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6 nov. 2009

Top 5 : Mélanie Laurent

Cette semaine, Mélanie Laurent joue les virtuoses dans Le concert.




Top 5 des films avec Mélanie Laurent

01. Inglourious basterds (2009)
La tradition exige que tout acteur français qui tente sa chance à l'étranger soit vilipendé par la critique, quelle que soit la valeur de sa prestation. Mélanie Laurent n'a pas échappé à la règle : elle campe pourtant une bouleversante Shosanna Dreyfus, jeune femme aux commandes d'une gigantesque vengeance menée à l'encontre des nazis qui ont tué sa famille. L'une des facettes de ce film fort, bouleversant, le plus libre de Quentin Tarantino, qui se permet de réorchestrer l'Histoire avec une jubilation évidente.


02. Embrassez qui vous voudrez (2002)
Après Un pont entre deux rives, on continuait à découvrir cette jeune actrice aux grands yeux clairs, dont la sagesse apparente est bien trompeuse. Dans le rôle de l'amour-fantasme du gringalet joué par Gaspard Ulliel (qui a fait beaucoup trop de muscu ensuite), elle resplendit et se montre extrêmement convaincante, à l'image de l'ensemble du casting du film de Michel Blanc. Cruelle, désopilante, sans illusion, une comédie chorale qui fait mal.


03. Je vais bien, ne t'en fais pas (2006)
Je vais bien, ne t'en fais pas constitue le symbole d'un basculement dans la filmographie de Philippe Lioret, qui commença par des comédies sans prétention mais bien troussées pour durcir ensuite son cinéma, allant plus loin de film en film (jusqu'au récent Welcome). Ayant fortement contribué à populariser son réalisateur et son actrice, ce mélo est en effet plein de ressources et de surprises, la frontalité et la noirceur du traitement étant pour le moins inattendues. Un césar mérité pour Kad Merad.


04. De battre mon coeur s'est arrêté (1998)
« De battr' mon cœur s'est arrêté / Sur le lit j'ai jeté mon fouet / Tout contre elle je me suis penché / Et sa beauté m'a rendu muet ». Juste l'occasion de rappeler que le titre du quatrième Jacques Audiard provient de La fille du père Noël, de Jacques Dutronc. Tout ça pour dire qu'il s'agit d'un polar noir et fort, d'une violence parfois dévastatrice, emblématique de la rigidité de son auteur mais néanmoins passionnant à suivre. Encore dans un rôle de fantasme (mais pas que...), la môme Laurent est remarquable.


05. Dikkenek (2006)
En une poignée d'années, ce drôle de machin belge est devenu relativement culte. Il faut dire qu'avec son duo de zinzins du cru (Jean-Luc Couchard et François Damiens), son paquet de punchlines à se tordre, ses idées macabres (aah, le musée des accidentés de la route), ses seconds rôles inattendus (Marion Cotillard et Jérémie Rénier en tête), Dikkenek a de la ressource. Quant à Mélanie Laurent, on lui propose de faire des séances photo nue avec des animaux. Ça fait rêver.

