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20 sept. 2008

COUP DE FOUDRE À RHODE ISLAND

Il s'en faut de peu. Trois fois rien pour que Coup de foudre à Rhode island (c'est moins bien que Dan in real life, mais mieux que Dan face à la vie, titre un temps envisagé) n'entre au panthéon des comédies mélancoliques, genre délicat s'il en est. Il est rageant de voir un film se tirer ainsi une balle dans le pied en proposant des images supra stéréotypées pour illustrer le générique de fin.
À condition de quitter la salle avant ce satané générique, Coup de foudre à Rhode island est donc un film tout à fait recommandable, voire même indispensable. Peter Hedges parvient miraculeusement à mêler à une ambiance spleenesque un bon gros zeste d'humour, faisant passer le péquin moyen du rire aux larmes en une nanoseconde. Pour y arriver, il ne pouvait qu'engager Steve Carell, qui n'a pas son pareil pour zigzaguer entre les registres. Il prolonge ici sa prestation de Little miss sunshine, mais sa déprime semble plus nuancée, et donc plus communicative. La contagion gagne d'autant plus que la femme dont il tombe inopinément amoureux n'est autre que Juliette Binoche (prononcez "Djouliet Binoc"), l'actrice la plus prolifique de 2008, et le plus admirable come-back de l'année avec une demi-douzaine de prestations magnifiques. On tombe amoureux en même temps que Dan, on vit avec lui, on se passionne pour cette histoire toute conne... C'est juste très beau. Et très drôle. Comme un automne en famille.
8/10

9 sept. 2008

MAX LA MENACE

L'humour con, ça passe ou ça casse. Tout dépend du rythme insufflé, du degré de vulgarité, et de la qualité du ou des interprètes. Sachant que Max la menace est mené par Steve Carell, le pari est à moitié gagné d'avance. Qu'il se plante lui-même des flèches microscopiques dans le visage ou qu'il se fasse rouler sur les pieds par un chariot, ce type est hilarant et redonne de l'éclat aux gags les plus éculés. Le film de Peter Segal est un enchainement sans temps mort (ou presque) de situations stupides, un déferlement de grands moments de solitude et de terribles instants de ridicule, transcendés par un Carell qui se régale et nous ravit. Voilà une comédie familiale (mais avec de vraies fesses) qui ne recule devant aucun type d'humour pour parvenir à ses fins. Qu'il soit finement british, délicieusement non-sensique ou à base de vomi, Max la menace fait rire, et c'est évidemment le principal.
Les amateurs de la série d'origine peineront sans doute à retrouver cet univers qui leur plaisait tant, mais oublieront rapidement leurs attentes premières pour mieux se délecter de ce spectacle souvent jubilatoire, où même les gags ratés finissent par devenir attachants. Grâce soit rendue aux partenaires de Carell, qui arrivent à exister et à tirer brillamment la couverture à eux. Anne Hathaway dévoile une nouvelle facette de son talent (car elle en a), The Rock s'amuse avec les stéréotypes du grand baraqué (ne lui confiez jamais d'agrafeuse), Alan Arkin et Terence Stamp semblent être retombés en enfance. Ça procure un plaisir fou.
On pourra évidemment faire la grimace devant la mise en scène gloubiboulga de Peter Segal, qui choisit des angles improbables et peine à donner du liant à certaines scènes de simili-action. Mais avec un brin de mauvaise foi et/ou d'envie, on pourra finalement considérer que cette réalisation en forme de n'importe quoi sert le film, renforçant son aspect "parodie de James Bond" (certaines aventures de 007 sont aussi mal filmées que cela). Au final, Segal transcende le kitsch et le rétro d'un film qui remplit idéalement ses objectifs de détente des zygomatiques.
7/10

27 août 2007

EVAN TOUT-PUISSANT

En une scène de Bruce tout-puissant, un inconnu nommé Steve Carell parvenait à voler la vedette à Jim Carrey, dans le rôle d'un présentateur se mettant soudain à balbutier. Avec toujours beaucoup de suite dans les idées, Tom Shadyac et Steve Oedekerk se sont dit qu'une sorte de spin-off autour de son personnage d'Evan Baxter serait un carton assuré. Raté. Budget titanesque, box-office miteux : Evan tout-puissant souffre de la mégalomanie paresseuse des deux congénères. Très ambitieux sur le papier, le film n'est finalement qu'une bête chronique outrageusement religieuse, une comédie dont chaque gag aurait été remplacé par une phrase de l'Évangile.
Ce n'est pas l'échec des situations comiques qui navre, mais bel et bien l'absence total d'humour. Contre ce film tout plat, on aurait volontiers échangé une pelletée de gags ratés et de répliques foireuses. Mais non : trop concentré sur son projet pharaonique (l'air de rien, il s'agit de l'une des comédies les plus chères de l'histoire), Tom Shadyac oublie totalement qu'il a un public à régaler. Dans ces conditions, Steve Carell fait ce qu'il peut, mais ses grimaces outrancières ne sont que peu de chose. Trop sérieux dans le rôle d'un Noé new-age, désespéré et moqué par tous, il rendrait presque Evan tout-puissant complètement déprimant. C'est de toute façon le cas : plombé par un prosélytisme catho pour le moins insupportable, le film finit par mêler l'ennui et l'agacement. On attendait au minimum un divertissement sympathique : c'est à une initiation au cathéchisme qu'on assiste.
4/10

6 oct. 2006

LITTLE MISS SUNSHINE

Une critique dithyrambique, un bouche-à-oreille conquérant : c'est avec une envie dévorante que l'on découvre ce Little miss sunshine, dernier succès en date de la comédie indépendante américaine. C'est sans doute parce que l'effet de surprise est un peu passé que le début du film déçoit : si les personnages-archétypes sont attirants, le duo de réalisateurs peine à donner du rythme et de la conviction au film. Plus tristoune qu'autre chose, Little miss sunshine n'offre pas vraiment de quoi se taper sur les cuisses.
Et puis le combi Volkswagen connaît des ratés, et puis le voyage se poursuit, et peu à peu, la sauce commence à monter. Parmi une ribambelle de comédiens délicieux, c'est Steve Carell qui tire largement son épingle du jeu, épatant en spécialiste de Proust suicidaire et désabusé. Une fois que les personnages ont enfin assumé le fait de n'être qu'une bande de gros nullards et cessent de se lamenter sur leur sort, on a enfin envie de les aimer, et c'est formidable. Les gags sont discrets mais délectables, bien mis en valeur par une mise en scène posée et un montage qui prend son temps. Et lorsque l'on arrive enfin au concours de Little Miss Sunshine (malgré l'embrayage pourri et ce klaxon à pisser de rire), il reste une demi-heure d'anthologie, où les zygomatiques se lâchent et où l'émotion est palpable sans être outrancière. On quitte les personnages avec tristesse, en regrettant surtout que la folie furieuse des trente dernières minutes ne se soit pas emparée du film bien plus tôt : Little miss sunshine aurait alors mérité à 100% son titre officieux de bijou indé de l'année.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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