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15 sept. 2009

FrightFest 2009 : GIALLO

Il n’y a plus guère de doute possible : Dario Argento a perdu toute sa fierté. Il ne fallait déjà pas en avoir beaucoup pour nommer son dernier navet en date en référence à un genre qu’il a contribué à populariser dans les années 70. La justification du titre Giallo vaut à elle seule son pesant de cacahuètes : giallo est le mot italien pour jaune, qui en anglais se dit Yellow, qui est le sobriquet du tueur en série du film, nommé ainsi car il a la jaunisse, celle-ci étant à l’origine de sa envie de tuer de belles femmes. Giallo met en parallèle le calvaire d’un mannequin séquestré par Yellow et la course-poursuite menée par sa sœur obstinée et un inspecteur blessé par la vie. Course-poursuite est un bien grand mot : bien que les heures de la pauvre donzelle soient comptées, personne n’a l’air réellement pressé de la retrouver. Emmanuelle et Adrien préfèrent visiblement aller boire des Campari pour échanger des banalités à propos de leur passé, ou aller s’aventurer au fin fond d’un marché de poissons lorsqu’ils ont besoin de se faire traduire trois mots de japonais. C’est tellement plus classe.
Même en décrivant une à une les innombrables aberrations contenues dans ce qu’il est difficile de nommer scénario (pas d’enchaînement dramatique, aucun rebondissement, et une étrange absence de fin), il est impossible de décrire l’ampleur du massacre. Giallo surpasse aisément en nullité tous les nanars précédemment réalisés par Argento, faisant de la réplique foireuse un sacerdoce et du plan improbable un leitmotiv. Si Elsa Pataky est à peu près potable en scream queen (elle n’a pas grand-chose d’autre à faire que crier), le duo Brody – Seigner semble se livrer à un concours de surenchère dans le non-jeu. Difficile de garder son sérieux devant ce festival permanent de répliques gratinées, énoncées par l’un ou l’autre en regardant l’horizon pour se donner l’air triste. On croyait que ça n’existait que dans les parodies – et encore, les parodies peu inspirées – mais Dario est heureusement là pour remettre ce style délicieux au goût du jour.
La poilade est totale mais le mystère demeure : et si, par perversité ou par dépit, Argento avait délibérément conçu son film comme un massacre absolu, un puits de néant et de bêtise engendré pour faire perdre deux heures de leur vie à des spectateurs désireux de rire un bon coup ? Très sincèrement, on doute qu’il puisse en être autrement, tant la présence conjointe de Brody (acteur sérieux) et Seigner (actrice discutable mais souvent bien conseillée par son époux) semble indiquer qu’il n’y avait pas que de gros bœufs sans cervelle sur le plateau. Il est toujours douloureux de voir des artistes qu’on aime bien, ou qu’on a beaucoup aimés à l’époque, se fourvoyer et atteindre d’irréversibles et indépassables sommets de ridicule. Il serait donc temps qu’Argento prenne sa retraite, ou qu’il avoue enfin que ses dernières œuvres, en particulier celle-ci, n’étaient que du foutage de gueule volontaire.




Giallo de Dario Argento. 1h30.
Critique publiée sur Écran Large.

23 févr. 2009

LE CODE A CHANGÉ

Pour ce qui est sans doute son moins mauvais film, Danièle Thompson opte une nouvelle fois pour une oeuvre collective, regroupant dix personnes autour d'un dîner (la onzième roue du carrosse étant reclue dans la chambre voisine). Encore un film choral ? Oui, certes, mais Danièle et Christopher, son co-auteur de fifils, ont opté pour une construction relativement élaborée qui donnent tout son attrait au Code a changé. Si ce fameux dîner constitue la charnière du film, on en verra non seulement les préparatifs, mais également, grâce à quelques flashforwards, la situation des personnages un an après. Un concept assez malin, propice à des sommets de perversité.
Sauf que les Thompson seront toujours les Thompson, et que Le code a changé pâtit comme leurs précédents films de la platitude des personnages croqués, du schématisme des situations et de la faiblesse d'une partie des dialogues. Si le film se fait moins agaçant que les autres, c'est parce qu'il bénéficie de l'abattage d'un certain nombre d'acteurs plutôt en forme, à commencer par l'épatant duo Patrick Chesnais - Pierre Arditi dans les trois meilleures scènes du film. Le reste, c'est principalement des répliques toutes faites (les "meilleures" sont dans la bande-annonce), des situations archi rebattues (amant dans le placard et polichinelle dans le tiroir), et une sorte de faux rythme un peu lénifiant.
Au final, Thompson & Thompson s'imposent de nouveau comme le pendant foireux du duo Jaoui-Bacri : le même côté donneur de leçons, mais la profondeur et le talent en moins. Coup de grâce : il y a dans l'ensemble un côté petit-bourgeois relativement insupportable, puisque le film voudrait nous faire pleurer sur le sort des médecins, des avocats et des entrepreneurs, qui appartiennent certes aux catégories les plus à plaindre par les temps qui courent. On oubliera ce message un peu puant pour ne retenir du film que les Chesnais, Arditi, Boon, Hands et Seigner qui l'empêchent d'être totalement antipathique.
3/10

