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26 févr. 2009

BELLAMY

Quinze ans que Claude Chabrol déçoit encore et encore, échouant à se renouveler et montrant des signes de vieillissement accéléré. Si Bellamy n'est pas le plus mauvais de ses derniers films, il accentue cette terrible impression d'essoufflement d'un cinéaste qui semble non seulement être resté bloqué dans les années 80, mais qui de plus a fait le tour de ses sujets de prédilection. De sa traditionielle peinture de la bourgeoisie, il ne reste plus que des miettes, tout ayant déjà été dit ailleurs - et en mieux. L'intrigue policière ayant elle aussi du plomb dans l'aile, Bellamy ne vaut que pour ses comédiens, qui s'en donnent à coeur joie malgré une façade un peu morose.
Pour son premier film avec un Chabrol qui a écrit le rôle pour lui, Gérard Depardieu est assez savoureux de bonhommie pantouflarde, commissaire casanier qui sort enfin de sa routine pour une dernière enquête. Le couple qu'il forme avec la douce Marie Bunel est l'un des vrais points forts d'un film sachant se faire tendrement vache. Quant à Jacques Gamblin, dans un rôle multiple pas franchement évident, il n'est visiblement pas aussi à l'aise que d'habitude mais joue habilement de son regard perçant. Cornillac fait du Cornillac, mais il le fait plutôt bien ici. Dommage que tous les efforts mis en oeuvre soient au service de cette toute petite intrigue dont on comprend difficilement qu'elle donne lieu à un film d'une heure cinquante.
Car on connaît quasiment les tenants et les aboutissants de l'enquête policière en à peine trois quarts d'heure, le reste n'étant que rabâchage et coupage de cheveux en quatre. Quant aux rapports conflictuels entre Bellamy et son frère, ils sont plus intéressants mais ne trouvent pas vraiment leur place dans l'ensemble. Heureusement que Bellamy est un Chabrol plutôt rigolard, tranchant avec le relatif sérieux de ses derniers films : cela permet de faire passer le temps plus vite, d'apprécier les échanges entre des acteurs ravis d'être là, et de dédramatiser le relatif échec du film à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. « Il y a toujours une autre histoire, il y a plus que ce que l'oeil peut saisir », nous dit le film en guise de conclusion. Seulement voilà : la seconde lecture envisagée par cette citation de W.H. Auden (poète et critique britannique, merci Wikipedia) semble bien difficile vu la maigreur du matériau de base.
4/10

(autre critique sur Tadah ! Blog)

19 déc. 2008

LES ENFANTS DE TIMPELBACH

Livrer des enfants à eux-mêmes ne semble décidément pas être une bonne idée. Après le très raté Big city, western en culottes courtes de Djamel Bensalah, Nicolas Bary se lance au cinéma avec l'adaptation du roman d'Henry Winterfeld, qui a bercé des génrations de jeunes lecteurs. Une Guerre des boutons nouvelle génération, qui s'empare d'un village déserté par les parents pour cause de mouflets intenables. Des mioches qui vont donc se retrouver face à leurs responsabilités, d'où une bataille féroce entre les gentils-qui-veulent-que-les-parents-rentrent et les vilains-qui-fichent-la-pagaille. Après une mise en place rigolote (joli numéro d'Armelle en instit psychorigide), on bascule malheureusement dans une sorte de faux rythme qui nuit à la fois à l'humour et au gentil petit suspense du film.
On sent que Bary n'est pas tout à fait à l'aise aux commandes de ce film doté d'un budget certain : il fait mumuse avec quelques gadgets un peu high-tech, mais oublie tout simplement de raconter son histoire et de donner du souffle au récit. De gros problèmes de timing et de montage entachent notamment la qualité des gags, qui tombent souvent à l'eau. En dépit de l'énergie des jeunes acteurs, ceux-ci peinent à donner du corps à des personnages mal dégrossis, pas à la hauteur des héros de Winterfeld. Et si les seconds couteaux sont rigolos, les leaders des deux camps ont le charisme d'une endive, ce qui ne donne pas envie de prendre parti (même si ça a quand même l'air plus rigolo de faire des bêtises).
Si les enfants s'amusent et s'émerveillent (la direction artistique est assez réussie), l'adulte pourra légitimement bouder devant un film inabouti et hétérogène. On frôle l'overdose d'univers et d'influences, comme dans un Pacte des loups interdit aux plus de dix ans. Pourquoi pas prendre des distances avec le matériau d'origine ; mais les modifications apportées sentent plus le marketing (gadgets à gogo) que la véritable envie de moderniser l'ensemble. S'il s'en sort moins mal que Bensalah, Bary confirme qu'il est bien difficile de ne baser un film que sur des gamins et d'en faire de vrais petits adultes.
4/10
(également publié sur Écran Large)

