Affichage des articles dont le libellé est Hiam Abbass. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hiam Abbass. Afficher tous les articles

26 juin 2009

AMERRIKA

C'est a priori un hasard, mais le titre original Amreeka du film de Cherien Dabis est devenu en "français" Amerrika, dont les quatre premières lettres résument bien l'esprit général de l'oeuvre. Le scénario raconte en effet l'arrivée aux États-Unis d'une femme palestinienne et de son fils, qui découvrent rapidement que l'Eldorado n'est pas si doré que cela. Terrible constat pour qui a rêvé des USA pendant des années ; mais la route est suffisamment longue pour leur permettre de trouver leur voie. Voilà un premier film d'une simplicité exquise, pas franchement surprenant dans son traitement, mais exécuté avec une telle sincérité qu'il y a de quoi avoir les larmes aux yeux. Très apprécié à Cannes en mai dernier, Amerrika est un bijou de modestie.
Même s'il ne se dépare jamais d'une certaine bonne humeur, le film de Cherien Dabis manie très souvent l'amertume en démontant efficacement les rouages de ce prétendu paradis social qu'est l'Amérique. Employée de banque en Palestine, Mouna ne trouvera rien de mieux qu'un poste de caissière chez White Castle (le fast food préféré de Harold & Kumar). Venu au lycée pour parfaire son déjà excellent niveau scolaire, Fadi se heurte rapidement à une poignée d'abrutis qui trouvent très spirituel de l'appeler Oussama. En prenant pour héros des personnages intelligents et plus civilisés que bien des américains, Amerrika montre que le préjugé est au coeur de tout, bien plus que de prétendues divergences culturelles. C'est le message, certes pas neuf, d'un film qui s'emploie tout de même à chercher quelques amorces de solutions ou en tout cas à dédramatiser les situations.
Au coeur du film, une actrice, Nisreen Faour, qui pour ses débuts devant la caméra accomplit des merveilles. Parce qu'elle est d'un naturel achevé, parce qu'elle n'a pas tout à fait un physique de rêve et parce que ses grands yeux curieux sont irrésistibles, elle parvient à rendre Amerrika définitivement attachant et assez crédible. Elle est au coeur de toutes les scènes-clés du film, aux ficelles parfois un peu voyantes mais à la fraîcheur toujours renouvelée. La voir expliquer au douanier qu'elle n'a pas de nationalité ou vendre des produits de régime aux clients du fast food n'a pas de prix. C'est notamment pour elle qu'il faut aller voir cette première oeuvre prometteuse qui a détendu la Croisette tout en la faisant réfléchir un peu.




Amerrika (Amreeka) de Cherien Dabis. 1h32. Sortie : 17/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

29 janv. 2009

ESPION(S)

Cinq ans qu'on attendait le premier long de Nicolas Saada, excellent critique et auteur en 2003 du court-métrage Les parallèles, petit chef d'oeuvre avec déjà Géraldine Pailhas. Cela valait la peine de patienter tant la réussite de cet Espion(s) est grande, à peine entachée par un certain manque de moyens (les quelques effets visuels font grincer des dents). Finalement, le plus gros défaut du film, c'est son titre, aussi grossier et incongru puisqu'il semble annoncer une intrigue à base d'agents doubles, d'identités multiples et de traîtrises tordues. Or il n'en est rien : s'il est bien un film d'espionnage, Espion(s) ne pratique pas ce genre de suspense, et propose une intrigue relativement épurée mais pas simpliste.
Si le film dégage une telle impression de simplicité, c'est sans doute parce que Saada n'a pas son pareil pour raconter une histoire et la mettre en place de façon efficace et attrayante. Il ne faut pas plus de cinq minutes pour que le héros passe de son statut de monsieur tout-le-monde à celui d'espion (ou plutôt de source, comme le précise son employeur). Et si le film dure à peine une heure et demie, c'est parce qu'il manie l'ellipse avec une finesse assez époustouflante. Ce sens aigu du rythme et de la narration rend l'ensemble excitant et original alors que le postulat est somme toute assez courant.
Saada filme comme il raconte, c'est-à-dire de façon légère, aérienne, sans jamais avoir l'air de donner une quelconque leçon de cinéma. C'est à la fois beau et fluide, minimaliste mais plein de matière. La direction et le choix des acteurs est à l'unisson : Guillaume Canet trouve là son meilleur rôle, Géraldine Pailhas est parfaite comme toujours, et on est ravi de retrouver un type comme Stephen Rea, habitué de chez Neil Jordan, et qu'on avait un peu perdu de vue. Bien que ne reniant pas son identité française, Espion(s) est tout de même un film so british, qui pratique un humour si flegmatique qu'il est parfois difficile à percevoir. Les dialogues respirent l'amour de la langue, française comme britannique, et sont un ravissement pour l'oreille comme pour l'esprit.
Si les dix dernières minutes sont un poil moins parfaites que ce qui précède, c'est presque uniquement grâce au manque de moyen cité plus haut, qui nuit légèrement à la crédibilité de certaines scènes. Saada n'abusant pas de ce genre d'effets, il parvient néanmoins à captiver jusqu'au bout, et clôt avec brio ce film pas si mineur. On avait aimé le Nicolas Saada critique ; on adore le Nicolas Saada cinéaste. Qu'il nous revienne vite avec la même envie et le même brio.
8/10

