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17 avr. 2009

Top 5 : Tommy Lee Jones

Cette semaine, Tommy Lee Jones s'enfonce dans le bayou dans Dans la brume électrique.



Top 5 des films avec Tommy Lee Jones

01. No country for old men (2007)
Le génial roman de Cormac McCarthy (lisez aussi La route et L'obscurité du dehors) a trouvé ses hommes : les frères Coen, qui prouvent qu'une adaptation peut être à la fois ultra fidèle et extrêmement originale. Idéal dans son rôle de shérif renfrogné (il a toujours eu une gueule de shérif et a toujours été renfrogné), Jones est l'un des piliers d'un casting ahurissant, concourant à la réussite éclatante de cet éblouissant polar.


02. JFK (1991)
Comme souvent chez Oliver Stone, Jones ne fait que passer et repasser, broyé dans l'infernale machine stonienne, qui compresse, monte et remonte les images jusquà la nausée. Il n'empêche que JFK est l'une des plus grandes réussites de son réalisateur, qui trouve là l'équilibre idéal entre reconstitution sobre et théorie du complot. Paranoïaque, noir, déchirant, la splendide peinture d'une Amérique immortelle.


03. Men in black (1997)
Bien loin de sa pathétique suite, MiB est un divertissement de grande classe, aussi distingué et hilarant que ses deux héros. Ce buddy movie SF bénéficie en effet de l'une des meilleures idées de duo qui soit : opposer Will Smith, plus connu alors pour le rap et le Prince de Bel-air que pour le cinéma, et un Jones encore plus taciturne qu'à l'accoutumée. Dix ans après, les revoir une énième fois fait toujours aussi chaud au coeur.


04. Le fugitif (1993)
Quand un acteur parvient à décrocher l'Oscar pour un blockbuster aapparemment aussi commun que Le fugitif, c'est que 1) sa prestation est exceptionnelle ; 2) le film n'est pas si anodin. Et en effet : Le fugitif est non seulement un policier bien taillé, mais également un beau drame et un hommage vibrant à la série du même nom ; et il est de plus servi par un Harrison Ford habité et surtout un TLJ donnant tout son sens au mot tenacité. On devrait détester ce flic collant et désagréable, il se révèle étrangement attachant. ALors on applaudit.


05. Trois enterrements (2005)
Tommy Lee Jones + Guillermo Arriaga = un film dur, bougon et déconstruit, mêlant les personnalités des deux hommes dans un maelström d'influences, de sensations et d'émotions. Le duo formé par Jones et Barry Pepper est juste bouleversant, tout comme cette histoire qui ne gagne pas forcément à être morcelée.

16 avr. 2009

DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE

Réalisateur souvent acclamé, Bertrand Tavernier n'a pourtant rien produit d'exceptionnel depuis le début des années 80, fin de la période L'horloger de Saint-Paul / Le juge et l'assassin / Coup de torchon. Il s'est depuis enfermé dans une platitude que beaucoup ont pris pour du classicisme, traitant avec bien-pensance et démagogie un certain nombre de marronniers (c'est dur d'être un instit, c'est pénible d'être un flic, c'est chaud d'adopter un enfant). Autant dire que le voir s'enfuir aux États-Unis pour adapter un polar avec Tommy Lee Jones avait tout d'une excellente nouvelle, le projet ressemblant à une tentative de casser cette filmographie léthargique. S'il ne livre pas le film du siècle, Tavernier prouve cependant qu'il a de forts beaux restes et qu'il n'est jamais aussi bon que quand il est porté par une intrigue plutôt que par des intentions.
Et pourtant, avec Dans la brume électrique, c'est l'atmosphère qui prime, la brume des bayous de New Iberia étant le décor rêvé (et curieusement inexploité jusque là) pour un film noir. Tavernier la filme simplement, sans réel parti pris mais avec une certaine efficacité. Cependant, ses limites ne tardent à apparaître lorsqu'il s'agit de basculer dans l'onirisme, le héros voyant régulièrement apparaître devant lui un personnage mort depuis bien longtemps. Ce serait presque ridicule s'il n'y avait les yeux de Tommy Lee Jones, capables de vous faire croire à n'importe quoi. Du haut de sa présence exceptionnelle, l'acteur confirme qu'il prend de l'ampleur en prenant de l'âge. De Trois enterrements en Vallée d'Elah, il n'a jamais été aussi passionnant. Autour de lui, John Goodman, Peter Sarsgaard et Kelly Macdonald sont également convaincants.
Sur le fond, Dans la brume électrique ressemble un peu à The pledge, le fabuleux anti-polar de Sean Penn, où une séquence de course-poursuite pouvait très bien être encadrée par deux parties de pêche (tiens, ce sont les mêmes scénaristes). Ici aussi le film prend son temps, le flic vieillissant ayant besoin de boire un verre (sans alcool, attention) avec ceux qu'ils rencontre afin de mieux les cerner. Ce qui fonctionnait à plein tube chez Penn est ici un peu plus laborieux par endroits, même si les face-à-face Jones / Goodman sont juste délicieux, cruels et teintés de mauvais esprit. L'intrigue est suffisamment costaude pour nous promener pendant pas loin de deux heures, et la résolution pas idiote. Ce qui gène en fait, outre l'absence de rythme, c'est ce besoin vendu comme essentiel de plonger ce petit monde dans la Louisiane de l'après Katrina, comme si le passage de l'ouragan allait déterminer l'un ou l'autre des comportements des protagonistes. C'est aussi idiot que dans L'étrange histoire de Benjamin Button ou le dernier tube sans rime de Bénabar. La lourdeur est décidément le maître-mot de la carrière de Tavernier, dont il faut néanmoins souhaiter qu'il réitère ce genre d'expérience.
6/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

