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3 juil. 2009

JAFFA

En 2004, Keren Yedaya nous offrait Mon trésor, petite merveille avec déjà Ronit Elkabetz et Dana Ivgy dans le rôle d'une mère et sa fille. Autant dire que les nombreux spectateurs bouleversés par ce petit miracle attendaient comme une bénédiction le nouveau film de la réalisatrice, qui ne retrouve malheureusement jamais la grâce de son premier long. Jaffa est pétri d'imperfections et de ficelles un peu voyantes qui l'empêchent de prendre son envol. Premier écueil : la construction. Sous couvert de description de la mésentente entre israéliens et palestiniens, Yedaya met une cinquantaine de minutes à installer son sujet, à situer les personnages les uns par rapport aux autres. Et tout ça pour quoi ? Pour aboutir au trauma de milieu de film, celui qui mènera à la partie la plus intéressante du film. Sans trop en raconter, cette seconde moitié parle de transmission, de non-dits, de culpabilité, avec la possibilité pour la cinéaste de filmer des face-à-faces moralement éprouvants.
Mais voilà : d'un bout à l'autre, le film se contente de rester à la surface des choses, racontant les évènements sans jamais s'y impliquer, comme on relaterait des faits divers. Et les rares moments d'émotion semblent bien maladroits, jamais dans le tempo, avec trop de pleurnicheries ou pas assez. On se désintéresse progressivement de cette histoire dépourvue de chair et de passion qui pâtit en outre de la faiblesse de l'interprétation des jeunes comédiens. Les deux amants maudits de l'affiche sont en effet d'une rare transparence, et c'est bien gênant lorsqu'il s'agit d'insuffler un élan tragique à un film.
Tout n'est pas mauvais pour autant dans ce petit drame certes assez prévisible : Ronit Elkabetz est une nouvelle fois magnifique en mère courage qui voit malheureusement sa famille lui échapper. Et Keren Yedaya excelle à donner du corps à cette ville de Jaffa, théâtre fermé de ce drame façon Roméo et Juliette décentralisé en Israël. Enfin, même si les choix effectués par l'héroïne sont assez discutables, c'est parce que le scénario n'hésite pas à prendre parti, à faire des choix bien marqués au lieu de jouer la tiédeur et le consensus. Insuffisant cependant pour rendre l'ensemble réellement convaincant, ce qui ne doit pas empêcher de continuer à suivre cette jeune réalisatrice capable de faire des merveilles.




Jaffa de Keren Yedaya. 1h45. Sortie : 10/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Tadah ! blog.

5 avr. 2008

DÉSENGAGEMENT

2008 est définitivement l'année Juliette Binoche. Désengagement est n'est rien de moins que le quatrième film présenté par la comédienne en moins de quatre mois. Si cette omniprésence est en partie due aux hasards de la programmation, elle s'explique également par la cote montante de l'actrice auprès de réalisateurs d'autres contrées, à la notoriété relative mais au talent reconnu. Qui d'autre qu'elle pour incarner la Ana de Désengagement, prolongement quadra du personnage incarné par Natalie Portman dans Free zone, le précédent film d'Amos Gitai ? Personne. Binoche fait partie du clan très fermé de celles qui allient classe, fougue et intellect. Et personne ne s'y trompe.
Deux parties distinctes. Premier lieu : Avignon. Loin de Gaza, futilité et perversité sont de mise. Lorsque l'héroïne et son demi-frère perdent leur père, loin d'orchestrer un deuil éploré et empathique, Gitai dresse au contraire une peinture cynique et désabusée de ce que peut représenter la perte d'un être cher lorsqu'on ne se sent plus vraiment concerné. Un univers de procédures, de courbettes hypocrites et d'insupportables attentes. La distance est au cœur de Désengagement, le metteur en scène montrant également à quel point les jugements sur l'actualité peuvent être biaisés lorsqu'on les observe à des milliers de kilomètres.
Seconde partie, direction Gaza. Là, Gitai s'érige de façon assez fine contre l'absurdité totale du drame qui s'y trame. En résumé, le conflit israélo-palestinien ne serait qu'une querelle de voisinage disproportionnée, les deux parties se disputant quelques hectares de terre. Ce constat terrible est d'autant plus fort que Désengagement en montre les conséquences sur toutes les catégories de la population (des vrais croyants aux garants de l'éducation). Utilisant comme jamais les longs plans-séquences qui caractérisent chacun de ses films, et dirigeant une Binoche proprement bouleversante car lavée de tout cynisme, Gitai offre un témoignage précieux doublé d'un drame poignant. On lui pardonnera volontiers les quelques fioritures et scènes hors de propos qui jalonnent le tout début de ce film extrêmement recommandable.
8/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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