9 août 2009

INGLOURIOUS BASTERDS

Aussi brillants soient-ils, les films de Quentin Tarantino ont toujours fonctionné en référence à, en hommage à. Cinéphile parmi les cinéphiles, groupie avant d'être idole, QT parvenait à chaque fois à trouver un ton personnel tout en s'appuyant sur les oeuvres et univers des autres. À ce titre, Inglourious basterds constitue une véritable révolution dans le cosmos tarantinesque : pour son sixième long, le cinéaste fanboy est devenu un cinéaste tout court. Bien entendu, il s'appuie plus ou moins consciemment sur des films passés, films de guerre comme drames romanesques ; mais c'est la première fois qu'un film de Tarantino fonctionne pour lui-même, par lui-même, aussi possiblement marquant pour les encyclopédies sur pattes que pour les nouveaux-nés du septième art. Rien que pour cela, Inglourious basterds marque sans doute un tournant dans la carrière du cinéaste.
On n'ira pas jusqu'à parler de film de la maturité pour le metteur en scène, qui conserve une âme de gamin indépendamment de la gravité des sujets abordés. Mais Inglourious basterds est un pas vers un âge adulte qu'on n'est pas spécialement pressé de le voir atteindre. Aussi divertissant soit le film, Tarantino fait preuve d'une retenue incroyable dans l'exécution des scènes-clés. La première est peut-être la plus poignante et la plus insoutenable : sur le thème du nazi qui cuisine les honnêtes gens pour déterminer s'ils sont du genre à cacher des juifs, il joue à rendre chaque seconde plus pesante que la précédente, à créer le suspense à partir de dialogues anodins en apparence, à jouer le jeu de la séduction avec le personnage le plus pourri qui soit. Bien élevé, instruit, affable, mielleux, le colonel Hans Landa est peut-être le nazi le plus étonnant et déstabilisant de l'histoire du cinéma. Le genre de personnage que l'on n'arrive pas tout à fait à détester alors que la morale l'impose. Il faut un sacré talent d'auteur pour parvenir à créer un tel malaise sans même avoir l'air borderline ; il faut aussi un sacré interprète, et Christoph Waltz est celui-là. Est-il possible d'ajouter les félicitations du jury à son prix d'interprétation cannois ? Les autres acteurs, tous judicieusement choisis par Tarantino, sont d'une perfection égale, bien qu'évoluant dans des registres bien différents. À l'héroïsme très ricain teinté tocard attitude d'un Brad Pitt répond le glamour glacé et déterminé d'une Mélanie Laurent. Til Schweiger, Denis Menochet, Michael Fassbender et tous les autres mériteraient d'être cités.
Inglourious basterds est également le film le plus simple de Tarantino, parce qu'il s'affranchit de toute déconstruction temporelle, de tout flonflon narratif, pour ne s'attacher qu'à l'essentiel : de bons personnages et une bonne histoire. La mise en scène est inventive et pleine d'idées, mais d'une discrétion étonnante. La linéarité de l'ensemble a quelque chose d'émouvant tant on sent Tarantino prêt à tout pour la préserver, trop attaché à l'univers qu'il a construit pour risquer de l'abîmer par un quelconque procédé. Comme dans Kill Bill, il s'agit à nouveau d'une histoire de vengeance très dialoguée : mais cette vengeance-là semble tellement plus viscérale, naturelle, débarrassée du moindre parasite. C'est peut-être aussi parce que le film est ancré dans la réalité d'une époque ô combien douloureuse qu'il atteint si précisément sa cible ; pourtant, Tarantino ne prend pas de gants avec l'Histoire et n'hésite pas à la triturer, à la modifier pour parvenir à son but : réussir une grande fresque violente et romanesque, à la fois urgente et ronde en bouche. La dernière demi-heure est un bouleversement de tous les instants, mais ne fait que confirmer les deux heures qui précèdent. « That might be my masterpiece », dit la dernière réplique d'Inglourious basterds. Les années confirmeront certainement que Tarantino avait vu juste.




Inglourious basterds de Quentin Tarantino. 2h28. Sortie : 19/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

