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4 juin 2008

JCVD

Après Johnny Hallyday, John Malkovich et quelques autres, c'est au tour de Jean-Claude Van Damme de se voir consacrer (ou pas) un film. JCVD, ce n'est évidemment pas une biographie / hagiographie d'un acteur belge, prolifique et souvent raillé, mais un film un peu concept (quoique pas tant que ça), qui donne à le voir sous un autre angle, pour en faire autre chose qu'une montagne de biscotos balançant des aware à chaque phrase. On le sait depuis le prometteur Virgil, Mabrouk el Mechri est doué, et ne cède ni à la facilité ("allez, tiens, faisons un film avec Van Damme dans son propre rôle, je vous écris un scénar sur un coin de nappe, et hop") ni aux ravages de l'arty-ficelles (non, pas de faute de frappe) et de la métaphysique pour enfants de douze ans.
JCVD, c'est d'abord un film de genres, qui n'a pas peur de se détourner d'un pitch forcément réducteur pour aller s'intéresser à d'autres personnages qu'à Van Damme et lorgner du côté du film noir (prise d'otages, rançon et tout l'attirail). C'est forcément un peu décevant, puisqu'on attendait un film-concept braqué plein feux sur l'acteur alors qu'au final ce n'est pas ça du tout. Mais ça permet au film de ne pas rester prisonnier de son idée de départ. Si quelques digressions ou partis pris peuvent légitimement agacer, el Mechri fait preuve d'une vraie faim de cinéma et livre un portrait vibrant d'un Van Damme jamais vu. Il fait l'acteur, et il le fait bien. Parfois, il est presque beau. Il respire la sincérité. Et emporte allègrement la plus belle scène du film, confession aérienne que seul un grand voltigeur pouvait réussir. Un monologue qui respire l'émotion et file la chair de poule. Rien que pour cette belle et longue scène, JCVD vaut le coup d'oeil.
On aurait tout de même aimé que le film aille un peu plus loin, qu'il gaspille un peu moins son énergie dans le récit de ce braquage foireux dans lequel Van Damme finit par s'abîmer. Difficile de saisir pourquoi el Mechri tient tant à nous faire revivre certaines scènes sous plusieurs points de vue différents. Cela n'apporte quasiment rien, si ce n'est de très beaux plans-séquences, souvent discrets, toujours maîtrisés. Bien qu'un peu frustrant et manquant un peu de profondeur, JCVD est un beau film, tant par son propos feutré que par l'étonnante atmosphère (visuelle notamment, avec ce vrai-faux sepia très réussi) qu'il parvient à distiller. Souhaitons que cela relance la carrière de JC et qu'il revienne bien vite vers ses fans avec de multiples direct-to-video dans lesquels il tatannera la gueule de méchants soviétiques ou d'indochinois voraces.
6/10

