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19 juin 2008

SPEED RACER

Après un Bound assez hot et déconseillé aux moins de 16 ans, puis une trilogie Matrix pas vraiment faite pour les mioches, Larry/Laura et Andy Wachowski nous reviennent avec un Speed racer tous publics, aussi coloré que Matrix était noir, aussi asexué que Bound était lesbien. Tout pour faire le bonheur des moins de douze ans, que cet âge soit inscrit sur leurs papiers d'identité ou qu'il soit simplement révélateur de leur capacité à retomber en enfance. Speed racer, c'est de la régression à l'état pur, celle qui pourra conduire des adultes apparemment fréquentables à ricaner bêtement devant un singe qui fait des grimaces, ou à taper du pied pour encourager leur champion favori.
Malheureusement, la régression vue par les Wacho est synonyme d'abêtissement. Difficile de retrouver ses sensations de gosse devant ce spectacle complètement bâtard, qui nage en plein paradoxe. Offrir une esthétique cartoon à base de couleurs criardes, de mouvements de caméra hautement improbables et de gags bien stupides (chutes et contorsions en tous genres) ou proposer un film bavard doté d'une intrigue un poil compliquée, il fallait choisir. Car Speed racer ressemble à une longue série de promesses, plus de deux heures de blabla qui ne sont réellement entrecoupées que de trois vraies séquences de course. Celles-ci sont des plus décoiffantes et permettent d'éprouver un vrai plaisir, même si ce n'est rien du tout par rapport à un bon vieil épisode des Fous du volant (Satanas & Diabolo forever). Dans ces moments-là, on en prend plein les mirettes, on jubile sur son siège et on essaie de garder les yeux ouverts, régulièrement décontenancé par une mise en scène un peu trop excitée. Malheureusement, le calme plat est bien vite de retour, le temps pour le héros de se débattre dans une sombre histoire de trahison, de deuil et de gros sous dont on se serait bien passé. Là, la kitscherie assumée de l'ensemble devient juste insupportable. Personne n'est entré dans la salle pour voir Susan Sarandon préparer des pancakes ou John Gooman serrer son fifils chéri dans ses bras pour lui dire combien il l'aime ! Du coup, ces deux heures quinze ne constituent qu'un divertissement sympathique mais bien trop long, qui enchaîne les temps morts plus que les morceaux de bravoure.
Visiblement, les Wachowski s'amusent, ce qui ne semblait plus vraiment être le cas sur les deux derniers Matrix. Ils font joujou avec toute cette jolie technologie, nous servent un ballet de couleurs à faire passer les chemises de Carlos pour des fringues de croque-mort, filment et refilment ce singe qui n'a rien à faire là mais qui permet de ne pas trop avoir à se creuser la tête côté gags. Ils ont conçu leur Speed racer comme un dessin animé live, avec ce qu'il faut de folie, de dynamisme et de bons sentiments. Et avec un tic salement exaspérant : celui de ne pas monter cut, mais d'enchaîner les plans à l'aide de transitions certes du meilleur effet (le passage d'un personnage devant la "caméra" efface l'image précédente et fait apparaître la suivante), mais insupportables lorsqu'elles sont répétées 200 ou 300 fois dans le même film. Il y a dix ans, Matrix avait révolutionné un genre désormais gangrené par un paquet de pâles copies ; Speed racer tente visiblement de répéter cet exploit mais oublie trop souvent de choisir entre la maturité et son contraire. À trop vouloir toucher tout le monde, les Wacho finissent par ennuyer toute la salle. L'échec du film au box-office américain et son mauvais démarrage européen confirment cette fâcheuse tendance.
5/10

19 mars 2008

ANGLES D'ATTAQUE

Un réalisateur irlandais à la réputation discrète mais élogieuse. Un casting foisonnant sans être tape-à-l'oeil. Une histoire mêlant JFK et Rashomon. Angles d'attaque sentait bon le thriller retors et captivant, le genre de film à grand spectacle capable d'attirer également les spectateurs en quête de sens. Malheureusement, le film de Pete Travis ne fait illusion que l'espace de dix minutes, ce qui laisse à peine le temps d'être alléché par le récit des évènements sous le point de vue d'une réalisatrice d'émission TV (Sigourney Weaver), qui ne comprend rien malgré la multitude des images qui s'offrent à elle.
Dès le passage au point de vue suivant, il devient extrêmement clair que le scénario d'Angles d'attaque n'a rien de bien malin. Pendant une bonne heure, Travis ne fera que répéter encore et encore les mêmes scènes, sans offrir de carotte aux ânes que nous sommes. Pour que la multiplication des regards présente un minimum d'intérêt, l'intrigue se doit de comporter un minimum de tiroirs ou de perversité. Là, pas grand chose, voire même rien du tout, si bien qu'aucune révélation ni piment supplémentaire ne vient transcender cette mécanique bien vide.
Pourtant, on s'accroche, espérant longtemps être cueilli par une fin surprenante ou comprendre le pourquoi d'un tel traitement. Résultat : une conclusion assez gênante (morale, clichés en pagaille et une pointe de racisme bien rance), et le sentiment qu'un traitement "normal" d'une telle histoire n'aurait absolument pas permis d'en tirer un film d'une heure et demie. De plus, Travis triche avec le principe de son film, intercalant régulièrement dans les narrations subjectives et successives des bribes d'autres points de vues inutiles et hors de propos. On sort d'Angles d'attaque cruellement déçu par ce spectacle assez pauvre, qui se contente d'exploiter encore et encore la même explosion. Cela rappelle curieusement Omagh, le précédent film de Travis, qui se focalisait sur un attentat commis par l'IRA avec un incontestable brio technique avant d'aller s'enfoncer dans les ornières un peu ennuyeuses du film à tendance judiciaire. La prochaine fois, qu'il évite de se cacher derrière un nouveau rideau de fumée : ça nous permettra peut-être de voir vraiment de quel bois il est fait.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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