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13 nov. 2008

LA BANDE À BAADER

Bien loin de Romanzo criminale ou du dyptique Mesrine, La bande à Baader est d'abord un vrai film politique, qui s'appuie sur la description de l'épopée d'un petit groupe marginal pour livrer un propos consistant et passionnant. C'est à peine si Uli Edel et son co-scénariste (et producteur) Bernd Eichinger ont eu besoin de romancer l'ensemble, tant le parcours de la bande d'Andreas Baader (et Ulrike Meinhof, comme l'affirme judicieusement le titre original) s'apparente à un roman-fleuve, bourré de rebondissements, d'actes héroïques et de destins tragiques.
Comme le Buongiorno, notte de Marco Bellochio, La bande à Baader montre comment certaines idéologies politiques semblent inévitablement destinées à n'être défendues que par la violence, les moyens plus orthodoxes n'ayant aucun poids sur l'opinion publique. Sans en faire des icônes, sans jamais oublier qu'ils ont semé la mort sur leur passage, Edel pose sur ses personnages un regard parfois admiratif mais souvent désabusé. De cette poignée de vies brisées car toutes dédiées à une cause vouée à l'échec, reste une impression de gâchis gigantesque, créant une mélancolie qui frappe l'écran à chaque seconde.
La mise en scène très (trop ?) classique souligne idéalement les forces et les failles de Baader et Meinhof, qu'ils aillent s'entraîner dans le désert jordanien ou qu'ils tentent avec panache d'assurer leur défense lors de leur procès. Si spectacle il y a, c'est non seulement dans les nombreuses scènes sanglantes du film, mais également dans chaque mot de chaque réplique de cette Bande à Baader aux dialogues étincelants, qui réconciliera fans de grandes fresques et amoureux de grandes oeuvres politiques.
8/10
(également publié sur Écran Large)

19 juin 2008

SPEED RACER

Après un Bound assez hot et déconseillé aux moins de 16 ans, puis une trilogie Matrix pas vraiment faite pour les mioches, Larry/Laura et Andy Wachowski nous reviennent avec un Speed racer tous publics, aussi coloré que Matrix était noir, aussi asexué que Bound était lesbien. Tout pour faire le bonheur des moins de douze ans, que cet âge soit inscrit sur leurs papiers d'identité ou qu'il soit simplement révélateur de leur capacité à retomber en enfance. Speed racer, c'est de la régression à l'état pur, celle qui pourra conduire des adultes apparemment fréquentables à ricaner bêtement devant un singe qui fait des grimaces, ou à taper du pied pour encourager leur champion favori.
Malheureusement, la régression vue par les Wacho est synonyme d'abêtissement. Difficile de retrouver ses sensations de gosse devant ce spectacle complètement bâtard, qui nage en plein paradoxe. Offrir une esthétique cartoon à base de couleurs criardes, de mouvements de caméra hautement improbables et de gags bien stupides (chutes et contorsions en tous genres) ou proposer un film bavard doté d'une intrigue un poil compliquée, il fallait choisir. Car Speed racer ressemble à une longue série de promesses, plus de deux heures de blabla qui ne sont réellement entrecoupées que de trois vraies séquences de course. Celles-ci sont des plus décoiffantes et permettent d'éprouver un vrai plaisir, même si ce n'est rien du tout par rapport à un bon vieil épisode des Fous du volant (Satanas & Diabolo forever). Dans ces moments-là, on en prend plein les mirettes, on jubile sur son siège et on essaie de garder les yeux ouverts, régulièrement décontenancé par une mise en scène un peu trop excitée. Malheureusement, le calme plat est bien vite de retour, le temps pour le héros de se débattre dans une sombre histoire de trahison, de deuil et de gros sous dont on se serait bien passé. Là, la kitscherie assumée de l'ensemble devient juste insupportable. Personne n'est entré dans la salle pour voir Susan Sarandon préparer des pancakes ou John Gooman serrer son fifils chéri dans ses bras pour lui dire combien il l'aime ! Du coup, ces deux heures quinze ne constituent qu'un divertissement sympathique mais bien trop long, qui enchaîne les temps morts plus que les morceaux de bravoure.
Visiblement, les Wachowski s'amusent, ce qui ne semblait plus vraiment être le cas sur les deux derniers Matrix. Ils font joujou avec toute cette jolie technologie, nous servent un ballet de couleurs à faire passer les chemises de Carlos pour des fringues de croque-mort, filment et refilment ce singe qui n'a rien à faire là mais qui permet de ne pas trop avoir à se creuser la tête côté gags. Ils ont conçu leur Speed racer comme un dessin animé live, avec ce qu'il faut de folie, de dynamisme et de bons sentiments. Et avec un tic salement exaspérant : celui de ne pas monter cut, mais d'enchaîner les plans à l'aide de transitions certes du meilleur effet (le passage d'un personnage devant la "caméra" efface l'image précédente et fait apparaître la suivante), mais insupportables lorsqu'elles sont répétées 200 ou 300 fois dans le même film. Il y a dix ans, Matrix avait révolutionné un genre désormais gangrené par un paquet de pâles copies ; Speed racer tente visiblement de répéter cet exploit mais oublie trop souvent de choisir entre la maturité et son contraire. À trop vouloir toucher tout le monde, les Wacho finissent par ennuyer toute la salle. L'échec du film au box-office américain et son mauvais démarrage européen confirment cette fâcheuse tendance.
5/10