25 oct. 2008

MESRINE - L'INSTINCT DE MORT

Sortir de la première partie d'un diptyque en se disant "vivement la suite" est évidemment une bonne chose, et la preuve que Jean-François Richet a réussi la première moitié de son pari. L'instinct de mort est un portrait réussi du fameux Jacques Mesrine, retraçant avec force et précision le parcours qui a fait de lui l'ennemi public numéro un. Après une présentation un peu balbutiante (humour peu à propos, dialogues gênants), c'est lorsque Mesrine se lance véritablement dans le banditisme que le film prend son essor.
La qualité première du film, c'est d'arriver à montrer le showman que fut Mesrine sans tomber pour autant dans un film spectacle, un peu comme l'ignoble Scarface du surcôté De Palma. Non, Mesrine n'est pas un héros ; oui, c'est une pourriture, qui ne pense qu'à la gloire et à l'adrénaline. Hors de question de l'édifier en légende vivante. Mais le scénario évite habilement les pièges d'une attaque à charge qui aurait été trop simple : on ne tire pas sur une ambulance. On méprise Mesrine mais on a envie de poursuivre la route avec lui, qu'il se sorte de chacune des galères où il se fourre afin de nous procurer quelques frissons supplémentaires. Et on ne peut s'empêcher, très brièvement, d'éprouver une sorte d'admiration malsaine pour cette tête brûlée capable de jeter des grenades sur les voitures de flics et de revenir sur les lieux d'une évasion pour faire sortir ses anciens compagnons d'infortune. Un cinglé total, auquel il serait difficile de croire s'il n'y avait l'estampille "histoire vraie". Et s'il n'y avait la prestation de Vincent Cassel, qui se fond littéralement dans le personnage. Sans guère d'artifices (on évite le sempiternel défilé de postiches), Cassel EST Mesrine, et c'est admirable. Les seconds rôles ne sont pas mal non plus, au passage.
Côté mise en scène, on sent que Richet a bien retenu toutes les leçons apprises pendant le tournage d'Assaut sur le central 13. L'instinct de mort ressemble à un film ricain, mais dans le bon sens du terme : caméra mobile et ample, aux mouvements amibiteux. Malgré quelques effets un peu too much et une reconstitution sentant presque le toc (surtout dans la première demi-heure), Mesrine est un film à la carure de boxeur, inébranlable et difficilement contestable. Il paraît que la suite est meilleure, débarrassée des petits défauts qui parasitent L'instinct de mort. Le mois de novembre va être long...
7/10

23 août 2008

BABYLON A.D.

