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20 sept. 2008

COUP DE FOUDRE À RHODE ISLAND

Il s'en faut de peu. Trois fois rien pour que Coup de foudre à Rhode island (c'est moins bien que Dan in real life, mais mieux que Dan face à la vie, titre un temps envisagé) n'entre au panthéon des comédies mélancoliques, genre délicat s'il en est. Il est rageant de voir un film se tirer ainsi une balle dans le pied en proposant des images supra stéréotypées pour illustrer le générique de fin.
À condition de quitter la salle avant ce satané générique, Coup de foudre à Rhode island est donc un film tout à fait recommandable, voire même indispensable. Peter Hedges parvient miraculeusement à mêler à une ambiance spleenesque un bon gros zeste d'humour, faisant passer le péquin moyen du rire aux larmes en une nanoseconde. Pour y arriver, il ne pouvait qu'engager Steve Carell, qui n'a pas son pareil pour zigzaguer entre les registres. Il prolonge ici sa prestation de Little miss sunshine, mais sa déprime semble plus nuancée, et donc plus communicative. La contagion gagne d'autant plus que la femme dont il tombe inopinément amoureux n'est autre que Juliette Binoche (prononcez "Djouliet Binoc"), l'actrice la plus prolifique de 2008, et le plus admirable come-back de l'année avec une demi-douzaine de prestations magnifiques. On tombe amoureux en même temps que Dan, on vit avec lui, on se passionne pour cette histoire toute conne... C'est juste très beau. Et très drôle. Comme un automne en famille.
8/10

5 avr. 2008

DÉSENGAGEMENT

2008 est définitivement l'année Juliette Binoche. Désengagement est n'est rien de moins que le quatrième film présenté par la comédienne en moins de quatre mois. Si cette omniprésence est en partie due aux hasards de la programmation, elle s'explique également par la cote montante de l'actrice auprès de réalisateurs d'autres contrées, à la notoriété relative mais au talent reconnu. Qui d'autre qu'elle pour incarner la Ana de Désengagement, prolongement quadra du personnage incarné par Natalie Portman dans Free zone, le précédent film d'Amos Gitai ? Personne. Binoche fait partie du clan très fermé de celles qui allient classe, fougue et intellect. Et personne ne s'y trompe.
Deux parties distinctes. Premier lieu : Avignon. Loin de Gaza, futilité et perversité sont de mise. Lorsque l'héroïne et son demi-frère perdent leur père, loin d'orchestrer un deuil éploré et empathique, Gitai dresse au contraire une peinture cynique et désabusée de ce que peut représenter la perte d'un être cher lorsqu'on ne se sent plus vraiment concerné. Un univers de procédures, de courbettes hypocrites et d'insupportables attentes. La distance est au cœur de Désengagement, le metteur en scène montrant également à quel point les jugements sur l'actualité peuvent être biaisés lorsqu'on les observe à des milliers de kilomètres.
Seconde partie, direction Gaza. Là, Gitai s'érige de façon assez fine contre l'absurdité totale du drame qui s'y trame. En résumé, le conflit israélo-palestinien ne serait qu'une querelle de voisinage disproportionnée, les deux parties se disputant quelques hectares de terre. Ce constat terrible est d'autant plus fort que Désengagement en montre les conséquences sur toutes les catégories de la population (des vrais croyants aux garants de l'éducation). Utilisant comme jamais les longs plans-séquences qui caractérisent chacun de ses films, et dirigeant une Binoche proprement bouleversante car lavée de tout cynisme, Gitai offre un témoignage précieux doublé d'un drame poignant. On lui pardonnera volontiers les quelques fioritures et scènes hors de propos qui jalonnent le tout début de ce film extrêmement recommandable.
8/10
(également publié sur Écran Large)

11 mars 2008

L'HEURE D'ÉTÉ

Ne se fier ni à l'affiche, ni au titre, ni même au premier quart d'heure du film : L'heure d'été n'est pas une énième comédie douce-amère sur une famille décomposée se retrouvant dans une maison de campagne pour faire le point. Sous des apparences gravement trompeuses, le nouveau Assayas (son premier en France depuis Les destinées sentimentales) révèle un tempérament et une atmosphère unique. Étiré dans le temps, proposant des petits moments de vie moins anecdotiques qu'ils n'en ont l'air, effectuant des transitions par le biais de fondus au noir très sobres, le film est une réflexion sur l'art, son utilité éventuelle, son rôle certain, sa place dans l'existence de chacun. Et un constat désabusé sur l'éclatement de l'unité familiale et la délocalisation des coeurs. Seul un auteur de cette trempe pouvait y parvenir.
Il faut donc passer outre un début de film un brin conventionnel, qui établit de façon légèrement voyante les liens unissant les différents membres de cette famille. C'est ensuite, une fois survenue la disparition de la doyenne, que L'heure d'été trouve son équilibre. Assayas filme cette maison si encombrée de trésors comme il dépeint les trois membres de la fratrie, qui peinent à se débarrasser de ce passé trop lourd pour eux. Mille petits détails entretiennent l'émotion palpable et empreinte de dignité qui pèse sur le film. La visite d'experts en art, émerveillés par les innombrables objets d'art accumulés par la défunte comme autant de souvenirs d'une vie des plus riches, est une petite merveille. Tout comme le week-end festif donné par les ados dans cette maison dépossédée de son esprit. Au prix d'une remarquable économie de mots, Assayas orchestre un poème nostalgique et un peu grave qui enjoint chacun d'entre nous à réfléchir sur sa propre condition ainsi que sur le regard qu'il porte sur les autres. Un grand film minimaliste, comme le cinéma français nous en offre trop peu. N'y voir qu'un contrepied pris par le réalisateur pour filer à des lieues du côté un peu hype de ses derniers (et excellents) films serait une insulte. En revanche, il convient de constater qu'il est aussi doué dans tous les registres, aussi opposés soient-ils. Cela mérite une admiration sans bornes.
8/10