26 mai 2007

LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON

Entrer dans la salle, son cynisme en bandoulière. Se préparer à voir un mélo lacrymal et faussement digne. Puis se faire cueillir par un film qui met une gifle aux idées préconçues. Sans être le film de l'année, Le scaphandre et le papillon est une vraie surprise, une bonne leçon infligée au spectateur désabusé. Si le film fascine, c'est d'abord par sa propension à slalomer allègrement entre les innombrables clichés inhérents à ce genre de film. Pas de grande leçon de vie prête à consommer. Pas de chantage à l'émotion (comme dans Mar adentro). Respectant la personnalité de Jean-Dominique Bauby (et sa métaphore du type normal piégé dans un scaphandre), Julian Schnabel livre un film subtil et sobre, porté par une mise en scène intelligente.
Première demi-heure en caméra subjective, où Bauby découvre sa situation et tente d'aménager sa vie intérieure. Le procédé est casse-gueule, mais il fonctionne à merveille. Pendant un temps, on EST Jean-Dominique Bauby. Et on admire l'intégrité de Schnabel, qui ne livre aucun plan de son visage pour éviter les atermoiements. Alors forcément, quand le réalisateur décide d'abandonner le subjectif et se met à filmer le visage du locked-in man, on commence par tiquer. Mais il y a une telle absence de complaisance que cela finit pourtant par devenir évident : il aurait été trop lâche de ne jamais montrer le Bauby malade tel qu'il est.
Malgré un pitch au fort potentiel lacrymal, Le scaphandre et le papillon n'est pas un mélodrame, mais une simple chronique, celle de la nouvelle "vie" d'un type pas plus sympathique que la moyenne. Bauby apparaît comme un homme cynique, assez drôle, mais finalement très tourmenté. Son monologue intérieur n'est pas un long râle de désespoir, plutôt un commentaire réaliste et parfois acide de sa condition. Entrecoupé de flashbacks très malins (sortant de l'imagination de Bauby, certains sont volontairement clichés ou outrés), ponctué de scènes bouleversantes (notamment lorsqu'apparaît Max von Sydow), le film de Schnabel est d'une sincérité rare. Il fallait un acteur de la stature de Mathieu Amalric, payant de sa personne sans se la jouer Actor's Studio, pour emmener vers les sommets ce pur concentré de beauté.
8/10
(également publié sur Écran Large)

19 févr. 2007

LA MÔME

Bienvenue au musée Grévin. Vous y trouverez les statues de cire de personalités telles que Marcel Cerdan, Marlène Dietrich ou encore Edith Piaf. Pas d'âme (pas d'âme, pas d'âme), rien que de la matière inerte et jaunâtre, rongée par l'usure du temps et recouverte d'une bonne couche de poussière.
Voir La môme revient à visiter ce musée : si on ne peut nier qu'un certain savoir-faire a été mis en oeuvre, difficile d'éprouver autre chose qu'un ennui poli. Au cas où quelqu'un l'ignorerait encore (quel matraquage), Edith Piaf, c'est Marion Cotillard : grâce à une transformation physique poussée et à une préparation Actor's Studio pour pousser le mimétisme jusqu'à son paroxysme, elle parvient par moments à ne faire qu'une avec la chanteuse. Le reste du temps, elle n'est qu'un morceau de cire bien taillé, une imitatrice de talent, comme à l'époque où les émissions de Patrick Sébastien nous offraient de découvrir qui se cache sous telle ou telle star morte.
La môme est une accumulation misérabiliste de vignettes lourdement édifiantes, assemblées dans un ordre plus ou moins chronologique pour faire artiste. En vérité, cette déconstruction temporelle n'a aucun intérêt, si ce n'est de nuire à la lisibilité du film et de le rendre un peu plus racoleur. Au gré de flash-forwards insistants, Olivier Dahan entend montrer que si Piaf est morte, c'est parce qu'elle a vécu. Tiens donc? Alors, en juxtaposant des scènes excessivement noires, le réalisateur des Rivières pourpres 2 (ça calme) fait de Piaf une rock-star avec un caractère de cochon, un foie de poivrot et un penchant certain pour les seringues. Véridique? Sans doute. Problème : Dahan s'évertue à faire de cette mégère à la voix d'or une espèce de sainte. A la fin, multipliant les plans sur une Piaf démolie et agonisante, il la sanctifie comme la mère Teresa qu'elle n'est pas. Puis conclut son misérable récital par un "Je ne regrette rien" tellement beau qu'il devrait se suffire à lui-même ; mais, dans un ultime élan de démagogie, il en remet une couche sur l'extinction douloureuse de la vieille môme. Quand les lumières se rallument, le public applaudit, visiblement pas conscient qu'il vient d'être victime d'une opération de manipulation sentimentale savamment orchestrée.
Il reste de bonnes choses dans cette diabolique machine à faire chialer la ménagère : quelques seconds rôles de poids (impeccables Marc Barbé et Jean-Pierre Martins) et la beauté des chansons de Piaf. Trop peu face à la lourdeur d'un film-somme convenant mal à un réalisateur trop torturé pour être honnête.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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