Il y a quelques années, Mathieu Kassovitz faisait le fier, affirmant que réaliser des films de commande comme le navet Gothika n'était qu'un moyen d'accélérer son accession à des projets plus personnels et donc plus intéressants. Cinq ans donc que l'on attendait son adaptation du passionnant roman du controversé Dantec, Babylon babies, un truc insensé et supracomplexe, capable de vous dévorer de l'intérieur. Cinq ans. Et à l'arrivée, un improbable bidule, cousin bâtard du Cinquième élément, de quelques James Bond et des romans de Jean-Christophe Grangé. Dédantecquisé à l'extrême, le matériau de départ n'est plus reconnaissable qu'à son squelette, une maigre histoire de mercenaire engagé pour protéger et convoyer une jeune femme plus pure que la pureté elle-même. Il y aura des lance-roquettes, des poursuites en scooter des neiges, de combats à mains nues, et si tout cela est bien dans le roman, ce n'est tout de même pas le plus intéressant. Politique, religion, drogue : tout ce qui aurait pu faire de Babylon A.D. un film un peu âpre a été savamment gommé par un Kassovitz complètement absent, qui devrait peut-être fumer un peu moins de pétards. Tout n'est pas bon à prendre chez le douteux Dantec, mais tout n'est pas à jeter...
Le pire, c'est que Babylon A.D. n'est même pas un bon film d'action, ruiné par une mise en scène hétérogène et incohérente ainsi que par des effets spéciaux d'une rare pauvreté. Lorsqu'une séquence parvient à séduire, c'est pour mieux être écrasée par les cinq suivantes. Bruyant et bigarré comme un clip de world music bulgare, le film est un affront à la notion de bon goût. Et en dépit d'un Vin Diesel correct bien qu'il ne soit absolument pas fait pour ce rôle, le film sombre irrémédiablement, recevant régulièrement des coups de bambou avec les apparitions calamiteuses de Lambert Wilson, Charlotte Rampling ou encore Gégé Depardieu.
Il n'y a guère plus à dire, puisque la peine prime sur la colère. Voilà une bonne dizaine d'années que Kassovitz est considéré comme le grand espoir du cinéma français. Seulement voilà : le monsieur a désormais 41 ans, c'est un peu le Mehdi Baala de la caméra, qui foire progressivement sa carrière à force de manquer de cervelle et de discernement. Tout ce talent qui part en fumée, c'est assez agaçant. Et l'on entend déjà Kasso dire que bon, celui-là n'était qu'un galop d'essai, et que le prochain sera le bon, encore plus énorme et ambitieux. Bizarrement, on n'a plus envie d'y croire.
3/10

29 févr. 2008

DISCO

Grisés par les 5 millions d'entrée d'un Camping assumant sympathiquement son statut de film beauf et populaire, Fabien Onteniente et Franck Dubosc ont remis ça. Disco entend surfer sur ce qui fut un phénomène de société et demeure aujourd'hui encore comme l'un des symboles récurrents de la nostalgie à la française. On espérait un hommage tendre à une culture musicale qui anima la jeunesse des quadras et quinquas ; Onteniente nous livre un film vulgaire et pas drôle, qui mise absolument tout sur la seule personnalité de Dubosc. Ce dernier n'étant pas vraiment aussi drôle que Will Ferrell, le ratage est complet.
Disco signe la faillite du système Dubosc, qui fut un temps un espoir de l'humour à la française avant de rapidement s'enfermer dans un seul et unique personnage et de ressasser encore et encore les mêmes vannes, comme une vieille cassette tournant en boucle. La vacuité du scénario met en avant les limites du bonhomme, qui n'a plus que quelques slips kangourou et autres tenues ringardes pour tenter de nous arracher un sourire. Pathétique. Et malgré l'abattage de quelques comédiens qui gardent miraculeusement la tête hors de l'eau (notamment Béart et Le Bihan, à l'origine des rares séquences supportables), on sera bien en peine de trouver un quelconque potentiel comique dans ce marasme. L'absence de gags (même mauvais) est criante, et la plupart des scènes sentent le remplissage.
Et l'esprit disco dans tout ça ? Quelques tubes pas trop démodés pour vendre des B.O., trois pauvres scènes de danse vite expédiées, et puis c'est tout. Onteniente n'exploite même pas à fond l'idée déjà vue mais souvent efficace du concours de danse. Mieux vaut revoir dix fois un Podium plus ambitieux et réussi sur tous les plans (comédie, disco attitude, portrait d'un ringard se cachant derrière sa passion) que de s'infliger ce sinistre spectacle qui ne manquera pas d'attirer en masse les fans transis d'un rigolo plus has been que les personnages qu'il défend.
1/10
(sortie le 2 avril)
(également publié sur Écran Large)

