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9 juin 2009

OÙ EST LA MAIN DE L'HOMME SANS TÊTE

Bah oui c'est vrai ça, où est donc la main de l'homme sans tête ? Et surtout, qu'est-ce qui se cache derrière ce titre fort intrigant ? Hein ? Comment ? Rien ? Ah. Porté par les frères Malandrin depuis des années et des années, le scénario parvient à être à la fois vide et abscons, comme dans un cauchemar sans imagination. C'est donc l'histoire d'une plongeuse qui se pête le crâne sur le rebord du plongeoir et se met ensuite à ne plus bien comprendre ce qui arrive, à chercher son chat (qu'on sait mort et enterré) et son frère semblant s'être évaporé (pour elle en tout cas). De scène anodine en scène anodine, Où est la main de l'homme sans tête semble faire durer le plaisir avant faire enfin décoller son intrigue. En fait, celle-ci restera au niveau de la mer jusqu'au générique de fin, à peine secouée par quelques éléments de thriller qui semblent s'emboîter difficilement, et dont on se fout complètement.
Car en restant totalement flous sur les enjeux qu'ils souhaitent traiter, les frères Malandrin ne créent ni mystère ni interrogation. Il en demeure une étrange similitude avec le titre de leur film, incompréhensible et surtout dépourvu de point d'interrogation alors que formulé comme une question. C'est bien joli de vouloir s'affranchir des conventions, et de jouer le décalage, de faire les choses autrement : mais encore faut-il être suffisamment rigoureux ou parvenir à éveiller la curiosité du spectateur. Pendant un temps, on s'interroge tout de même un peu sur l'héroïne, qu'on pense paranoïaque, complètement folle ou peut-être victime d'un complot. Mais l'évolution zéro des personnages et des situations fait rapidement retomber le soufflé. Même les deux personnages censés être inquiétants (l'homme sans main, à qui il manque une main, et l'homme sans tête, qui a toute sa tête) laissent indifférent, caricatures vides de sens des freaks de chez David Lynch.
Reste une Cécile de France toujours aussi belle qui prête idéalement son regard inquiet à une héroïne sans doute plus attachante que sur le papier. Rien que pour elle, on a envie de s'accrocher encore un peu à ce film qui, s'il n'est pas totalement détestable, devrait tout de même être fourni avec une note d'intention, voire avec une notice d'une centaine de pages. Les deux petits belges ont sans doute un univers, mais on attendra encore un peu avant de le découvrir.




Où est la main de l'homme sans tête de Guillaume & Stéphane Malandrin. 1h44. Sortie : 20/05/2009.

11 mai 2009

SOEUR SOURIRE

« Dominique, nique-nique, nous ennuie tout simplement / cliché, pauvre et ronflant... » L'idée de conter la vie de Jeannine Deckers, a.k.a. Soeur Sourire, avait quelque chose d'étrange : pourquoi diable monter un biopic sur une chanteuse qui n'intéresse plus personne ? Une réponse toute prête nous était alors parvenue : parce que l'existence de la pauvrette fut riche en rebondissements, en petites joies et en grands malheurs, jusqu'à une fin de vie solitaire et piteuse. Sauf qu'en lieu et place du Walk the line belge promis, Stijn Coninx nous a pondu la biographie emmerdante de l'année, le film vieillot et grossier par excellence, qui réussit à rendre Cécile de France horripilante. Un vrai petit exploit.
Soeur sourire est exactement le film auquel on pouvait s'attendre. Construit sur un schéma si traditionnel qu'il est désormais devenu insupportable (à moins d'être traité différemment, ce qui n'est pas le cas ici), le film ne nous épargne ni le récit de l'adolescence de l'héroïne, ni sa loooongue et dévastatriiiiiiice descente aux enfers. C'est à la rigueur acceptable lorsqu'il s'agit du portrait d'un artiste charismatique et talentueux ; dans le cas de l'interprète de Dominique-nique-nique, c'est juste inintéressant, surtout avec un traitement pareil. Coninx n'y va pas par quatre chemins, chaussant ses gros sabots dès la deuxième scène pour nous cracher au nez, sans finesse aucune, la possible homosexualité de la futur soeur Luc-Gabriel. Si ces oeillades appuyées voulaient passer pour de l'ambiguïté, c'est raté. Le degré de finesse est le même pour parler du système religieux (ah, le fameux personnage de la mère supérieure), de la relation tendue qu'entretient l'héroïne avec ses parents, et d'à peu près tous les autres thèmes traités. Lorsqu'il se contente de montrer le quotidien de la jeune femme, le film est supportable ; dès qu'il s'agit d'évènements un rien dramatiques, Stijn Coninx n'y arrive plus et sombre dans le stéréotype.
Filmé très à l'ancienne, le film pâtit également d'une direction d'acteurs calamiteuse, puisqu'outre la prestation archi décevante de Cécile de France, l'interprétation est d'une qualité effroyable. Seule Tsilla Chelton, dans un rôle hélas mineur, apporte un rien de fraîcheur et un soupçon d'originalité à cette bio ni faite ni à faire, deux très longues heures de mauvais cinéma qui parvient à nous faire regretter les biopics américains les plus ordinaires, qui ont au moins l'avantage de swinguer un peu. Parce qu'en sortant de ce petit calvaire, on jure ses grands dieux de tuer la prochaine personne qui osera fredonner en sa présence la chansonnette qui fit le succès de Soeur Sourire, et que l'on entend un bon milliard de fois dans le film.




