Road movie quasiment construit comme un film à sketches - avec des panneaux pour annoncer le changement de destination -, le cinquième film de Sam Mendes ressemble de plus à un catalogue montrant systématiquement aux deux-anti héros les comportements à éviter et ceux à reproduire. Il y a, entre autres : la mère qui ne cache rien à ses gosses, les parents qui élèvent les leurs façon hippie, le père qui refuse de dire à sa fille que sa femme l'a quitté... et, parce qu'il faut bien quelques modèles, ceux qui ont adopté parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement ET parce que ce sont des gens bien. À chaque rencontre sa petite morale, et sa conclusion mélancolique sur le mode "le foyer idéal est ailleurs". Heureusement, la fin du film viendra régler tout ça : figurez-vous que le foyer idéal, c'est celui où on est tous ensemble. Si c'est pas magnifique.
Mais trêve de cynisme : même si le cadeau est franchement moyen, Away we go propose un très joli emballage qui rend le voyage plutôt agréable bien que complètement dépourvu d'intérêt. La bande originale composée par Alexi Murdoch déborde d'excellents morceaux, opportunément disposés pour créer un effet de spleen semi-comateux. La mise en scène de Sam Mendes s'applique de façon fort logique à la tonalité très indé d'un film qu'il a voulu beaucoup plus modeste que les précédents. Quand aux interprètes, ils sont extrêmement professionnels et terriblement sympathiques. C'est peut-être d'ailleurs le problème principal de Maya Rudolph et John Krasinski : ils semblent parfaits, donc inintéressants en tant que héros de film. Les seconds rôles sont beaucoup plus attirants, même si les excès de leurs personnages créent un contraste trop factice avec ce couple principal trop translucide. En une année à peine, Mendes s'est intéressé au couple sous deux angles complètement différents : quand l'un voulait échapper au conventionnel (dans Les noces rebelles), l'autre s'y vautre allègrement. Le principe des vases communicants, sans doute, s'appliquant à deux films très moyens qui auraient peut-être gagné à ne faire qu'un.
Away we go de Sam Mendes. 1h38. Sortie : 04/11/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?.