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11 févr. 2008

ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES

Mon empire pour un navet... Dix jours et quelques millions de spectateurs (pardons, d'euros) après sa sortie, tout ou presque a été dit à propos d'Astérix aux jeux olympiques. Dès le lancement de la campagne de promotion du film, on avait de toute façon compris que le film de Langmann et Forestier n'arriverait pas à la cheville de celui d'Alain Chabat. Pire : à entendre l'insupportable fils de Claude Berri, ce troisième rendez-vous ciné des irréductibles gaulois était uniquement motivé par des envies de valises de pognon, encore et encore. Ne soyons pas naïfs : évidemment qu'un tel film doit se soucier d'être rentable. Mais quand on se moque éperdument d'une quelconque ambition cinématographique (comme par exemple tenter de faire rire le spectateur avec des gags un peu neufs), il y a de quoi être furax. Astérix aux jeux olympiques ne plait qu'aux enfants et aux gens très très idiots, ravis de voir des animaux et des gens qui se pètent la gueule. En revanche, il constitue une nouvelle fois un gigantesque foutage de gueule au budget inexpliquablement titanesque (avoue, Thomas, t'as gardé le fric pour toi) qui n'attire pas les spectateurs pour sa qualité, mais simplement par pure curiosité. Moi comme les autres. On sait que ça va être très mauvais, mais on veut le vérifier. À ses dépens.
Car rien, rien ni personne, ne peut permettre d'être un tout petit peu mesuré quant à la nullité intrinsèque de l'ensemble. Quelques beaux plans de Thierry Arbogast et quelques mimiques d'Alexandre Astier et José Garcia suffisent-elles à justifier deux heures de pur ennui ? Évidemment non. On nage en pleine médiocrité de A à Z, l'argument du film semblant avoir été imprimé sur une planche à billets, dans le mépris le plus total du spectateur. Astérix aux jeux olympiques réussit l'exploit d'être mille fois plus mauvais que le film de Claude Zidi, qui constituait un monument de franchouillardise assez puante mais tentait au moins de séduire la masse. Le film de Langmann (pourquoi citer Forestier, vague sous-fifre à peine responsable du placement de la caméra), lui, est à l'origine d'un nouveau concept : l'europouillardise. Grâce à la monnaie unique, il a engagé la fine fleur (gasp) de l'humour européen afin (je cite) de pouvoir vendre le film un peu partout et d'attirer tout le continent dans les salles. L'UE doit être contente : chaque pays a ses trois plans, et hop, la médiocrité passe les frontières sans passeport. Le défilé de guest-stars qui s'en suit est des plus pathétiques : Zidane se ridiculise à tel point que c'en est effarant, Tony Parker n'avait pas besoin de cela, Jamel livre l'un des pires numéros de sa carrière... N'en jetons plus. Chaque ligne écrite à propos de cet Astérix risque de donner envie à de nouveaux gogos d'aller se faire détrousser de 9 euros pour se faire sa propre idée du désastre. Faites confiance à ce bouche-à-oreille unanime et ne faites pas ce cadeau au sinistre Langmann.
1/10

