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20 mars 2008

IL Y A LONGTEMPS QUE JE T'AIME

Dramatique. C'est l'adjectif parfait pour décrire Il y a longtemps que je t'aime, première réalisation de Philippe Claudel, écrivain paraît-il fréquentable. Évitons toute incompréhension : le drame, c'est le film lui-même, condensé de ce que le cinéma français peut faire de pire. Un mélodrame pachydermique et faussement digne, qui tente de dissimuler sous des dessous auteuristes ses envies de terrorisme émotionnel. Il y a longtemps que je t'aime raconte les retrouvailles de deux soeurs, dont l'une vient de passer quinze ans en prison suite à un drame un peu mystérieux et forcément sordide. On n'en parlera clairement qu'en toute fin de film, Claudel ayant auparavant déroulé un suspense putassier et un flot ininterrompu de stéréotypes.
Quand un auteur souhaite jouer avec les non-dits, et les silences qui en disent long, il a intérêt à savoir s'y prendre. Ici, même l'implicite nous est asséné avec un manque de finesse qu'on croyait réservé aux téléfilms de nos pires chaînes hertziennes. Chaque phrase, chaque virgule est surlignée dix fois au fluo, et si les personnages ne disent rien, ils le disent avec un constant air de chien battu. Le moindre sous-entendu est répété dix fois pour être bien sûr que la ménagère de plus ou moins cinquante ans comprenne de quoi il retourne, et l'on a l'impression à chaque fin de scène d'entendre Claudel murmurer "vous voyez ce que je veux dire" pour bien insister sur l'aspect sursignifiant de ses dialogues.
Voilà un film qui, non content d'être terriblement ennuyeux (putain, deux heures), ne recule devant rien pour appâter le chaland. Il y a là-dedans un côté café du commerce qui met un peu plus en valeur la démagogie et le populisme de l'ensemble. La télévision, le foot, l'Irak, tous les thèmes un peu à la mode y passeront à un moment ou à un autre, et l'on s'étonne de ne rien entendre concernant la tektonik ou le mariage de l'omniprésident. Mais les thèmes majeurs du film sont plutôt à chercher du côté de la culpabilité, de la perte, de l'enfermement. Avec cette phrase qui résume tout, façon Hélène Segara : "la pire des prisons, c'est la mort d'un enfant". On en rirait presque si ce n'était asséné par une Kristin Scott-Thomas aussi épouvantable qu'elle a pu être brillante ailleurs, et plus mal filmée que jamais. Claudel multiplie les angles inutiles et les gros plans bien appuyés pour faire apparaître les comédons des personnages, et les révéler ainsi sous leur jour le plus cruellement humain. La connerie de ce film n'a pas de limites, ne cessant de croître de scène en scène, pour aller culminer lors de cette ultime scène de confession, où il s'avère évidemment que tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil. Finesse, courage, matière, style : autant de mots qui flottent à mille lieues d'un film qui rappelle l'infâme Voleur de vie d'Yves Angelo. Dramatique.
1/10

16 avr. 2007

LE CANDIDAT

Parachuté comme candidat à la présidentielle pour remplacer un dirigeant atteint d'un cancer fulgurant, Michel Dedieu n'a plus que quelques jours pour préparer l'ultime débat avant le deuxième tour et tenter ainsi de renverser une situation défavorable. Derrière lui, une équipe moyennement soudée fait tout pour qu'il y parvienne. Mais si l'on tire trop sur sa corde, la marionnette risque de comprendre qu'elle en est une...
Après un Président plus tagada-tsoin-tsoin que politique, voici enfin un film français intelligent et engagé traitant de l'élection présidentielle et de tout ce qui tourne autour. Pour son premier film, Niels Arestrup mène d'une main de maître un Candidat habile, subversif et définitivement pas commun. Seule condition pour apprécier pleinement le film : accepter une esthétique très eighties avec cadre à l'ancienne et lumière couci couça. Cette réserve mise à part, Le candidat enthousiasme. Avec un réalisme pour le moins convaincant, Niels Arestrup montre que l'homme politique qui sourit sur l'affiche électorale n'est la plupart du temps qu'un pantin soumis aux ordres et aux désirs d'une armée de loups aux dents acérées. C'est la première partie du film : montrer comment on façonne un candidat pour obtenir ce qu'on veut de lui, comment s'en servir comme d'un bouclier humain, comment convaincre l'opinion. Coaching en vue du grand débat, tergiversations sur mille petits détails, coups bas et hypocrisie.
La deuxième partie, elle, montre comment le bonhomme en pâte à modeler peut se retourner contre ceux qui l'ont créé de toutes pièces. Saturé de conseils, de chiffres et d'états d'âme, Michel Dedieu décide ne ne plus jouer de rôle et de redevenir lui-même pour mieux séduire. Cinglant revers pour les manipulateurs. Incroyable leçon de politique pour nous. Le débat qui clôt le film est un jeu de stratégie intense et passionnant. Il faut dire que Niels Arestrup a trouvé le Dedieu parfait : Yvan Attal, dont la paupière tombante n'a jamais été aussi adéquate, offre ses hésitations et ses mains moites à un personnage en or. Dans ce pays non identifié (qui a dit que c'était la France?), où les couleurs politiques sont difficiles à distinguer (Dedieu semble plutôt à gauche, mais rien ne permet d'en être certain), où la guerre menace et où l'arrogance de l'adversaire semble être son principal atout (coucou, monsieur Sarko), Michel Dedieu est le poil à gratter le plus admirable que le cinéma français ait connu depuis des lustres.
9/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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