6 août 2009

JUSQU'À TOI

C'est vrai qu'elle est mignonne, Mélanie Laurent. Même que ça fait beaucoup de peine de la savoir triste, seule, incapable de communiquer, obligée de déléguer ses coups de téléphone et de regarder ses voisins s'aimer. Un vrai tempérament de dépressive, qui s'avère plus contagieux que la grippe A (petite dédicace au passage), puisque Jusqu'à toi est entièrement contaminé par cette sinistrose ambiante. Rarement comédie romantique aura autant donné envie de mélanger Xanax, Prozac et alcool de poire. Il est assez difficile de s'y faire, même si éviter tous les clichés neuneus du genre a toujours du bon. Filmé gris, écrit gris, joué gris, le film de Jennifer Devoldère ne se berce d'aucune illusion, et c'est la une surprise bien cruelle pour qui était venu chercher un peu de jolis sentiments, voire du réconfort.
Collègues, potes de vidéo-club, voisins de paliers, paternel : au final, Jusqu'à toi fait de tous les protagonistes des êtres gentils mais pathétiques, dont certains rêves aboutiront peut-être, mais dont l'existence sera placée à jamais sous le signe de la morosité. C'est gai. Au milieu de tout ça, un argument nous rappelle qu'il s'agit - sur le papier - d'une romance : la frenchie et le ricain se croisent, se cherchent, se recroisent jusqu'à l'inévitable instant où la vraie rencontre aura enfin lieu. Cette course éperdue vers le véritable amour devrait être pleine de joie, d'espérance ; mais, à part une séance d'autoportraits du côté de Mélanie Laurent, le reste s'apparente plutôt à un long chemin de croix. Elle déprime au bureau en se répétant que l'amour n'existe pas. Il cafarde à l'hôtel sans bagages ni repères. On a sincèrement envie de les plaindre, de les prendre dans nos bras comme on le ferait pour un ami qui va mal.
La léthargie des personnages se retrouve dans le rythme du film : Jusqu'à toi ne décolle jamais vraiment, accumulant des saynettes souvent trop courtes comme pour meubler avant de passer aux choses sérieuses. Et lorsqu'arrive enfin le moment de la rencontre, il se produit quelque chose, discrètement mais sûrement. Pas vraiment guillerette et trop tardive, cette reprise en main des personnages et du film n'a malheureusement guère d'effet sur l'impression d'ensemble : celle d'avoir passé un moment pas foncièrement désagréable mais sincèrement plombant en compagnie de deux anges livides, Mélanie Laurent et Justin Bartha, dont la délicatesse est touchante mais dont le manque de combattivité fiche sacrément le bourdon.




Jusqu'à toi de Jennifer Devoldere. 1h20. Sortie : 29/07/2009.

3 mars 2008

LE TUEUR

Premiers pas étonnants pour Cédric Anger, coscénariste des deux derniers films beaux et complexes de Xavier Beauvois. Le tueur ne ressemble en rien à ceux qu'il a pu écrire par le passé, tant c'est le minimalisme qui prime sur tous les plans. Peu de personnages, peu de décors... et peu de situations. Quand c'est réussi, on parle de film d'ambiance. Quand ça ne l'est qu'à moitié, on ne sait trop quoi dire.
L'argument du Tueur est on ne peut plus simple, et le développement idem : se sachant poursuivi par un tueur à gages, un financier décide de lui demander un sursis de quelques jours, le temps de mettre un peu d'ordre avant de se livrer et de se faire buter en toute tranquillité. De cet étrange pacte naît un film un peu torve, qui oublie bizarrement de parler de la mort, préférant se concentrer sur l'anecdote et la solitude de ses quelques protagonistes. L'ambiance? Bah. Anger n'a apparemment rien d'un grand metteur en scène, et le milieu de son film ressemble davantage à un long moment d'attente qu'à un plongeon dans une noirceur délicieusement léthargique. Heureusement, les acteurs répondent présents. Gilbert Melki est impeccable, mais c'est un pléonasme ; quant à Grégoire Colin, il sort enfin de ses éternelles postures d'acteur doué mais trop sale con pour être appréciable. C'est le duel à distance entre ces deux hommes qui maintient Le tueur sur ses rails un peu fragiles.
Puis les langues se délient, la situation aussi, et Anger dévoile ses véritables intentions. Non, Le tueur n'est définitivement pas un film d'ambiance, ni même un polar, mais simplement un petit drame faussement retors qui joue sur de maigres idées de scénario. Du minimalisme au vide, il n'y a qu'un pas, qu'Anger ne franchit heureusement pas. Il s'en faut quand même de peu, et l'on espère que son deuxième long-métrage tiendra davantage au corps et ne se contentera pas de tabler sur un faux mystère vaguement intrigant mais pas du tout satisfaisant.
5/10

