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3 mars 2009

LOIN DE LA TERRE BRÛLÉE

Après trois scénarii pour Alejandro González Iñárritu et un pour Tommy Lee Jones, Guillermo Arriaga met lui-même en scène son cinquième script. Comme les quatre précédents, Loin de la terre brûlée repose sur une intrigue à plusieurs niveaux, à la narration éclatée. Si on a souvent dit (notamment à propos du très irritant Babel) que le non-respect de la chronologie permettait de donner un intérêt supplémentaire à des intrigues parfois un peu creuses, le principe est ici inversé, l'histoire ayant tendance à se liquéfier rapidement à cause de cette déconstruction forcée. À force de faire de ce type de script sa marque de fabrique, Arriaga semble pratiquer une écriture à la chaîne, où il n'est même plus nécessaire d'évaluer l'apport d'une telle technique de narration pour éventuellement l'utiliser.
C'est bien dommage : raconté dans l'ordre, et donc un peu remodelé, Loin de la terre brûlée aurait pu être un splendide drame au féminin, la bouleversante épopée de deux ou trois générations de femmes. Le problème ici, c'est qu'après trois quarts d'heure d'une mise en place belle et sobre, l'ensemble tourne en rond par la faute de ce fameux procédé. Pas assez tortueux, le film devient alors très prévisible, puisqu'on en connaît déjà la fin et quelques points intermédiaires. L'heure qui suit ne sert alors qu'à mettre au point quelques détails et relier les trois époques entre elles. Dans cette affaire de couple adultère mourant dans l'incendie d'une caravane (et dont on observe parallèlement les causes, les conséquences immédiates et le résultat quinze ans plus tard), on devine trop tôt l'identité de l'incendiaire, le suspense potentiel s'en retrouvant gâché.
Pour autant, Arriaga ne sombre jamais dans ses délires sur le destin, la fatalité ou ce genre de thèmes complètement ridicules quand ils sont traités sans détachement ; son traitement est totalement réaliste, et bien appuyé par une mise en scène élégamment passe-partout. c'est ainsi que l'on pourrait également qualifier les prestations des trois actrices principales (Kim Basinger, Charlize Theron et la jeune Jennifer Lawrence), prodigieuses de sobriété alors qu'elles auraient pu sombrer dans le misérabilisme et le pathos dégoulinant. Qu'on nous fournisse les bobines du film, une paire de ciseaux et de la colle : cela permettra de remonter dans le bon sens ce qui avait tout pour être un très beau film mais pèche par excès de malice stylistique.
5/10
(sortie le 11 mars)

(autre critique sur CineManiaC)

12 juil. 2008

HANCOCK

Ça commence à se savoir : dans Hancock, Will Smith incarne un super-héros pas comme les autres, puisqu’il est aussi alcoolo qu’impopulaire. Heureusement qu’un conseiller en communication va se charger de son dossier. Voilà un résumé assez fidèle de la première partie du nouveau Peter Berg, puisqu’on y voit en effet un Hancock d’abord bourru et bourrin, qui se force ensuite à être courtois avec tout le monde et à ne pas tout démolir lorsqu’il arrête un méchant. L’idée est bonne, le traitement correct. Dès le début, on sent pourtant qu’une telle idée aurait pu donner film plus percutant, tant sur le plan de l’action qu’au niveau humour. Chaque petit gag est étiré et répété, signe probable d’un manque d’inspiration des scénaristes. Et comme les effets spéciaux laissent à désirer, ces trois premiers quarts d’heure ressemblent furieusement à leur anti-héros, sympathiques mais terriblement brouillons.
C’est dans ce qui suit que Hancock trouve un temps sa véritable vitesse de croisière. Une révélation assez inattendue (et qu’il convient de ne pas révéler, un peu de tenue) vient bouleverser le film et dévier cette simple histoire de blason à redorer vers quelque chose de possiblement plus profond et plus rigolo. Pendant une dizaine de minutes, on se prend à rêver que le film décolle pour de bon et devienne enfin le monument de coolitude et de drôlerie qui nous était promis. Mais après une excellente scène faisant appel à quelques ustensiles de cuisine, Berg embraye en nous révélant la mythologie hancockienne avec une gravité malvenue. Dès lors, tout le monde semble un peu avoir oublié qu’il s’agit avant tout d’une comédie, et il faut se farcir quelques fusillades sans intérêt pour retrouver la bonne humeur du début. Il est assez énervant de voir le ton du film faire des montagnes russes, d’autant que les scènes d’action sont incroyablement mal filmées. Étonnant de la part d’un Berg qui avait livré l’an passé un Royaume techniquement irréprochable.
Durant moins d’une heure et demie, le film paraît presque trop court, pas parce qu’on ne s’y ennuie jamais, mais parce qu’on n’en retiendra finalement assez peu de scènes mémorables, le reste ne constituant qu’un gentil remplissage qui fait souvent sourire à défaut d’autre chose. La frustration l’emporte, en dépit des prestations impeccables des trois acteurs principaux. Will Smith est évidemment à son aise en mister Cool, mais le fait avec une maturité qu’on lui découvre de film en film. Charlize Theron est de plus en plus explosive à mesure que les bobines s’enchaînent. Quant à Jason Bateman, condamné par le script à passer un peu inaperçu lors de la seconde moitié du film, il confirme néanmoins tout le bien qu’en pensent les fans d’Arrested development et les quelques rares autres à avoir retenu son nom. Ce trio-là permet à Hancock d’être un divertissement pas dégueulasse, évidemment bien meilleur que son cousin Ma super ex, et qui devrait donner quelques leçons d’humour au Doug Liman de Jumper.
5/10