22 févr. 2008

PARIS

Dans une scène de Paris, l'historien incarné par Fabrice Luchini explique que le secret de la capitale française repose sur un mélange complexe d'ancien et de moderne. Un constat qui s'applique parfaitement au film de Cédric Klapisch, auteur-réalisateur quadra aspirant à tourner des films plus matures mais ne parvenant pas vraiment à quitter l'adolescence. Comme toutes ses œuvres précédentes, Paris livre un message profondément candide et naïf, profitant d'un conséquent capital séduction pour tenter de toucher le plus grand nombre.
Il faut dire que Klapisch sait y faire, lui qui nous offre de sympathiques films générationnels (un terme qui ne veut plus rien dire) depuis une petite quinzaine d'années (écartons cependant les infâmes Poupées russes) : Paris, c'est 2h10, et pas une seconde d'ennui. Les scènes s'enchaînent vite et bien, dans un ordre pouvant parfois sembler aléatoire, avec au minimum un bon mot ou un beau sentiment par minute. C'est souvent réussi mais presque trop facile : le film durerait cinq heures que personne ou presque ne s'en plaindrait (sauf à cause d'une envie de pipi ou d'une pénurie de pop-corn). Toujours chien fou malgré les années qui passent, Klapisch ne s'encombre d'aucun fil rouge et multiplie les personnages, les points de vue, les évènements avec cette envie latente d'en montrer plus pour gagner plus. C'est souvent le mal des jeunes réalisateurs, qui tentent de "tout" mettre dans leur premier film, quitte à ce que celui-ci explose sous son propre poids. Le problème, c'est que Klapisch n'est plus un novice, et qu'il devient fatigant de l'entendre à chaque film parler de ses difficultés de montage dues à son trop plein d'idées et d'images.
Ça donne un film fourre-tout, entre deux âges, forcément attachant parce que bien troussé, mais manquant désespérément d'unité et de profondeur. L'ambition de l'auteur de dépeindre Paris à travers une poignée d'habitants était chose louable ; hélas, ce patchwork ressemble davantage à un catalogue qu'à un état des lieux. Allez hop, un clodo et un immigré pour ne pas être accusé d'embourgeoisement ; zou, quatre femmes du monde fricotant avec des maraîchers et des poissonniers de Rungis pour bien montrer que Paris est une grande communauté sans clivages. Bertrand Delanoé doit être content : il a trouvé en Klapisch le cinéaste parfait pour remplacer Luc Besson lors de la prochaine course aux jeux olympiques.
Il y a deux ans, le Selon Charlie de Nicole Garcia était vilipendé (à tort) car trop fuyant, trop choral, sans réel but. Paris souffre des ces maux-là, habilement dissimulés derrière une sympathie ambiante. Ne nous sont livrés que des embryons d'histoires et de personnages, souvent éclipsés par quelques évènements qui dramatisent l'ensemble de façon excessive et totalement artificielle (cf. le personnage interprété par Julie Ferrier). À trop vouloir faire, dire, montrer, Klapisch sacrifie quelques éléments essentiels au détriment d'autres qui le sont moins. En résulte l'impression d'être passé à côté de certains acteurs (Cluzet, Viard, sans doute sacrifiés au montage) au détriment par exemple d'un Romain Duris dont les dernières prestations klapischiennes sont de plus en plus téléphonées et empreintes d'intentions flagrantes. L'heure semble venue pour Cédric Klapisch et son acteur fétiche de se remettre un peu en question et de se demander combien de temps et combien de films ils vont encore pouvoir tenir avant de sombrer dans la médiocrité la plus totale.
5/10

