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20 mai 2009

CONFESSIONS D'UNE ACCRO DU SHOPPING

Pendant qu'à Cannes une poignée de chanceux voit des films jusqu'à plus soif, d'autres se contentent de ce qu'on leur propose et en sont réduits à se poser de passionnantes question grammaticales. Accro du shopping ? Ne devrait-on pas dire accro au shopping ? Interrogation fascinante s'il en est, mais qui ne mènera pas loin puisqu'un spécialiste tel que Jacques Capelovici ou Alain Rey ne manquera pas de rétorquer que d'abord, accro, c'est moyennement français, et que shopping est un affreux anglicisme que les québécois ont remplacé par magasinage.
La question reste ouverte. En revanche, concernant la qualité du dernier P.J. Hogan, il n'y a guère de doute : le réalisateur du Mariage de mon meilleur ami et surtout de Muriel est loin, bien loin de ses savoureux débuts, et livre désormais du divertissement sucré comme un boucher débiterait des kilos de barbaque : avec une certaine connaissance du métier mais surtout avec assez peu de finesse. On a déjà vu un milliard de fois cette histoire d'une gentille pouf rencontrant un gentil yuppie mais ne parvenant à le pécho pour la vie qu'au bout d'une heure et demie ; aussi, un peu d'originalité (dans le ton, les rebondissements, l'utilisation des personnages secondaires) n'aurait pas été de trop. Que le film soit adapté d'une série de romans de plage (du genre qui nécessite autant de neurones qu'un Guillaume Musso) n'excuse pas la totale platitude de son adaptation, ni le choix assez discutable d'Isla Fisher dans le rôle titre (celle de l'accro du shopping). Bien brave, l'actrice ne tient pas une seconde la comparaison avec Renée Zellweger (alias la rougeaude, idéale en Bridget Jones) ou même Anne Hathaway (Le diable s'habille en Prada), mais n'a pour sa défense à peu près rien d'autre à faire que hurler lorsqu'elle aperçoit une paire de Louboutin.
Oui car, au cas où le spectateur l'oublierait, Confessions... est censé de démarquer de par son thème, la shoppingomanie, et montrer comment quelqu'un d'à peu près normal peut devenir une pure furie en découvrant le monde magique de la mode. Ce qui aurait pu être intéressant et assez drôle sur le papier est (mal) expédié en quelques scènes, la majeure partie du film étant consacrée à cette ennuyeuse histoire d'amour où le seul choix cornélien est pour le spectateur, à savoir déterminer lequel des deux tourtereaux est le plus fadasse. La seule qui s'en sorte avec un peu de classe, c'est l'inévitable Kristin Scott Thomas en Anna Winthour bis (ou ter). Une phrase qui revient malheureusement un peu trop régulièrement concernant une actrice assez irréprochable dans ses prestations mais dont les choix de carrière sont de plus en plus discutables...




Confessions d'une accro du shopping (Confessions of a shopaholic) de P.J. Hogan. 1h46. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur Tadah ! Blog.

