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8 oct. 2008

FRACASSÉS

« … c’est un bout de vie, mon pote. Cherche pas de message, de morale ou de connerie du genre. Profite. » Voici un extrait, fidèlement reproduit, du court monologue qui ouvre Fracassés, film de l’autodidacte Franck Llopis (qui est même l’attaché de presse de son propre film, c’est dire). Avec un tel avant-propos, il sera impossible de reprocher au film son manque d’ambition, puisqu’il semble n’en avoir aucune. Fracassés, c’est un film choral de chez choral, qui entremêle les trajectoires d’une bonne quinzaine de personnages. Se déroulant sur une journée, il donne à voir quelques rencontres, quelques toutes petites mésaventures, et beaucoup de discussions souvent anecdotiques. On choisirait quinze djeunz au hasard et on filmerait leur vie pendant une journée que ça serait aussi intéressant. Llopis doit penser que ses dialogues sont tarantinesques ; en fait, ils sont souvent gras, communs, schématiques, comme dans ces programmes courts situés avant les journaux télévisés (les thématiques du sexe et de la drogue en plus).
Impossible donc de dénoncer l’ambition zéro du film de Llopis ; en revanche, on peut se demander pourquoi aller voir un film qui ne raconte pas grand-chose et ne tire aucune conclusion des maigres évènements qu’il relate. Seule réponse satisfaisante : le plaisir visible qu’a le jeune metteur en scène à tourner avec tous ces jeunes acteurs, plutôt convaincants même lorsqu’ils n’ont rien à défendre. Filip Nikolic (alias Filip Détoubifri), Emma Colberti, Julie Durand, Vincent Desagnat sont de ceux-là ; par contre, ce n’est pas le cas d’Olivier Sitruk ou encore Matthias van Khache. Les premiers cités apportent une certaine sympathie à l’ensemble, mais c’est bien insuffisant pour justifier l’existence d’un tel film. Voilà deux ans que Llopis lutte comme un beau diable pour que son « œuvre » sorte en salles : il y est arrivé, certes, mais ferait mieux de consacrer ses efforts prochains à l’écriture de scénarios susceptibles de tenir au corps.
3/10

22 déc. 2006

MON MEILLEUR AMI

À l'occasion de ses retrouvailles avec la bande du Splendid pour réaliser Les bronzés 3 - amis pour la vie (le chef d'oeuvre incontestable de l'année), Patrice Leconte a dû se poser plus d'une question sur l'amitié, la vraie, la plus pure qui soit, lui qui était alors entouré d'une majorité de cabots prêts à simuler une amitié profonde pour palper un maximum de pognon. Voilà qui a dû influer sur son envie de faire Mon meilleur ami, comédie sans aucune (mais alors aucune) prétention.
À la base du film de Leconte, un nouveau duo masculin constitué d'un petit nouveau (Dany Boon, plutôt convaincant) et d'un habitué (Daniel Auteuil, trois films avec Patrice en sept ans). Les deux hommes évoluent avec aisance au gré d'une intrigue pas transcendante, dont les rebondissements sont à la fois prévisibles ET invraisemblables. Le pitch en lui même est improbable (un type a dix jours pour se trouver un meilleur ami, ce qui ne veut rien dire), mais la sympathie dégagée par le casting ainsi qu'une réflexion pas idiote sur la définition de l'amitié provoquent l'indulgence du spectateur, comme lorsqu'il se trouve face à un ami ni vraiment drôle ni très intéressant mais qu'il sourit quand même pour lui faire plaisir. Mais qu'on se rassure : nivau comédie, Leconte est bien plus proche d'un Pierre Salvadori que du Veber de La doublure.
Patrice Leconte a annoncé il y a peu qu'il arrêterait le cinéma dans trois films. S'il est impossible de s'en réjouir (le bougre a signé quelques bijoux malheureusement moins connus que son récent gros navet), on est tout à fait en droit de penser que c'est une sage décision. De films mineurs en films mineurs, Leconte est tranquillement en train de s'embourber dans un cinéma qualité France auquel manque la singularité de ses meilleurs films (Le mari de la coiffeuse et La fille sur le pont). Souhaitons que dans ses prochains (et ultimes) longs métrages, il renoue avec un cinéma plus consistant et émouvant, celui qu'il manie avec le plus de brio.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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