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26 juil. 2009

SIMON KONIANSKI

Ainsi donc, on peut faire rire avec le judaïsme, la bande de Gaza et les camps d'extermination. Le deuxième long du belge Micha Wald réussit cet exploit de main de maître, et de façon assez imparable. Simon Konianski est une petite merveille de finesse et de drôlerie, qui démarre comme une comédie juive réussie et embraye sur un road movie tendre, tordant et finalement émouvant. Il faut le prendre comme un compliment : on se croirait dans un film américain indépendant, la liberté de ton et de mise en scène étant deux des grandes forces de l'oeuvre. On nage entre Wes Anderson, Noah Baumbach et Jonathan Safran Foer, références plus ou moins conscientes qui n'empêchent jamais le film d'être lui-même et d'échapper à toutes les étiquettes.
Simon Konianski évacue très rapidement l'appréhension d'assister à une nouvelle Vérité si je mens ! avec répliques conçues pour devenir cultes et hystérie à tous les étages. Wald opte pour une approche éminemment modeste mais pas dépourvue d'ambitions, menant de front la description de la crise vécue par son héros et la peinture amusée d'une religion juive vécue différemment selon les générations. Ce n'était pas gagné, mais il se moque avec brio de l'obsession totale des rescapés des camps pour le martyr qu'ils ont vécu soixante-dix ans plus tôt. Si cela fonctionne, c'est parce qu'il témoigne d'un grand respect à l'égard de ses glorieux aînés, qui ont besoin aujourd'hui encore d'évacuer leurs traumatismes en ressassant encore et encore les mêmes anecdotes. Simon Konianski et Micha Wald ne sont qu'une seule et même personne, et leur affection teintée d'agacement a de quoi réjouir amplement.
La deuxième partie, qui nous transporte du côté de l'Europe de l'Est, reste toujours aussi drôle, mais avec un supplément d'âme : le film rebondit bien et accentue sa tonalité douce-amère, si bien mise en valeur par une mise en scène ample et inventive. Caché derrière une paire de lunettes trop grande pour lui, Jonathan Zaccaï trouve ici un rôle à sa mesure, le personnage étant tellement à fleur de peau qu'on le sent prêt à basculer à tout moment dans l'hilarité ou le désespoir. Les autres, du petit garçon aux petits vieux, sont à l'avenant, caricaturaux quand la comédie l'exige mais pas en représentation perpétuelle. Il était bien difficile de croire qu'un film se terminant non loin des camps de la mort puisse provoquer une telle euphorie. C'est pourtant ce qui se produit avec cet étonnant Simon Konianski, qui a le potentiel pour séduire tous les publics, y compris les réfractaires de La vie est belle et Train de vie.




Simon Konianski de Micha Wald. 1h40. Sortie : 29/07/2009.
Publié sur Écran Large.
À suivre : les interviews de Jonathan Zaccaï et Micha Wald.

6 févr. 2009

ÉLÈVE LIBRE

C'est donc confirmé : Joachim Lafosse est un grand, un vrai grand, un jeune réalisateur qui n'est déjà plus un espoir mais bel et bien un cinéaste confirmé. En trois films, ce trentenaire belge a démontré qu'il était non seulement un filmeur hors pair, mais également un brillant raconteur d'histoires, sachant insuffler une perversité non feinte dans des situations a priori banales. Élève libre ne déroge pas à la règle, exploitant un postulat limite benêt (un ado en échec scolaire prépare un examen en candidat libre et connaît ses premiers émois sexuels) pour opérer un lent glissement vers des évènements bien moins ordinaires.
Même si son style est sensiblement différent de celui de Nue propriété (qui s'inscrivait davantage dans une notion de durée, notamment par le biais de longs plans-séquences), on retrouve la patte singulière de Lafosse, sa façon de filmer toujours alerte, et l'attention toute particulière qu'il semble porter à ses comédiens. Ceux-ci sont tout simplement magistraux, parfaits de justesse et ce même dans les scènes les plus difficiles à jouer. C'est notamment grâce à eux qu'Élève libre ne tombe jamais dans un ridicule avec lequel il ne cesse de flirter. On reconnaît certains metteurs en scène à leur façon de frôler la ligne jaune sans jamais la franchir. Lafosse est de ceux-là.
Alors que fleurissent encore et encore des oeuvres, à vocation comique ou tragique, sur la sexualité adolescente, Élève libre s'impose comme une sorte de nouveau mètre-étalon, appelant un chat un chat et n'hésitant pas à traiter certains thèmes très frontalement. Chacun des personnages va au bout de ses idées comme de ses actes. Le film ne se contente pas de citer Camus lorsqu'il évoque la nécessité des expériences diverses : il applique ce principe à lui-même, laissant pantois par son culot autant que par sa maîtrise. Comme un vieux briscard, Lafosse est de plus assez malin pour éviter la facilité d'une fin toc et choc, nous plantant là avec un bon milliard de questions en friche. Joli coup.
8/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Tadah ! Blog)

