mais carrément modifiées dans un flagrant délit de mensonge ? Il est dès lors impossible de croire en des situations et personnages dont on comprend qu'ils n'ont peut-être pas dit ce qu'on les voit dire ou fait ce qu'on les voit faire.
Outre ces méthodes un peu douteuses et dignes d'un faux petit malin, on peine à saisir l'intérêt même d'un tel film. Seule et unique conclusion : les gens sont tous des salauds, surtout les puissants. Brillante étude sociologique. C'était bien la peine de pondre une intrigue aussi tordue pour accoucher d'une réflexion aussi misérable. Seuls quelques petits numéros d'acteurs peuvent à la rigueur faire esquisser un sourire au milieu de tout ce fatras. En premier lieu, c'est encore et toujours Denis Podalydès qui triomphe, excellent comme toujours et bénéficiant du fait que son personnage est le seul à être à peu près sympathique et à peu près crédible. Rien de personnel, monsieur Gokalp, mais il semble bien difficile de trouver d'autres atouts à un film ô combien foireux.




Rien de personnel de Mathias Gokalp. 1h31. Sortie : 16/09/2009.
Autre critique sur L. aime le cinéma.

16 août 2009

NEUILLY SA MÈRE !

Passant subitement du sept-un au neuf-deux, le héros de Neuilly sa mère ! est au centre d'un nouveau choc des cultures qui donne lieu à une comédie fort sympathique, qui assume son simplisme et fait dans le rafraichissement. Sur une idée de Djamel Bensalah, Gabriel Julien-Laferrière parvient à faire le lien entre les comédies de banlieue et celle d'Étienne Chatiliez. Par son sujet, Neuilly sa mère ! commence en effet par faire penser à La vie est un long fleuve tranquille, même s'il explore au final des territoires moins vachards et reste relativement cadré.
La relative réussite du film est due à l'énergie de ses interprètes. Samy Seghir est un Sami très mignon, très touchant, dont la perplexité est communicative. Rachida Brakni et Denis Podalydès forment un couple d'hôtes tout à fait complémentaires : elle est douce, belle mais pas potiche, il est coincé mais drôle à force d'efforts maladroits. Mais une fois de plus, la star du film de nomme Jérémy Denisty. Dans Nos jours heureux, il était le correspondant belge snobinard et horripilant ; ici, il reprend le même genre de rôle, mais dans une optique plus... sarkozyste. Sa première apparition a même de quoi faire peur : on le voit revenir du jogging avec son t-shirt NYPD, et se présenter comme le futur président de la République. Mais le talent du jeune interprète, ainsi que l'allègement progressif de la charge anti-UMP, parviennent à rendre le film plus attrayant qu'une soirée au Théâtre des Deux-Ânes.
Pas follement original, le film exploite cependant la plupart de ses situations avec une indéniable efficacité. Il faut malheureusement qu'une nouvelle histoire d'amour impossible - et pas crédible - entre Sami et une jeune fille semblant deux fois plus vieille que lui vienne ternir la dernière partie et donner à l'ensemble un aspect fleur bleue des plus inutile. Mais Neuilly sa mère ! donne la pèche et conserve son capital séduction jusqu'à la fin. La preuve : très vite, on ne fait même plus attention à la relative médiocrité de la réalisation, autre point commun avec les films de Chatiliez.




Neuilly sa mère ! de Gabriel Julien-Laferrière. 1h30. Sortie : 12/08/2009.

