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7 août 2009

JOUEUSE

Une femme de ménage subitement attirée par les échecs : voilà un pitch étrange et alléchant, au coeur du roman La joueuse d'échecs de Bertina Henrichs, et donc de Joueuse, premier long de Caroline Bottaro (scénariste de 3 films de Jean-Pierre Améris, dont l'excellent Les aveux de l'innocent). Pendant et après la projection, le film laisse une impression en demi-teinte, avant tout parce que le sujet proposé n'est pas traité de si près que cela. La fascination exercée par ce mystérieux jeu sur la frêle Hélène a, on le comprend, quelque chose de viscéral ; à l'écran, cela semble nettement moins évident. Pour schématiser, l'héroïne aurait pu se prendre de passion pour le jokari ou la bataille navale que sa trajectoire n'aurait guère été différente. Le jeu d'échecs semble si complexe, si technique, si exigeant qu'on regrette un peu d'en rester à la surface.
Mais Joueuse n'est pas un film sur les échecs, ni sur leur transposition dans la vraie vie (voir pour cela la mémorable Diagonale du fou ou la scène bien connue de L'affaire Thomas Crown) : c'est avant tout le portrait d'une femme qui cherche à s'affirmer dans un domaine bien à elle afin d'oublier la grisaille du quotidien, les factures à payer et l'usure de son couple. Cette facette du film est loin d'être révolutionnaire mais la prestation de Sandrine Bonnaire en renforce l'impression de sincérité et d'humilité. Contrairement au fameux échiquier, Caroline Bottaro montre que tout n'est pas tout blanc, ni tout noir, que les solutions sont là et que se prendre en main peut aider à s'en tirer.
L'attraction première du film est avant tout la rencontre Bonnaire / Kline, dans une relecture moderne de La belle et la bête. Elle est douce, frêle et craintive ; il est plein de poils, volontairement seul dans son antre. Leur rencontre fait rapidement des étincelles et constitue la partie la plus convaincante de Joueuse. On les regarderait volontiers jouer aux échecs pendant des heures, sur un plateau ou mentalement - très belle scène de fin de film. La gaucherie du style est assez touchante et rend indulgent : les jolis moments compensent assez largement les quelques ratés de ce premier film gentiment prometteur à la réalisation maladroite.




Joueuse de Caroline Bottaro. 1h40. Sortie : 05/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

22 juin 2008

UN JOUR, PEUT-ÊTRE

Un jour, peut-être est un titre définitivement moins classe que Definitely, maybe, qui rappelle évidemment les débuts d'Oasis, fabuleux groupe des années 90, dont le talent s'évapora mystérieusement avec l'arrivée d'un nouveau siècle. Ceci étant dit, Un jour, peut-être, c'est surtout une comédie romantique des plus sympatoches. Le principe (car il y a un principe) est simple : alors qu'il s'apprête à divorcer, un trentenaire déprimé est sommé par sa fille de lui raconter comment il a rencontré sa mère. Les possibilités sont multiples, puisque trois femmes ont réellement compté dans sa vie. Il faudra une bonne heure et demie avant que ce sacré coquin ne dévoile l'identité de la madame en question.
Ça vous rappelle quelque chose ? Oui, How I met your mother, sitcom fort recommandable dans laquelle le héros, 20 ans après, raconte à ses ados de rejetons comment il rencontra leur génitrice. Et si la diférence de format implique des traitements assez éloignés, le film et la série ont tout de même plus d'un point commun, notamment dans leur façon de faire tourner les mioches en bourrique à force de digressions et de fausses pistes.
Un jour, peut-être est interprété de façon convaincante par un Ryan Reynolds qui vaut bien plus que sa petite image de jeune premier et fiancé de Scarlett Johansson (salaud). Génial dans l'insupportablement méconnu The nines, Reynolds livre ici une prestation plus policée (c'est le genre qui veut ça) mais bourrée de charme et d'humour. Il est aussi crédible en girouette coeur d'artichaut qu'en convoyeur de rouleaux de papier hygiénique pour la campagne de Bill Clinton. Si si. Car Un jour, peut-être, au delà du papier toilette, se positionne dans un contexte social et surtout politique, donnant aux personnage une dimension supérieure à celle de vagues icônes romantiques. Ça fait du bien de ne pas nager dans la guimauve et de parler un peu du monde qui continue à tourner même quand on est amoureux.
Alors évidemment, on a déjà vu plus drôle, plus sexy ou plus romantique. Mais Un jour, peut-être même habilement tous les ingrédients inhérents au genre, y ajoutant un joli plus-produit nommé suspense. Même si celui-ci aurait pu être mieux mené (à vrai dire, on n'est pas captivé captivé par la recherche de l'identité de la mère), il sort le film des sentiers battus, ce qui est vital dans un genre qui n'a pas donné que des chefs d'oeuvre d'originalité.
7/10

8 déc. 2006

THE LAST SHOW

On pourrait jouer au journaliste et gloser sur cette drôle de coincidence qui veut que le dernier film du regretté Robert Altman ait pour titre The last show et se termine par une image de la Mort qui vient emmener un personnage. Film-testament? Non. Car The last show n'est que le titre "français" du mieux nommé A prairie home companion ; et car Altman n'a pas signé le scénario. Pourtant, en regardant The last show, on ne peut s'empêcher de se dire qu'il s'agit là de l'adieu d'un grand cinéaste, un raconteur d'histoires ironique et brillant ayant toujours su rebondir entre deux mauvais films (à ce titre, mieux vaut oublier The gingerbread man ou Company). Car The last show est le récit d'une fin, d'une sorte de mort intérieure, celle d'une troupe de ménestrels radiophoniques qui jouent ce soir leur dernier spectacle avant que les promoteurs immobiliers ne viennent tout rafler.
Ici, le regard d'Altman se fait plus tendre que cynique : cet adieu à un public ne sera ni l'occasion de règlements de compte internes ni l'origine d'une lutte quelconque pour que l'émission ne meure pas. Simplement, avec pudeur et émotion, il retrace une dernière soirée où l'on tente de masquer la tristesse derrière la chaleur des voix. Les personnages sont très attachants (notamment le duo de cowboiys fringants et salaces, Woody Harrelson et John C. Reilly), la musique country est bonne, la nostalgie douillette. The last show est une délicieuse émission de radio, bien filmée qui plus est (Altman n'a pas son pareil pour faire vivre un plan à l'aide de mouvements de caméra quasi imperceptibles). Mais pas plus. On a connu monsieur A. plus inspiré dans sa façon de mêler les trajectoires de ses personnages ; ici, elles semblent un peu trop rectilignes et désespérément parallèles. On attend des rencontres qui n'auront pas lieu, des duels verbaux, un peu plus de matière. Mais non : The last show est simplement un formidable moment de nostalgie qui fiche d'autant plus les boules que son metteur en scène est parti. Espérons que son départ ait été doux, la main dans celle de Virginia Madsen.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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