Soeur sourire de Stijn Coninx. 2h. Sortie : 29/04/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

25 oct. 2008

MESRINE - L'INSTINCT DE MORT

Sortir de la première partie d'un diptyque en se disant "vivement la suite" est évidemment une bonne chose, et la preuve que Jean-François Richet a réussi la première moitié de son pari. L'instinct de mort est un portrait réussi du fameux Jacques Mesrine, retraçant avec force et précision le parcours qui a fait de lui l'ennemi public numéro un. Après une présentation un peu balbutiante (humour peu à propos, dialogues gênants), c'est lorsque Mesrine se lance véritablement dans le banditisme que le film prend son essor.
La qualité première du film, c'est d'arriver à montrer le showman que fut Mesrine sans tomber pour autant dans un film spectacle, un peu comme l'ignoble Scarface du surcôté De Palma. Non, Mesrine n'est pas un héros ; oui, c'est une pourriture, qui ne pense qu'à la gloire et à l'adrénaline. Hors de question de l'édifier en légende vivante. Mais le scénario évite habilement les pièges d'une attaque à charge qui aurait été trop simple : on ne tire pas sur une ambulance. On méprise Mesrine mais on a envie de poursuivre la route avec lui, qu'il se sorte de chacune des galères où il se fourre afin de nous procurer quelques frissons supplémentaires. Et on ne peut s'empêcher, très brièvement, d'éprouver une sorte d'admiration malsaine pour cette tête brûlée capable de jeter des grenades sur les voitures de flics et de revenir sur les lieux d'une évasion pour faire sortir ses anciens compagnons d'infortune. Un cinglé total, auquel il serait difficile de croire s'il n'y avait l'estampille "histoire vraie". Et s'il n'y avait la prestation de Vincent Cassel, qui se fond littéralement dans le personnage. Sans guère d'artifices (on évite le sempiternel défilé de postiches), Cassel EST Mesrine, et c'est admirable. Les seconds rôles ne sont pas mal non plus, au passage.
Côté mise en scène, on sent que Richet a bien retenu toutes les leçons apprises pendant le tournage d'Assaut sur le central 13. L'instinct de mort ressemble à un film ricain, mais dans le bon sens du terme : caméra mobile et ample, aux mouvements amibiteux. Malgré quelques effets un peu too much et une reconstitution sentant presque le toc (surtout dans la première demi-heure), Mesrine est un film à la carure de boxeur, inébranlable et difficilement contestable. Il paraît que la suite est meilleure, débarrassée des petits défauts qui parasitent L'instinct de mort. Le mois de novembre va être long...
7/10