11 févr. 2008

ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES

Mon empire pour un navet... Dix jours et quelques millions de spectateurs (pardons, d'euros) après sa sortie, tout ou presque a été dit à propos d'Astérix aux jeux olympiques. Dès le lancement de la campagne de promotion du film, on avait de toute façon compris que le film de Langmann et Forestier n'arriverait pas à la cheville de celui d'Alain Chabat. Pire : à entendre l'insupportable fils de Claude Berri, ce troisième rendez-vous ciné des irréductibles gaulois était uniquement motivé par des envies de valises de pognon, encore et encore. Ne soyons pas naïfs : évidemment qu'un tel film doit se soucier d'être rentable. Mais quand on se moque éperdument d'une quelconque ambition cinématographique (comme par exemple tenter de faire rire le spectateur avec des gags un peu neufs), il y a de quoi être furax. Astérix aux jeux olympiques ne plait qu'aux enfants et aux gens très très idiots, ravis de voir des animaux et des gens qui se pètent la gueule. En revanche, il constitue une nouvelle fois un gigantesque foutage de gueule au budget inexpliquablement titanesque (avoue, Thomas, t'as gardé le fric pour toi) qui n'attire pas les spectateurs pour sa qualité, mais simplement par pure curiosité. Moi comme les autres. On sait que ça va être très mauvais, mais on veut le vérifier. À ses dépens.
Car rien, rien ni personne, ne peut permettre d'être un tout petit peu mesuré quant à la nullité intrinsèque de l'ensemble. Quelques beaux plans de Thierry Arbogast et quelques mimiques d'Alexandre Astier et José Garcia suffisent-elles à justifier deux heures de pur ennui ? Évidemment non. On nage en pleine médiocrité de A à Z, l'argument du film semblant avoir été imprimé sur une planche à billets, dans le mépris le plus total du spectateur. Astérix aux jeux olympiques réussit l'exploit d'être mille fois plus mauvais que le film de Claude Zidi, qui constituait un monument de franchouillardise assez puante mais tentait au moins de séduire la masse. Le film de Langmann (pourquoi citer Forestier, vague sous-fifre à peine responsable du placement de la caméra), lui, est à l'origine d'un nouveau concept : l'europouillardise. Grâce à la monnaie unique, il a engagé la fine fleur (gasp) de l'humour européen afin (je cite) de pouvoir vendre le film un peu partout et d'attirer tout le continent dans les salles. L'UE doit être contente : chaque pays a ses trois plans, et hop, la médiocrité passe les frontières sans passeport. Le défilé de guest-stars qui s'en suit est des plus pathétiques : Zidane se ridiculise à tel point que c'en est effarant, Tony Parker n'avait pas besoin de cela, Jamel livre l'un des pires numéros de sa carrière... N'en jetons plus. Chaque ligne écrite à propos de cet Astérix risque de donner envie à de nouveaux gogos d'aller se faire détrousser de 9 euros pour se faire sa propre idée du désastre. Faites confiance à ce bouche-à-oreille unanime et ne faites pas ce cadeau au sinistre Langmann.
1/10