7 juil. 2009

BANCS PUBLICS (VERSAILLES RIVE DROITE)

On reconnaîtrait entre mille le style Podalydès, situé quelque part entre Sempé, Tati et Desproges. Bancs publics n'échappe pas à la règle, affichant sa singularité et son originalité à la face d'un cinéma français souvent monolithique. Poda réécrit la comédie humaine sous forme d'un film à sketches, à moins que ce ne soit une pièce en trois actes : la construction mêle habilement les genres, se jouant des conventions avec une candeur rigolarde. Et c'est parti pour un défilé de gueules connues - une trentaine -, ce qui ne manquera pas de faire penser au triste Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes. Le schéma est d'ailleurs un peu le même, puisque le film papillonne d'un groupe de personnages à un autre, insistant sur quelques unes de leurs obsessions.
La comparaison s'arrête là : Podalydès possède un talent inné pour faire vivre les situations et écrire des dialogues brillamment à côté de la plaque. Très foisonnant, le film peine cependant à trouver une vraie cohérence et à imposer son rythme, entrant de temps à autre dans une léthargie heureusement éphémère car rapidement interrompue par l'irruption d'une scène hilarante ou d'un trait de génie visuel. Problème : dans tout film "choral" qui se respecte, certains segments sont plus convaincants que d'autres. C'est vrai ici comme ailleurs, et le monologue plein de lapsus tendancieux de Pierre Arditi ou l'intervention courte mais affligeante de Thierry Lhermitte font partie de ces moments absolument indignes de leur auteur.
Le premier tiers de Bancs publics se déroule dans un bureau, le deuxième dans un jardin public à l'heure du déjeuner. Mais c'est véritablement le troisième qui donne au film toute sa saveur : situé dans un magasin de bricolage, il confirme la filiation Poda/Tati, orchestrant une chorégraphie burlesque et parfois inquiétante autour du ballet des clients et des vendeurs. Cette dernière partie offre au film ses moments les plus drôles et surréalistes, et prouve une fois encore que Bruno Podalydès n'est pas qu'un cinéaste attirant : c'est aussi un acteur renversant, avec une gouaille teintée de douceur. Son frère Denis n'est pas mal non plus. Et l'on quitte avec regrets cette longue déclaration d'amour à l'humain. Regrets que le film n'ait pas su éviter les coups de mou. Regrets de quitter certains personnages. Une impression contrastée pour un film cependant bien difficile à oublier.




Bancs publics (Versailles rive droite) de Bruno Podalydès. 1h50. Sortie : 08/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Laterna Magica.

30 mars 2009

LA JOURNÉE DE LA JUPE

C'est l'histoire d'une prof qui pète un câble et décide de se servir de l'arme à feu qui lui tombe sous la main pendant un cours de théâtre. Qui fréquente comme moi les salles des profs a rencontré au moins un(e) enseignant(e) correspondant à ce profil, c'est-à-dire pas loin de craquer et pourquoi pas de faire n'importe quoi. L'idée de Jean-Paul Lilienfeld n'était pas mauvaise : créer un retournement de situation dans le rapport dominant/dominé, oppresseur/opprimé, et donner l'occasion au féminisme de s'exprimer autrement que par le biais de petites phrases ou d'actes aussi symboliques que vains. L'illusion dure un petit quart d'heure, le temps d'une scène amusante où Sonia Bergerac découvre que pointer un revolver sur la temps d'un élève est un bon moyen de le forcer à apprendre qui est Molière. C'est dans cet aspect outrancier que La journée de la jupe parvient par endroits à se faire séduisant. Et c'est donc lorsqu'il oriente une voie plus classique, teintée de social, qu'il se casse franchement la figure.
Très vite, le film s'oriente vers une description des rouages des médias et de l'éducation nationale, mêlant d'ailleurs ces deux visions avec un sens du raccourci assez effarant. Tous les profs sont donc des pourris prêts à casser du sucre sur le dos de leurs collègues ou n'aimant rien tant que se faire mousser. Tous les élèves sont des petites frappes ou des victimes. Tous les journalistes sont des pourris. Cela n'aurait rien de choquant si le traitement était ouvertement comique ou s'il apportait quelque chose, mais l'ensemble ne fait finalement qu'enfoncer des portes ouvertes en se pensant original. Comme dans beaucoup de huis clos sans inspiration, on tourne rapidement en rond, Denis Podalydès et Jackie Berroyer étant heureusement présents pour insuffler un peu de vie et d'humour dans cet ensemble creux et inesthétique.
Progressivement naît une impression assez désagréable : celle que Lilienfeld est en train de noyer le poisson au lieu de traiter la problématique liée à son postulat, et qu'il va s'en sortir par une pirouette de façon à ce que la morale soit sauve. C'est effectivement ce qu'il fait, trouvant des circonstances atténuantes à son héroïne et semblant fier d'utiliser ses parents pour tenter l'option lacrymale. On finit par se moquer éperdument de ce qui arrivera à la classe et à la prof. Dommage pour Isabelle Adjani, toujours aussi insupportable en interview, mais qui s'acquitte fort bien de sa tache en interprétant cette femme usée ayant enfin trouvé un exutoire. Son énergie est assez incroyable, comme si elle s'était retenue de jouer depuis dix ans afin de tout donner dans ce rôle-là. C'est pour elle qu'on peut aller voir le film. Pour ce qui est de faire naître le débat sur le système éducatif, mieux vaut voir ou revoir Entre les murs, ou mêmes certaines vraies comédies des années 70-80, aussi excessives mais plus honnêtes.
4/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

