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2 nov. 2008

MENSONGES D'ÉTAT

On a parfois du mal à comprendre comment une équipe d'artistes chevronnés peut manquer à ce point d'exigence et de discernement. Sans être totalement scandaleux, Mensonges d'état fera tout de même office d'incident de parcours dans les filmographies de messieurs Scott, Di Caprio et Crowe. Le genre de film que personne ne pensera à citer quand, dans dix ans, il jouera à "donne-moi le plus grand nombre de films de ou avec machin" - un jeu très amusant pour s'occuper dans le métro, par exemple. Scénarisé par William Monahan, le type derrière Kingdom of heaven et Les infiltrés, Mensonges d'état multipie les tares puisqu'il est à la fois platissime et bourré d'invraisemblances. Deux défauts insurmontables mais dont la simultanéité n'est pas forcément désagréable, puisqu'on peut facilement tuer l'ennui en comptabilisant les aberrations scénaristiques.
On ne peut blâmer Ridley Scott d'avoir voulu faire un film sur le terrorisme qui ne ressemble pas à du Paul Greengrass. Problème : en prenant le contrepied total, il livre une oeuvre grabataire dans laquelle les personnages sont les seuls à voyager. Ils filent de pays en pays, slaloment entre le Proche-Orient et les USA, mais font finalement du surplace. C'est qu'il ne se passe pas grand chose pendant ces 2h08 : quelques explosions filmées de façon très ordinaires, beaucoup de dialogues un peu creux sur la manipulation et la condition des terroristes, et c'est à peu près tout. Il faut dire qu'on n'a guère envie de suivre les personnages dans leur quête, puisque leur manque de crédibilité est total. Dans un film dit réaliste, on ne peut faire gober au spectateur le fait que deux types dont un jeunot soient capables de réguler à eux seuls l'ordre mondial. C'est pourtant ce qu'essaie de montrer Ridley Scott, qui montre un agent de la CIA (Di Caprio, moyen) tellement fortiche qu'il prend toutes les décisions importantes sans demander l'avis d'un quelconque supérieur, et monter de grandes opérations anti-terroristes avec pour tout partenaire un semi-nerd planqué derrière son écran. Dans un James Bond, pourquoi pas ; ici, c'est totalement improbable. Surtout quand le surhomme en question se montre soudain assez stupide pour fricoter avec une infirmière locale sans se méfier ou se jeter naïvement dans les griffes des pires salauds du coin.
Le personnage de Russell Crowe est moins calamiteux mais pas beaucoup mieux ficelé, et c'est certainement pour cette raison que Monahan en a fait un pince sans rire absolu, débitant deux vannes à la minute sans avoir l'air d'y toucher. Quelques-unes de ses répliques touchent juste. Mais est-ce bien là l'ambition d'un tel film ? Sans doute pas. Au final, il est bien difficile de saisir les motivations de ce Mensonges d'état sans doute conçu comme un grand film politique avec du spectacle et une vraie thèse. Si thèse il y a, elle est d'un simplisme assez atroce (en gros, la loi du talion a toujours existé et existera toujours, c'est la vie), et c'est peut-être même pire que ça. On préfère faire semblant de ne pas comprendre quand, en toute fin de film, Di Caprio balance l'air de rien une réplique faisant du Proche Orient un gigantesque capharnaüm impossible à nettoyer. Quoi qu'il en soit, Mensonges d'état est un film à oublier bien vite, qui mérite son semi-four au box-office américain.
3/10

26 nov. 2007

AMERICAN GANGSTER

Tout est dans le titre : American gangster est l'histoire d'un gangster américain, ni plus ni moins. Ce n'est pas l'originalité du sujet qui étouffera le spectateur, tant le film de Ridley Scott ressemble à ce qu'ont pu faire précédemment Hawks, Scorsese ou Mann (pour ne citer qu'eux). Comme dans Les affranchis, le héros "a toujours rêvé d'être un gangster". Grandeur, décadence, tout ça. American gangster est un film de bonne facture mais qui ne peut dissimuler un côté profondément ordinaire. Scott filme correctement (il était quand même plus inspiré il y a un quart de siècle). Washington et Crowe font leur job sans sortir une seconde du registre auquel ils ont toujours été cantonnés. Il faudrait d'aileurs que les réalisateurs américains se creusent davantage la tête pour attribuer les rôles d'hommes noirs : on croirait qu'il n'y a que trois acteurs blacks sur Terre.
Le talon d'Achille, c'est en fait le scénario du toujours ennuyeux Steven Zaillian, qui se contente d'accumuler les passages obligés et les scènes déjà vues. Washington n'étant pas DeNiro, il perd à tous les coups au jeu des comparaisons, et c'est bien ennuyeux. L'ennui, c'est qu'il y avait dans cette histoire trop classique matière à un film bien plus singulier : à la fin d'American gangster, on nous apprend que le flic interprété par Crowe, devenu avocat, s'est chargé de défendre le vilain mafieux alors qu'il l'avait lui-même traqué et arrêté. Cette relation ambiguë et à double tranchant possédait un vrai intérêt mais n'est malheureusement traitée que comme un point de détail. Il y a de toute façon bien longtemps que les frères Scott (rien à voir avec la série) ont arrêté de prendre des risques, se contentant d'enchaîner les films sans passion, juste pour le plaisir de voir leur filmographie s'allonger et de tourner sans cesse avec les mêmes acteurs. En tout cas, une chose est certaine : n'est pas Scorsese qui veut.
5/10

10 janv. 2007

UNE GRANDE ANNÉE

Passée la surprise de voir Ridley Scott s'attaquer à un sujet aussi classique et superficiel, il est encore possible de trouver un semblant d'intérêt à Une grande année. Cousue de fil blanc, l'histoire de ce trader au coeur sec qui va finir par fondre pour la Provence, ses vignobles et la fille qui va avec? Totalement, oui ; pourtant, on marcherait presque.
Il faut dire que la maladresse de Scott à faire de la comédie donnerait presque du charme au film. Montage souvent saccadé, filmage à la sauce vidéoclip, effets visuels inappropriés pour mettre en valeur des gags un peu faibles... Par moments, on jurerait que Ridley a passé la caméra à son frère Tony-le-surexcité (ou qu'il s'est enfilé deux bouteilles avant de tourner). Et puis Russell Crowe joue très bien les sales cons (rôle de composition? pas sûr du tout), face à uen Marion Cotillard très en forme(s).
On pouvait craindre une vision ultra stéréotypée de la France profonde, et pourtant il n'en est (presque) rien. Les Français et les Anglais sont traités à valeur égale : chaque camp en prend gentiment pour son grade, sans verser dans les clichés "bérêt-baguette contre parapluie dans le cul". Et si la petite ville provençale où se situe le film a des airs de carte postale pour touristes, c'est parce que c'est également le cas dans la vraie vie.
Il suffit alors de se boucher les oreilles pour oublier que la chanson "Lolita" d'Alizée n'a rien à faire là, et de se faire rapidement à la présence de Didier Bourdon dans un Ridley Scott. Alors Une grande année s'impose comme un divertissement sans aucune prétention, ni celle de nous surprendre, ni celle de nous faire pisser de rire. Au pays des grands crus, le film ressemble en fait à un tout petit rosé servi très frais : idéal pour étancher la soif, possiblement grisant en fin de soirée, mais aussitôt bu aussitôt oublié.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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