27 oct. 2008

THE VISITOR

Digne et émouvant. Voilà ce que l’on peut dire de The visitor, comédie dramatique et mélancolique qui donne une dimension différente à des thèmes archi rebattus comme la tolérance, la précarité et les sans-papiers. Le deuxième film de Tom McCarthy est d’abord une belle histoire d’amitié, celle de deux hommes n’ayant rien en commun mais se retrouvant finalement autour de passions et d’idéaux communs. On craint un instant de tomber dans une formule prémâchée, le genre de film où trois cours de djembé suffisent à sceller une amitié indéfectible. Mais McCarthy est un cinéaste classieux et malin, et mène son récit avec détermination et finesse. Du coup, même la naissance du lien reliant Walter à Tarek a quelque chose d’intense, comme si on assistait à cela pour la première fois.
La suite est à l’unisson : The visitor embrasse alors des sujets plus graves, tellement banalisés qu’ils ne font plus l’objet que de quelques entrefilets dans la presse. Pourtant, derrière chaque fait divers se cachent des drames humains, des souffrances multiples, des familles et des couples qui éclatent. C’est lourd à traiter, mais McCarthy sait que de tels sujets se passent de grands discours, et qu’il suffit d’un constat silencieux pour se rendre compte de l’impact d’une expulsion ou d’une séparation. Connu pour son rôle de père fantôme dans LA série, j’ai nommé Six feet under, Richard Jenkins apporte son regard triste et sa colère rentrée à un personnage épatant. Il n’était pourtant pas évident de rendre crédible ce professeur d’université coincé et déprimé qui se lâche soudain à la suite d’une rencontre fortuite et va jusqu’à se rebeller contre un système détestable. Jusqu’à la dernière image, il irradie le film de sa belle dignité, qui fait de The visitor une œuvre des plus recommandables.
8/10

5 avr. 2008

DÉSENGAGEMENT

2008 est définitivement l'année Juliette Binoche. Désengagement est n'est rien de moins que le quatrième film présenté par la comédienne en moins de quatre mois. Si cette omniprésence est en partie due aux hasards de la programmation, elle s'explique également par la cote montante de l'actrice auprès de réalisateurs d'autres contrées, à la notoriété relative mais au talent reconnu. Qui d'autre qu'elle pour incarner la Ana de Désengagement, prolongement quadra du personnage incarné par Natalie Portman dans Free zone, le précédent film d'Amos Gitai ? Personne. Binoche fait partie du clan très fermé de celles qui allient classe, fougue et intellect. Et personne ne s'y trompe.
Deux parties distinctes. Premier lieu : Avignon. Loin de Gaza, futilité et perversité sont de mise. Lorsque l'héroïne et son demi-frère perdent leur père, loin d'orchestrer un deuil éploré et empathique, Gitai dresse au contraire une peinture cynique et désabusée de ce que peut représenter la perte d'un être cher lorsqu'on ne se sent plus vraiment concerné. Un univers de procédures, de courbettes hypocrites et d'insupportables attentes. La distance est au cœur de Désengagement, le metteur en scène montrant également à quel point les jugements sur l'actualité peuvent être biaisés lorsqu'on les observe à des milliers de kilomètres.
Seconde partie, direction Gaza. Là, Gitai s'érige de façon assez fine contre l'absurdité totale du drame qui s'y trame. En résumé, le conflit israélo-palestinien ne serait qu'une querelle de voisinage disproportionnée, les deux parties se disputant quelques hectares de terre. Ce constat terrible est d'autant plus fort que Désengagement en montre les conséquences sur toutes les catégories de la population (des vrais croyants aux garants de l'éducation). Utilisant comme jamais les longs plans-séquences qui caractérisent chacun de ses films, et dirigeant une Binoche proprement bouleversante car lavée de tout cynisme, Gitai offre un témoignage précieux doublé d'un drame poignant. On lui pardonnera volontiers les quelques fioritures et scènes hors de propos qui jalonnent le tout début de ce film extrêmement recommandable.
8/10
(également publié sur Écran Large)