22 févr. 2008

PARIS

Dans une scène de Paris, l'historien incarné par Fabrice Luchini explique que le secret de la capitale française repose sur un mélange complexe d'ancien et de moderne. Un constat qui s'applique parfaitement au film de Cédric Klapisch, auteur-réalisateur quadra aspirant à tourner des films plus matures mais ne parvenant pas vraiment à quitter l'adolescence. Comme toutes ses œuvres précédentes, Paris livre un message profondément candide et naïf, profitant d'un conséquent capital séduction pour tenter de toucher le plus grand nombre.
Il faut dire que Klapisch sait y faire, lui qui nous offre de sympathiques films générationnels (un terme qui ne veut plus rien dire) depuis une petite quinzaine d'années (écartons cependant les infâmes Poupées russes) : Paris, c'est 2h10, et pas une seconde d'ennui. Les scènes s'enchaînent vite et bien, dans un ordre pouvant parfois sembler aléatoire, avec au minimum un bon mot ou un beau sentiment par minute. C'est souvent réussi mais presque trop facile : le film durerait cinq heures que personne ou presque ne s'en plaindrait (sauf à cause d'une envie de pipi ou d'une pénurie de pop-corn). Toujours chien fou malgré les années qui passent, Klapisch ne s'encombre d'aucun fil rouge et multiplie les personnages, les points de vue, les évènements avec cette envie latente d'en montrer plus pour gagner plus. C'est souvent le mal des jeunes réalisateurs, qui tentent de "tout" mettre dans leur premier film, quitte à ce que celui-ci explose sous son propre poids. Le problème, c'est que Klapisch n'est plus un novice, et qu'il devient fatigant de l'entendre à chaque film parler de ses difficultés de montage dues à son trop plein d'idées et d'images.
Ça donne un film fourre-tout, entre deux âges, forcément attachant parce que bien troussé, mais manquant désespérément d'unité et de profondeur. L'ambition de l'auteur de dépeindre Paris à travers une poignée d'habitants était chose louable ; hélas, ce patchwork ressemble davantage à un catalogue qu'à un état des lieux. Allez hop, un clodo et un immigré pour ne pas être accusé d'embourgeoisement ; zou, quatre femmes du monde fricotant avec des maraîchers et des poissonniers de Rungis pour bien montrer que Paris est une grande communauté sans clivages. Bertrand Delanoé doit être content : il a trouvé en Klapisch le cinéaste parfait pour remplacer Luc Besson lors de la prochaine course aux jeux olympiques.
Il y a deux ans, le Selon Charlie de Nicole Garcia était vilipendé (à tort) car trop fuyant, trop choral, sans réel but. Paris souffre des ces maux-là, habilement dissimulés derrière une sympathie ambiante. Ne nous sont livrés que des embryons d'histoires et de personnages, souvent éclipsés par quelques évènements qui dramatisent l'ensemble de façon excessive et totalement artificielle (cf. le personnage interprété par Julie Ferrier). À trop vouloir faire, dire, montrer, Klapisch sacrifie quelques éléments essentiels au détriment d'autres qui le sont moins. En résulte l'impression d'être passé à côté de certains acteurs (Cluzet, Viard, sans doute sacrifiés au montage) au détriment par exemple d'un Romain Duris dont les dernières prestations klapischiennes sont de plus en plus téléphonées et empreintes d'intentions flagrantes. L'heure semble venue pour Cédric Klapisch et son acteur fétiche de se remettre un peu en question et de se demander combien de temps et combien de films ils vont encore pouvoir tenir avant de sombrer dans la médiocrité la plus totale.
5/10