16 avr. 2009

DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE

Réalisateur souvent acclamé, Bertrand Tavernier n'a pourtant rien produit d'exceptionnel depuis le début des années 80, fin de la période L'horloger de Saint-Paul / Le juge et l'assassin / Coup de torchon. Il s'est depuis enfermé dans une platitude que beaucoup ont pris pour du classicisme, traitant avec bien-pensance et démagogie un certain nombre de marronniers (c'est dur d'être un instit, c'est pénible d'être un flic, c'est chaud d'adopter un enfant). Autant dire que le voir s'enfuir aux États-Unis pour adapter un polar avec Tommy Lee Jones avait tout d'une excellente nouvelle, le projet ressemblant à une tentative de casser cette filmographie léthargique. S'il ne livre pas le film du siècle, Tavernier prouve cependant qu'il a de forts beaux restes et qu'il n'est jamais aussi bon que quand il est porté par une intrigue plutôt que par des intentions.
Et pourtant, avec Dans la brume électrique, c'est l'atmosphère qui prime, la brume des bayous de New Iberia étant le décor rêvé (et curieusement inexploité jusque là) pour un film noir. Tavernier la filme simplement, sans réel parti pris mais avec une certaine efficacité. Cependant, ses limites ne tardent à apparaître lorsqu'il s'agit de basculer dans l'onirisme, le héros voyant régulièrement apparaître devant lui un personnage mort depuis bien longtemps. Ce serait presque ridicule s'il n'y avait les yeux de Tommy Lee Jones, capables de vous faire croire à n'importe quoi. Du haut de sa présence exceptionnelle, l'acteur confirme qu'il prend de l'ampleur en prenant de l'âge. De Trois enterrements en Vallée d'Elah, il n'a jamais été aussi passionnant. Autour de lui, John Goodman, Peter Sarsgaard et Kelly Macdonald sont également convaincants.
Sur le fond, Dans la brume électrique ressemble un peu à The pledge, le fabuleux anti-polar de Sean Penn, où une séquence de course-poursuite pouvait très bien être encadrée par deux parties de pêche (tiens, ce sont les mêmes scénaristes). Ici aussi le film prend son temps, le flic vieillissant ayant besoin de boire un verre (sans alcool, attention) avec ceux qu'ils rencontre afin de mieux les cerner. Ce qui fonctionnait à plein tube chez Penn est ici un peu plus laborieux par endroits, même si les face-à-face Jones / Goodman sont juste délicieux, cruels et teintés de mauvais esprit. L'intrigue est suffisamment costaude pour nous promener pendant pas loin de deux heures, et la résolution pas idiote. Ce qui gène en fait, outre l'absence de rythme, c'est ce besoin vendu comme essentiel de plonger ce petit monde dans la Louisiane de l'après Katrina, comme si le passage de l'ouragan allait déterminer l'un ou l'autre des comportements des protagonistes. C'est aussi idiot que dans L'étrange histoire de Benjamin Button ou le dernier tube sans rime de Bénabar. La lourdeur est décidément le maître-mot de la carrière de Tavernier, dont il faut néanmoins souhaiter qu'il réitère ce genre d'expérience.
6/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

19 juin 2008

SPEED RACER

Après un Bound assez hot et déconseillé aux moins de 16 ans, puis une trilogie Matrix pas vraiment faite pour les mioches, Larry/Laura et Andy Wachowski nous reviennent avec un Speed racer tous publics, aussi coloré que Matrix était noir, aussi asexué que Bound était lesbien. Tout pour faire le bonheur des moins de douze ans, que cet âge soit inscrit sur leurs papiers d'identité ou qu'il soit simplement révélateur de leur capacité à retomber en enfance. Speed racer, c'est de la régression à l'état pur, celle qui pourra conduire des adultes apparemment fréquentables à ricaner bêtement devant un singe qui fait des grimaces, ou à taper du pied pour encourager leur champion favori.
Malheureusement, la régression vue par les Wacho est synonyme d'abêtissement. Difficile de retrouver ses sensations de gosse devant ce spectacle complètement bâtard, qui nage en plein paradoxe. Offrir une esthétique cartoon à base de couleurs criardes, de mouvements de caméra hautement improbables et de gags bien stupides (chutes et contorsions en tous genres) ou proposer un film bavard doté d'une intrigue un poil compliquée, il fallait choisir. Car Speed racer ressemble à une longue série de promesses, plus de deux heures de blabla qui ne sont réellement entrecoupées que de trois vraies séquences de course. Celles-ci sont des plus décoiffantes et permettent d'éprouver un vrai plaisir, même si ce n'est rien du tout par rapport à un bon vieil épisode des Fous du volant (Satanas & Diabolo forever). Dans ces moments-là, on en prend plein les mirettes, on jubile sur son siège et on essaie de garder les yeux ouverts, régulièrement décontenancé par une mise en scène un peu trop excitée. Malheureusement, le calme plat est bien vite de retour, le temps pour le héros de se débattre dans une sombre histoire de trahison, de deuil et de gros sous dont on se serait bien passé. Là, la kitscherie assumée de l'ensemble devient juste insupportable. Personne n'est entré dans la salle pour voir Susan Sarandon préparer des pancakes ou John Gooman serrer son fifils chéri dans ses bras pour lui dire combien il l'aime ! Du coup, ces deux heures quinze ne constituent qu'un divertissement sympathique mais bien trop long, qui enchaîne les temps morts plus que les morceaux de bravoure.
Visiblement, les Wachowski s'amusent, ce qui ne semblait plus vraiment être le cas sur les deux derniers Matrix. Ils font joujou avec toute cette jolie technologie, nous servent un ballet de couleurs à faire passer les chemises de Carlos pour des fringues de croque-mort, filment et refilment ce singe qui n'a rien à faire là mais qui permet de ne pas trop avoir à se creuser la tête côté gags. Ils ont conçu leur Speed racer comme un dessin animé live, avec ce qu'il faut de folie, de dynamisme et de bons sentiments. Et avec un tic salement exaspérant : celui de ne pas monter cut, mais d'enchaîner les plans à l'aide de transitions certes du meilleur effet (le passage d'un personnage devant la "caméra" efface l'image précédente et fait apparaître la suivante), mais insupportables lorsqu'elles sont répétées 200 ou 300 fois dans le même film. Il y a dix ans, Matrix avait révolutionné un genre désormais gangrené par un paquet de pâles copies ; Speed racer tente visiblement de répéter cet exploit mais oublie trop souvent de choisir entre la maturité et son contraire. À trop vouloir toucher tout le monde, les Wacho finissent par ennuyer toute la salle. L'échec du film au box-office américain et son mauvais démarrage européen confirment cette fâcheuse tendance.
5/10