19 févr. 2008

LA FABRIQUE DES SENTIMENTS

Mise en scène au cordeau, ton imperturbablement sérieux, le premier film de Jean-Marc Moutout avait quelque chose d'un peu rigoriste mais pouvait difficilement laisser indifférent. Violence des échanges en milieu tempéré disséquait les mécanismes du dégraissage d'entreprise à travers la destinée d'un jeune type chargé de choisir qui garder et qui licencier. La fabrique des sentiments part du même principe pour traiter du speed-dating et du marché de la séduction, suivant une jeune notaire qui peine à se caser et décidant un beau jour d'aller se vendre dans des soirées organisées. C'est à peu près le seul point commun qu'aient les deux films de Moutout, la qualité du second étant inversement proportionnelle à celle du premier, et ce malgré la prestation convaincante d'Elsa Zylberstein.
Le speed-dating, c'est ce système un peu risible (mais possiblement efficace) qui consiste à faire se rencontrer sept hommes, sept femmes, grâce à de petits face-à-face de sept minutes. Des micro rendez-vous d'où ne peut ressortir qu'une vague première impression, qui pourra éventuellement se concrétiser lors d'une rencontre prochaine. La fabrique des sentiments est un peu au cinéma ce que le speed-dating est à l'amour : un petit machin superficiel et prémâché, qui oublie le principal et ne ressemble ni de près ni de loin au grand modèle qu'il souhaite atteindre. Le propos est aussi trivial que la mise en scène : zooms appuyés pour nous mettre dans la peau du voyeur, enchaînement de speed-datings pour ne rater aucune case du panel (intéressant/inintéressant, surpréparé/improvisé, etc.)... Ni le plaisir ni la réflexion ne sont au rendez-vous. On a l'impression de feuilleter un numéro de Femme Actuelle, gobant bobine après bobine des litres d'idées reçues et se passages obligés.
Puis Moutout se détache progressivement de l'univers du speed-dating, effectuant un lent travelling arrière pour parler de l'amour dans son ensemble. Une ambition évidemment trop lourde pour le réalisateur, qui peinait déjà à décrire convenablement son sujet de départ. S'en suit une nouvelle série de scènes stéréotypées, jetées au hasard comme les morales amusantes mais complètement stupides que l'on peut trouver dans certaines friandises asiatiques. La fin est terriblement édifiante, s'enfermant dans un schématisme faussement pervers qui met en exergue le splendide loupé d'un film qui semble bizarrement plaire aux plus de 60 ans.
3/10

12 déc. 2006

LA NATIVITÉ

C'est la légende urbaine la plus vieille du monde : depuis deux mille ans, on nous raconte qu'à Bethléem est né un petit garçon venu apporter la bonne parole, né d'une mère vierge par l'opération du Saint-Esprit. La nativité raconte la genèse de cette naissance hors du commun. Comme une sorte de prequel à La passion du christ et à La dernière tentation du Christ, qui se déroulent trente-trois ans plus tard. Pour la comparaison, on s'arrêtera là : on peut penser ce que l'on veut des films de Gibson, Scorsese et consorts, mais ils présentaient au moins un minimum d'intérêt. Partis pris esthétiques ou moraux, choix d'un point de vue assez précis. Si La nativité est quasiment le premier film sur ce sujet à n'avoir sucité aucune polémique, la raison est bien simple : il s'agit d'un inoffensif livre d'images qui trouverait très bien sa place dans les cours de catéchisme ou en feuilleton à suivre dans "Le jour du seigneur". Chaque chose est bien à sa place, la réalisation ne rate rien des évènements-clé, mais pas la moindre trace de cinéma là-dedans.
Les fervents croyants risquent fort de s'ennuyer car ils connaissent la chanson ; les autres, qui se moquent un peu d'une histoire de ce genre (après tout, des gens comme Tolkien ont créé des mythologies bien plus renversantes), chercheront comment passer le temps. On peut par exemple s'amuser à chercher quelques acteurs un peu connus au milieu de la foule : voir Zinedine Soualem donner la réplique à Tomer Sisley le centurion, c'est tout de même quelque chose, surtout qu'on ne les attendait pas dans un film américain. On peut aussi chercher désespérément une trace quelconque du style de Catherine Hardwicke, réalisatrice assez douée du gentiment trashy Thirteen (sniffage de colle et scarifications) et du fun Les seigneurs de Dogtown (skate, pantalons larges et petites pépées). Mais même en cherchant bien, pas une miette. La nativité sonne comme la rédemption d'une cinéaste qui a trop souvent montré la part de ténèbres de l'être humain et qui demande le pardon de l'Être Suprême. Souhaitons qu'après quelques prières et autres auto-flagellations pour expier ses fautes, Mrs. Hardwicke se remette très vite à faire du vrai cinéma plutôt que de la propagande molle et même pas engagée.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz