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5 févr. 2009

KING GUILLAUME

Son pataud premier film, Essaye-moi, avait curieusement attendri les foules. Pierre-François Martin-Laval récidive avec ce King Guillaume aussi tendre et loufoque... et aussi inabouti, malgré de très belles idées. Le problème de Pef, c'est qu'il n'a pas renié l'époque Robin des Bois (et personne ne lui demande), mais qu'il ne donne pas non plus l'impression d'assumer son passé comique. King Guillaume est à cette image : il veut nous raconter des choses extraordinaires, ériger l'amour comme la chose la plus belle qui soit, mais il semble en permanence s'excuser d'avoir tant d'ambition, diluant chaque jolie idée dans une marée de répliques volontairement nullottes, « façon Robins des Bois ».
C'est d'autant plus dommage que le film a un côté bricolo plus réussi qu'Essaye-moi, notamment dans des décors à la fois minimalistes et inventifs, et que son côté fleur bleue est franchement touchant. Sur le moment, on oublie qu'on a déjà vu des milliers de couples amoureux à l'écran, et on ouvre grand les yeux devant la beauté simple de la romance unissant les deux personnages principaux. D'autant que ceux-ci sont interprétés avec une mesure admirable par une Florence Foresti inattendue et par un Pef aussi touchant qu'il peut l'être. Celui-a fait des progrès côté mise en scène, mais son film ressemble trop à une petite oeuvre de doux rêveur pour faire plus qu'attendrir. La prochaine fois peut-être ?
5/10

30 juin 2008

MES AMIS, MES AMOURS

Qu'attendre d'un film tiré d'un roman de Marc Lévy ? Forcément, pas grand chose. Pourtant, il restait un minimum d'espoir à l'idée de voir Lorraine Lévy (soeur de l'écrivaillon et réalisatrice du mignonnet La première fois que j'ai eu 20 ans) se charger de l'adaptation d'un bouquin dont l'atout principal est qu'il ne verse pas, comme les autres oeuvres de son auteur, dans le fantastico-guimauve. On pouvait donc espérer un sympathique film de potes, pas révolutionnaire mais au moins rafraîchissant, le divertissement parfait pour mes grands-parents un dimanche de pluie. Même pas : Mes amis Mes amours est un mauvais film, qui zigzague entre romance toute pourrie et comédie pas drôle, embarquant avec lui des acteurs qu'on aime bien mais qui font ici peine à voir.
Marc Lévy, c'est un peu l'anti roi Midas. On ne parle pas de l'aspect financier, puisque ses romans de plage lui ont sans doute permis d'amasser une fortune colossale. Non, c'est sur le versant "artistique" de la chose que la comparaison s'impose. Prenez une cinéaste en forme d'espoir, deux acteurs souvent convaincants et un genre inratable : au contact de l'univers de Lévy, ces petites choses bien réglées implosent. Effroyablement mis en scène, Mes amis Mes amours est une succession de plans clichés et totalement mal foutus, à base de gros plans bien moches et d'une image granuleuse pour faire authentique. Le montage à la hache (pas de transitions, rien, juste une juxtaposition d'images) fait le reste : ce film, c'est 0% rythme, 100% léthargie. Pour un divertissement, c'est plutôt ballot. La direction d'acteurs est à peine meilleure : Lindon est encore pire que quand il est mauvais, retrouvant ses tics d'autrefois et balutiant son jeu de bout en bout, sans doute contaminé par une Virginie Ledoyen qui n'en finit plus d'être archi-nulle. Quand elle aura fini d'avoir de beaux genoux, nul doute qu'on n'entendra plus jamais parler d'elle (vivement). Seul Pascal Elbé résiste au choc malgré un personnage taillé à la serpe, tout comme Florence Foresti dans ce qui est quasiment son meilleur rôle (mais, aussi bonne humoriste soit-elle, elle n'a jusqu'ici pas eu beaucoup de flair côté cinéma).
Difficile de blâmer des acteurs qui n'ont de toute façon rien à défendre. Les gags sont usés jusqu'à la corde, l'argument romantique part en pièces au bout de deux minutes, et les métaphores sont d'une telle mièvrerie que même Barbara Cartland doit se marrer. Tout le monde semble persuadé que filmer le vertige du personnage de Lindon (en haut d'une échelle, puis en haut d'un arbre, puis d'un autre) est une bonne façon de parler de la peur du vide, de celle obsession d'une existence bien remplie qui ronge pas mal d'entre nous. Avec un peu de finesse, ça passerait sans doute. Là, définitivement pas. La finesse n'est de toute façon pas le maître-mot d'un film qui croque Londres de façon encore plus schématique qu'une carte postale (avec, en plus, une B.O. archi-prévisible qui nous achève à intervalles réguliers) et va jusqu'à faire brusquement mourir un personnage juste pour créer un peu d'émotion (avec, à la clé, une scène d'enterrement particulièrement risible). Pour un peu, on regretterait presque Le coeur des hommes 2 qui, à défaut de faire dans la dentelle, proposait au moins quelques tranches de vies sensées sur l'amour et l'amitié virile. Ici, nada. Il faut se contenter de scènes aussi mémorables que celle où Lindon tombe amoureux de Ledoyen en apercevant sa nuque tandis qu'elle choisit scrupuleusement son Figaro du jour. Si c'est ça l'amour, mieux vaut sans doute rester tout seul. Et si c'est ça le cinéma, mieux vaut rester chez soi.
2/10