3 mars 2008

BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS

Comme disait Enrico Macias, les gens du Nord ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors. Attirant en masse les français de tous horizons, Bienvenue chez les ch'tis vient confirmer le ver devenu adage en rendant hommage aux habitants d'une région bien moins froide que ce que dit la légende. Que ceux qui n'ont pas encore vu le film, harassés par la marée chtimi qui s'empare du pays, ne prennent pas peur et aillent voir cette comédie très populaire et assez drôle, qui rehausse sacrément le niveau d'un genre qui fait des euros mais pas d'étincelles, d'Astérix à Disco. Dany Boon connaît évidemment son sujet sur le bout des doigts, et livre une déclaration enflammée à sa terre natale. Et ça marche.
Bienvenue chez les ch'tis est à l'image du peuple qu'il salue : simple, sincère, et drôle à défaut d'être toujours hilarant. Après une première vingtaine de minutes recensant de façon un peu systématique tous les clichés déversés par les sudistes (c'est-à-dire ceux qui habitent en dessous d'Amiens), le film trouve sa pleine énergie lorsque le héros (Kad, à l'aise) débarque dans ch'Nord pour ce qu'il pense être un chemin de croix de deux ans, lui qui va si rapidement s'attacher et manger de la carbonade, boire plein de bière et appeler tout le monde biloute. Pas ou peu d'intrigue ? Pas grave : le scénario empile plutôt adroitement les situations de façon à ce que Bienvenue chez les ch'tis ne ressemble jamais à un simple enchaînement de sketches. Le film a même tendance à se bonifier bobine après bobine, notamment à l'occasion de deux séquences en passe de devenir cultes : une tournée à vélo pour distribuer le courrier, et une mise en oeuvre de tous les stéréotypes sur le Nord-Pas-de-Calais, où les autochtones s'amusent à jouer avec leur propre image.
Et tant pis si le rythme n'est pas toujours parfait ou si quelques acteurs peinent à se faire passer pour des chtis : Bienvenue chez les ch'tis remplit bien son rôle de comédie familiale, méritant amplement l'immense vague d'adhésion et de sympathie qui s'est créée en une dizaine de jours. Dany Boon est désormais attendu de pied ferme partout en France, mais son troisième film pourra-t-il être aussi fédérateur que celui-ci ? Pas sûr. Pourtant, s'il parveitn à trouver des sujets accrocheurs et à poursuivre avec la même envie et la même sincérité, il pourrait bien finir sur les traces d'auteurs populaires comme Gérard Oury. À suivre...
7/10

22 févr. 2008

PARIS

Dans une scène de Paris, l'historien incarné par Fabrice Luchini explique que le secret de la capitale française repose sur un mélange complexe d'ancien et de moderne. Un constat qui s'applique parfaitement au film de Cédric Klapisch, auteur-réalisateur quadra aspirant à tourner des films plus matures mais ne parvenant pas vraiment à quitter l'adolescence. Comme toutes ses œuvres précédentes, Paris livre un message profondément candide et naïf, profitant d'un conséquent capital séduction pour tenter de toucher le plus grand nombre.
Il faut dire que Klapisch sait y faire, lui qui nous offre de sympathiques films générationnels (un terme qui ne veut plus rien dire) depuis une petite quinzaine d'années (écartons cependant les infâmes Poupées russes) : Paris, c'est 2h10, et pas une seconde d'ennui. Les scènes s'enchaînent vite et bien, dans un ordre pouvant parfois sembler aléatoire, avec au minimum un bon mot ou un beau sentiment par minute. C'est souvent réussi mais presque trop facile : le film durerait cinq heures que personne ou presque ne s'en plaindrait (sauf à cause d'une envie de pipi ou d'une pénurie de pop-corn). Toujours chien fou malgré les années qui passent, Klapisch ne s'encombre d'aucun fil rouge et multiplie les personnages, les points de vue, les évènements avec cette envie latente d'en montrer plus pour gagner plus. C'est souvent le mal des jeunes réalisateurs, qui tentent de "tout" mettre dans leur premier film, quitte à ce que celui-ci explose sous son propre poids. Le problème, c'est que Klapisch n'est plus un novice, et qu'il devient fatigant de l'entendre à chaque film parler de ses difficultés de montage dues à son trop plein d'idées et d'images.
Ça donne un film fourre-tout, entre deux âges, forcément attachant parce que bien troussé, mais manquant désespérément d'unité et de profondeur. L'ambition de l'auteur de dépeindre Paris à travers une poignée d'habitants était chose louable ; hélas, ce patchwork ressemble davantage à un catalogue qu'à un état des lieux. Allez hop, un clodo et un immigré pour ne pas être accusé d'embourgeoisement ; zou, quatre femmes du monde fricotant avec des maraîchers et des poissonniers de Rungis pour bien montrer que Paris est une grande communauté sans clivages. Bertrand Delanoé doit être content : il a trouvé en Klapisch le cinéaste parfait pour remplacer Luc Besson lors de la prochaine course aux jeux olympiques.
Il y a deux ans, le Selon Charlie de Nicole Garcia était vilipendé (à tort) car trop fuyant, trop choral, sans réel but. Paris souffre des ces maux-là, habilement dissimulés derrière une sympathie ambiante. Ne nous sont livrés que des embryons d'histoires et de personnages, souvent éclipsés par quelques évènements qui dramatisent l'ensemble de façon excessive et totalement artificielle (cf. le personnage interprété par Julie Ferrier). À trop vouloir faire, dire, montrer, Klapisch sacrifie quelques éléments essentiels au détriment d'autres qui le sont moins. En résulte l'impression d'être passé à côté de certains acteurs (Cluzet, Viard, sans doute sacrifiés au montage) au détriment par exemple d'un Romain Duris dont les dernières prestations klapischiennes sont de plus en plus téléphonées et empreintes d'intentions flagrantes. L'heure semble venue pour Cédric Klapisch et son acteur fétiche de se remettre un peu en question et de se demander combien de temps et combien de films ils vont encore pouvoir tenir avant de sombrer dans la médiocrité la plus totale.
5/10