9 oct. 2007

UN SECRET

Au départ, Un secret semble signer l'arrivée de Claude Miller dans le club des cinéastes du troisième âge, présidé depuis toujours par Jean Becker. Malgré un travail (simpliste) sur la texture des images, le film ressemble à un téléfilm version France 3, avec ses images raplapla et ses robes bien repassées filmées sans emphase. D'autant que l'histoire n'a rien de bien transcendant : on ne compte plus les films qui nous ont raconté la vie des enfants pendant la guerre 39-45.
Heureusement il y a le casting, en tête duquel Patrick Bruel, acteur somme toute classique mais plutôt convaincant. Sa rencontre avec Cécile de France (assez éblouissante une fois encore) sonne d'ailleurs le vrai début d'Un secret, qui commence à prendre de l'ampleur dès lors que le narrateur entreprend de nous raconter ce fameux secret enfoui. Pas que Miller se mette soudainement à filmer comme Malick, mais il n'empêche que son film devient à la fois plus intéressant et plus regardable, avec en fin de course une scène assez traumatisante, celle qui révèle enfin le mystère du titre. Là, les mamies sont en transe, poussant des râles d'agonie, et le spectateur moyen n'est pas loin de faire pareil.
Demeure cependant une constante négative : les scènes où Mathieu Amalric, le petit garçon devenu grand, erre dans un jardin public en attendant de retrouver son père (Patriiiiick, mal maquillé). Sans épaisseur sur le papier, d'une rare laideur côté forme, elles offrent un noir et blanc mal taillé et par trop binaire. Ce qui montre bien qu'Un secret, malgré de bonnes choses, n'est rien d'autre qu'une oeuvre scolaire, comme la composition française d'un médiocre élve de quatrième B. Peut mieux faire.
5/10

8 déc. 2006

MAUVAISE FOI

Par les temps qui courent, la discrimination et le sectarisme sont des sujets malheureusement très à la mode. Alors, même s'il était difficile de douter de la bonne foi de ce Mauvaise foi, on pouvait craindre que le premier film de l'excellent Roschdy Zem ne soit qu'un message de tolérance convenu et sirupeux. Mais même s'il n'y a rien d'un chef d'oeuvre, Mauvaise foi vaut mieux que cela.
Zem et son coscénariste Pascal Elbé savent de quoi ils parlent : le premier est musulman, le second juif, et ils ont tous deux été confrontés à des situations délicates de par leur appartenance religieuse. Les deux mecs n'étant pas les derniers des ahuris, le sujet du film (un musulman et une juive vont avoir un bébé et tentent de faire accepter leur mixité à tout le monde, y compris à eux-mêmes) est traité avec une vraie délicatesse et une intelligence pratique plutôt que philosophique. Car si les intellectuels sont beaucoup parlé de la place de la religion dans la famille et de la possibilité de concilier plusieurs croyances différentes au sein d'un même foyer, tout cela ne constitue souvent qu'un débat superficiel et irréaliste. La grande qualité de Mauvaise foi, c'est de traiter un sujet pas évident avec un vrai premier degré pas dénué d'humour : comment annoncer à ses parents qu'on aime quelqu'un de "différent" ; comment faire cohabiter des traditions qui n'ont rien à voir ; comment vivre sa propre foi sans empiéter sur celle de l'autre... Et s'il ne prétend pas donner de réponse à toutes ces questions épineuses (heureusement), Roschdy Zem utilise son vécu pour montrer qu'il est possible de contourner les pièges du sectarisme. C'est souvent futé, parfois maladroit, et en tout cas assez drôle. Dans la première partie du moins, puisqu'ensuite le trait se durcit un peu, lorsque le jeune couple arrive à la conclusion qu'il n'y arrivera pas. Là, on rit moins, ou plus jaune. Jusqu'à une fin un peu irritante, qui fait naître un suspense un peu idiot avant de se terminer dans l'angélisme le plus total. C'est en même temps un autre atout du film : son optimisme à tout épreuve, son énergie communicative et son envie de croire à un monde un peu meilleur.
Si sa mise en scène a besoin de s'affirmer, Roschdy Zem démontre surtout qu'il est déjà un excellent directeur d'acteurs. Il s'est entouré de comédiens qu'il aime (outre lui-même, il y a également Pascal Elbé, JP Cassel et la mimi Leïla Bekhti). Et a choisi, pour le premier rôle féminin du film, l'actrice idéale : Cécile de France, meilleure que jamais, et vraiment très très belle. Elle achève de faire de Mauvaise foi un film malin et plaisant qui devrait trouver son public.
7/10