9 mai 2008

BATAILLE À SEATTLE

Certains films ont vraiment tout pour eux : un buzz assez favorable, un casting long comme le bras, un côté "indépendant mais pas trop", et un sujet susceptible d'ouvrir un peu les consciences. Et il s'en faut finalement de peu pour que Bataille à Seattle ne tienne son rang, puisque Stuart Townsend (excellent acteur de Shooting fish et Mauvaise passe, et monsieur Charlize Theron à la ville, le salaud) se donne corps et âme pour réussir son film. Sa mise en scène est d'ailleurs assez convaincante, malgré quelques envolées lyriques et musicales un peu de trop.
Non, l'immense défaut de Bataille à Seattle, c'est l'écriture des personnages. Tant pis si c'est un terme un peu fourre-tout, mais Townsend (également scénariste) livre un film choral autour de cet évènement qui fait un peu penser, du moins au départ, à l'argument de Bloody sunday (des manifs pacifistes tournent au vinaigre). Le problème, c'est que l'évolution et la psychologie des personnages sont si sommaires et stéréotypées que l'on n'y croit jamais vraiment, malgré la sincérité évidente d'un film qui ne demande qu'à être aimé. Ainsi donc, la journaliste cynique va soudainement découvrir qu'elle a un coeur, le gentil CRS va péter un plomb, la femme enceinte va ... (complétez vous-même : que se passe-t-il pour 90% des femmes enceintes, dans les drames à tendance sordide ?)
Ces trajectoires prévisibles, ainsi qu'un ton parfois trop candide, font clairement passer Bataille à Seattle à côté de sa cible. C'est d'autant plus regrettable que, s'il semble à l'aise derrière la caméra, Townsend est également un très bon directeur d'acteurs, tirant le meilleur d'un casting de comédiens potentiellement bons mais pas toujours bien exploités (de Michelle Rodriguez à Ray Liotta). Même s'ils ne peuvent pas faire grand chose pour faire disparaître les clichés qui règnent en maître sur le film, il lui donnent un caractère irrémédiablement attachant, qui donne envie de suivre de très près la suite de la carrière d'un metteur en scène qui gagnerait à se trouver des coscénaristes.
4/10

10 nov. 2007

DANS LA VALLÉE D'ELAH

La vallée d'Elah, c'est cet endroit où David le riquiqui vint défier Goliath et, prenant le dessus sur sa peur, terrassa le géant d'un coup entre les deux yeux. L'occasion pour Paul Haggis d'organiser une réflexion autour de la peur et de la condition de l'homme, qui peut devenir quelqu'un de radicalement différent après avoir vécu une guerre. Ce bouleversement est profond, bien plus que ce qui est habituellement décrit dans les films hollywoodiens, et s'il est bien difficile d'imaginer cela sans avoir soi-même été au combat (je touche du bois), Haggis retranscrit bien ce dacalage entre l'avant et l'après. "Vous n'avez pas fait la guerre, vous ne pouvez pas comprendre", balancent quelques militaires à une Charlize Theron pleine de bonnes intentions. C'est vrai, mais Dans la vallée d'Elah permet tout de même d'aborder quelques pistes.
À travers une enquête policière (lui-même ancien militaire, Tommy Lee Jones cherche qui a massacré son fiston à son retour d'Irak), Haggis décrit les ravages faits par la guerre en général, et celle-là en particulier. Dépeint sans parti pris le côté "grande muette" de l'armée, qui fait passer l'honneur et les règles avant l'humain. Et organise le deuil d'un homme partagé entre un amour très républicain pour sa patrie chérie et le chagrin d'avoir perdu ses deux fils à cause de la guerre (de façon directe ou non). Dans le rôle de ce père courage mais borderline, Tommy Lee Jones fait des ravages. Son visage impassible et buriné colle parfaitement à l'idée que l'on se fait de l'ancien soldat qui dissimule ses émotions coûte que coûte, et ce jusqu'à la rupture. Adouci par quelques contacts avec une épouse détruite (Susan Sarandon, dans un second rôle très en retrait) et une fliquette appliquée et consternée par un quotidien sordide (Charlize Theron, grande actrice quand elle veut), Jones est juste magnifique. Le film étant passé un peu inaperçu, l'Oscar ne sera sans doute pas pour cette fois. C'est bien dommage.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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