27 mars 2009

Top 5 : Denis Podalydès

Cette semaine, Denis Podalydès négocie avec Isabelle Adjani dans La journée de la jupe.



Top 5 des films avec Denis Podalydès

01. Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) (1996)
Évidemment, Podalydès n'est pas l'acteur le plus en vue de ce Comment je me suis disputé ; il est néanmoins l'un des artisans de la réussite du marathon philosophico-existentiel d'un Desplechin qu'on n'a sans doute jamais revu aussi libre et virevoltant. C'est juste un film splendide, plein de matière mais parfaitement accessible, idéal pour apprendre à aimer le cinéma français.



02. Dieu seul me voit (Versailles chantiers) (1998)
Les frères Poda ont conçu leur film comme un hommage à Tintin, avec quelques scènes faisant directement référence à l'oeuvre de Hergé. On pourrait aussi convoquer Woody Allen et Blake Edwards dans ce cocasse condensé de tout ce qui fait l'intérêt de l'homme. Cet Albert-là est juste un phénomène, à découvrir encore mieux grâce à la récente version interminable (c'est le DVD qui le dit) de ses aventures, plus longue et donc encore meilleure.



03. Rien sur Robert (1999)
Là encore, Podalydès n'a qu'un second rôle, mais tous les acteurs du film sont si étincelants, et l'ensemble si passionnant qu'il était impossible de ne pas le citer. De loin le meilleur film de Bonitzer, qui trouve le parfait équilibre entre ses bizarreries habituelles et un ton façon Woody Allen (encore). Entouré par une Sandrine Kiberlain délicieusement exaspérante et une Valentina Cervi mystérieuse et docile (on l'a un peu perdue de vue depuis), Fabrice Luchini est à son apogée, ni en roue libre ni trop bridé. Un régal.



04. Le mystère de la chambre jaune (2003) & Le parfum de la dame en noir (2005)
À la différence de l'ennuyeux Pascal Thomas, Bruno Podalydès sait comment s'inspirer d'un auteur policier classique pour en tirer quelque chose de totalement exubérant, cocasse, drolatique, étrange par endroits. Cet indissociable diptyque est un brillant exercice de style qui réinvente l'oeuvre de Gaston Leroux par la grâce de la créativité d'un auteur auquel les digressions n'ont jamais fait peur. Plus abouti que le premier, Le parfum... se voit et se revoit avec un plaisir intact.