21 nov. 2006

MON COLONEL

On s'est tellement plaint du fait que la France refusait les films parlant de son passé récent et tourmenté qu'on aurait plutôt envie de dire du bien de ceux qui s'y risquent enfin. Seulement voilà : Mon colonel est un gros machin bien mastoc, un film bien français dépourvu de nuances et d'âme. C'est un peu gênant.
Construit sous la forme d'une enquête policière, le film effectue de nombreux allers-retours entre les années 90 et un passé plus lointain, à l'époque de la guerre d'Algérie. D'où un parti pris assez lourd et plutôt moche : le présent en couleur, le passé en noir et blanc. Plof. Côté scénario, la finesse n'est pas non plus au rendez-vous : cela fait bien longtemps que Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg ne sont plus des fines lames du cinéma politique. Le manichéisme prédomine, la construction sent le renfermé, le didactisme des situations fait peine à voir. Et malgré un casting foisonnant (Robinson Stévenin, Cécile de France, Bruno Solo, Guillaume Gallienne, Charles Aznavour et bien d'autres), Laurent Herbiet ne parvient jamais à faire décoller un film vraiment trop vieillot et téléphoné.
Heureusement il y a Olivier Gourmet, acteur de grand talent, qui interprète le seul personnage un peu ambigu du film (le colonel du titre). Un militaire inflexible prêt à tout pour son pays, y compris à commanditer des exactions et des tortures. L'homme est sec comme un coup de trique et impresionnant comme pas deux, et pourtant on sent poindre dans ses yeux le doute et la honte. Châtier pour la France ou avoir la conscience tranquille, il faut choisir, et lui a choisi. C'est tout le sel d'un film sans grande aspérité qui donne envie de revoir un vrai grand film sur la guerre d'Algérie, l'inconestable La trahison de Philippe Faucon.
3/10

14 sept. 2006

QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR

Voilà un quart de siècle qu'on nous bassine à force de répéter que Gérard Depardieu est le meilleur acteur français du monde entier. Tout le monde le dit, personne ne se souvient pourquoi. Ça fait des plombes que Depardieu se contente de jouer avec sa propre image pour envahir les (trop) nombreux films qu'il choisit de tourner.
Sauf qu'arrive Xavier Giannoli. Et là, on comprend pourquoi Depardieu croule sous les éloges. Le Alain Moreau de Quand j'étais chanteur est sa plus belle prestation. Pas sa plus belle prestation depuis Cyrano ou Jean de Florette, non non, sa plus belle prestation tout court. D'une sobriété exemplaire (à l'image de son personnage, qui ne boit que du Perrier), Depardieu serre les coeurs avec ses airs de gros nounours usé. Bouleversant, il aurait pu insuffler au film de Giannoli un déséquilibre fort fâcheur. C'est sans compter sur Cécile de France, belle comme un coeur, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et tient la dragée haute au gros Gégé. Ces deux-là forment le couple le plus bouleversant qu'il ait été donné de voir depuis bien longtemps.
Mais ce serait faire injure au film de Xavier Giannoli que de le réduire à ses magnifiques interprètes. Quand j'étais chanteur est la rencontre étincelante entre un vieux chanteur de bal et une agent immobilier qui pourrait être sa fille. Giannoli a la bonne idée de ne pas jouer la carte du "coucheront? coucheront pas?". Et pour cause : c'est plié au bout d'un petit quart d'heure. Alors après, le réalisateur-scénariste a tout le temps de s'intéresser à la relation un peu ambiguë et très douloureuse de ces deux êtres trop paumés pour être heureux. Bien souvent, au détour d'une scène ou d'une autre, on a la gorge qui se serre devant des petits moments de grâce, coutumiers de Xavier Giannoli mais toujours aussi surprenants.
À propos du réalisateur, on est désormais complètement certain du fait qu'il soit fait à 80% d'eau et à 20% de talent. Là où ses précédents films pêchaient parfois par manque d'expérience, il a désormais acquis une vraie maturité, que ce soit dans l'écriture ou la mise en scène. Mieux, Quand j'étais chanteur montre que Giannoli sait adapter sa façon de filmer à ce qu'il raconte (et ça devient de plus en plus rare). On ne filme pas Quand j'étais chanteur comme on filme Une aventure. Ça peut sembler bête, mais trop de réalisateurs l'oublient.
Derrière cette histoire de rencontre se cache également le portrait en demi-teinte d'un homme qui a consacré sa vie aux paillettes pour ne pas trop tergiverser sur son propre nombril. Cet homme se nomme Alain Moreau, mais il aurait également pu s'appeler Gérard Depardieu. Les dialogues de Giannoli semblent de manière évidente avoir été écrits pour lui, et uniquement pour lui. Pas sûr que le film ait vu le jour s'il avait refusé le rôle.
Quand j'étais chanteur peut en fait se résumer en un mot : la grâce. Beau et majestueux, c'est le genre de film qui donne la chair de poule dès qu'on l'évoque. Merci, monsieur Giannoli.
9/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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