26 mai 2007

LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON

Entrer dans la salle, son cynisme en bandoulière. Se préparer à voir un mélo lacrymal et faussement digne. Puis se faire cueillir par un film qui met une gifle aux idées préconçues. Sans être le film de l'année, Le scaphandre et le papillon est une vraie surprise, une bonne leçon infligée au spectateur désabusé. Si le film fascine, c'est d'abord par sa propension à slalomer allègrement entre les innombrables clichés inhérents à ce genre de film. Pas de grande leçon de vie prête à consommer. Pas de chantage à l'émotion (comme dans Mar adentro). Respectant la personnalité de Jean-Dominique Bauby (et sa métaphore du type normal piégé dans un scaphandre), Julian Schnabel livre un film subtil et sobre, porté par une mise en scène intelligente.
Première demi-heure en caméra subjective, où Bauby découvre sa situation et tente d'aménager sa vie intérieure. Le procédé est casse-gueule, mais il fonctionne à merveille. Pendant un temps, on EST Jean-Dominique Bauby. Et on admire l'intégrité de Schnabel, qui ne livre aucun plan de son visage pour éviter les atermoiements. Alors forcément, quand le réalisateur décide d'abandonner le subjectif et se met à filmer le visage du locked-in man, on commence par tiquer. Mais il y a une telle absence de complaisance que cela finit pourtant par devenir évident : il aurait été trop lâche de ne jamais montrer le Bauby malade tel qu'il est.
Malgré un pitch au fort potentiel lacrymal, Le scaphandre et le papillon n'est pas un mélodrame, mais une simple chronique, celle de la nouvelle "vie" d'un type pas plus sympathique que la moyenne. Bauby apparaît comme un homme cynique, assez drôle, mais finalement très tourmenté. Son monologue intérieur n'est pas un long râle de désespoir, plutôt un commentaire réaliste et parfois acide de sa condition. Entrecoupé de flashbacks très malins (sortant de l'imagination de Bauby, certains sont volontairement clichés ou outrés), ponctué de scènes bouleversantes (notamment lorsqu'apparaît Max von Sydow), le film de Schnabel est d'une sincérité rare. Il fallait un acteur de la stature de Mathieu Amalric, payant de sa personne sans se la jouer Actor's Studio, pour emmener vers les sommets ce pur concentré de beauté.
8/10
(également publié sur Écran Large)

12 mars 2007

CONTRE-ENQUÊTE

Difficile de parler de Contre-enquête sans trahir le principal. Cette première phrase elle-même est peut-être déjà de trop. Contre-enquête ressemble typiquement à un film policier français. Pas de superflics, juste des types comme vous et moi, avec une famille et des états d'âme. Bien qu'il soit policier, le héros du film (Jean Dujardin, passe-partout donc idéal) est d'abord un père de famille, ce que ne fait que renforcer l'avancée du film. Lorsque l'homme condamné pour le meurtre de sa fille lui écrit pour lui jurer son innocence, il va tout faire pour rouvrir le dossier et trouver le vrai coupable.
Bien filmé, Contre-enquête souffre d'un déroulement un peu trop planplan, façon fiction policière du vendredi soir. Sauf qu'en considérant le film dans sa totalité, en le mastiquant pour bien le digérer, il s'avère que le film vaut mieux que cela. La monotonie du milieu du film finissant par s'autojustifier, on aurait presque tendance à l'excuser. Contre-enquête bénéficie en tout cas d'un casting fort en gueules, et surtout d'un très grand acteur, Laurent Lucas, qui promène son regard bleu tordu de film en film, semant le malaise comme d'autres les miettes de pain. Il donne à son personnage, faux coupable ambigu, une profondeur insensée et un visage franchement effrayant.
On n'en dira pas plus : critiquer Contre-enquête, c'est nuire au fonctionnement d'un divertissement de bonne facture qui gagne à être découvert sans préjugé ni information supplémentaire.
6/10