16 nov. 2007

LA CHAMBRE DES MORTS

S'il n'est pas tout à fait convaincant, le premier film d'Alfred Lot recèle bien des promesses. À la manière de Ne le dis à personne (mais de façon bien différente), La chambre des morts est un polar qui sort de l'habituelle tiédeur franchouillarde sans pour autant copier point par point les modèles américains. Sans aller jusqu'à dire que l'on n'a jamais vu, ça, on se régale cependant de l'indépendance d'esprit du film de Lot.
Pour une fois qu'un polar français n'est pas adapté de Jean-Christophe Grangé, on souffle un peu. C'est d'ailleurs ce qui rend La chambre des morts si attirante au départ : une intrigue noire mais simple, qui ne prétend pas aller débusquer des sociétés secrètes dans des forêts mongoles. L'angoisse n'en est que plus intense : il n'y a rien de plus tétanisant que le meurtre d'une petite fille (à condition de le prendre au premier degré, évidemment). Mélanie Laurent est impeccable en très jeune fliquette impliquée ; que son physique agréable ne fasse oublier à personne qu'elle est une excellente actrice.
Le gros défaut de La chambre des morts réside en fait dans sa nature la plus profonde : il s'agit plutôt d'un drame noir que d'un réel whodunit. Au bout d'une heure de film, le spectateur connaît une grande partie des rouages de l'intrigue, et le mystère disparaît. La suite ne consistera plus (ou presque) qu'à aller débusquer le (la) (les) coupable(s), et c'est tout de suite moins intéressant. Heureusement, la qualité générale de l'inteprétation et l'implication permanente du réalisateur dans son film font que La chambre des morts reste un divertissement de bonne qualité doublé d'un réservoir de talents.
6/10

29 sept. 2006

INDIGÈNES

Surmédiatisation, battage plus politique que cinématographique, Indigènes avait tout d'un pétard mouillé. À entendre Rachid Bouchareb et ses comédiens, il était important de faire un tel film pour apporter un témoignage inédit et remettre les choses à leur place : non, les tirailleurs africains ne comptent pas pour du beurre. Un livre d'histoire géant, en somme.
Les intentions sont louables, le résultat imminent (notre cher président devrait relancer la machine en faveur des tirailleurs, et leur permettre de toucher enfin des indemnités décentes). Mais le cinéma, dans tout ça, allait-il trouver sa place? Pas gagné. Et pourtant, contrairement à nos craintes, Indigènes est bien un film, un vrai. Pas un chef d'oeuvre, mais quand même. Outre un témoignage édifiant et efficace, Rachid Bouchareb livre un récit fort et poignant, une aventure humaine déguisée en film de guerre, comme un mini Saving private Ryan (toutes proportions gardées). Sous les casques et derrière les uniformes, des êtres humains tentent tant bien que mal de se faire une place dans une société qui, déjà à l'époque, refusait de les intégrer. Si ce film à échelle humaine n'atteint jamais des sommets, c'est parce que le propos a quand même tendance à tout écraser sur son passage. Tellement d'injustices à dénoncer, tellement de choses à dire, que Bouchareb est un tout petit peu trop démonstratif. Du coup, c'est dans les dernières scènes, celles où les balles sifflent et où les corps inertes frappent le sol dans des bruits sourds, que le film se fait le plus poignant, le plus attirant. Là, l'équilibre entre cinéma et politique se fait, comme une évidence.
Le quintuple prix d'interprétation cannois, qui avait ajouté au buzz ambiant, semblait un peu facile. Il est vrai que chaque comédien est à fond dans son rôle, déterminé à bien faire passer chaque argument qu'il a à défendre. Un excès d'application qui prive leurs prestations de ces petites aspérités qui font les grands rôles. Bizarrement, c'est celui qui semble le moins concerné à l'écran qui s'en sort le mieux : monsieur Samy Nacéri, délinquant notoire aux yeux jaunes un peu suspects, est sans doute le plus efficace de la bande.
En fin de film, un carton rappellera à ceux qui l'ignoreraient encore (il y a des gens qui n'ont pas la télé, figurez-vous) que les pensions des tirailleurs africains sont honteusement moins élevées que celles de leurs camarades français de souche, et qu'aucune reconnaissance ne leur a été apportée. Effort louable mais un brin redondant, qui laisse à Indigènes un simple goût de devoir bien fait en lieu et place de l'émotion qu'il aurait du susciter. Il n'empêche : il est réellement permis de prendre un certain plaisir à ce spectacle souvent triste.
7/10