05. Embrassez qui vous voudrez (2002)
Mari un peu loser d'une Karin Viard castratrice, Poda démontre sa faculté à jouer aussi dans des comédies populaires - mais pas populistes. Adapté d'un pavé de Joseph Connolly, le quatrième film de Michel Blanc est une oeuvre chorale réjouissante car aussi hilarante que cruelle. L'image du couple prend un sérieux coup dans l'aile, pas la comédie de moeurs, qui semble trouver ici un nouveau souffle. Épatant.

5 oct. 2008

COLUCHE, L'HISTOIRE D'UN MEC

C'est l'histoire d'un mec qui nous fit pas mal rire pendant les années Nulle part ailleurs, avant de se lancer dans une carrière de réalisateur. En huit ans et quatre films, Antoine de Caunes nous a malheureusement démontré qu'il n'était pas le plus doué des metteurs en scène. Sans être déshonorant, Coluche en est le dernier exemple en date.
Réalisation très carrée, reconstitution soignée et même très amusante, foultitude de gueules connues et pas dénuées de talent : L'histoire d'un mec est a priori irréprochable tant il est exécuté avec envie et passion. Une passion que de Caunes peine malheureusement à nous communiquer : l'euphorie puis la désillusion qui entourèrent la candidature coluchienne aux présidentielles de 1981 ne sont pas assez travaillées pour émouvoir. Un manque d'étincelles qui rend ce spectacle un peu fade et définitivement pas enthousiasmant.
Alors évidemment, il y a François-Xavier Demaison, qui livre une prestation étonnante, ne tombant jamais dans l'imitation (au contraire de l'interprète du professeur Choron, par exemple). Il est un Coluche touchant, dont la relation avec sa femme Véronique (Léa Drucker, épatante) offre au film ses plus beaux moments (même si l'intéressée semble très insatisfaite du résultat). Les nombreux autres seconds rôles sont plus effacés et souvent inutiles, comme si de Caunes avait cherché à caser le plus possible de personnages célèbres dans son film sans pour autant savoir quoi leur faire dire.
Le réalisateur souhaitait éviter de tomber dans les travers du simple biopic et se concentrer uniquement sur une partie cruciale de la courte vie de Coluche. Pourquoi pas : encore eut-il fallu avoir une thèse à défendre, un propos politique à apporter, ou encore une vraie vision de cinéaste. Ici, le parcours de Coluche en 1980 et 1981 se limite à une montée en puissance pleine de rigolade (avec gags dispensables à intervalles réguliers) et une dégringolade forçant sur le pathétique. Si Coluche a trouvé son interprète, il lui manque ici un auteur capable de lui donner une vraie dimension.
6/10
(également publié sur Écran Large)

3 sept. 2008

INTRUSIONS

La routine est vraiment quelque chose d’effrayant. Emmanuel Bourdieu l’a bien compris, délaissant le thriller littéraire (Les amitiés maléfiques) pour se tourner vers le polar. Intrusions commence comme un Chabrol, avec cette fille de bonne famille qui couche avec le premier venu pour défier son cher papa qu’elle vouvoie. Conséquences directes : polichinelle dans le tiroir, puis mariage imposé par le chef de famille un rien tyrannique. Le ton est donné : c’est le capharnaüm chez les bourgeois, et la violence (physique ou morale) ne devrait pas tarder à faire son apparition, surtout lorsqu’apparaît le personnage mystérieux incarné par Denis Podalydès. Dialogues un peu patauds, interprétation empruntée (surtout de la part de Natacha Régnier, habituellement si juste)… La première demi-heure du film n’a rien de transcendant et fait même craindre le pire pour la suite. On ne croyait pas si bien dire.
À vrai dire, on se serait volontiers contenté du polar moyennement ficelé qu’on était venu voir, avec un meurtre fortuit, une histoire de chantage et quelques rebondissements à la sauce film noir. Bourdieu, lui, fait le choix du contre-pied, et bascule soudain dans tout autre chose, une sorte de frénésie burlesque qui devrait être inquiétante mais ne suscite que des rires gênés. D’un Chabrol prise de tête, le ton du film passe à du mauvais Bonitzer, avec passages du coq à l’âne et attitudes franchement incongrues, mais sans la résonance psychanalytique que l’on peut toujours trouver chez l’auteur de Rien sur Robert. Bien que sans doute très travaillé, le scénario de Bourdieu semble basculer dans le symbolisme lourdaud et le n’importe quoi général, à l’image de la prestation d’Amira Casar dans un rôle indéfendable.
Le spectateur, lui, doit faire sensiblement la même moue que Podalydès, qui passe l’intégralité du film avec un air complètement blasé et indifférent à ce qui se produit à l’écran. Bourdieu voulait un film sur la folie, l’irruption de grains de sable dans une machine trop bien huilée : le résultat est un film hystérique et souvent insupportable, qui démontre en tout cas que la routine a ses avantages.
3/10