19 févr. 2007

LA MÔME

Bienvenue au musée Grévin. Vous y trouverez les statues de cire de personalités telles que Marcel Cerdan, Marlène Dietrich ou encore Edith Piaf. Pas d'âme (pas d'âme, pas d'âme), rien que de la matière inerte et jaunâtre, rongée par l'usure du temps et recouverte d'une bonne couche de poussière.
Voir La môme revient à visiter ce musée : si on ne peut nier qu'un certain savoir-faire a été mis en oeuvre, difficile d'éprouver autre chose qu'un ennui poli. Au cas où quelqu'un l'ignorerait encore (quel matraquage), Edith Piaf, c'est Marion Cotillard : grâce à une transformation physique poussée et à une préparation Actor's Studio pour pousser le mimétisme jusqu'à son paroxysme, elle parvient par moments à ne faire qu'une avec la chanteuse. Le reste du temps, elle n'est qu'un morceau de cire bien taillé, une imitatrice de talent, comme à l'époque où les émissions de Patrick Sébastien nous offraient de découvrir qui se cache sous telle ou telle star morte.
La môme est une accumulation misérabiliste de vignettes lourdement édifiantes, assemblées dans un ordre plus ou moins chronologique pour faire artiste. En vérité, cette déconstruction temporelle n'a aucun intérêt, si ce n'est de nuire à la lisibilité du film et de le rendre un peu plus racoleur. Au gré de flash-forwards insistants, Olivier Dahan entend montrer que si Piaf est morte, c'est parce qu'elle a vécu. Tiens donc? Alors, en juxtaposant des scènes excessivement noires, le réalisateur des Rivières pourpres 2 (ça calme) fait de Piaf une rock-star avec un caractère de cochon, un foie de poivrot et un penchant certain pour les seringues. Véridique? Sans doute. Problème : Dahan s'évertue à faire de cette mégère à la voix d'or une espèce de sainte. A la fin, multipliant les plans sur une Piaf démolie et agonisante, il la sanctifie comme la mère Teresa qu'elle n'est pas. Puis conclut son misérable récital par un "Je ne regrette rien" tellement beau qu'il devrait se suffire à lui-même ; mais, dans un ultime élan de démagogie, il en remet une couche sur l'extinction douloureuse de la vieille môme. Quand les lumières se rallument, le public applaudit, visiblement pas conscient qu'il vient d'être victime d'une opération de manipulation sentimentale savamment orchestrée.
Il reste de bonnes choses dans cette diabolique machine à faire chialer la ménagère : quelques seconds rôles de poids (impeccables Marc Barbé et Jean-Pierre Martins) et la beauté des chansons de Piaf. Trop peu face à la lourdeur d'un film-somme convenant mal à un réalisateur trop torturé pour être honnête.
3/10

14 sept. 2006

QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR

Voilà un quart de siècle qu'on nous bassine à force de répéter que Gérard Depardieu est le meilleur acteur français du monde entier. Tout le monde le dit, personne ne se souvient pourquoi. Ça fait des plombes que Depardieu se contente de jouer avec sa propre image pour envahir les (trop) nombreux films qu'il choisit de tourner.
Sauf qu'arrive Xavier Giannoli. Et là, on comprend pourquoi Depardieu croule sous les éloges. Le Alain Moreau de Quand j'étais chanteur est sa plus belle prestation. Pas sa plus belle prestation depuis Cyrano ou Jean de Florette, non non, sa plus belle prestation tout court. D'une sobriété exemplaire (à l'image de son personnage, qui ne boit que du Perrier), Depardieu serre les coeurs avec ses airs de gros nounours usé. Bouleversant, il aurait pu insuffler au film de Giannoli un déséquilibre fort fâcheur. C'est sans compter sur Cécile de France, belle comme un coeur, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et tient la dragée haute au gros Gégé. Ces deux-là forment le couple le plus bouleversant qu'il ait été donné de voir depuis bien longtemps.
Mais ce serait faire injure au film de Xavier Giannoli que de le réduire à ses magnifiques interprètes. Quand j'étais chanteur est la rencontre étincelante entre un vieux chanteur de bal et une agent immobilier qui pourrait être sa fille. Giannoli a la bonne idée de ne pas jouer la carte du "coucheront? coucheront pas?". Et pour cause : c'est plié au bout d'un petit quart d'heure. Alors après, le réalisateur-scénariste a tout le temps de s'intéresser à la relation un peu ambiguë et très douloureuse de ces deux êtres trop paumés pour être heureux. Bien souvent, au détour d'une scène ou d'une autre, on a la gorge qui se serre devant des petits moments de grâce, coutumiers de Xavier Giannoli mais toujours aussi surprenants.
À propos du réalisateur, on est désormais complètement certain du fait qu'il soit fait à 80% d'eau et à 20% de talent. Là où ses précédents films pêchaient parfois par manque d'expérience, il a désormais acquis une vraie maturité, que ce soit dans l'écriture ou la mise en scène. Mieux, Quand j'étais chanteur montre que Giannoli sait adapter sa façon de filmer à ce qu'il raconte (et ça devient de plus en plus rare). On ne filme pas Quand j'étais chanteur comme on filme Une aventure. Ça peut sembler bête, mais trop de réalisateurs l'oublient.
Derrière cette histoire de rencontre se cache également le portrait en demi-teinte d'un homme qui a consacré sa vie aux paillettes pour ne pas trop tergiverser sur son propre nombril. Cet homme se nomme Alain Moreau, mais il aurait également pu s'appeler Gérard Depardieu. Les dialogues de Giannoli semblent de manière évidente avoir été écrits pour lui, et uniquement pour lui. Pas sûr que le film ait vu le jour s'il avait refusé le rôle.
Quand j'étais chanteur peut en fait se résumer en un mot : la grâce. Beau et majestueux, c'est le genre de film qui donne la chair de poule dès qu'on l'évoque. Merci, monsieur Giannoli.
9/10