12 sept. 2006

JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS

Philippe Lioret est un réalisateur que l'on peut qualifier de très classique. Alors que cela rime parfois avec complètement ringard, cela n'a ici rien de péjoratif. Lioret est un honnête artisan qui brosse des films sincères et bien faits, basés sur des histoires simples mais pas vides de sens. Je vais bien ne t'en fais pas n'échappe pas à la règle. Inspiré d'un roman d'Olivier Adam (jeune écrivain qui monte qui monte), le film décrit le calvaire d'une jeune femme d'à peine vingt ans lorsqu'elle apprend que son frère jumeau a quitté le domicile familial suite à une dispute avec son père. Des jours, des semaines, des mois à attendre, avec pour seule raison de vivre les quelques lettres que lui envoie le frangin en cavale.
Autant ne tromper personne sur la marchandise : Je vais bien ne t'en fais pas est un drame à la française qui ne ferait pas forcément tache un samedi soir sur France 3. Mais ce serait alors le meilleur téléfilm français de l'année. Si la mise en scène est classique, donc, l'interprétation est haut de gamme et vaut à elle seule le détour. Il y a d'abord Mélanie Laurent, comme une évidence, une fille jolie à croquer qui bouffe ses rôles avec une envie rare. Elle porte le film sur ses épaules et lui insuffle une mélancolie pas fabriquée. Face à elle, il y a Kad Merad, toujours plus impressionnant, et qui étincelle dans le rôle du père lâche et mutique. Derrière eux, Isabelle Renauld et Julien Boisselier ne sont pas mal non plus.
Le film est un drame (Lili, l'héroïne du film, tombe dans la spirale de la dépression) mâtiné d'un suspense un peu malsain (on sait bien qu'un trauma profond est enfoui là-dessous). Comme le côté dépressif de l'intrigue pourrait être trop lourd à supporter, Lioret y injecte de très légères doses d'humour juste assez bien dosées pour alléger le ton sans dériver de son sujet : la difficulté à communiquer avec les siens.
La fin du film apporte son lot de révélations, et s'il est permis de douter un peu de la crédibilité de la conclusion, tout cela est amené avec suffisamment de finesse pour rendre l'ensemble relativement digeste. De toute façon, l'impeccable classicisme du film de Lioret avait emporté le morceau depuis longtemps. Je vais bien ne t'en fais pas n'est certes pas à conseiller aux ennemis de la qualité française. Mais il fera vibrer les autres à coup sûr.
7/10

22 juin 2006

DIKKENEK

Dikkenek, c'est extrêmement n'importe quoi, comme dirait JC, l'un des branquignols qui servent de héros au film. Un moment, on craint de se trouver devant une simple juxtaposition de saynettes dont l'unique credo est la belgitude. En fait, ces short cuts sont savamment reliées entre elles, et si l'argument tient sur un timbre-poste, il y a suffisamment de bouffées délirantes pour emporter l'adhésion.
Dikkenek commence sur les chapeaux de roues, avec notamment la visite d'une classe de primaire au désormais célèbre Musée des Accidentés de la Route, savant mélange d'épaves et de mauvais goût. Hilarante et franchement dégueulasse, cette séquence donne le ton d'un film qui ne recule devant rien pour faire rire.
Alors évidemment, qui dit "intrigue" éclatée dit film hétérogène. Entre les morceaux de choix se dressent quelques grands moments de solitude, qui semblent être provoqués par quelques comédiens pas à leur place (notamment Jérémie rénier et Florence Foresti). Alors on attend quelques minutes, impatient à l'idée de retrouver JC et Claudy (Jean-Luc Couchard et François Damiens), les deux belges de service dont l'accent à couper au couteau et les expressions foireuses font le sel du film. Dikkenek prouve à tout le monde que la Belgique, ce n'est pas seulement Benoît Poelvoorde. Cheveux sales, front gras, perversions en tous genres : ces deux anti-héros là ont de l'avenir. On rempilerait volontiers pour un deuxième volet. D'autant que côté charme, Dikkenek contient une pépite nommée Mélanie Laurent, petite bombe prête à tout pour s'amuser. Même à faire des photos de charme avec un poney. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus. Dikkenek défrise sévère. Et donne gravement la frite (humour).
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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