10 juin 2008

SAGAN

Quelques biographies mal dégrossies et une chanson un peu ratée d'Alain Souchon : voilà ce qu'a reçu Françoise Sagan pour tout hommage depuis sa disparition en septembre 2004. L'idée d'un film consacré à l'écrivaine était à la fois gonflée et très louable, Sagan étant un auteur intéressant ainsi qu'un personnage unique. Il y avait cependant de quoi faire la grimace à l'idée que Diane Kurys se charge du projet ; en perdition depuis bientôt vingt ans, la cinéaste a récemment livré quelques comédies pitoyables (Je reste et L'anniversaire) et un retour de triste mémoire sur le couple Sand-Musset (Les enfants du siècle). La surprise est d'autant plus belle : car Sagan, à quelques menus détails près, est une réussite, un film fort et intense sur l'existence pas comme les autres d'une femme singulière.
Le titre Bonjour tristesse aurait évidemment été trop évident ; pourtant, il aurait parfaitement convenu à cette description de l'oeuvre et surtout de la vie de Sagan, très entourée (sauf à sa mort), souvent aimée, mais jamais vraiment heureuse. Kurys dépeint remarquablement les errements de l'artiste, de ses penchants pour le jeu et la bouteille jusqu'à sa frénésie toxicomane. Et l'amour, évidemment, l'amour, ses déceptions, ses joies, ses faux-semblants. Une petite valse des sentiments qui ne tombe que rarement dans les pièges classiques du biopic. Très rythmé, le film multiplie les ellipses, avec une discrétion assez admirable. C'est au spectateur de faire le travail de reconstitution ou de simplement se laisser emporter par ce récit tourmenté, dégraissé des dates, anecdotes et autres passages obligés qui parasitent souvent le genre.
La mise en scène brumeuse, loin du téléfilm que l'on pouvait craindre, apporte un vrai cachet au film. Les maquillages sont étonnamment crédibles, bien portés par des acteurs dont on ne soupçonnait pas le potentiel. Sylvie Testud est impeccable, toujours au bord de l'imitation, y cédant rarement ; derrière elle, les Palmade, Dombasle, Abelanski et surtout Balibar sont phénoménaux et donnent du corps et du coeur au récit. Plus que des personnages secondaires, ils font partie intégrante de Sagan, et la racontent mieux que bien des voix off (il y en a bien une dans le film, mais faisant agréablement profil bas). Si l'ensemble est loin d'être parfait (des reconstitutions d'époque un peu trop voyantes et une fin atrocement lyrique), Sagan est tout de même un film qui a de la gueule, un bel hommage rendu à une femme forte, qui aurait sans doute apprécié qu'on n'en cache pas les travers et les mauvais moments. Et qui doit se réjouir d'avoir permis à Diane Kurys de retrouver sa fougue d'antan, en espérant que la machine soit relancée pour les vingt ans à venir.
7/10