29 juin 2007

ROMAN DE GARE

Tourné en dérision par la critique, copieusement ignoré par les spectateurs, Claude Lelouch a vécu une douloureuse crise de la quarantaine (de films). À l’aube de ses soixante-dix ans, le voici qui tente un retour assez audacieux : se débarrasser de ce style si moqué et revenir à l’essence même du cinéma. Exit les plans-séquences et les contemplations béates de la vie : Roman de gare est un vrai polar, malin et prenant, qui n’a rien d’un grand film mais signe une petite révolution chez un metteur en scène dont on n’attendait plus rien.
Rarement film aura aussi bien porté son titre. Roman de gare, c’est à la fois le titre d’un livre dans le film, mais c’est également le genre de littérature filmée qui nous est offerte. Comme si Lelouch, salement échaudé, préférait prévenir qu’il ne compte pas faire du James Ellroy. Tueurs pédophiles, fausses identités, schizophrénie : employant tous les codes du roman de gare, il les mélange habilement dans une mise en abyme assez futée. La première heure du film intrigue au plus haut point : malgré quelques digressions et longueurs typiquement lelouchiennes, on s’accroche à des personnages bien sentis et excellemment interprétés.
Et puis l’élève Lelouch finit par s’emmêler les pinceaux. La fin de Roman de gare est ratée mais touchante, tant elle ressemble à l’œuvre d’un jeune auteur qui aurait voulu tout mettre dans son premier film. Mais tant pis si le film ne tient pas la distance : pour son 41ème film, Lelouch montre qu’il n’est pas mort et qu’il a encore plein de belles histoires simples à nous raconter.
5/10
(également publié sur Écran Large)

8 juin 2006

LA MAISON DU BONHEUR

Que chacun se rassure : si La maison du bonheur est d'abord le titre d'une chanson de Francis Lalanne ("Ce serait la maison du bonheur / Même à fort loyer, j' suis preneur / Il n'y aurait que toi contre moi / Et l'amour contre notre amour..." c'est beau), le film du même nom est beaucoup plus supportable. Pour son premier long métrage, Dany Boon recycle les vieux fonds de casserole, en adaptant sa pièce à succès ("La vie de chantier") à la sauce Oury/Veber/Zidi.
Niveau mise en scène, c'est atroce : couleurs passées, cadrages approximatifs, gros plans disgracieux, c'est presque un catalogue de tout ce qu'il faut faire pour obtenir un film moche. Il est cependant permis de douter que les spectateurs qui iront voir ce film attendent une grande leçon de cinéma (ce qui n'excuse rien, certes).
Dany Boon a préféré se concentrer sur son scénario, pour en faire quelque chose d'à peu près crédible et d'à peu près drôle, dans la veine rigolo-dépressive de ses one man shows. Pour faire dans l'hypocrisie, on dira que d'autres humoristes passés derrière la caméra s'en sont sortis beaucoup moins bien que lui (mais forcément, quand on passe après Bigard...). Car La maison du bonheur, bien qu'assez sympathique, n'est pas franchement hilarant et exhale même un doux parfum de ringardise.
Difficile à haïr mais encore bien plus dur à adorer, La maison du bonheur conviendra à ceux qui ont aimé Camping et La doublure (aujourd'hui, je me sens hypocrite, je vous dis).
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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