4 janv. 2008

LES YEUX BANDÉS

Il est toujours étonnant de constater comme un même postulat peut aboutir à deux films fondamentalement différents. Ainsi, Les yeux bandés partage son point de départ avec L'humanité, le film de Bruno Dumont. La grisaille du Nord, un viol, une enquête, des tensions. Évidemment moins radical que Dumont, Thomas Lilti semble néanmoins emprunter un chemin voisin, favorisant l'atmosphère à l'investigation, n'utilisant l'affaire policière que comme une façon de révéler la vraie nature des hommes. Le film suit un homme qui, apprenant que son frère adoptif est soupçonné d'être un tueur et un violeur, décide non pas de tenter de le disculper, mais simplement de comprendre pourquoi il serait plus coupable qu'un autre. La mise en scène est posée, efficace, bien troussée, avec un joli travail sur le son.
Lilti installe plutôt bien une ambiance âpre et tendue, dont on sent qu'elle pourrait tourner façon Chiens de paille. Ne néglige aucun personnage secondaire. Puis se focalise peu à peu sur le vrai noeud du film, le face-à-face entre les deux frères qui cherchent encore et toujours à s'apprivoiser. C'est à partir de là que le film commence à se casser la figure, perdant son rythme et sa crédibilité. D'abord parce que la prestation de Guillaume Depardieu est proprement grotesque, ce qui est suffisamment rare pour être souligné ; ensuite parce qu'il devient alors très clair que l'auteur-réalisateur ne sait absolument pas où il va. Il multiplie les flashbacks avec une insistance plutôt grossière et ne renoue jamais avec la sobriété qui caractérisait le début du film. On le sent alors très tenté à l'idée d'une fin-choc, et puis finalement non, à moins que, et cette hésitation permanente mène vers un dénouement désorienté et sans réelle signification, laissant une dernière impression négative à l'issue d'un film qui n'a pas vraiment tenu toutes ses promesses.
5/10
(également publié sur Écran Large)

16 nov. 2007

LA CHAMBRE DES MORTS

S'il n'est pas tout à fait convaincant, le premier film d'Alfred Lot recèle bien des promesses. À la manière de Ne le dis à personne (mais de façon bien différente), La chambre des morts est un polar qui sort de l'habituelle tiédeur franchouillarde sans pour autant copier point par point les modèles américains. Sans aller jusqu'à dire que l'on n'a jamais vu, ça, on se régale cependant de l'indépendance d'esprit du film de Lot.
Pour une fois qu'un polar français n'est pas adapté de Jean-Christophe Grangé, on souffle un peu. C'est d'ailleurs ce qui rend La chambre des morts si attirante au départ : une intrigue noire mais simple, qui ne prétend pas aller débusquer des sociétés secrètes dans des forêts mongoles. L'angoisse n'en est que plus intense : il n'y a rien de plus tétanisant que le meurtre d'une petite fille (à condition de le prendre au premier degré, évidemment). Mélanie Laurent est impeccable en très jeune fliquette impliquée ; que son physique agréable ne fasse oublier à personne qu'elle est une excellente actrice.
Le gros défaut de La chambre des morts réside en fait dans sa nature la plus profonde : il s'agit plutôt d'un drame noir que d'un réel whodunit. Au bout d'une heure de film, le spectateur connaît une grande partie des rouages de l'intrigue, et le mystère disparaît. La suite ne consistera plus (ou presque) qu'à aller débusquer le (la) (les) coupable(s), et c'est tout de suite moins intéressant. Heureusement, la qualité générale de l'inteprétation et l'implication permanente du réalisateur dans son film font que La chambre des morts reste un divertissement de bonne qualité doublé d'un réservoir de talents.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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