27 juin 2006

PARIS JE T'AIME

Rarement film à segments (oublions l'affreux terme de "film à sketches") aura été aussi homogène. S'il y a évidemment des films plus séduisants que d'autres, si quelques séquences sont moins réussies, Paris je t'aime est une vraie réussite, cohérente et enthousiasmante. On n'échappe pas toujours aux clichés, et presque tous les réalisateurs ont oublié que Paris ne se réduisait pas à quelques cartes postales. Mais à condition d'avoir un petit côté bobo ou gauche caviar, ou d'être soi-même parisien, il est permis d'apprécier pleinement un film dont la qualité générale est vraiment une surprise, et où l'excellent fait oublier le moins bon.
Montmartre (Bruno Podalydès) Le plus tendre. Pour une fois, c'est Bruno qui dirige et qui joue, et on ne perd quasiment pas au change. Poda orchestre la rencontre de deux êtres seuls et solitaires avec un humour distancié et une vraie tendresse.
Quais de Seine (Gurinder Chadha) Le plus naïf. Chadha met en scène une fabulette pronant le respect de l'autre et la tolérance. Le message n'est ni anodin ni inutile, juste un peu trop candide. Mais le sourire de Leila Bekthi suffit à justifier ce segment.
Le Marais (Gus Van Sant) Le plus dépouillé. Van Sant conte la rencontre bilingue (et éphémère?) de deux jeunes types. Gaspard Ulliel parle, Elias McConnell écoute. On a quand même connu Van Sant plus inspiré.
Tuileries (Joel et Ethan Coen) Le plus burlesque. Pauvre Steve Buscemi qui, depuis son quai de métro, découvre les Français et leurs travers. On aimerait voir les Coen renouer plus souvent avec cette veine qui leur va si bien (quand elle ne part pas dans tous les sens).
Loin du 16e (Walter Salles et Daniela Thomas) Le plus économe. Quasi muet, le film suit une jeune immigrée (Catalina Sandino Moreno, pleine de grâce) qui doit quitter son bébé pour aller s'occuper de celui d'une autre. Sans effets, sans surenchère, le film impose sa griffe et chavire le coeur.
Porte de Choisy (Christopher Doyle) Le plus barré. On ne comprend à peu près rien à cette rencontre entre un représentant capillaire et une coiffeuse fighteuse. Mais ce n'est pas grave : Porte de Choisy, c'est 7 minutes de légèreté dans un monde de brutes. Et l'occasion de voir Barbet Schroeder s'amuser à jouer la comédie.
Bastille (Isabel Coixet) Le plus émouvant. La voix off omniprésente nous raconte la fin d'un amour qui pourrait n'être qu'une nouvelle renaissance. Les yeux hagards de Sergio Castellito sont de vrais petits puits d'émotion, la mise en scène délicate d'Isabel Coixet fait le reste.
Place des Victoires (Nobuhiro Suwa) Le plus désespéré. Suwa suit une jeune mère en deuil prête à plonger dans les rêves de son fils pour pouvoir le tenir dans ses bras une dernière fois. D'une tristesse infinie, Place des Victoires n'est toutefois pas une grande réussite et ne doit son salut qu'à l'irruption de Willem Dafoe en cow-boy.
