Qui dit intrigue resserrée dit aussi rythme haletant, le principal atout du film : il y a très peu de temps morts, et de moins en moins, les évènements s'enchaînant à vitesse grand V. Pour sa première expérience dans le genre, Kevin Macdonald se montre plutôt à l'aise, sa mise en scène fluide et agréable à l'oeil étant parfaitement adaptée à ce type de sujet. Cette plongée dans les arcanes du pouvoir peut sembler un rien prévisible, voire déjà vue, mais elle est absolument sans faille et il est très facile de se prendre au jeu. D'autant que les quelques scènes d'action sont d'une indéniable efficacité, avec notamment une fusillade dans un parking montrant que le réalisateur n'a pas deux mains gauches. Paradoxalement, c'est justement ce genre de séquence qui pousse à comparer le film à des modèles du genre comme les fameux Hommes du président, enquête politico-journalistique si passionnante qu'elle n'avait nul besoin de coups de feu pour être haletante. Jeux de pouvoir, lui, peut dire merci à ses morceaux de bravoure, qui semblent casser la légère monotonie qui pourrait rapidement s'y installer.
Le plus ronflant, en fait, c'est le casting. Qu'on fonctionne ou non par comparaison avec la série réalisée par David Yates, la distribution a de quoi laisser dubitatif. Et notamment le choix très discutable de Ben Affleck, bien trop jeune pour ce rôle de vieux briscard de la politique, et dont le manque total d'aisance a quelque chose de prodigieusement agaçant. Russell Crowe en fait des caisses, multipliant les oeillades et les tics pour donner du corps à son personnage (du Russell Crowe, en somme). Pas sûr que le duo Brad Pitt - Edward Norton, prévu au départ, aurait fait beaucoup mieux. Même Jason Bateman en fait trop dans le rôle-clé de l'indic un peu grande folle. Quant aux personnages féminins (notamment Robin Wright Penn et Helen Mirren, qui reprend le rôle de Bill Nighy), ils semblent avoir été sacrifiés sur l'autel du montage. Finalement, seule Rachel McAdams semble avoir trouvé sa place, confirmant que la bad girl de Lolita malgré moi a plus que bien grandi. On l'attend plus qu'impatiemment dans The time traveler's wife, qui devrait sortir cet été.
Jeux de pouvoir (State of play) de Kevin Macdonald. 2h07. Sortie : 24/06/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.