25 févr. 2008

COUPABLE

Ça commence comme un mauvais film d'auteur. L'introduction de Coupable alterne témoignages d'un couple au bord du divorce, face caméra, et images d'une mer calme illustrant (?) des propos énoncés par Michel Onfray, qui ondule de Platon à Lacan. Pour un peu, le film de Laetitia Masson ne s'en remettrait pas. Il aurait pourtant été dommage de passer à côté de ce faux polar absolument bizarroïde, qui désarçonne autant qu'il séduit. Coupable est une expérience rare, qui sera certainement rejetée en bloc par une grande partie de ceux qui s'y seront risqués. Regretteront-ils pour autant de s'être abandonnés pendant une centaine de minutes à cette ritournelle polymorphe ?
Après un Pourquoi (pas) le Brésil ? un peu en marge du reste de sa filmographie, Masson renoue avec deux types de personnages qu'elle affectionne particulièrement : la femme énigmatique, tellement en demande d'amour qu'elle finirait presque par s'offrir au premier venu, et l'enquêteur mâle et solitaire, épris de sa proie au point de perdre pied dans sa vraie vie, happé par celle qu'il poursuit. La nouveauté, c'est que chacun de ces deux archétypes est incarné par deux personnages, et donc par deux interprètes : Anne Consigny et Hélène Fillières d'une part, Jérémie Rénier et Denis Podalydès de l'autre. Mis à part pour ce dernier, impérial, il est difficile d'établir clairement la qualité de leur prestation, tant le ton de Coupable est incomparable, comme volontairement à côté de la plaque.
Masson filme en DV une réflexion sur le désir, le besoin de l'assouvir, le besoin de s'en créer. Par moments, le propos et la mise en scène s'embrouillent et nous emmènent sur des pistes un peu vides de sens. Mais cette folie palpable est également l'essence d'un film qui passe sans rougir de scènes de vaudeville très réussies mais parfois hors de propos à des séquences plus dramatiques et torturées. Le titre peut être trompeur (mais colle finalement très bien au film) : Coupable n'a rien d'un film policier, le meurtre qui accapare les personnages n'agissant que comme un révélateur de leurs désirs. S'il n'a donc rien pour plaire aux fans de Mary Higgins Clark, le film de Laetitia Masson est en revanche à conseiller aux amoureux de la marginalité.
6/10
(également publié sur Écran Large)

10 sept. 2007

LA VIE D'ARTISTE

Paillettes, champagne et premier plan ? La vie d'artiste ne se résume à cela que pour une poignée de privilégiés, plus talentueux et/ou opportunistes que les autres. Quelques arbres qui cachent une forêt faite de désillusions, de petits échecs et de jours médiocres. C'est dans cet univers impitoyable que nous plonge Marc Fitoussi, à travers trois personnages en quête d'épanouissement artistique.
Au départ, La vie d'artiste est le portrait amer de trois ratés aux trajectoires parallèles. Le loser a toujours quelque chose d'attachant, surtout quand il est joué par un Denis Podalydès aussi inspiré. Tout cela sent fâcheusement le vécu, et cette stagnation sans perspective est décrite de façon relativement crédible, les débordements humoristiques ne venant jamais à l'encontre du propos. Des seconds rôles maigrichons mais efficaces (dont deux scènes absolument charmantes avec Stéphane Guillon) contribuent à bâtir le côté inexorablement sympathique de l'ensemble.
C'est du moins ce que l'on croit jusqu'à la fin de la première demi-heure : très vite, Fitoussi montre les limites de son sujet et de son talent. S'enfermant dans des rebondissements téléphonés et désespérément plats, pour aller finalement s'abîmer dans une morale sirupeuse ("l'intégrité, y a que ça de vrai"). La lourdeur relative des dialogues et l'affreuse prestation d'Emilie Dequenne n'arrangent rien : La vie d'artiste rate son objectif , proposant une copie tout juste potable. Sûr que Pascal Bonitzer et surtout Woody Allen auraient tiré bien plus convaincant d'un tel sujet...
5/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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