14 janv. 2008

DEATH SENTENCE

Après Saw et Dead silence, James Wan délaisse l'horreur cradingue pour un genre à priori plus noble, le drame teinté de polar. Noir c'est noir. Très noir. Pour venger son fils, tué par de méchants braqueurs, un bon père de famille décide de se faire justice lui-même. Deux possibilités à partir de là : livrer un film digne offrant un regard humain sur la loi du talion (probabilité : 1%), ou offrir une apologie de la vengeance façon Charles Bronson, où la violence va crescendo (probabilité : 99%). Le choix de Kevin Bacon dans le rôle principal laissait un brin d'espoir. On y croit pendant une vingtaine de minutes, d'autant que la mise en scène de James Wan semble posée et réfléchie. Avant de réaliser que c'est bien à un film bourrin et sans cervelle que l'on va assister.
Pendant une bonne heure, si vous consentez à aller voir Death sentence, vous assisterez à un festival de fusillades, de petits meurtres vicieux et de rivières d'hémoglobine. Parce qu'il faut bien faire quelques pauses et se donner une contenance, Wan propose à intervalles réguliers une scène de drame, dans laquelle les parents et le frère du jeune homme disparu pleurent à chaudes larmes en bafouillant de très jolies banalités sur le thème "la vie c'est pas juste". Et puis hop, la violence reprend ses droits, dans une escalade toujours plus improbable et poisseuse. Il faut voir Kevin Bacon se raser le crâne pour aller tabasser toujours plus de petites frappes. Et prolonger encore et encore cette escalade complètement stupide. Wan se délecte de ces scènes d'action mal filmées, et l'on réalise que c'était là sa seule motivation pour réaliser le film. Le spectateur sera achevé par cette conclusion qui fait mine de condamner le héros tout en le glorifiant, comme un super Messie de la mort. Jolie manière d'essayer de tenter de satisfaire tout le monde. Mais personne n'est dupe : après 88 minutes l'an passé, Death sentence prend le relais pour promouvoir encore et toujours la peine de mort. Gerbant.
1/10

27 août 2007

EVAN TOUT-PUISSANT

En une scène de Bruce tout-puissant, un inconnu nommé Steve Carell parvenait à voler la vedette à Jim Carrey, dans le rôle d'un présentateur se mettant soudain à balbutier. Avec toujours beaucoup de suite dans les idées, Tom Shadyac et Steve Oedekerk se sont dit qu'une sorte de spin-off autour de son personnage d'Evan Baxter serait un carton assuré. Raté. Budget titanesque, box-office miteux : Evan tout-puissant souffre de la mégalomanie paresseuse des deux congénères. Très ambitieux sur le papier, le film n'est finalement qu'une bête chronique outrageusement religieuse, une comédie dont chaque gag aurait été remplacé par une phrase de l'Évangile.
Ce n'est pas l'échec des situations comiques qui navre, mais bel et bien l'absence total d'humour. Contre ce film tout plat, on aurait volontiers échangé une pelletée de gags ratés et de répliques foireuses. Mais non : trop concentré sur son projet pharaonique (l'air de rien, il s'agit de l'une des comédies les plus chères de l'histoire), Tom Shadyac oublie totalement qu'il a un public à régaler. Dans ces conditions, Steve Carell fait ce qu'il peut, mais ses grimaces outrancières ne sont que peu de chose. Trop sérieux dans le rôle d'un Noé new-age, désespéré et moqué par tous, il rendrait presque Evan tout-puissant complètement déprimant. C'est de toute façon le cas : plombé par un prosélytisme catho pour le moins insupportable, le film finit par mêler l'ennui et l'agacement. On attendait au minimum un divertissement sympathique : c'est à une initiation au cathéchisme qu'on assiste.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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