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3 juin 2007

ÉCOUTE LE TEMPS

Dans Blow out, John Travolta était ingénieur du son et tentait de dénouer la trame d'une affaire de meurtre. C'est à peu près la même chose pour Émilie Dequenne dans Écoute le temps, premier film d'Alanté Kavaïté, jeune réalisatrice qui n'est évidemment pas Brian De Palma. Écoute le temps s'inscrit dans une veine paranormale et polardeuse, et la première référence qui vient à l'esprit est malheureusement celle de nos plus fameuses sagas de l'été, de Dolmen à Zodiaque (rien à voir avec Fincher). Même ambiance rurale, même filmage rudimentaire, même surnaturel de pacotille. Après le meurtre de sa mère, une jeune preneuse de son réalise que la maison familiale a "enregistré" les voix du passé. Elle va donc entreprendre de cartographier la pièce où sa mère a été tuée (car selon l'emplacement du micro, les sons sont plus ou moins récents), afin de débusquer le meurtrier. Et alors? Pas grand chose.
Il y a deux grands types de scènes dans Écoute le temps. D'abord celles où l'héroïne déplace son micro dans la pièce et se remémorre les évènements passés avec émotion. Les souvenirs évoqués sont souvent suprêmement anecdotiques et apportent très peu au film. Ensuite celles où Charlotte sillonne le village à la recherche de témoignages sur le meurtre de sa mère. L'enquête est bas de plafond, d'une simplicité finalement aberrante, et l'on se dit qu'il n'y avait guère besoin de déployer des moyens surnaturels pour découvrir la clé de l'histoire. Les comédiens sont assez moyens, d'Émilie Dequenne (qui halète fort quand elle a peur et fait rougir ses jous quand elle est triste) à Mathieu Demy (même pas lunaire). Bref, c'est le calme plat.
Pourtant, Écoute le temps n'est pas totalement inintéressant : même si elle exploite mal les atouts de son script, la réalisatrice fait preuve d'une certaine créativité. Pour mieux se situer dans l'espace, Charlotte tend des fils d'un bout à l'autre de la pièce, tissant progressivement une gigantesque toile d'araignée qui finira par lui révéler la vérité. C'est comme si, brusquement, la maison prenait vie. Et, même si leur exécution laisse à désirer, les scènes où la maison semble se rebeller (au détour d'une tempête ou d'un orage) sont plutôt impressionnantes. Dommage qu'Alanté Kavaïté n'ait pas su relever le niveau de sa mise en scène et n'ait pas fait un effort supplémentaire sur le travail du son, si important ici : on aurait alors pardonné le scénario poussif, la forme d'Écoute le temps ayant alors suffisamment d'intérêt pour qu'on se désintéresse un peu du fond.
4/10

22 déc. 2006

MON MEILLEUR AMI

À l'occasion de ses retrouvailles avec la bande du Splendid pour réaliser Les bronzés 3 - amis pour la vie (le chef d'oeuvre incontestable de l'année), Patrice Leconte a dû se poser plus d'une question sur l'amitié, la vraie, la plus pure qui soit, lui qui était alors entouré d'une majorité de cabots prêts à simuler une amitié profonde pour palper un maximum de pognon. Voilà qui a dû influer sur son envie de faire Mon meilleur ami, comédie sans aucune (mais alors aucune) prétention.
À la base du film de Leconte, un nouveau duo masculin constitué d'un petit nouveau (Dany Boon, plutôt convaincant) et d'un habitué (Daniel Auteuil, trois films avec Patrice en sept ans). Les deux hommes évoluent avec aisance au gré d'une intrigue pas transcendante, dont les rebondissements sont à la fois prévisibles ET invraisemblables. Le pitch en lui même est improbable (un type a dix jours pour se trouver un meilleur ami, ce qui ne veut rien dire), mais la sympathie dégagée par le casting ainsi qu'une réflexion pas idiote sur la définition de l'amitié provoquent l'indulgence du spectateur, comme lorsqu'il se trouve face à un ami ni vraiment drôle ni très intéressant mais qu'il sourit quand même pour lui faire plaisir. Mais qu'on se rassure : nivau comédie, Leconte est bien plus proche d'un Pierre Salvadori que du Veber de La doublure.
Patrice Leconte a annoncé il y a peu qu'il arrêterait le cinéma dans trois films. S'il est impossible de s'en réjouir (le bougre a signé quelques bijoux malheureusement moins connus que son récent gros navet), on est tout à fait en droit de penser que c'est une sage décision. De films mineurs en films mineurs, Leconte est tranquillement en train de s'embourber dans un cinéma qualité France auquel manque la singularité de ses meilleurs films (Le mari de la coiffeuse et La fille sur le pont). Souhaitons que dans ses prochains (et ultimes) longs métrages, il renoue avec un cinéma plus consistant et émouvant, celui qu'il manie avec le plus de brio.
5/10

14 déc. 2006

HORS DE PRIX

Souvent acclamé par la critique et gentiment salué par le public, Pierre Salvadori est en général l'auteur de comédies plutôt sympathiques mais vraiment très molles. Des films écrits au millimètre, tant et si bien que les comédiens n'ont plus guère de place pour faire leur job et injecter de la folie à l'ensemble.
Hors de prix n'échappe pas vraiment à la règle établie : écrit avec une grande application, le film enchaîne les quiproquos et autres gags avec un sérieux de croque-mort. Chaque enjeu est pesé et pesé encore, et les scènes se succèdent avec une logique telle qu'il n'est pas bien difficile de prévoir leur déroulement. Pas vraiment de fantaisie, aucune hilarité provoquée.
Pourtant, pour la première fois chez l'auteur, les acteurs semblent se lâcher vraiment. Dans son meilleur rôle au cinéma (ce n'était pas dur), Gad Elmaleh campe un formidable monsieur Tout-le-monde qui tente un temps de vivre au-dessus de ses moyens (le quiproquo qui sert de pitch a la bonne idée de ne pas durer tout le film). Avec sa gueule d'ahuri dépressif, il fait sérieusement penser à Buster Keaton (toutes proportions gardées). Face à lui, Audrey Tautou explose en vamp. Un regard de tueuse et un festival de robes de soirées lui donnent une vraie crédibilité en femme fatale. Ce n'était pas gagné.
Outre son rythme un peu faiblard (et son montage lénifiant), Hors de prix a un autre tort, celui d'arriver après le génial Quatre étoiles, où déjà Christian Vincent explorait le monde des grands hôtels, du rapport à l'argent, des losers manipulateurs qui vivent aux crochets des riches. Le duo Isabelle Carré - José Garcia fonctionnait au moins aussi bien que Tautou - Elmaleh, les personnages étaient inattendus et incontrôlables, et la drôlerie omniprésente. Salvadori sait ce qu'il lui reste à faire : dénouer sa cravate et se détendre un peu avant d'écrire son prochain scénario.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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