18 févr. 2008

LE VOYAGE DU BALLON ROUGE

Que les fans à barbe du Ballon rouge ne s'insurgent pas : Hou-hsiao Hsien n'entend pas réaliser un remake du film d'Albert Lamorisse. Simplement de glisser sur l'aspect merveilleux et mystérieux d'un film qui marqua plus d'un jeune spectateur. Pour le reste, HHH signe un film assez étrange, aussi parisianiste que les précédents étaient sinophiles, typiquement le genre d'oeuvre d'auteur qui fait fuir, mais avec un charme gros comme ça.
C'est l'histoire... d'une jolie femme un peu trop blondasse qui prépare un spectacle de marionnettes, de son fils un peu ailleurs, d'une baby-sitter venue de Chine et projetant, elle, de réaliser un nouveau film sur le thème du ballon rouge. Trois personnages qui vivent leur vie et déambulent à leur rythme dans un Paris débarrassé de ses clichés, comme une réponse moins exhaustive mais plus sincère au catalogue de Cédric Klapisch. Juliette Binoche s'amuse comme une folle dans le rôle de cette femme un peu enfant, vivant au jour le jour jusqu'à ne plus en être capable. Elle est l'essence même d'un film simple, beau et parfois un peu chiant, certes. Deux heures d'un non-spectacle charmant et sans but, parenthèse idéale entre deux films plus graves pour un Hou Hsiao-hsien qu'on espère revoir bientôt en France.
7/10

15 mars 2007

PAR EFFRACTION

Anthony Minghella, cinéaste classique, livre enfin un projet personnel. Inspiré d'évènements qu'il a plus ou moins vécus, Par effraction révèle chez lui une sincérité insoupçonnée et une vraie perosnnalité.
Il y a bien sûr dans cette histoire d'architecte prenant en compassion ses cambrioleurs une bonne dose de bons sentiments et un côté un peu dur à avaler, mais à condition d'accepter le postulat, Par effraction est finalement un beau film, au sens où l'entendent la plupart des gens. Bien filmé, bien joué, bien écrit, pas chiant. Ça, c'est de la critique. Bourré de vrais moments de cinéma, agrémenté de personnages solides et souvent complexes, le film parvient à créer une atmosphère étrange qui rend l'intrigue bien secondaire. Des tas de micro-histoires ponctuent le film, et n'ont l'air de rien ; pourtant, elles participent activement à la déclassification d'un film un peu guindé mais très appréciable. Par effraction, c'est aussi la confirmation du fait que Jude Law n'est pas qu'une très belle gueule. Sans cesse sur le fil du rasoir, il perturbe chaque scène potentiellement tranquille. Qu'on n'oublie pas le reste du casting, à commencer par Vera Farmiga, peu présente mais vraiment marquante. C'est sans doute parce qu'il nous vient d'un réalisateur dont on n'attendait pas grand chose, mais Par effraction est en tout cas une jolie surprise.
7/10

12 sept. 2006

QUELQUES JOURS EN SEPTEMBRE

Au début, on ne comprend pas bien qui sont tous ces personnages, quelles sont leurs relations et ce qu'ils foutent là. C'est la caution film d'espionnage. Il y a une femme, Irène, qui doit bientôt retrouver un certain Elliot, pris au coeur de secrets diplomatiques d'une gravité sans nom (petit indice : le film se déroule début septembre 2001). Accompagnée des deux enfants d'Elliot, Irène se rend bientôt à Venise en attendant qu'il la contacte. Pas gagné, d'autant qu'un vilain tueur en perpétuelle analyse cherche à buter le monsieur. L'imbroglio d'espionnage n'ira pas beaucoup plus loin : Quelques jours en septembre est d'abord un film de dialogues, un drôle d'objet mêlant intime, burlesque et thriller. Santiago Amigorena, scénariste chevronné et écrivain reconnu, est un fin lettré et il le montre : multiples références littéraires (une profusion de poètes est citée), tirades enflammées... et bavardages incessants. Car on le constate très vite : le film d'Amigorena parle trop, tout le temps, à tel point que c'en est fatigant. D'autant que les personnages enfilent souvent les généralités, que ce soit sur les Américains ou les Français. Si c'est volontaire, alors c'est maladroit. Sinon, c'est assez con.
Quoi qu'on dise de Quelques jours en septembre, cela peut se résumer par "oui mais". Le casting est admirable mais pas forcément dirigé comme il faudrait (John Turturro agace et Sara Forestier est surtout concentrée sur son anglais alors qu'on la sent en progrès). Le film est bourré de plans vraiment beaux, mais la mise en scène agace par trop de maniérisme (flous à outrance, mouvements de caméra poseurs). Et caetera.
Pourtant, par moments, le film trouve son rythme. Paradoxalement, c'est dans les moments de creux qu'il est le plus excitant. L'attente d'Irène (excellente Binoche) à Venise avec ses deux jeunes compagnons, faite de balades tranquilles et de bonnes bouteilles de vin, possède un vrai charme. Pourtant, on sent que ce n'est pas ce qui importe à Amigorena. Et quand arrive le 10 septembre, jour où les liens se délient (et veille de...), on est franchement emmerdé se replonger dans une intrigue vaguement politique à laquelle on avait tout compris depuis un bout de temps. La prochaine fois, pour séduire plus franchement, Amigorena devra moins s'éparpiller entre tous les genres qu'il affectionne. Avoir le cul entre mille chaises est une chose fichtrement douloureuse.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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