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21 janv. 2009

PLUS TARD TU COMPRENDRAS

Sorti en salles ce mercredi, Plus tard tu comprendras a fait l'objet d'une diffusion télévisée la veille au soir sur France 2. Cette double exposition est à l'origine du premier des nombreux problèmes du film, l'un des moins réussis de son auteur. Gitai est en effet pris entre deux feux : on le sent à la fois désireux de réaliser le film dans son style habituel (longs plans-séquences, silences, etc.) et respectueux des contraintes imposées par une diffusion à 20h35 sur le service public. Ça donne un film à la mise en scène on ne peut plus bâtarde, qui tente plein de choses mais ne va jamais au bout, et qui à force d'hésitations ne provoque qu'un seul sentiment : l'ennui. Car si le livre de Jérôme Clément est paraît-il passionnant et émouvant, Gitaï n'a vraisemblablement pas su retranscrire les bouleversements qui naissent dans la tête du personnage principal. Audacieux, il refuse la facilité d'une voix-off pour l'expliciter ; à la place, on doit subir de longs blancs n'exprimant à peu près rien.
Plus tard tu comprendras est un film qui parle peu, mais dont les prises de parole sont en plus assez maladroites. La scène au cours de laquelle le héros tente de cuisiner sa mère sur son passé témoigne de l'épaisseur du trait, la vieille dame ne cessant d'esquiver le sujet avec des répliques aussi inspirées que « ça manque de sel » ou « j'ai fait brûler les haricots ». Pire : les consternantes prestations de certains acteurs secondaires parviennent même à désamorcer ce qui aurait pu être de beaux morceaux d'émotion (voir la scène où Hippolyte Girardot retrouve le lieu-clé de l'histoire de ses grands-parents, instant plombé par le jeu plus faux tu meurs de l'acteur qui "joue" son guide). Dommage pour la belle histoire de Clément ; dommage aussi pour Jeanne Moreau, dans son meilleur rôle depuis des lustres, et pour un Hippolyte Girardot pas tout à fait à l'aise, mais que l'on sent terriblement ému par le récit de ces destins tragiques. Une émotion qui ne traversera malheureusement pas l'écran.
3/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

5 avr. 2008

DÉSENGAGEMENT

2008 est définitivement l'année Juliette Binoche. Désengagement est n'est rien de moins que le quatrième film présenté par la comédienne en moins de quatre mois. Si cette omniprésence est en partie due aux hasards de la programmation, elle s'explique également par la cote montante de l'actrice auprès de réalisateurs d'autres contrées, à la notoriété relative mais au talent reconnu. Qui d'autre qu'elle pour incarner la Ana de Désengagement, prolongement quadra du personnage incarné par Natalie Portman dans Free zone, le précédent film d'Amos Gitai ? Personne. Binoche fait partie du clan très fermé de celles qui allient classe, fougue et intellect. Et personne ne s'y trompe.
Deux parties distinctes. Premier lieu : Avignon. Loin de Gaza, futilité et perversité sont de mise. Lorsque l'héroïne et son demi-frère perdent leur père, loin d'orchestrer un deuil éploré et empathique, Gitai dresse au contraire une peinture cynique et désabusée de ce que peut représenter la perte d'un être cher lorsqu'on ne se sent plus vraiment concerné. Un univers de procédures, de courbettes hypocrites et d'insupportables attentes. La distance est au cœur de Désengagement, le metteur en scène montrant également à quel point les jugements sur l'actualité peuvent être biaisés lorsqu'on les observe à des milliers de kilomètres.
Seconde partie, direction Gaza. Là, Gitai s'érige de façon assez fine contre l'absurdité totale du drame qui s'y trame. En résumé, le conflit israélo-palestinien ne serait qu'une querelle de voisinage disproportionnée, les deux parties se disputant quelques hectares de terre. Ce constat terrible est d'autant plus fort que Désengagement en montre les conséquences sur toutes les catégories de la population (des vrais croyants aux garants de l'éducation). Utilisant comme jamais les longs plans-séquences qui caractérisent chacun de ses films, et dirigeant une Binoche proprement bouleversante car lavée de tout cynisme, Gitai offre un témoignage précieux doublé d'un drame poignant. On lui pardonnera volontiers les quelques fioritures et scènes hors de propos qui jalonnent le tout début de ce film extrêmement recommandable.
8/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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