17 déc. 2007

SI C'ÉTAIT LUI...

On entend souvent dire çà et là que pour monter un film en France, il est nécessaire et suffisant de trouver une tête d'affiche susceptible d'attirer la ménagère. Si ce genre de généralité est habituellement à proscrire, des films comme Si c'était lui... tendraient presque à nous faire reconsidérer cette idée. Car mis à part son duo d'acteurs (elle, fantasme pour quinquas encravatés, et lui, roi de la varièt' au succès revolver), le film d'Anne-Marie Étienne n'a absolument rien pour lui. On passera rapidement sur la laideur téléfilmique de l'ensemble, car c'est surtout du côté du fond que le film donne des boutons.
Dans ce scénario binaire, une écrivain un peu bourge croise un beau clodo un peu paumé, et s'il leur faudra en effet plus d'une heure trente pour faire chabadabada, les étapes intermédiaires ne sentent pas vraiment la comédie romantique. Anne-Marie Étienne emprunte à Brigitte Rouän et à son Travaux son interprète principale, son hystérie BCBG, et son moralisme social, repoussant un peu plus les limites du nauséeux. C'est que, voyez-vous, les pauvres, c'est bien gentil, mais même avec le gîte et le couvert, ils trouvent encore le moyen de se plaindre. Étienne plonge la tête la première dans ce qu'elle tente si maladroitement de dénoncer, c'est-à-dire les préjugés à l'égard des mal lotis. Ça donne un film non seulement très ennuyeux, mais surtout très gênant.
Dans ces conditions, on aimerait se rabattre très vite sur le plaisir pris au contact des acteurs. Mais non. Depuis qu'elle joue autre chose que des coincées, on dirait que Carole Bouquet a forcé sur les amphétamines. Marc Lavoine n'est absolument pas crédible en clochard céleste, son joli brushing étant à peine terni par un effet "cheveux sales". Quant à Florence Foresti, elle peine décidément à trouver sa place au cinéma, livrant une prestation excessive et agaçante, semblant répéter encore et encore ses sketches télévisuels. Non, décidément, rien à sauver de ce mauvais téléfilm qui arrachera peut-être un sourire ou deux aux plus rétrogrades d'entre nous.
2/10
(également publié sur Écran Large)

22 juin 2006

DIKKENEK

Dikkenek, c'est extrêmement n'importe quoi, comme dirait JC, l'un des branquignols qui servent de héros au film. Un moment, on craint de se trouver devant une simple juxtaposition de saynettes dont l'unique credo est la belgitude. En fait, ces short cuts sont savamment reliées entre elles, et si l'argument tient sur un timbre-poste, il y a suffisamment de bouffées délirantes pour emporter l'adhésion.
Dikkenek commence sur les chapeaux de roues, avec notamment la visite d'une classe de primaire au désormais célèbre Musée des Accidentés de la Route, savant mélange d'épaves et de mauvais goût. Hilarante et franchement dégueulasse, cette séquence donne le ton d'un film qui ne recule devant rien pour faire rire.
Alors évidemment, qui dit "intrigue" éclatée dit film hétérogène. Entre les morceaux de choix se dressent quelques grands moments de solitude, qui semblent être provoqués par quelques comédiens pas à leur place (notamment Jérémie rénier et Florence Foresti). Alors on attend quelques minutes, impatient à l'idée de retrouver JC et Claudy (Jean-Luc Couchard et François Damiens), les deux belges de service dont l'accent à couper au couteau et les expressions foireuses font le sel du film. Dikkenek prouve à tout le monde que la Belgique, ce n'est pas seulement Benoît Poelvoorde. Cheveux sales, front gras, perversions en tous genres : ces deux anti-héros là ont de l'avenir. On rempilerait volontiers pour un deuxième volet. D'autant que côté charme, Dikkenek contient une pépite nommée Mélanie Laurent, petite bombe prête à tout pour s'amuser. Même à faire des photos de charme avec un poney. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus. Dikkenek défrise sévère. Et donne gravement la frite (humour).
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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