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3 mai 2008

LE GRAND ALIBI

Une affiche rappelant le Cluedo et les romans noirs d'antan : c'est le premier élément du gigantesque piège tendu par Pascal Bonitzer. Après quatre films très auteuristes, allant de plus en plus loin dans l'exploration des tréfonds de la médiocrité humaine (et surtout masculine), il semblait étonnant de voir le cinéaste se charger d'une adaptation planplan d'Agatha Christie, suivant apparemment la voie ouverte par Pascal Thomas. Et en effet, si Le grand alibi a tout pour entrer dans la catégorie "polar sénile", il suffit de gratter un peu pour découvrir un tout autre film.
On s'en rendra compte lors d'une conclusion rendant implicitement hommage à Hitchcock : l'intrigue policière et l'identité du coupable n'intéressent guère Bonitzer. Si le flic joué par Maurice Bénichou mène effectivement l'enquête, nous n'en verrons à l'écran que ce qui permet de cerner un peu mieux les personnages et leur véritable nature. Faussement tranquille, Le grand alibi est d'abord un film sur la mémoire, le souvenir et ce qui se produit lorsque tout cela s'efface. Amnésies partielles et omissions sont le lot de cette ribambelle de personnages, sans doute un peu trop nombreux pour se révéler pleinement, mais tous aussi intéressants qu'excellemment incarnés. En tête de ce joli casting, un Mathieu Demy très en forme, et une Caterina Murino jouant idéalement de son statut trop idéal de femme fatale.
Évidemment, Le grand alibi frustrera l'amateur de polars à l'anglaise et d'intrigues alambiquées. Mais il ravira les amateurs de Bonitzer, qui inscrit son film dans la lignée des précédents, en moins complexe et torturé toutefois. Rythmé par des dialogues souvent brillants, le film est une vraie curiosité, une bizarrerie hors du temps, comme une version assez réussie des dernières tentatives de Pascal Thomas.
6/10
(également publié sur Écran Large)

16 nov. 2007

LA CHAMBRE DES MORTS

S'il n'est pas tout à fait convaincant, le premier film d'Alfred Lot recèle bien des promesses. À la manière de Ne le dis à personne (mais de façon bien différente), La chambre des morts est un polar qui sort de l'habituelle tiédeur franchouillarde sans pour autant copier point par point les modèles américains. Sans aller jusqu'à dire que l'on n'a jamais vu, ça, on se régale cependant de l'indépendance d'esprit du film de Lot.
Pour une fois qu'un polar français n'est pas adapté de Jean-Christophe Grangé, on souffle un peu. C'est d'ailleurs ce qui rend La chambre des morts si attirante au départ : une intrigue noire mais simple, qui ne prétend pas aller débusquer des sociétés secrètes dans des forêts mongoles. L'angoisse n'en est que plus intense : il n'y a rien de plus tétanisant que le meurtre d'une petite fille (à condition de le prendre au premier degré, évidemment). Mélanie Laurent est impeccable en très jeune fliquette impliquée ; que son physique agréable ne fasse oublier à personne qu'elle est une excellente actrice.
Le gros défaut de La chambre des morts réside en fait dans sa nature la plus profonde : il s'agit plutôt d'un drame noir que d'un réel whodunit. Au bout d'une heure de film, le spectateur connaît une grande partie des rouages de l'intrigue, et le mystère disparaît. La suite ne consistera plus (ou presque) qu'à aller débusquer le (la) (les) coupable(s), et c'est tout de suite moins intéressant. Heureusement, la qualité générale de l'inteprétation et l'implication permanente du réalisateur dans son film font que La chambre des morts reste un divertissement de bonne qualité doublé d'un réservoir de talents.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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