8 avr. 2008

LES FEMMES DE L'OMBRE

Normalement, avec Jean-Paul Salomé, on n'est jamais déçu. Des Braqueuses jusqu'à Arsène Lupin en passant par l'inénarrable Belphégor, le réalisateur a enchaîné les catastrophes avec une précision d'horloger, ne réussissant qu'un sympathique Restons groupés qui fait office de point culminant dans sa filmographie. Les femmes de l'ombre sentait donc le pur plaisir coupable, le genre de film qui fait pleurer les mémés mais titille les zygomatiques des adeptes du second degré. Ce n'est malheureusement pas cette fois qu'on rira bruyamment : car si Les femmes de l'ombre est un film relativement médiocre, il n'en reste pas moins que c'est un bon Salomé. Du genre qui ne fera pas trop tache en prime-time sur TF1.
Le film marche sur les traces du Black book de Paul Verhoeven par ses intentions de faire naître le mélodrame au coeur de l'emprise nazie. La comparaison s'arrête là : si Verhoeven emballait le spectateur à grands coups de rebondissements et au gré d'un rythme débridé, Salomé orchestre une petite aventure franchouille et bien peignée qui ne parvient jamais à chavirer les coeurs. Malgré un casting de stars, son quintet de gonzesses manque singulièrement de piquant. On se demande presque pour quelles raisons il fallait autant d'héroïnes, sinon pour montrer que "l'union fait la force". Peu ou pas dirigées, les actrices font ce qu'elles peuvent, d'autant qu'aucune n'a jamais été la reine de la finesse. Marie Gillain, Sophie Marceau et Julie Depardieu multiplient les oeillades, à mille lieues de la discrétion dont devaient faire preuve les résistants de l'époque. C'est finalement Maya Sansa et Déborah François, plus en retenues, qui s'acquittent le mieux de leurs rôles. Cette dernière est bien particulièrement servie par un personnage plus complexe que prévu.
Les péripéties s'enchaînent assez mollement mais sans réelle raison de s'indigner ou de s'esclaffer. Les invraisemblances finissent pourtant par l'emporter, au gré d'une fin mal fichue et sentant le manque d'inspiration. Encore une différence avec le film de Verhoeven : Salomé joue délibérément la carte du réaliste, ce qui s'accommode très mal avec son désir de romanesque. Plate mais moins mauvaise que par le passé (mais plate quand même), sa mise en scène ne permet pas au film de prendre de l'ampleur ou de se débarrasser, même temporairement, du lourd contexte historique qui sert de toile de fond. Reste que ces deux heures de film ne traînent pas trop en longueur, et que les spectateurs les moins exigeants pourront trouver dans Les femmes de l'ombre un spectacle pas trop stupide à défaut d'être stupéfiant.
4/10

