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17 oct. 2008

TONNERRE SOUS LES TROPIQUES

Ça n'est pas vraiment une découverte : les blockbusters d'aujourd'hui sont devenur de véritables produits marketing, qui font l'objet dès leur écriture d'une conception mercantile. Il faut songer aux contenus du futur DVD, aux éventuels produits dérivés, aux featurettes promotionnelles... Tonnerre sous les tropiques raille ce principe, mais tombe malheureusement la tête la première dans ce qu'il dénonce. C'est qu'il faut être aveugle ou dépourvu de connexion Internet pour avoir réussi à échapper aux fausses bandes-annonces, aux courts-métrages publicitaires et aux versions longues du film dans le film. En résultent plusieurs réactions possibles : les uns, consommateurs dans l'âme ou gros curieux, ont l'impression d'avoir vu le film avant même d'être entrés dans la salle, tandis que les autres, raisonnables ou concentrés sur le film lui-même, en sortent avec l'impression d'avoir raté une partie de la blague. Un effet désastreux pour un film difficile à juger pour lui-même, tant il semble n'être que l'une des parties d'un grand tout.
Mais il y a tout de même cent dix minutes de pelloche, et de quoi se mettre sous la dent. L'auteur de ces lignes faisant partie de ceux qui fuient comme la peste les bandes-annonces et autres vidéo promotionnelles, il a goûté avec joie les faux trailers qui ouvrent le film (tandis que d'autres, qui les avaient déjà vus vingt fois, attendaient patiemment la suite). Avec joie, mais pas avec hilarité : Stiller et son coscénariste Justin Theroux (meilleur acteur qu'auteur) parodient allègrement quelques genres, sans aller cependant jusqu'au bout de leurs délires. Dès son prologue, Tonnerre sous les tropiques annonce la couleur : ce sera un film frustrant, un giga brouillon à 92 millions de dollars, épisodiquement drôle mais jamais vraiment convaincant. Une fois encore, on a l'impression d'assister à une sorte de gros résumé du film, la version longue et drôle étant réservée à l'édition colelctor du DVD. Ainsi donc, l'idée de plonger une bande d'acteurs dans un lieu où la guerre fait réellement rage a quelque chose de brillant et excitant. Bien dosés, le comique et le doux-amer forment souvent une alliance de choix. Cela donne en effet quelques moments délicieusement cruels, bien menés par un Stiller qui s'est réservé les meilleurs morceaux du film. Car ses compères ne sont pas aussi bien servis : Robert Downey Jr. est génial en acteur modèle (et néo-black), mais il n'a finalement pas grand chose à défendre ; pire, Jack Black en est réduit à se rouler par terre pour montrer qu'il supporte mal son sevrage, et ce en boucle pendant une bonne partie du film. On attendait un trio de choc, et on ne récolte que les miettes.
C'est finalement du côté des troisièmes rôles qu'il faut chercher : chacune des apparitions de Tom Cruise est un régal, et Nick Nolte n'est pas mal non plus dans un genre qu'il a rarement abordé dans sa sombre carrière. Mais l'hétérogénéité amplifie l'impression de morcellement donnée par Tonnerre sous les tropiques : c'est un enchaînement de vignettes, de qualité très variable, plus que l'Apocalypse now dopé au gaz hilarant qui nous était promis depuis des lustres. On en ressort de bonne humeur, mais pas aussi grisé que prévu, avec l'envie tout de même d'aller se bâfrer de tout le matériel promotionnel proposé actuellement sur le net comme sur le DVD.
5/10

12 sept. 2006

QUELQUES JOURS EN SEPTEMBRE

Au début, on ne comprend pas bien qui sont tous ces personnages, quelles sont leurs relations et ce qu'ils foutent là. C'est la caution film d'espionnage. Il y a une femme, Irène, qui doit bientôt retrouver un certain Elliot, pris au coeur de secrets diplomatiques d'une gravité sans nom (petit indice : le film se déroule début septembre 2001). Accompagnée des deux enfants d'Elliot, Irène se rend bientôt à Venise en attendant qu'il la contacte. Pas gagné, d'autant qu'un vilain tueur en perpétuelle analyse cherche à buter le monsieur. L'imbroglio d'espionnage n'ira pas beaucoup plus loin : Quelques jours en septembre est d'abord un film de dialogues, un drôle d'objet mêlant intime, burlesque et thriller. Santiago Amigorena, scénariste chevronné et écrivain reconnu, est un fin lettré et il le montre : multiples références littéraires (une profusion de poètes est citée), tirades enflammées... et bavardages incessants. Car on le constate très vite : le film d'Amigorena parle trop, tout le temps, à tel point que c'en est fatigant. D'autant que les personnages enfilent souvent les généralités, que ce soit sur les Américains ou les Français. Si c'est volontaire, alors c'est maladroit. Sinon, c'est assez con.
Quoi qu'on dise de Quelques jours en septembre, cela peut se résumer par "oui mais". Le casting est admirable mais pas forcément dirigé comme il faudrait (John Turturro agace et Sara Forestier est surtout concentrée sur son anglais alors qu'on la sent en progrès). Le film est bourré de plans vraiment beaux, mais la mise en scène agace par trop de maniérisme (flous à outrance, mouvements de caméra poseurs). Et caetera.
Pourtant, par moments, le film trouve son rythme. Paradoxalement, c'est dans les moments de creux qu'il est le plus excitant. L'attente d'Irène (excellente Binoche) à Venise avec ses deux jeunes compagnons, faite de balades tranquilles et de bonnes bouteilles de vin, possède un vrai charme. Pourtant, on sent que ce n'est pas ce qui importe à Amigorena. Et quand arrive le 10 septembre, jour où les liens se délient (et veille de...), on est franchement emmerdé se replonger dans une intrigue vaguement politique à laquelle on avait tout compris depuis un bout de temps. La prochaine fois, pour séduire plus franchement, Amigorena devra moins s'éparpiller entre tous les genres qu'il affectionne. Avoir le cul entre mille chaises est une chose fichtrement douloureuse.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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