8 déc. 2006

MAUVAISE FOI

Par les temps qui courent, la discrimination et le sectarisme sont des sujets malheureusement très à la mode. Alors, même s'il était difficile de douter de la bonne foi de ce Mauvaise foi, on pouvait craindre que le premier film de l'excellent Roschdy Zem ne soit qu'un message de tolérance convenu et sirupeux. Mais même s'il n'y a rien d'un chef d'oeuvre, Mauvaise foi vaut mieux que cela.
Zem et son coscénariste Pascal Elbé savent de quoi ils parlent : le premier est musulman, le second juif, et ils ont tous deux été confrontés à des situations délicates de par leur appartenance religieuse. Les deux mecs n'étant pas les derniers des ahuris, le sujet du film (un musulman et une juive vont avoir un bébé et tentent de faire accepter leur mixité à tout le monde, y compris à eux-mêmes) est traité avec une vraie délicatesse et une intelligence pratique plutôt que philosophique. Car si les intellectuels sont beaucoup parlé de la place de la religion dans la famille et de la possibilité de concilier plusieurs croyances différentes au sein d'un même foyer, tout cela ne constitue souvent qu'un débat superficiel et irréaliste. La grande qualité de Mauvaise foi, c'est de traiter un sujet pas évident avec un vrai premier degré pas dénué d'humour : comment annoncer à ses parents qu'on aime quelqu'un de "différent" ; comment faire cohabiter des traditions qui n'ont rien à voir ; comment vivre sa propre foi sans empiéter sur celle de l'autre... Et s'il ne prétend pas donner de réponse à toutes ces questions épineuses (heureusement), Roschdy Zem utilise son vécu pour montrer qu'il est possible de contourner les pièges du sectarisme. C'est souvent futé, parfois maladroit, et en tout cas assez drôle. Dans la première partie du moins, puisqu'ensuite le trait se durcit un peu, lorsque le jeune couple arrive à la conclusion qu'il n'y arrivera pas. Là, on rit moins, ou plus jaune. Jusqu'à une fin un peu irritante, qui fait naître un suspense un peu idiot avant de se terminer dans l'angélisme le plus total. C'est en même temps un autre atout du film : son optimisme à tout épreuve, son énergie communicative et son envie de croire à un monde un peu meilleur.
Si sa mise en scène a besoin de s'affirmer, Roschdy Zem démontre surtout qu'il est déjà un excellent directeur d'acteurs. Il s'est entouré de comédiens qu'il aime (outre lui-même, il y a également Pascal Elbé, JP Cassel et la mimi Leïla Bekhti). Et a choisi, pour le premier rôle féminin du film, l'actrice idéale : Cécile de France, meilleure que jamais, et vraiment très très belle. Elle achève de faire de Mauvaise foi un film malin et plaisant qui devrait trouver son public.
7/10

12 sept. 2006

FAIR PLAY

C'est fou comme les réalisateurs français sont doués pour foutre en l'air de brillantes idées de films. Bienvenue à Lionel Bailliu dans ce club pas très fermé : Fair play est un ratage à la hauteur de son formidable potentiel de départ. Sur la base de son court-métrage Squash, l'objectif de Bailliu était de pointer du doigt les rapports pervers entre les membres d'une même entreprise à travers leurs rencontres successives dans le domaine sportif.
Le film de Bailliu est en fait une succession de cinq courts métrages de durées diverses : une course improvisée en aviron, une partie de squash ultra-tendue, un parcours santé qui vire au chantage, une partie de golf menaçante et un rafting sauvage possiblement fatal. Si les intentions sont à chaque fois excellentes, la mécanique perverse de chacun des segments tourne très rapidement à vide, plombée par un côte brouillon franchement agaçant.
Rien n'est satisfaisant dans cet ersatz de film. La réalisation sale et souvent mal fichue, le montage visiblement exécuté par des novices. Pire, si chaque acteur semble être arrivé sur le tournage avec une mine d'idées pour s'approprier son personnage, c'est au choix excessif ou raté. L'exemple le plus criant est celui de Benoît Magimel, qui semble se régaler dans le rôle du beauf arriviste bedonnant et habillé n'importe comment, mais dont la prestation n'est jamais crédible. En fait, seul Éric Savin se sort d'affaire dans le rôle du boss intraitable. Des dialogues mal dégrossis (on flirte parfois avec la trivialité la plus totale) et des situations prévisibles et systématiques achèvent de faire de Fair play un jeu de massacre bien médiocre.
Pour finir de se convaincre de la vacuité de l'entreprise, il n'y a qu'à réfléchir au message délivré par le film, et en particulier par la partie rafting. Lorsque celle-ci tourne mal suite aux intempéries (entre autres), la morale délivrée par Bailliu est la suivante : dans ce genre de situation, le pire ennemi de l'homme n'est autre que lui-même. On aurait vu ça en mille millairds de fois mieux dans The descent que ça ne m'étonnerait pas.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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