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18 janv. 2009

LA GUERRE DES MISS

Quand il avait annoncé voilà quelques années qu'il allait bientôt arrêter de faire du cinéma, Patrice Leconte n'avait pas dévoilé son plan de retrait. Ce réalisateur très malin, toujours sympathique et souvent recommandable a en fait très bien préparé son coup, multipliant les films inintéressants ou carrément ineptes pour que ses fans en viennent à ne pas le regretter. Après Les bronzés 3 et Mon meilleur ami, voici en effet La guerre des miss, qui ne traduit rien d'autre que la lassitude totale éprouvée par Leconte à l'égard d'un art dont il pense avoir fait le tour.
Voilà un film qui ne propose rien, strictement rien, ni fond ni forme. Faire un film sur une élection de miss, pourquoi pas : mais il aurait fallu opter pour une approche précise, un ton, un parti pris. Or, le scénario ne s'aventure ni du côté de la comédie à l'anglaise, ni même vers la grosse gaudriole un peu vulgaire avec ses candidates bien poufs et impitoyables envers leurs concurrentes (comme dans le méconnu mais rigolo Belles à mourir). Une sorte de passivité déprimante gangrène le film de part en part et contamine tout le monde. Benoît Poelvoorde s'ennuie autant que son personnage et semble un peu perdu face à une Olivia Bonamy qui n'a toujours pas compris qu'on ne joue pas dans un tel film comme si c'était une tragédie grecque. Il est bien difficile de deviner quelles étaient les intentions du trio de scénaristes tant l'intégralité du film fait du surplace.
Même la mise en scène de Leconte, qui est notamment un orfèvre du découpage, semble usée jusqu'à la corde. On retrouve çà et là sa caméra frétillante, mais c'est bien peu. Il est loin le temps où, d'un scénario un peu maigre comme celui des Grands ducs, il tirait un film dynamique et clownesque grâce à son savoir-faire particulier. Et ne parlons pas de la conclusion du film, carrément consternante, happy end trainant en longueur, qui sonne définitivement le glas du style Leconte. Tant pis pour cette bande de seconds rôles trop méconnus mais très talentueux, qui n'ont pas grand chose à défendre mais le font avec vigueur. Merci à Antoine Chappey, Laurent Bateau ou encore Jacques Mathou, qui se démènent comme ils peuvent pour faire surnager ce triste téléfilm façon France 3.
3/10

16 janv. 2009

Top 5 : Patrice Leconte

À l'occasion de la sortie de La guerre des miss, Rob Gordon étrenne une nouvelle rubrique qu'il aurait dû créer dès juin 2005. Avec trois ans et demi de retard, voici donc l'heure du top 5.



Top 5 des films de Patrice Leconte

01. Le mari de la coiffeuse (1990)
Les slips de bain en laine, l'extase du shampooing, la danse, l'amour, et surtout Jean Rochefort : un plaisir de tous les instants, comme du Philippe Delerm sur pellicule mais avec un élan dramatique qui finit par prendre aux tripes.

02. La fille sur le pont (1999)
À chaque fois qu'un film contemporain en noir et blanc débarque sur nos écrans, on s'extasie. Sauf qu'il ne suffit pas à faire les grands films. Celui-ci en est un, transcendé par la mise en scène d'un Leconte au sommet de son art, un scénario affûté et bouleversant, et un Daniel Auteuil juste génial (rien que son maquillage mérite une ovation).

03. L'homme du train (2002)
Ça ressemble à un film mineur, c'est juste un condensé de tout le cinéma du bonhomme, qui prend un risque payant en engageant Jean-Phi Smet pour jouer le rôle du cowboy. Son duo avec Rochefort (encore lui) est d'une intensité rare, avec des silences parmi les plus beaux que le cinéma français nous ait donné. C'est important, les silences.

04. Ridicule (1996)
Engagé pour réaliser le film d'un autre (Rémi Waterhouse, jugé trop inexpérimenté pour filmer son propre scénar), Leconte orchestre avec finesse un jeu de massacre verbal aussi cruel que délicieux. Et révèle un certain Charles Berling, qui n'en finira plus de briller par la suite. Exquis, mille fois exquis.

05. Les grands ducs (1996)
L'odyssée de trois ringards, filmée avec une fausse désinvolture et une vraie folie. Si le scénario est fin comme une feuille à rouler, on s'en moque complètement : l'important, c'est la frénésie de ce trio de vieux cabots, les inusables Noiret, Marielle et Rochefort. Le premier des trois a depuis tiré sa révérence. Le monde sera bien vide quand les deux autres l'auront rejoint (le plus tard possible, espérons).

22 déc. 2006

MON MEILLEUR AMI

À l'occasion de ses retrouvailles avec la bande du Splendid pour réaliser Les bronzés 3 - amis pour la vie (le chef d'oeuvre incontestable de l'année), Patrice Leconte a dû se poser plus d'une question sur l'amitié, la vraie, la plus pure qui soit, lui qui était alors entouré d'une majorité de cabots prêts à simuler une amitié profonde pour palper un maximum de pognon. Voilà qui a dû influer sur son envie de faire Mon meilleur ami, comédie sans aucune (mais alors aucune) prétention.
À la base du film de Leconte, un nouveau duo masculin constitué d'un petit nouveau (Dany Boon, plutôt convaincant) et d'un habitué (Daniel Auteuil, trois films avec Patrice en sept ans). Les deux hommes évoluent avec aisance au gré d'une intrigue pas transcendante, dont les rebondissements sont à la fois prévisibles ET invraisemblables. Le pitch en lui même est improbable (un type a dix jours pour se trouver un meilleur ami, ce qui ne veut rien dire), mais la sympathie dégagée par le casting ainsi qu'une réflexion pas idiote sur la définition de l'amitié provoquent l'indulgence du spectateur, comme lorsqu'il se trouve face à un ami ni vraiment drôle ni très intéressant mais qu'il sourit quand même pour lui faire plaisir. Mais qu'on se rassure : nivau comédie, Leconte est bien plus proche d'un Pierre Salvadori que du Veber de La doublure.
Patrice Leconte a annoncé il y a peu qu'il arrêterait le cinéma dans trois films. S'il est impossible de s'en réjouir (le bougre a signé quelques bijoux malheureusement moins connus que son récent gros navet), on est tout à fait en droit de penser que c'est une sage décision. De films mineurs en films mineurs, Leconte est tranquillement en train de s'embourber dans un cinéma qualité France auquel manque la singularité de ses meilleurs films (Le mari de la coiffeuse et La fille sur le pont). Souhaitons que dans ses prochains (et ultimes) longs métrages, il renoue avec un cinéma plus consistant et émouvant, celui qu'il manie avec le plus de brio.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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