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22 sept. 2009

FrightFest 2009 : HIERRO

Sans doute grâce à l'essor d'une génération menée par Alejandro Amenábar et Mateo Gil, le cinéma fantastique espagnol ne cesse de bien se porter, multipliant les révélations pour se construire un univers solide et cohérent, mais n'évitant certes pas la redite. Hierro a peut-être le tort d'arriver après la bataille, J.A. Bayona et son Orphelinat étant notamment passés par là. Le film de Gabe Ibáñez parle en effet d'une mère éplorée suite à la disparition de son fils, que tout le monde pense mort noyé, mais dont elle refuse évidemment de faire le deuil. L'histoire virera tôt ou tard au fantastique, se focalisant notamment sur la quête désespérée d'une jeune femme seule dans sa vie et dans sa tête, qui n'existe plus qu'à travers cette terrible obsession.
Le développement de l'intrigue a cependant de quoi surprendre, Hierro révélant au fur et à mesure sa véritable nature. Ibáñez ne semble pas franchement fasciné par le potentiel d'effroi de son script, lequel aurait pu donner un film de fantômes pas forcément original mais sans doute très efficace. À cela, il préfère explorer un registre plus dramatique, offrant notamment un magnifique portrait de femmes. Au long de sa quête, l'héroïne rencontrera en effet une autre mère orpheline de fils, chacune trouvant une résonance dans le parcours de l'autre. Plus que la peur, c'est la déprime qui l'emporte, l'atmosphère tristoune et l'absence d'effets menant le film toujours plus loin du fantastique.
Une fois n'est pas coutume : le chemin de croix de María sera l'occasion pour elle d'envisager un nouveau départ après avoir croisé et aidé des personnages partageant sa détresse. Une conclusion en douceur qui tranche avec les habituels twists tagada tsoin tsoin qui font d'habitude office de clou du spectacle. La mise en scène est à l'unisson : couleurs pastels, univers marin et sobriété à tous les étages sont au programme de ce Hierro dont le profil bas est un atout indéniable. À l'unisson, la prestation d'Elena Anaya fait office de lumière tamisée pour éclairer ce spectacle toujours en demi-teinte et aux deux tiers convaincants, qui émeut gentiment à défaut d'offrir un bouleversement durable.




Hierro de Gabe Ibáñez. 1h31.
Critique publiée sur Écran Large.

25 oct. 2008

MESRINE - L'INSTINCT DE MORT

Sortir de la première partie d'un diptyque en se disant "vivement la suite" est évidemment une bonne chose, et la preuve que Jean-François Richet a réussi la première moitié de son pari. L'instinct de mort est un portrait réussi du fameux Jacques Mesrine, retraçant avec force et précision le parcours qui a fait de lui l'ennemi public numéro un. Après une présentation un peu balbutiante (humour peu à propos, dialogues gênants), c'est lorsque Mesrine se lance véritablement dans le banditisme que le film prend son essor.
La qualité première du film, c'est d'arriver à montrer le showman que fut Mesrine sans tomber pour autant dans un film spectacle, un peu comme l'ignoble Scarface du surcôté De Palma. Non, Mesrine n'est pas un héros ; oui, c'est une pourriture, qui ne pense qu'à la gloire et à l'adrénaline. Hors de question de l'édifier en légende vivante. Mais le scénario évite habilement les pièges d'une attaque à charge qui aurait été trop simple : on ne tire pas sur une ambulance. On méprise Mesrine mais on a envie de poursuivre la route avec lui, qu'il se sorte de chacune des galères où il se fourre afin de nous procurer quelques frissons supplémentaires. Et on ne peut s'empêcher, très brièvement, d'éprouver une sorte d'admiration malsaine pour cette tête brûlée capable de jeter des grenades sur les voitures de flics et de revenir sur les lieux d'une évasion pour faire sortir ses anciens compagnons d'infortune. Un cinglé total, auquel il serait difficile de croire s'il n'y avait l'estampille "histoire vraie". Et s'il n'y avait la prestation de Vincent Cassel, qui se fond littéralement dans le personnage. Sans guère d'artifices (on évite le sempiternel défilé de postiches), Cassel EST Mesrine, et c'est admirable. Les seconds rôles ne sont pas mal non plus, au passage.
Côté mise en scène, on sent que Richet a bien retenu toutes les leçons apprises pendant le tournage d'Assaut sur le central 13. L'instinct de mort ressemble à un film ricain, mais dans le bon sens du terme : caméra mobile et ample, aux mouvements amibiteux. Malgré quelques effets un peu too much et une reconstitution sentant presque le toc (surtout dans la première demi-heure), Mesrine est un film à la carure de boxeur, inébranlable et difficilement contestable. Il paraît que la suite est meilleure, débarrassée des petits défauts qui parasitent L'instinct de mort. Le mois de novembre va être long...
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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