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23 déc. 2008

LARGO WINCH

Pour tourner Largo Winch, Jérôme Salle avait mis toutes les chances de son côté : un budget confortable (pour une production française, en tout cas), une préparation rigoureuse... À l'écran, il faut bien le dire, ça se voit : Largo Winch sent l'extrême professionnalisme, prouvant que Salle et ses collaborateurs ont bien retranscrit les leçons apprises ailleurs. Plus que jamais, le film semble tout droit sorti des States. Le cadre est beau, les scènes d'action efficaces, les vues aériennes assez impressionnantes. Du beau travail.
Mais tout n'est pas à l'unisson : l'immense défaut du film, c'est son scénario, qui n'a rien de catastrophique mais rend l'ensemble sacrément ennuyeux. On entre rapidement dans un faux rythme un peu léthargique, noyé sous les flashbacks plus ou moins utiles. Pire, le film d'action semble souvent disparaître au profit d'un thriller financier pour le moins gonflant, où l'on s'affronte à coups d'OPA hostiles au lieu de se savater la tronche. D'où un profond désintérêt pour l'intrigue, vaste succession de trahisons et de révélations pas trop mal amenées.
Reste donc la relative beauté plastique de l'ensemble, et le charme d'un Tomer Sisley plutôt à l'aise alors que ce n'était pas gagné. Il a la chance d'échapper à l'un des maux frappant le film : le budget perruques. Miki Manojlovic, Kristin Scott-Thomas ont droit, l'un après l'autre, à des compléments capillaires censés refléter leur personnalité (le PDG vieillissant, la financière aux dents longues, la mercenaire aux identités multiples), mais qui ont surtout tendance à les ridiculiser et à leur ôter toute crédibilité. La belle Scott-Thomas ressemble à Cruella !
Salle et ses coscénaristes savent en tout cas ce qu'il leur reste à faire s'ils parviennent à monter Largo Winch 2 : muscler leur script, le rendre moins austère, et virer le (ou la) responsable cheveux. C'est tout ce qui manque à Largo Winch pour parvenir à rivaliser avec certains de ses homologues américains, aussi intelligents qu'haletants. Un tout petit fossé qui semble bien difficile à franchir pour les cinéaste sfrançais, aussi ambitieux soient-ils...
4/10

26 janv. 2008

PROMETS-MOI

Lassé des nombreuses attaques personnelles dont il fut la cible à l'époque d'Underground, Emir Kusturica a décidé il y a une dizaine d'années d'arrêter les films dits sérieux et de s'amuser à faire du cinéma. Si une telle décision est assez regrettable de la part d'un cinéaste éminemment politique, elle devient carrément consternante lorsque l'on constate où en est Kustu aujourd'hui. Après deux films sympathiques mais pas franchement mémorables (Chat noir chat blanc et La vie est un miracle), Emir s'étale de tout son long avec ce Promets-moi, sinistre farce d'une vulgarité sans borne.
Ce qui frappe d'emblée dans le film, c'est l'absence totale de point de vue, de style, de réalisateur. Étonnant de la part de la part d'un homme ayant reçu un prix de la mise en scène et deux Palmes d'Or. Il plante sa caméra entre deux ornières, zoome avidement sur la paire de seins de l'une des "protagonistes", et attend que ça se passe. Avec un tel handicap, ce qui pouvait amuser dans ses précédentes oeuvres tombe immanquablement dans l'humour gras et complètement beauf.
Au niveau de l'imagerie, Promets-moi semble effectuer la synthèse parfaite de toute la filmographie de l'auteur. On y croisera des tziganes, des gosses futés, des inventions délirantes, des chutes en veux-tu en voilà, des méchants ridicules, des animaux, de la musique à plein régime, une histoire d'amour candide... Auparavant, on appelait cela un style, Kusturica parvenant comme par magie à donner une nouvelle jeunesse à chacun de ces thèmes. Ici, le résultat s'apparente plutôt à une gigantesque parodie : tout est usé jusqu'à la corde, traité par dessus la jambe, avec zéro tentative de donner du rythme, de l'allant, du liant. Ça donne un film poisseux, suprêmement ennuyeux, se rapprochant plus de Max Pécas que du Kustu d'antan (sans rire).
Femmes traitées avec une misogynie même pas amusante au millième degré, jets de pisse en guise de gags, acteurs mauvais comme des cochons (même Miki Manojlovic!)... Il n'y a rien à sauver de ce naufrage complet qui montre bien que son réalisateur n'a plus la tête sur les épaules. Faire d'un enfant de 10 ans le héros d'une histoire d'amour avec une fille deux fois plus vieille passe encore (sauf quand le jeune acteur est moins talentueux qu'un goret), mais faire de lui le roi de la baise dans coffre de voiture et le spécialiste des putes n'a ni sens ni intérêt. C'est à la fois gêné, épuisé et exaspéré que l'on sort de ces deux heures de calvaire total. Si vous aimez Kusturica, par pitié, attendez le suivant. Ou contentez-vous de ses cinq premiers films.
1/10

19 juin 2007

IRINA PALM

Il y avait de quoi être effrayé par un sujet qui sentait la tragédie sociale british et grisâtre, comme un film de Ken Loach où le Prozac remplacerait le talent. Heureusement, Sam Garbarski a pris un autre parti, celui de la tendresse et de l'humour. La maladie du gamin n'est qu'un prétexte bien trouvé pour pousser une grand-mère solitaire à quitter sa retraite pour aller empoigner des messieurs. Irina Palmobserve ce qui se passe de l'autre côté des glory holes, là où des mains expertes et inconnues prodiguent quelques faveurs à des messieurs en demande. Le film pratique un humour assez british, utilisant la gène comme un véritable moteur comique, et rendant les situations à la fois réalistes et désopilantes. Il faut voir cette sexagénaire pratiquer son (hand)job comme un véritable sacerdoce, allant jusqu'à attraper un penis elbow.
Pour autant, on ne verse pas dans la comédie grasse. Garbarski sait parfaitement que la gaudriole a ses limites, et recadre parfaitement son sujet lorsqu'il le faut. Devenue une star dans sa spécialité, Maggie (pseudo Irina Palm) se retrouve obligée de slalomer entre les conventions, les conflits d'intérêts et l'objectif qu'elle s'est fixée. Sachant rebondir pour éviter la redite, le scénario trouve un second souffle étonnant au moment même où s'attendait à se qu'il décline. Et l'on finit, ému et hilare, séduit par cette dame d'âge mûre au talent singulier, peut-être pas la mamie qu'on rêverait d'avoir, mais en tout cas une femme formidable à laquelle le film rend parfaitement hommage. La mise en scène souffre parfois de devoir se contorsionner pour éviter de montrer ce qui n'est pas tout public, mais, globalement sage et appliquée, elle pèse de tout son poids pour faire la réussite de cet attachant portrait de femme.
7/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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