22 janv. 2008

NO COUNTRY FOR OLD MEN

Il est rare de déconseiller une oeuvre d'art en invoquant sa trop grande qualité. Pourtant, par pitié, ne lisez pas l'avant-dernier roman en date écrit par Cormac McCarthy, intitulé en français Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (gasp). Ou en tout cas, pas avant d'avoir vu le dernier film de Joel & Ethan Coen (qui se remettent à signer leurs films de leurs deux prénoms, tiens). Le bouquin de McCarthy est si parfait, si passionnant, si ciselé, que même la meilleure des adaptations pourra semble un peu tiède. Sauf que non.
No country for old men est un film formidable, auquel ne manque que l'étincelle qui fait le génie du roman. Mais en faisant abstraction de la difficulté de livrer une adaptation au moins aussi bonne que le matériau de départ, il faut avouer que le film des Coen est une pièce d'orfèvrerie qui n'indiffèrera aucun cinéphile. Comme L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, mais dans une veine volontairement moins superbe, Coen & Coen livrent une description inquiétante mais addictive de la plongée des hommes dans les tréfonds de leur animalité, et filment la nature comme s'il s'agissait d'un échafaud géant auquel nul ne peut échapper. Et tiens, d'ailleurs, le chef opérateur des deux films est le même (et il vient d'ailleurs de recevoir deux nominations aux Oscars 2008). Sauf que les frangins se refusent à tout esthétisme, ne filmant avec froideur et sécheresse que parce que le récit l'impose. respectant à la lettre les aspirations de McCarthy, ils se refusent à toute psychologie, caractérisant les personnages par l'enchaînement de micro-actions leur donnant leur mouvement et leur apparence. Pour autant, No country for old men n'est pas un film mutique : c'est simplement une oeuvre qui mâche ses mots pour mieux les recracher de façon abrupte et définitive.
Retombant régulièrement dans la marmite du film noir, les frères Coen ont souvent démontré leur aptitude à croquer la cruauté et la noirceur sanguinolente d'êtres humains moins obnubilés par de bas enjeux matériels que par l'idée que toute action ne fera que les rapprocher de leur fin. Ce talent-là trouve ici son apogée, et ce pour une raison bien simple : la quasi-absence d'humour. D'humour verbal, en tout cas. Car l'humour des Coen, aussi percutant soit-il, tend parfois à empêcher ses auteurs de montrer l'essentiel. Et si l'on peut légitimement s'amuser de quelques détails (la sale coupe du tueur Chigurh, le cynisme total de certaines tueries), rien ne vient perturber le propos. Ne s'encombrant guère de personnages secondaires, No country for old men entend creuser l'idée de la solitude perpétuelle de l'homme, qu'il soit gangster, shérif ou monsieur tout-le-monde. Les trois trajectoires des héros du film ne sont amenées à se croiser qu'à de rares reprises, voire pas du tout, et cette façon qu'ont les protagonistes de converger vers le même pôle avant de s'en éloigner brusquement ne trompe pas : quel que soit le destin de ces trois types-là, ils resteront à jamais des étrangers pour les autres et pour eux-mêmes. Constat édifiant et assez terrible.
S'étant amusé, dans The big Lebowski, à croquer le nihilisme dans sa forme la plus stéréotypée, les Coen signent ici une chronique du refus, vertu essentielle qu'ils appliquent à leur propre cinéma. Refus du tape-à-l'oeil (l'hémoglobine est présente mais sert davantage à salir l'image qu'à la magnifier), refus du sacro-saint jeu d'échecs entre bad guys, refus du rebondissement pour le rebondissement. Et c'est par ce désir de se satisfaire (et nous avec) du strict nécessaire qu'ils parviennent à se hisser (ou presque) à la hauteur de l'oeuvre de Cormac McCarthy, écrivain majeur qu'il n'est pas trop tard pour découvrir.
Poursuivons dans le refus, caractéristique majeure de ce casting si juste. C'est tout simplement la première fois depuis leurs débuts que les réalisateurs n'ont travaillé qu'avec des comédiens jamais employés auparavant. Se débarrassant de leur habituelle caravane de seconds rôles savoureux mais routiniers, ils effectuent un véritable retour à la nature, et une série de choix absolument judicieux. Si le choix de Tommy Lee Jones pour interpréter ce shérif taciturne peut sembler un peu facile, il n'en est rien : hormis dans son propre Trois enterrements, l'acteur n'avait jamais semblé aussi sage, posé, philosophe, finalement très loin de la rigidité apparente de son personnage. Javier Bardem est un tueur parfait, monstre d'efficacité, mais pas Terminator pour autant, aussi modestement inquiétant que son pistolet à air comprimé. L'artifice capillaire n'est là que pour faire naître le personnage ; au bout de deux scènes, ce toupet devient presque invisible. Enfin, Josh Brolin constitue l'atout ultime du film, comme un Nick Nolte sans les crises de nerfs ni le côté cow-boy. Cela tombe plutôt bien : malgré les étendues de terre et les longues plages muettes (seule la musique de trois mariachis viendra perturber cette atmosphère sonore vierge, uniquement ponctuée de bruits de détonation), No country for old men n'est pas un western. C'est un chemin de croix dont personne ne peut sortir indemne. Surtout pas le cinéma.
9/10