17 nov. 2006

LE CONCILE DE PIERRE

On l'a dit maintes et maintes fois, mais il semble nécessaire de le répéter : on pense ce qu'on veut des romans de Jean-Christophe Grangé, mais il est absolument certain qu'ils n'ont pas leur place au cinéma. Après des Rivières pourpres assez moyennes, après un Empire des loups tout bonnement atroce, voici une troisième preuve à charge dans l'affaire Grangé. Bien que confié à Guillaume Nicloux, réalisateur pas toujours convaincant mais pas dénué d'un certain talent, Le concile de pierre est un ratage majeur, une abomination de première espèce qui laisse pantois.
Les intentions de Nicloux étaient pourtant louables : dégraisser le roman de ses tambours et trompettes pour n'en garder que l'essence, transformer un abracadabrant thriller de plage en un blockbuster d'auteur à forte teneur ésotérique, et injecter quelques grammes de sobriété dans un univers un peu grand guignol. Au départ, sa mise en scène feutrée donne ce qu'il faut de mystère sans s'abaisser à faire du grand spectacle (avec notamment un prologue silencieux du meilleur goût). Mais voici qu'apparaît Monica Bellucci, dont la prestation convainc une minute tout au plus. Les cheveux courts lui vont bien, mais la malheureuse débite son texte avec l'entrain d'un élève de CM2 déclamant du Paul Éluard. Autour d'elle, une galerie de personnages (mal) introduits au cours de trop nombreuses scènes d'exposition : en cinq minutes, on a parfaitement compris qui est méchant (ceux qui ont l'air gentil) et qui est un peu gentil (celui qui fronce les sourcils pour avoir l'air méchant). Après la demi-heure d'introduction, la demi-heure de montée en épingle. On a souvent pointé du doigt les adaptation de Grangé parce qu'elles étaient incompréhensibles (vu la complexité et le caractère invraisemblable des intrigues, c'est légitime). Pour y remédier, Nicloux prend bien son temps pour poser soigneusement les enjeux, à coups de longues scènes mal fagotées et de dialogues assommants. Si l'on se contrefout d'une histoire plutôt bien simplifiée mais totalement insipide (une môman adoptive au grand coeur cherche à sauver son fils enlevé par des vilains pour un sacrifice humain offrant l'immortalité), il est encore possible de se raccrocher à la mise en scène de Nicloux, qui a montré par le passé un vrai talent à capter des ambiances et à susciter le malaise.
Mais voilà qu'arrive la deuxième partie du film, une longue course-poursuite en Asie au cours de laquelle éclate une gigantesque conspiration sans intérêt. Parce que ses producteurs lui ont tapé sur l'épaule pour lui rappeler que "hé, coco, c'est quand même un blockbuster", Guillaume Nicloux tente de filmer à l'américaine, avec une telle absence de conviction qu'on a plus que jamais l'impression d'être dans un téléfilm à la française. Bellucci n'est pas plus crédible en mère dévouée qu'en Lara Croft, Catherine Deneuve se transforme en un ours vraiment très numérique avant de redevenir Catherine Deneuve, les fusillades à la con se multiplient, les méchants dévoilent le détail de leurs plans aux gentils avant de les buter (et puis, oh, zut, le gentil s'échappe), il y a même une scène de chamanisme (ou assimilé) pour faire plaisir aux lecteur de Géo, et un semblant de twist final pour ceux qui regrettent le Shyamalan d'antan... Et là, non, décidément, on ne peut plus cautionner ce Concile de pierre qui plonge aux confins du ridicule. Difficile de croire que Nicloux, metteur en scène réfléchi et sage comme pas deux, ait pu se satisfaire d'un scénario aussi vide et d'une telle escalade dans le n'importe quoi.
2/10

2 oct. 2006

LES PARTICULES ÉLÉMENTAIRES

Deuxième film adapté d'un roman de Michel Houellebecq, Les particules élémentaires fait un peu regretter Philippe Harel. Le Droopy français nous avait offert, avec Extension du domaine de la lutte, une plongée idéale dans l'univers cynique, dépressif et philosophique de l'écrivain. Il fut un temps question que Harel se charge à nouveau de l'adaptation des Particules élémentaires, mais de bêtes soucis financiers l'ont contraint à abandonner. C'est finalement l'Allemand Oskar Roehler qui a décroché la timbale. Et si le film est bourré de qualités, il y a de quoi rester dubitatif.
C'est bien simple : Roehler n'a retenu du roman de Houellebecq ni son climat sombre et glacial, ni son aspect sociologique et métaphysique. Du coup, il n'apparaît à peine réducteur de résumer le film à "c'est l'histoire de deux frères dont un baise et l'autre pas". Il y a d'une part Bruno, professeur de lettres avide de découvertes sexuelles et de lithium, et d'autre part Michael, quarante ans toujours puceau mais moins drôle que Steve Carell, préférant se consacrer à ses recherches génétiques. Pour peu qu'on ne connaisse pas le livre, on ne voit pas bien le lien entre les deux histoires, et les mésaventures tragiques du prof en chaleur prennent le pas sur la vie plate et sans saveur de son frangin.
Bizarrement, malgré l'échec de l'adaptation, Les particules élémentaires reste un film séduisant, qui décrit la solitude intérieure comme pas deux et souffle un vent de désespoir qui ressemblerait presque à un typhon. Mais s'il ne doit rester qu'une raison de découvrir le film, c'est son acteur principal. Moritz Bleibtreu, qu'on a souvent connu lourdaud, est absolument parfait dans le rôle de Bruno. Il tirerait des larmes à un bloc de marbre. Rien que pour lui, et en faisant abstraction du matériau de base, Les particules élémentaires est une vraie bizarrerie dont l'âpreté est foutrement séduisante.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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