Tour Eiffel (Sylvain Chomet) Le plus fantasque. En prises de vues réelles, un petit binoclard avec un cartable plus gros que lui raconte la rencontre de ses parents. Petit détail : tous deux sont des mimes. C'est assez moche mais plutôt drôle et frais.
Parc Monceau (Alfonso Cuaron) Le plus magique. Unique plan-séquence qui voit déambuler Ludivine Sagnier et Nick Nolte le long d'un grand boulevard. Il se passe vraiment quelque chose dans cette rencontre ô combien insolite. C'est du domaine de l'indéfinissable. C'est beau.
Quartier des Enfants Rouges (Olivier Assayas) Le plus désabusé. Maggie Gyllenhaal ne joue pas une secrétaire, mais une actrice qui cherche du shit. Il y a là-dedans un côté totalement marginal et dépressif qui donne tout son sel au film. Mais était-ce là le seul but d'Assayas?
Place des fêtes (Oliver Schmitz) Le plus ordinaire. Difficile de trouver de vrais atouts au moins bon morceau du film, qui conte une rencontre tragique à la manière d'un Navarro. Mais il y a Aïssa Maïga...
Pigalle (Richard LaGravenese) Le plus pervers. Un jeu de massacre entre Bob Hoskins et Fanny Ardant. Délicieusement dégueulasse, puis infiniment tendre. Savoureux.
Quartier de la Madeleine (Vincenzo Natali) Le plus lugubre. Interprété par Elijah Wood, ce segment est une histoire sanguinolente où un touriste un peu paumé croise une ghoule goulue. On se demande un peu ce que ça fait là, même si l'ensemble n'est pas désastreux et que la fin est plutôt amusante.
Père-Lachaise (Wes Craven) Le plus touchant. Comme Isabel Coixet, Craven met en scène la possible fin d'un amour qui pourrait n'être qu'un nouveau début. Inattendu et franchement délicat, le film donne envie de voir Wes Craven faire plus de films "classiques".
Faubourg Saint-Denis (Tom Tykwer) Le plus niais. Histoire d'amour cucul-concon entre une jeune actrice (Natalie Portman) et un aveugle. Cette fois, le côté fleur bleue de Tykwer ne résiste pas à sa narration bébête et à son interprétation moyennes (Melchior Beslan, l'aveugle, est très mauvais).
Quartier Latin (scénario Gena Rowlands, réalisation Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin) Le plus joli. Retrouvailles de Gena Rowlands et Ben Gazzara, où plane l'ombre d'un certain John Cassavetes. Un ancien couple se retrouve pour divorcer et se balance avec tendresse mais avec fermeté une bonne salve de vacheries, sous l'oeil de Gérard Depardieu qui leur sert du vin (tiens donc?). Admirable et classieux.
14e arrondissement (Alexander Payne) Le plus décevant. Où est donc passé l'humour un peu loser d'Alexander Payne? L'amusante voix off (une touriste américaine qui s'acharne à parler français malgré un accent à couper au couteau) ne parvient pas à masquer la banalité et l'inanité de l'ensemble. Dommage de finir là-dessus...
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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