10 nov. 2007

DANS LA VALLÉE D'ELAH

La vallée d'Elah, c'est cet endroit où David le riquiqui vint défier Goliath et, prenant le dessus sur sa peur, terrassa le géant d'un coup entre les deux yeux. L'occasion pour Paul Haggis d'organiser une réflexion autour de la peur et de la condition de l'homme, qui peut devenir quelqu'un de radicalement différent après avoir vécu une guerre. Ce bouleversement est profond, bien plus que ce qui est habituellement décrit dans les films hollywoodiens, et s'il est bien difficile d'imaginer cela sans avoir soi-même été au combat (je touche du bois), Haggis retranscrit bien ce dacalage entre l'avant et l'après. "Vous n'avez pas fait la guerre, vous ne pouvez pas comprendre", balancent quelques militaires à une Charlize Theron pleine de bonnes intentions. C'est vrai, mais Dans la vallée d'Elah permet tout de même d'aborder quelques pistes.
À travers une enquête policière (lui-même ancien militaire, Tommy Lee Jones cherche qui a massacré son fiston à son retour d'Irak), Haggis décrit les ravages faits par la guerre en général, et celle-là en particulier. Dépeint sans parti pris le côté "grande muette" de l'armée, qui fait passer l'honneur et les règles avant l'humain. Et organise le deuil d'un homme partagé entre un amour très républicain pour sa patrie chérie et le chagrin d'avoir perdu ses deux fils à cause de la guerre (de façon directe ou non). Dans le rôle de ce père courage mais borderline, Tommy Lee Jones fait des ravages. Son visage impassible et buriné colle parfaitement à l'idée que l'on se fait de l'ancien soldat qui dissimule ses émotions coûte que coûte, et ce jusqu'à la rupture. Adouci par quelques contacts avec une épouse détruite (Susan Sarandon, dans un second rôle très en retrait) et une fliquette appliquée et consternée par un quotidien sordide (Charlize Theron, grande actrice quand elle veut), Jones est juste magnifique. Le film étant passé un peu inaperçu, l'Oscar ne sera sans doute pas pour cette fois. C'est bien dommage.
8/10

8 déc. 2006

THE LAST SHOW

On pourrait jouer au journaliste et gloser sur cette drôle de coincidence qui veut que le dernier film du regretté Robert Altman ait pour titre The last show et se termine par une image de la Mort qui vient emmener un personnage. Film-testament? Non. Car The last show n'est que le titre "français" du mieux nommé A prairie home companion ; et car Altman n'a pas signé le scénario. Pourtant, en regardant The last show, on ne peut s'empêcher de se dire qu'il s'agit là de l'adieu d'un grand cinéaste, un raconteur d'histoires ironique et brillant ayant toujours su rebondir entre deux mauvais films (à ce titre, mieux vaut oublier The gingerbread man ou Company). Car The last show est le récit d'une fin, d'une sorte de mort intérieure, celle d'une troupe de ménestrels radiophoniques qui jouent ce soir leur dernier spectacle avant que les promoteurs immobiliers ne viennent tout rafler.
Ici, le regard d'Altman se fait plus tendre que cynique : cet adieu à un public ne sera ni l'occasion de règlements de compte internes ni l'origine d'une lutte quelconque pour que l'émission ne meure pas. Simplement, avec pudeur et émotion, il retrace une dernière soirée où l'on tente de masquer la tristesse derrière la chaleur des voix. Les personnages sont très attachants (notamment le duo de cowboiys fringants et salaces, Woody Harrelson et John C. Reilly), la musique country est bonne, la nostalgie douillette. The last show est une délicieuse émission de radio, bien filmée qui plus est (Altman n'a pas son pareil pour faire vivre un plan à l'aide de mouvements de caméra quasi imperceptibles). Mais pas plus. On a connu monsieur A. plus inspiré dans sa façon de mêler les trajectoires de ses personnages ; ici, elles semblent un peu trop rectilignes et désespérément parallèles. On attend des rencontres qui n'auront pas lieu, des duels verbaux, un peu plus de matière. Mais non : The last show est simplement un formidable moment de nostalgie qui fiche d'autant plus les boules que son metteur en scène est parti. Espérons que son départ ait été doux, la main dans celle de Virginia Madsen.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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